SÉMINAIRE « PENSER AVEC FREUD »
Document 55
ANNÉE 2023-2024
RELIRE L’INTERPRÉTATION DU RÊVE
CHAPITRE VII
F- L’inconscient et la conscience. La réalité.
Dominique Scarfone
I
Systèmes ou processus ?
« Si nous y regardons de plus près, l’hypothèse qui nous a été suggérée par les discussions psychologiques des sections précédentes, ce n’est pas l’existence de deux systèmes près de l’extrémité motrice de l’appareil, mais bien celle de deux sortes de processus ou des deux types du cours de l’excitation. » (665, italiques ajoutés.)
À quoi Freud ajoute qu’au fond, la modification ne doit pas nous étonner, puisqu’il faut toujours être prêt à changer nos « représentations auxiliaires » ; or, les modèles, systèmes et processus sont de telles représentations auxiliaires, puisque nous n’avons jamais accès à la chose elle-même. L’appareil psychique, redisons-le, est une construction théorique faite pour nous aider à imaginer ce qui se passe dans notre esprit.
Néanmoins, note-t-il, penser les choses en termes de système plutôt que processus entraînait des conséquences indésirables, notamment celle d’aboutir à un modèle fait de « localités », à une vision spatialisée, dont découlaient des expressions comme « refouler » et « pénétrer ». Or,
« Lorsque nous disons qu’une pensée inconsciente tend à la traduction [noter la référence implicite à la “lettre 52”] dans le préconscient pour pénétrer alors jusqu’à la conscience, nous ne voulons pas dire qu’une deuxième pensée, située dans un nouvel endroit, doit être formée, une retranscription en quelque sorte, à côté de laquelle l’original continue d’exister » (665, italiques et mots entre crochets ajoutés.)
C’est la fameuse question dite de la « double inscription » que Freud se posera à nouveau en 1915, dans son texte intitulé L’inconscient, à laquelle il ne donnera pas de réponse définitive, mais qui en cours de route aura donné lieu à des réflexions fort intéressantes concernant notre façon de nous représenter l’appareil psychique. Quoi qu’il en soit, dans le chapitre conclusif du présent livre, il peut affirmer ceci :
« … Pour ce qui est de la pénétration jusqu’à la conscience, nous voulons en détacher soigneusement toute idée d’un changement de lieu. » (665)
Au lieu de représentations topiques suggérant un « combat pour un territoire », il préfère penser en termes d’investissement d’énergie – ou de retrait de cet investissement –, faisant en sorte qu’une formation psychique « tombe sous la domination d’une instance ou lui est soustraite ». (Ibid.) Et il souligne qu’il passe ainsi d’une représentation topique à une représentation dynamique1.
Sur un point au moins Freud reste catégorique :
« … représentations, pensées, formations psychiques en général, ne doivent absolument pas être localisées dans des éléments organiques du système nerveux, mais au contraire, pour ainsi dire, entre eux, là où résistances et frayages constituent le corrélat correspondant à ces formations. » (666)
Chaque mot est important dans cette phrase. Rappelons que Freud, en contestant que les formations psychiques soient localisables dans des éléments organiques, ne nie pas la nécessité d’un substrat neuronal. Ce qu’il propose est une version bien plus moderne et plus appropriée de penser le modèle : les « lieux psychiques » sont des lieux virtuels, comparables aux foyers des lentilles d’un télescope, où convergent les rayons lumineux. Les lentilles et le boîtier qui les tient en place sont donc les équivalents des substrats organiques, non psychiques. Les lieux psychiques virtuels se situent donc entre ces éléments et ont pour corrélat des frayages (connexions) et des résistances.
« Pour poursuivre cette comparaison, la censure entre deux systèmes correspondrait à la réfraction des rayons lors du passage dans un nouveau milieu. » (666)
La métaphore de la réfraction est des plus intéressantes puisqu’on peut la rapprocher de celle de la traduction : un même rayon lumineux qui passe d’un milieu à un autre, ce dernier ayant un indice de réfraction différente (en gros : un indice de résistance au passage de la lumière), voit sa direction changer. Ainsi, quand un faisceau de lumière banche (mélange de nombreuses longueurs d’onde) passe à travers un prisme ou quelque chose d’équivalent (gouttelettes d’eau, p.ex.), l’angle de réfraction étant différent pour des longueurs d’onde différentes, cela donnera le phénomène familier du spectre de couleurs comme celui de l’arc-en-ciel. L’angle de réfraction pour une longueur d’onde particulière, on peut la comparer à la résistance que lui oppose le cristal du prisme, différente de celle d’un autre milieu. C’est une façon possible d’évoquer l’idée que les divers systèmes, ou processus, se distinguent l’un de l’autre par le fait de comporter des lois (comparables aux « indices de réfraction ») différentes et donc faisant se comporter différemment les flux psychiques.
Dans le modèle du prisme, la censure entre deux systèmes se compare à la déviation d’un rayon lumineux entre deux milieux à indices de réfraction différents2. Notons ici la flexibilité théorique de Freud : la censure peut ainsi être représentée non par un caviardage, mais par l’inflexion imposée à une composante d’un rayon lumineux. Et remarquons également que cette inflexion, s’appliquant simultanément à de nombreuses longueurs d’ondes d’un faisceau lumineux, donne lieu à une différenciation des couleurs présentes au sein du rayon en question, ce qu’on pourrait aussi appeler une traduction, une explicitation, une compréhension, voire une élaboration du rayon de lumière. Ce qui nous donne l’occasion de vérifier une fois de plus qu’élaboration (ou traduction etc.) et la censure vont de pair.
Bref détour par le Projet de 1895
Parlant d’élaboration, attardons-nous un moment aux deux diagrammes ci-dessous, le premier (Fig. 1)représente le phénomène de la réfraction de la lumière à travers un prisme :
Fig. 1 Réfraction lumineuse
le second (Fig. 2) est tiré du « Projet de psychologie » de Freud (1895), dans le passage où il se demande comment représenter le passage de la quantité d’énergie du système phi (qui est celui en contact avec le monde extérieur) au système psy (système doté de mémoire). Freud, en effet, prend soin de tenir compte que notre système psychique ne saurait manier les intensités d’excitation telles qu’elles nous arrivent du monde extérieur. Il doit y avoir une sorte de barrière filtrante, ce qu’il appellera plus tard un « pare-stimuli » (Reizschutz). Mais ici encore, Freud ne fait pas de ce pare-stimuli une entité matérielle ; il l’abordante en tant que processus. Il écrit :
« Ici il semble y avoir un dispositif particulier qui […] tient la Q[quantité] à l’écart de psy. » (p. 622.)
Le mot « dispositif » pourrait nous faire penser à quelque structure physique, mais ce n’est pas ce que Freud imagine. Il poursuit :
« La conduction sensitive phi est en effet construite d’une manière particulière, elle se ramifie sans cesse et montre des voies plus épaisses et plus ténues qui débouchent dans d’innombrables points terminaux [cf. fig. 2]… » (Projet, p. 622)
Et un peu plus loin :
« …La plus grande quantité en phi s’exprimera dans le fait qu’elle investit en psy plusieurs neurones au lieu d’un seul. […] La quantité de l’excitation en phi s’exprime en psy par une complication… » (Projet,p. 623)
Fig. 2 Diagramme tiré du Projet de Freud (1895)
Dans la figure 2 on peut en effet voir illustrées les ramifications de plus en plus fines qui « écoulent » la quantité d’excitation et correspondent à ce que Freud nomme « complication », mais qu’on pourrait aussi bien appeler élaboration. Les ramifications permettent en effet que l’excitation se maintienne au plan psychique dans conduire à une décharge immédiate ; elles imposent un retard entre la source d’excitation et la réponse qui adviendra à l’autre bout du processus. La voie plus épaisse qui pointe vers le bas et ne se subdivise pas représente au contraire la conduction directe de la quantité, allant du stimulus à la réponse motrice immédiate. Réponse motrice que Freud décrira plus loin comme pouvant être de deux ordres : soit tournée vers l’extérieur (acte), soit vers l’intérieur, à l’aide de ce qu’il nomme « neurones sécrétoires » et qu’il est permis d’imaginer comme donnant lieu à des effets neuro-végétatifs dont Freud ne pouvait connaître la nature exacte (sécrétion hormonale, hausse de tension artérielle, etc.), mais qu’il pouvait théoriser.
Plus important pour ce qui nous concerne ici, est que cette élaboration en plus fines ramifications a pour objet de tenir la quantité (Q) à l’écart de psy, ce qui dans le Projet sera appelé « défense primaire » (Projet, p. 632) mais qui est l’autre nom du refoulement. Insistons donc sur le fait qu’élaboration et refoulement sont indissociables…
Si l’on revient au parallèle avec la réfraction, on remarquera, à une inversion de l’image près, une étrange ressemblance…
II
Confrontation
S’ils utilisent tous deux le terme « inconscient », le médecin (entendre ici, le psychanalyste) et le philosophe n’entendent pas la même chose, écrit Freud. Les philosophes de son temps avaient décrété d’avance que seul ce qui est conscient est psychique, ce à quoi, dit Freud, quand on a une expérience des faits cliniques, on ne peut réagir que par un haussement d’épaules. Aujourd’hui nous avons tendance à oublier quel combat il a fallu mener pour faire avancer l’idée toute simple qu’il y a du psychique inconscient, sans même parler de refoulement, de pulsions sexuelles, etc. Or, écrit Freud, « Il suffit d’une seule observation intelligente de la vie d’âme d’un névrosé… » (667) pour se convaincre de l’existence de processus inconscients… Mais il y a plus ; on peut alors aussi comprendre
« que l’effet-conscience n’est qu’un lointain effet psychique du processus inconscient et que ce dernier n’est pas devenu conscient en tant que tel, et même qu’il a existé et agi sans se trahir encore en aucune façon à la conscience. » (667)
Il faut donc – chose difficile – « se départir de la surestimation de la propriété-conscience ». C’est difficile parce que
« l’effet-conscience peut revêtir un caractère psychique s’écartant tout à fait du processus inconscient, de sorte que la perception interne est dans l’impossibilité de reconnaître l’un comme substitut de l’autre. » (667)
Beaucoup de choses sont dites dans cette dernière citation : quand il y a « prise de conscience », on n’est pas en train de prendre conscience de la chose inconsciente elle-même, mais d’une formation substitutive. Une grande différence sépare ce substitut de la chose inconsciente elle-même, de sorte que la « perception interne » ne peut pas reconnaître qu’il s’agit d’un substitut d’autre chose. Cela rappelle encore une fois que les processus conscients et inconscients se déroulent dans deux domaines bien distincts avec des lois tout à fait différentes. Quant à la « perception interne », c’est ce que Freud va bientôt identifier comme ce que nous appelons la conscience.
La conclusion générale de cette courte digression est la suivante :
« L’inconscient est le psychique proprement réel [das eigentlich reale Psychisch], tout aussi inconnu de nous dans sa nature interne que le réel du monde extérieur et qui nous est livré par les données de la conscience tout aussi incomplètement que l’est le monde extérieur par les indications de nos organes sensoriels. » (668)
Soulignons « le psychique proprement réel ». Cette qualification le rend, d’une part, tout aussi incomplètement connaissable que la réalité extérieure. Mais d’autre part, cette expression semble supposer que le reste du psychique n’est pas « proprement réel ». Qu’est-ce à dire ?
Pour dire « réel », Freud dispose d’au moins deux mots allemands : « wirklich » et « reale ». Le premier – wirklich – veut dire « effectif » et semble désigner la réalité pratique, celle de tous les jours, dans laquelle on peut agir, intervenir. Le second – reale –, celui que Freud emploie ici, semble désigner le réel en tant que catégorie de fond ; non plus la réalité pratique quotidienne, mais le réel qui est « inconnu dans sa nature » et nous est « incomplètement connaissable ». Dans la Wirklichkeit, la réalité effective, on n’a pas besoin de se poser la question de la nature profonde des choses. On en sait suffisamment quand on sait ce qu’il faut faire pour agir sur cette réalité et la modifier selon nos besoins. Le réel (ce qui est reale) n’est pas du même ordre ; il serait plutôt ce qu’on ne peut pas modifier. La réalité est construite par notre appareil de perception-conscience ; le réel se situe au-delà de la perception. Il nous est possible d’en savoir quelque chose par l’investigation scientifique, mais on obtient alors essentiellement des formules mathématiques qui décrivent plus ou moins adéquatement comment se comporte une part de ce réel, mais ne parviennent pas à en « faire le tour », si l’on peut dire. Les plus grands maîtres de la physique quantique, par exemple, peuvent aligner des équations qui fonctionnent et qui conduisent à des applications pratiques (wirklisch), mais ils disent qu’eux-mêmes ne comprennent pas vraiment ce que ces équations décrivent. De ce réel, on ne peut pas s’en faire une image, une représentation subjective adéquate.
Lacan a fait usage du concept de Réel (avec la majuscule) au sein de la trilogie Réel-Symbolique-Imaginaire et a défini le Réel comme « ce qui revient toujours à sa place », donc, en définitive, ce qui est immuable. Dans ce sens, quand Freud dit que l’inconscient est le psychique « proprement réel », il semble parler de quelque chose de ce genre, un réel inconnaissable et immuable et dont on ne connaît que les effets de déviation sur la vie psychique ou des dérivés obtenus par la rencontre de la force de ce psychique inconscient et des produits de la pensée consciente ou préconsciente. C’est ce que les rêves nous ont amplement montré.
III
Destitution du conscient
Il est essentiel de noter que l’introduction de l’inconscient n’est pas un simple ajout à la vie psychique consciente. C’est un bouleversement. C’est une clef pour répndre à bien des questions, et quand un concept a un tel effet d’aplanir les problèmes, on peut parier que d’une part :
« …toute une série de problèmes du rêve qui ont occupé de très près les auteurs se trouve écartée. » (668)
Quels problèmes ?
« … bien des opérations dont on pouvait s’étonner qu’elles s’effectuent dans le rêve ne sont plus à mettre au compte du rêve, mais à celui du penser inconscient qui travaille aussi dans la journée. » (668, italique ajoutés)
Souvenons-nous de cette phrase qui clôturait le chapitre VI, où Freud concluait que le travail de rêve
« ne pense, ne calcule, ne juge absolument pas, mais se borne à ceci : donner une autre forme .» (558)3
Elle pouvait nous intriguer, puisque nous assistions au contraire à un travail complexe de déplacements, condensations et autres qui, a posteriori, nous semblaient tout à fait intelligents. Par ailleurs, Freud a toujours insisté pour distinguer les pensées de rêve du travail de rêve. Nous voici maintenant en mesure de mieux comprendre : l’aspect « pensée » relève du « penser inconscient » qui travaille bien entendu durant le sommeil, mais aussi, rappelle Freud, durant le jour. Nous retrouvons ainsi le schéma des deux circuits, dont l’un (le circuit Ics) travaille jour et nuit, tandis que l’autre (le circuit Cs) ne travaille qu’à l’état de veille et tend à inhiber, ou mieux, à masquer le travail permanent de l’autre circuit. En posant la prépondérance de l’Ics, en tant qu’il est « le psychique proprement réel », le second circuit (Cs) s’en trouve destitué de son apparente position de domination. C’est pourquoi, malgré la référence à Aristote, ce serait une erreur d’attribuer au rêve lui-même, ou au travail de rêve, la poursuite du penser durant la nuit. Le penser inconscient est toujours à l’œuvre, mais puisque le second circuit, Cs, est pratiquement inopérant durant le sommeil, il laisse le premier circuit opérer seul.
« Si le rêve poursuit les travaux de la journée et en vient à bout, allant jusqu’à mettre au jour de précieuses idées incidentes, nous n’avons alors qu’à lui retirer le déguisement de rêve, qui est l’opération du travail de rêve et la marque de l’opération auxiliaire d’obscures puissances des profondeurs de l’âme… » (668)
Le rêve, le travail de rêve, n’est donc pas ce qui, durant le sommeil, pense ; comme Freud l’avait déjà affirmé, il se contente de « donner une autre forme », ce qui résulte en un « déguisement de rêve ». Ce qui se passe donc en réalité, c’est que de jour comme de nuit il y a un penser inconscient :
« L’opération intellectuelle elle-même revient à ces mêmes facultés animiques qui pendant le jour accomplissent toutes ces opérations. » (668)
Voilà sans doute pourquoi Freud pose que le but de l’analyse du rêve est de retrouver les pensées de rêve, ou mieux, « le penser » qui se produit dans les coulisses.
Quant aux « obscures puissances des profondeurs de l’âme » qui produisent le « déguisement de rêve », remarquons que Freud vient juste de faire référence au sexuel :
« Si, d’après Scherner, le rêve semble jouer avec une présentation symbolisante du corps, nous savons que c’est là l’opération de certaines fantaisies inconscientes qui obéissent vraisemblablement à des motions sexuelles et qui viennent s’exprimer non seulement dans le rêve, mais aussi dans les phobies hystériques et autres symptômes. » (668, italiques ajoutés)
Le lien est ainsi retrouvé entre rêve et psychopathologie, tous deux donnant une forme fantasmatique aux motions sexuelles. Motions dans lesquelles nous reconnaissons le souhait inconscient. Nous ne serons pas étonnés que ces formes soient une « présentation symbolisante du corps », puisque nous avons vu Freud définir le souhait comme la réactivation des traces concomitantes à une expérience corporelle.
Une complication survient ici toutefois. Quand Freud a parlé de ces traces, il les faisait servir à rechercher les coordonnées d’une expérience de satisfaction comme celle que procure la nourriture chez le bébé affamé. Comment concilier cela avec les motions sexuelles qui s’expriment aussi dans les « phobies et autres symptômes » ? On devine bien qu’il faudra invoquer des mécanismes plus compliqués pour concilier ces choses en apparence contradictoires. Il faudra y revenir.
Pour le moment, ce sur quoi Freud insiste, c’est sur le besoin de ne pas « surestimer le caractère conscient, même s’agissant de la production intellectuelle et artistique. » (668-669). Et il donne des exemples de grands auteurs comme Goethe ou Helmholtz :
« Ce qu’il y a d’essentiel et de nouveau dans leurs créations leur fut donné sur le mode de l’idée incidente et parvint presque achevé à leur perception. » (669)
Il ajoute alors que
« c’est le privilège, prêtant à beaucoup d’abus, de l’activité consciente que de se permettre de masquer à nos yeux toutes les autres, où qu’elle intervienne. » (669)
Que l’activité consciente ne fasse que masquer l’essentiel travail de l’inconscient, voilà qui en effet est une invitation à l’humilité adressée au moi conscient.
Plus près de nous, vers 1937-38, Paul Valéry pouvait affirmer ce qui suit à propos de la production d’une œuvre :
« Celle-ci est pour nous un élément d’un certain processus fonctionnel. Le véritable auteur n’est pas le signataire, l’homme à biographie – n’est pas une personne déterminée. »
Et plus loin :
« “L’œuvre ou plutôt l’impulsion organisatrice utilise un individu pour se réaliser.” Ou l’individu se fait instrument. »4
N’être que l’instrument de processus qui se passent ailleurs, sur une « autre scène », voilà qui a souvent fait l’objet de témoignages par de nombreux auteurs. Freud en conclut que
« … le respect avec lequel le rêve était reçu chez les peuples anciens est un hommage, fondé sur un juste pressentiment psychologique, à l’indompté et l’indestructible dans l’âme humaine, le démonique, qui livre le souhait de rêve et que nous retrouvons dans notre inconscient. » (669, italiques ajoutés.)
IV
« Ce qui est nouveau… »
J’ai souligné « notre inconscient » dans la dernière citation parce que c’est Freud lui-même qui y revient aussitôt après. Le « notre » dans cette expression ne signifie pas un inconscient qui nous appartiendrait. Freud veut surtout souligner que son (notre) concept d’inconscient n’est ni celui des philosophes ni celui de Théodore Lipps sur lequel il s’est pourtant appuyé contre les philosophes. Lipps, que Freud a lu avec grand intérêt au cours de la rédaction de son grand livre, a eu selon lui le mérite de poser que « la question de l’inconscient est […] moins une question psychologique que LA question de la psychologie » (666) et que « l’inconscient doit être admis comme base générale de la vie psychique » (668) ; il a ainsi affirmé, à l’encontre des philosophes, que « tout ce qui est psychique est présent à titre inconscient, ensuite une part est présente aussi à titre conscient. » (669-670)
– Fort bien !, dit en quelque sorte Freud, mais ce n’est pas pour prouver cela que j’ai écrit ce livre sur le rêve et invoqué la formation de symptômes hystériques.
« Ce qui est nouveau, ce que nous a enseigné l’analyse des formations psychopathologiques, et d’abord de la première de la série, les rêves, c’est que l’inconscient – donc le psychique – se présente comme fonction de deux systèmes séparés et qu’il se présente déjà ainsi dans la vie d’âme normale. » (670)
Notons le caractère décisif de cette assertion. Et notons ensuite l’équivalence forte : « l’inconscient – donc le psychique ». Freud persiste et signe : l’inconscient c’est le psychique proprement réel. Mais la nouveauté ici est que ce psychique, et donc l’inconscient, est lui-même divisé en deux systèmes…
Arrêtons-nous un instant sur cette observation apparemment familière. Gageons que la plupart d’entre nous, quand nous pensons à la division du psychique selon Freud, nous pensons : « Oui, bien sûr, nous sommes divisés entre inconscient et conscient… » Or ce n’est pas ce que dit Freud. En ayant affirmé que l’inconscient c’est le psychique, en ayant destitué le conscient, il fait passer la division du psychique à travers l’inconscient lui-même. Ce qui est vraiment nouveau chez Freud, ce n’est pas que nous avons un inconscient et un conscient ; cela, Lipps l’avait déjà affirmé. Le nouveau est que nous avons deux inconscients. Au sens de la psychologie, les deux sont inconscients, mais
« l’un d’eux, que nous appelons Ics, est incapable de conscience, tandis que l’autre, Pcs, est ainsi nommé parce que ses excitations peuvent parvenir à la conscience, certes après avoir observé certaines règles et peut-être seulement après avoir enduré une nouvelle censure, mais pourtant sans prendre en considération le système Ics. » (670)
Cela peut sembler un détail, mais admettre que la division passe à travers l’inconscient lui-même change notre compréhension de ce que Freud veut dire quand il dit que l’inconscient, c’est le psychique. En fait, il nous dit qu’il n’y pas vraiment de « système conscient ». Le conscient n’est pas un système au même titre que le système Ics ; certes Freud écrit « système Cs », mais en rappelant qu’il fait tout un avec la perception au sein de l’appareil de perception-conscience (Pc-Cs). Il n’en reste pas moins que « le conscient » n’est que l’état de conscience fugitif à propos de ce qui est préconscient. Grosso modo, on peut faire s’équivaloir le Pcs avec le moi (mais rappelons que, en 1923, Freud avancera qu’une partie du moi est inconsciente au sens du refoulé, ce qui complique passablement le portrait, d’autant qu’entre-temps la définition même du moi aura changé). Pour le moment, il peut quand même écrire :
« Nous avons décrit les relations des deux systèmes l’un avec l’autre et avec la conscience en disant que les systèmes Pcs se trouve tel un écran entre le système Ics et la conscience. Le système Pcs ne fait pas que barrer l’accès à la conscience, disions-nous, il domine aussi l’accès à la motilité volontaire et dispose du pouvoir d’émettre une énergie d’investissement mobile dont une partie nous est familière en tant qu’attention. » (670)
L’attention, dont nous avons discuté dans la section précédente, est ainsi ramenée sur le devant de la scène en tant qu’investissement mobile.
V
Et la conscience ?
Une fois destituée de son rôle apparemment prédominant, se demande Freud, quel rôle reste-t-il pour la conscience ? La réponse est catégorique :
« Aucun autre que celui d’un organe sensoriel pour la perception de qualités psychiques. » (671, l’interlettrage de l’original est ici mis en italiques.)
Soulignons que durant les années 1990, déclarées « décennie du cerveau », et donc un siècle après que Freud ait écrit cette phrase, une fièvre s’est emparée des neurosciences, des sciences cognitives et de la philosophie de l’esprit afin de parvenir à « expliquer la conscience ». Pas une semaine ne se passait sans que paraisse un nouvel article ou un nouveau livre sur le sujet. Pour finir, si on a pu identifier certaines structures neuroanatomiques nécessaires à la conscience, ce qui constitue « the easy problem » selon le philosophe David Chalmers5, on n’est pas venu à bout de comprendre « the hard problem », c’est-à-dire comment la substance vivante en vient à être dotée de conscience. Freud, pour sa part, n’a même pas essayé de résoudre le « problème difficile », le considérant insoluble. Ce qui l’intéresse, c’est d’établir à quoi sert la conscience, quel rôle elle joue.
La langue française a un seul mot pour nommer à a fois la conscience au sens cognitif (consciousness, en anglais) et la conscience morale (conscience, en anglais) ; pour ce qui nous concerne ici, nous ne parlons que de la première. Nous avons déjà dit que pour Freud, cette conscience est inséparable de la perception au sein d’un unique « appareil de perception-conscience » (Pc-Cs). On n’est donc pas surpris qu’il affirme tranquillement que la conscience joue le rôle d’un organe sensoriel. Ce faisant, il ne désigne pas un organe anatomique, mais seulement que la conscience joue le rôle d’un organe destiné à la « perception des qualités psychiques ». Le mot « qualités » est important, parce que là-dessus au moins tout le monde s’entend : il n’y a de conscience que de ce qui comporte une qualité. Au fond, tout a un aspect quantitatif, mais les divers organes des sens ont la capacité de détecter (voire de créer) l’aspect qualitatif, sans lequel il n’y aurait pas de conscience digne de ce nom.
Pour donner un exemple : on peut dire que le capteur sur le téléviseur, qui obéit au signal infrarouge de la télécommande sans fil, « détecte » ce signal en tant que quantité (longueur d’onde, modulation de fréquence ou autre code semblable), mais on ne dira pas que cela rend le téléviseur « conscient » de ce signal; ce qui lui manque, c’est la possibilité de capter et d’apprécier pour lui-même, à partir du signal, des qualités sensorielles. Pour notre part, nous humains ne captons ni la quantité véhiculée par ce signal ni aucune qualité, puisque sa longueur d’onde est en dehors de la portion du spectre électromagnétique à laquelle nos yeux sont sensibles.6
Donner à la conscience le rôle d’un organe sensoriel, mais tourné vers le psychique, c’est-à-dire, si l’on veut, vers l’intérieur, cela signifie donc que le couple perception-conscience vient de s’enrichir d’un « sixième sens ». Pour ce sens,
« L’appareil psychique qui, avec l’organe sensoriel des systèmes Pc, et tourné vers le monde extérieur, est lui-même monde extérieur pour l’organe sensoriel du Cs… » (671)
Ce que Freud est en train de décrire ici, il nous l’a déjà présenté autrement dans la section sur la régression, en décrivant comment il imagine la formation des images de rêve sur la face interne de l’appareil Pc-Cs7 :
« Le matériel d’excitations afflue vers l’organe sensoriel Cs de deux côtés du système Pc dont l’excitation conditionnée par des qualités passe vraisemblablement par une nouvelle élaboration, jusqu’à ce qu’il devienne sensation consciente… » (671)
Mais si la sensation consciente concerne des qualités, de quelles qualités psychiques parlons-nous ? Qu’est-ce qu’une qualité psychique ? Freud a une réponse simple :
« les processus quantitatifs sont ressentis comme série qualitative de plaisir et déplaisir, lorsqu’ils sont parvenus à certaines modifications. » (671, italiques ajoutés)
Quelles modifications ? Freud ne le dit pas ici, mais on sait qu’il suit là-dessus le psychobiologiste Fechner pour qui une augmentation de l’excitation est éprouvée comme déplaisante et un relâchement comme plaisant (si on résume grossièrement). Ce qui compte, c’est qu’au stade actuel de la description, il n’existe que deux qualités psychiques dont nous puissions être conscients : le plaisir et le déplaisir, d’où l’importance du principe s’y référant. Plus loin (p. 672-673), Freud soulignera l’apport de qualités psychiques supplémentaires. Celles-ci s’obtiennent par l’adjonction de mots à ce qui vient de l’Ics. Ce rôle décisif des mots, il y reviendra avec insistance plus tard, en 1915 et en 1923 respectivement, dans « L’inconscient » et dans « Le moi et le ça ». Mettre des mots sur ce qui émane de l’inconscient sans qualité, est ce qui produira des qualités supplémentaires au plaisir ou déplaisir et rendra possible une prise de conscience plus élaborée.
Quant à savoir à quoi sert la perception consciente, c’est à nouveau l’attention qui est convoquée :
« [la perception consciente] a pour conséquence de diriger un investissement d’attention sur les voies suivant lesquelles se diffuse l’excitation sensorielle afférente… » (671, italiques ajoutés)
Cela est vrai autant pour la perception du monde extérieur que des sensations internes de plaisir et de déplaisir : il s’agit de réguler plus finement le fonctionnement de l’appareil psychique, aboutissant – Freud ne dit pas comment – à la possibilité d’investir aussi ce qui cause du déplaisir (et dont l’appareil à l’état purement inconscient se serait spontanément détourné.)
VI
Évocation du modèle traductif ?
Les propos de Freud dans ces pages sont complexes et parfois, faut-il avouer, un peu obscurs. Nous retiendrons qu’en parlant de cette régulation plus fine, Freud mentionne le refoulement et peut écrire :
« S’il est vrai d’une part qu’une pensée contre laquelle il faut exercer une défense ne devient pas consciente parce qu’elle est soumise au refoulement, elle peut d’autres fois n’être refoulée que parce qu’elle fut pour d’autres raisons soustraite à la perception de la conscience. » (672)
On croirait voir ici évoqués les deux types de refoulement dont nous avons souvent parlé. Le refoulement secondaire, ou refoulement après-coup, est décrit en premier. Mais Freud mentionne aussitôt le cas où une représentation est refoulée parce qu’elle a été soustraite à la perception de la conscience « pour d’autres raisons ». Parmi ces « autres raisons », il est facile d’imaginer le refusement de traduction invoqué dans la lettre 528
Cette hypothèse est renforcée par ce qu’il écrira ensuite.
Tout d’abord Freud précise que les processus de pensée « sont en soi dépourvus de qualités », donc, en toute logique, ne peuvent être conscients. Comme on vient de le voir, pour pouvoir devenir conscients, c’est-à-dire,
« pour se voir conférer une qualité, ils sont, chez l’être humain, associés aux souvenirs de mots dont les restes qualitatifs suffisent pour attirer sur eux-mêmes l’attention de la conscience… » (672-673)
Ici, il appelle en renfort l’expérience avec les hystériques :
« On a alors l’impression que le passage du préconscient à l’investissement de conscience est lui aussi en connexion avec une censure, semblable à la censure entre Ics et Pcs. » (673)
C’est ce qui est souvent appelé « seconde censure », sur laquelle il faudrait pouvoir s’attarder, parce qu’elle n’a pas fait l’objet d’un grand développement de la part de Freud. Pour le moment, il en dit quand même un peu plus :
«cette censure elle aussi ne s’instaure qu’à partir d’une certaine frontière quantitative, de sorte que des formations de pensée peu intenses lui échappent. Tous les cas possibles, aussi bien ceux où quelque chose et mis à l’écart de la conscience que ceux où quelque chose pénètre jusqu’à celle-ci avec des restrictions, se trouvent réunis dans le cadre des phénomènes psychonévrotiques ; tous, ils renvoient à la corrélation intime et réciproque entre censure et conscience. » (673, italique ajouté.)
La mise à l’écart de la conscience ou la pénétration dans celle-ci, mais avec des restrictions, cela nous rappelle précisément le modèle traductif au sein duquel traduction et refoulement (ou censure) vont de pair. On retrouve ainsi une idée générale de Freud qu’il formulera de façon très explicite en 1915 dans «L’inconscient » :
« …à tout progrès vers un stade supérieur d’organisation psychique correspondrait une nouvelle censure. » (OCFP XIII, p. 232.)
Cette loi générale, me semble-t-il, mérite d’être retenue afin de ne pas faire du refoulement et de l’accès à la conscience deux faits s’excluant l’un l’autre. Cette loi affirme en fait le rôle capital du refoulement dans le fonctionnement psychique. D’autre part elle nous rappelle qu’il n’y a pas de prise de conscience qui éliminerait une fois pour toutes le refoulement. Au contraire, toute prise de conscience comporte une nouvelle censure, un nouveau refoulement ; et un refoulement s’accompagne d’une production de formation substitutive, accessible à la conscience, même si le sens de cette formation peut ne pas être celui que l’on pense. On pourrait être amenés à poser que cette formation substitutive est une fausseté qu’il s’agirait de corriger en la remplaçant par la pensée « correcte », mais en fait nous sommes plutôt conduits à reconnaître que nous n’avons de pensées qu’approximatives et substitutives, parce que toujours déjà déviées par le rapport intrinsèque entre conscience et refoulement. Pour cette raison, penser est une tâche toujours à recommencer.
VII
Considérations finales
Dans les tout derniers paragraphes de cette section (et du livre), Freud soulève des questions éthiques. Par exemple : qu’en est-il de la réalité des souhaits inconscients ? C’est-à-dire, faut-il considérer les souhaits révélés par les rêves comme des intentions réelles, effectives, tout aussi soumises à jugement que celles formulées dans la vie éveillée ?
Freud répond en soulignant que la réalité psychique des souhaits « amenés à leur expression dernière et la plus vraie », cette réalité psychique « est une forme d’existence particulière qui ne doit pas être confondue avec la réalité matérielle ». (675) Il ajoute qu’en conséquence, il est injustifié de refuser la responsabilité pour nos rêves, mais que s’il faut juger les humains, il faut plutôt se baser sur leurs actes et les opinions exprimées consciemment.
Ces considérations peuvent-elles être lues autrement que ne semble le suggérer leur auteur ? D’une part, si la réalité psychique est « une forme d’existence particulière » et « ne doit pas être confondue avec la réalité matérielle », est-ce que cela en fait quelque chose de moins réel que la réalité matérielle ? L’expression « réalité psychique » est souvent employée de nos jours pour souligner un point de vue subjectif, sujet à changement, alors que l’on pourrait dire que tout le volume que nous venons de traverser souligne ce qu’il y a de réel, au sens du mot allemand « reale » que nous avons rencontré plus haut, c’est-à-dire d’immuable. Citons de nouveau Freud : « L’inconscient est le psychique proprement réel [das eigentlich reale Psychisch] » (668). Si nous mettons cette phrase côte à côte avec « une forme d’existence particulière qui ne doit pas être confondue avec la réalité matérielle » nous obtenons un sens un peu différent de ce que Freud semble entendre par cette dernière formule. Là où il insiste sur la différence entre réalité psychique et réalité matérielle (ce qui est indiscutable), on peut aussi lire une identité quant à leur caractère réel à toutes deux.
De même, à propos de la possibilité d’assumer la responsabilité de nos rêves, Freud semble dire qu’il n’y a pas lieu de s’en faire, et cite Sachs, pour dire que lorsque mis en rapport avec le présent, « le monstre […] vu sous le verre grossissant de l’analyse, nous le retrouvons […] comme infusoire. ». (676). C’est sans doute vrai, et on peut toujours se dire (y compris durant le rêve lui-même) : « Ce n’est qu’un rêve ! ». Freud ne vient-il pas de nous rappeler que ce qui compte réellement c’est le penser inconscient et que le rêve n’en est qu’un succédané, un déguisement, une présentation déformée.
Freud rappelle aussi le mot de Platon, « à savoir que le vertueux se contente de rêver ce que le méchant fait dans la vie » (675), ce qui semble donner moins de gravité aux rêves. Il est vrai que cela fut écrit à la fin des années 1890 et que Freud n’avait pas encore vu déferler la psychologie de masse dont il prendra la mesure dans un texte de 19219, un phénomène lui aussi bien fait pour illustrer le rapport entre représentation psychique et refoulement et comment le rêver – dans ce cas sous la forme de l’idéologie collective – masque des désirs inconscients inavouables.
Quand les nazis ont brûlé ses livres, Freud pouvait encore se montrer optimiste, lui que l’on décrit souvent comme un pessimiste. Lors des autodafés qui ont suivi l’annexion de l’Autriche, Freud a en effet réagi avec humour et proposé qu’on admire le progrès culturel accompli depuis des temps plus anciens : « …autrefois c’est moi qu’on aurait brûlé ». Il est mort en septembre 1939, avant de pouvoir réaliser qu’on l’aurait en effet brûlé lui-même, comme on a d’ailleurs brûlé ses sœurs, et que cela était le fait de gens qui n’auraient pas pu être distingués des « vertueux » dont parle Platon, puisqu’ils considéraient ne faire qu’obéir aux ordres, viser à accomplir un rêve grandiose – le « Reich de mille ans » – et donc agir pour le bien de leur patrie…
Une question se pose à nous au terme de notre périple dans L’interprétation du rêve : ce que nous y avons appris peut-il servir à analyser, et donc à dissiper, des rêves éveillés de ce genre qui semblent à nouveau se lever à l’horizon ?
- Mais notons que, dans la Métapsychologie de 1915, Freud dira que la description métapsychologique complète d’un fait psychique comporte les points de vue topique, dynamique et économique. Le modèle topique n’est donc pas abandonné, et en 1923, dans Le moi et le ça, il en proposera même un deuxième modèle. La vision topique reste donc en place ; l’important est de ne pas oublier qu’Il s’agit toujours d’une « représentation auxiliaire ». ↩
- On peut aussi sourire en pensant que le résultat de la réfraction de la lumière blanche donne un « spectre », alors que la réfraction-censure entre les systèmes psychiques produit, entre autres choses, des « fantômes » (fantasmes). ↩
- Voir aussi p. 466 et les documents 40* et 43. ↩
- Paul Valéry, Cours de poétique, Vol. I, Paris, Gallimard, 2023, p. 518, (italiques dans l’original).
↩ - Chalmers, David J. (1996), The Conscious Mind. In Search of a Fundamental Theory. Oxford and New York : Oxford University Press. ↩
- À la rigueur, si le signal infrarouge était plus intense, nous pourrions le capter sur notre peau par une sensation de chaleur. ↩
- Voir les documents 48, 49 et 50.
↩ - Nous avons vu (document 54) que l’attention peut-être retirée quand un train de pensées, ou une traduction, semble conduire vers une absurdité ou vers quelque chose de pénible.
↩ - Psychologie des masses et analyse du moi, OCFP, vol. XV. ↩

