I- Névrose et Psychose (1923)
Dans ce texte Freud semble vouloir mettre à l’épreuve le deuxième modèle topique qu’il vient de proposer la même année dans « Le moi et le ça ». La question semble être celle-ci: Est-ce que ce modèle peut servir à mieux formuler la problématique de la psychose par contraste avec la névrose ?
Il répond d’abord schématiquement: la névrose correspond à un conflit entre le moi et le ça; la psychose à une perturbation des relations du moi avec le monde extérieur.
Il met aussitôt en garde contre une telle simplification.
En termes de seconde topique, la névrose (éminemment: la névrose de transfert i.e. hystérie et névrose obsessionnelle) peut en effet se concevoir comme un refus du moi d’admettre ou de décharger des motions pulsionnelles du ça, ou encore de leur nier un objet. Le refoulé se trouve alors une représentance substitutive et un compromis doit être trouvé sous la forme d’un symptôme. Le moi combat contre ce symptôme; le symptôme insiste, le combat se répète et ainsi de suite… et voilà une névrose. Les choses se compliquent tout de suite un peu, puisque dans le refus du moi contre le refoulé, intervient le surmoi. C’est une complication parce que les commandements du surmoi sont, dit-il, issus des « influences du monde extérieur réel ayant trouvé leur représentance dans le surmoi » (p. 4). Donc, le combat n’est pas strictement entre deux instances (moi/ça) mais intervient aussi une troisième instance (le surmoi) et celle-ci implique à son tour les influences d’un quatrième facteur: le monde extérieur…
Freud résume: « Au service du surmoi et de la réalité, le moi est entré en conflit avec le ça, et voilà l’état des choses dans les névroses de transfert » (Ibid.)
Notons la triple alliance moi-surmoi-réalité contre le ça, et mentionnons tout de suite les questions que cela pose sur la nature et l’origine du surmoi. Freud y revient à la fin de l’article (p. 6):
« […] le surmoi […] réunit en lui, en une connexion non encore percée à jour, des influences venant du ça, tout comme du monde extérieur, et est en quelque sorte un prototype idéal pour ce à quoi vise toute aspiration du moi, la réconciliation des ses multiples relations de dépendance. Le comportement du surmoi devrait, ce qui jusqu’ici n’est pas encore arrivé, être pris en considération dans toutes les formes d’entrée en maladie psychique ».
On voit ainsi le surmoi se profiler d’un bout à l’autre de cet article. Le surmoi y est
- d’abord présenté comme représentant des influences du monde extérieur;
- ensuite comme allié au moi contre le ça;
- troisièmement comme comportant aussi des influences du ça;
- finalement comme incarnant un prototype idéal des visées du moi.
Problème des plus intéressants sur lequel il faudrait avoir le temps de se pencher en détail. Pour le moment, examinons ce qu’il en est de la question de l’hallucinatoire dans ce texte.
Dans la psychose les choses se présentent d’abord, là aussi, en toute simplicité : la rupture du moi avec la réalité extérieure donne préséance à la formation d’une néo-réalité sous la domination des visées du ça. (p. 4-5)
On retrouve là, à peu de choses près, le mécanisme du rêve, mais n’oublions pas que dans la formation des rêves intervient le moi, et que tout comme dans la névrose, le rêve est une formation de compromis, donc le ça n’a pas une totale liberté dans la création de la néo-réalité onirique. Ce modèle apparenté au rêve s’applique aisément à la psychose nommée « confusion hallucinatoire aiguë », où il n’y a pas de formation délirante stable comme dans les psychoses chroniques (exemple clinique ici). Dans les délires plus durables on a plutôt l’impression que le délire intervient comme une « pièce rapportée » destinée à boucher le trou formé par la rupture avec la réalité. Tentative de réparation (ou d’auto-guérison) du rapport avec la réalité, le délire se présente comme l’expression la plus frappante de la psychose, bien qu’il ne soit que la tentative d’en guérir.
Donc, ici également, mais par un autre chemin, on retrouve une analogie entre les mécanismes du rêve, des névroses et des psychoses. Le délire également est une tentative de trouver une nouveau compromis —certes plus problématique— entre les motions pulsionnelles et la réalité. Ce n’est pas la même sorte de compromis que dans le rêve ou la névrose, mais c’est néanmoins une tentative remettre un certain ordre après la rupture. Nous verrons Freud s’occuper de cette ressemblance entre névrose et psychose dans le second texte. Mais déjà dans celui-ci il formule des idées communes aux deux formes cliniques, posant l’étiologie commune dans « le refusement, le non-accomplissement des souhaits d’enfance éternellement incoercibles » et dont il dit que « ce refusement est en dernier ressort toujours un refusement externe ». (p. 5-6).
Quant à l’effet pathogène différent, il « dépend de ce que le moi, dans une telle tension conflictuelle, ou bien reste fidèle à sa dépendance à l’égard du monde extérieur et tente de bâillonner le ça, ou bien se laisse terrasser par le ça et par là arracher à la réalité. »
Notons que dans les deux cas, c’est le moi qui est mal pris, malade.
Après ces remarques, Freud introduit la complication, due au surmoi, que nous avons déjà indiquée plus haut. Il faut, ajoute-t-il, toujours examiner le rôle du surmoi, et il donne en exemple la mélancolie comme une pathologie spécifique d’un conflit direct entre moi et surmoi, pathologie rangée comme « psychonévrose narcissique ».
Freud résume: « la névrose de transfert [psychonévrose classique] correspond au conflit entre moi et ça, la névrose narcissique à celui entre moi et surmoi, la psychose entre moi et monde extérieur. » (p. 6) Mais il se dépêche de se demander si, avec cette nouvelle formulation, nous avons appris quelque chose que nous ne savions pas déjà ou « seulement enrichi notre trésor de formules ».
Quoi qu’il en soit, cela lui permet de souligner le fait que dans tous les cas, il s’agit d’un échec du moi. Mais cela ne fait que poser une question plus fondamentale: non pas « comment le moi tombe-t-il malade » mais au contraire, comment fait-il pour échapper aux conflits toujours présents entre les instances sans tomber malade.
Il identifie aussitôt deux facteurs:
1- les conditions économiques: il s’agit de l’économie libidinale, du facteur quantitatif, comme il l’appelle aussi parfois. C’est-à-dire, quelle instance est la plus forte (ce qui fait aussi intervenir des facteurs constitutionnels).
2- la possibilité pour le moi de se déformer plutôt que de s’effondrer; il peut même se fissurer et se diviser: « Par là les inconséquences, bizarreries et folies des hommes accèderaient à une même lumière que leurs perversions sexuelles, par l’acceptation desquelles ils s’épargnent en effet des refoulements. » (p. 7) [Freud reviendra plus tard dans d’autres textes sur la notion de déformation du moi.]
Et il conclut en se posant une autre question: il faut se demander quel est le mécanisme, analogue au refoulement, par lequel le moi se détache du monde extérieur [dans la psychose]. Il doit en tout cas correspondre à un retrait de l’investissement émis par le moi.
Cette dernière phrase peut étonner, puisque Freud avait déjà parlé de ce retrait d’investissement de la réalité dans son texte de 1914 « Pour introduire le narcissisme », dans lequel il posait que les phénomènes classiques d’entrée dans la psychose (sentiment de fin du monde, hypocondrie et mégalomanie) s’expliquaient aisément par le retrait de l’investissement dans le monde extérieur et le reflux dans le moi de la libido ainsi retirée au monde. On voit à présent que Freud ne se contente pas de cette formulation trop générale qu’est le retrait d’investissement. En effet, dans le refoulement aussi il y a retrait d’investissement (d’une représentation). Or, il serait inapproprié de dire que dans la psychose le moi refoule le monde extérieur, puisque cela équivaudrait à aplatir et à banaliser le sens spécifique du mécanisme du refoulement. Il faut donc, semble dire Freud, trouver quel est le mécanisme par lequel le moi se détache du monde extérieur.
À ce sujet, on trouvera une discussion et des références détaillées dans le Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche & Pontalis, à la voix « Forclusion ». Ce dernier terme est la traduction proposée par Lacan du terme Verwerfung, qui peut vouloir dire: refus, rejet ou, dans le mot composé Urteilsverwerfung, jugement de condamnation. Lacan a tiré le concept du côté de sa propre théorie du signifiant, donnant au mot un sens plus restrictif que ne le fait Freud. L&P concluent dans leur article « en se limitant au point de vue terminologique, que l’usage du terme de Verwerfung ne recouvre pas toujours ce que connote “forclusion” et, à l’inverse, que d’autres termes freudiens désignent ce que Lacan cherche à mettre en évidence. » (p. 165) Ces autres termes, ce sont; Ablehnen (écarter, décliner), Aufheben (supprimer, abolir) et Verleugnen (dénier, à ne pas confondre avec Verneinen, qui veut dire « nier »).
Mais peut-être la question de la rupture avec la réalité n’est-elle pas aussi spécifique à la psychose qu’on serait porté à le croire ? Si c’est le cas, alors y aura peut-être moyen de creuser davantage le mécanisme de cette rupture avec la réalité. La question sera reprise par Freud dans le second des deux petits textes que nous étudions en ce moment.
II- La perte de la réalité dans la névrose et la psychose (1924)
1- Freud commence par faire le lien avec le texte précédent en résumant la différence entre névrose et psychose. Il attire aussi l’attention sur une conclusion à laquelle on serait tenté d’arriver au sujet du rapport à la réalité: « La perte de la réalité serait, pour la psychose, donnée d’emblée; pour la névrose, devrait-on estimer, elle serait évitée » (p. 37).
2- En fait, il va immédiatement contester cette conclusion, en soulignant que
« toute névrose perturbe d’une façon ou d’une autre le rapport du malade à la réalité, est pour lui un moyen de se retirer d’elle et, dans ses conformations graves, signifie directement une fuite hors de la vie réelle ».
3- Mais alors, demande-t-il, d’où vient l’apparente contradiction entre les mécanismes de névrose et ceux de la psychose ?
« La contradiction ne subsiste en effet qu’aussi longtemps que nous envisageons la situation de départ de la névrose, dans laquelle le moi, au service de la réalité, procède à un refoulement de la motion pulsionnelle. Mais ceci n’est pas encore la névrose elle-même. » (p. 37, italiques ajoutés.)
Freud, comme on voit, se trouve ainsi à déplacer et à reformuler le problème. Souvenons-nous en effet qu’il se demandait, à la fin du texte précédent, quel serait l’équivalent, pour la rupture avec la réalité dans la psychose, du refoulement de la névrose. En constatant que le refoulement n’est qu’une condition initiale et non la névrose elle-même il me semble dire implicitement ceci: on ne peut mettre sur un même plan le refoulement et la rupture avec la réalité; la question était en fait mal posée, puisque dans les deux types de pathologie il y a rupture avec la réalité. La rupture avec la réalité, advient dans la névrose secondairement au refoulement, tandis que dans la psychose elle serait un fait premier. Si donc nous investiguons les différences dans les façons respectives de rompre avec la réalité, alors nous en apprendrons sans doute un peu plus sur les deux pathologies et leurs mécanismes.
Revenant à la névrose, il indique que « Celle-ci consiste bien plutôt dans les processus qui apportent un dédommagement à la part du ça soumise à dommage, donc dans la réaction contre le refoulement et le ratage de celui-ci. » (ibid. italiques ajoutés). La névrose, comme il l’avait déjà précisé dans le premier texte, résulte donc de la lutte secondaire contre le retour du refoulé et contre les formations de compromis auxquelles le moi a dû se résoudre. Freud précise en effet ceci:
« l’investigation de détail montre que la perte de réalité concerne précisément ce morceau de la réalité dont l’exigence a eu pour [résultat] le refoulement pulsionnel. » (italiques ajoutés).
Autrement dit, Freud reprend ici ce qu’il avait dit dans le texte précédent, que les oppositions binaires sont trop simples. Oui, le moi dans la névrose est en en conflit avec le ça, mais dans le compromis qu’il doit signer avec celui-ci, il doit renoncer à la part de réalité qui est le prix à payer pour pouvoir refouler la motion pulsionnelle.
Freud donne un exemple clinique tiré des Études sur l’hystérie, exemple que je n’ai pas besoin de reprendre ici. Un autre bref exemple clinique (tiré d’un cas réel de ma pratique) peut apporter de l’eau au moulin de Freud : une jeune femme qui doit refouler violemment des motions pulsionnelles incestueuses envers son père (évidemment inconscientes et que nous ne pourrons connaître qu’à la faveur de l’analyse) n’y parvient qu’à condition de ne pouvoir avoir de relations sexuelles complètes avec aucun homme. Elle développe pour cela un vaginisme serré qui la rend impénétrable, à son grand désarroi; mais ce n’est pas tout; elle devient aussi agoraphobe et ne peut se déplacer hors de chez elle qu’accompagnée d’une amie; agoraphobie dont on comprendra avec le temps une des raisons: ne pas risquer, en sortant de chez elle seule, d’éveiller des désirs sexuels. Ainsi, elle ne risque pas de se retrouver seule avec un homme qui pourrait l’intéresser sexuellement. Elle a bien un colocataire mâle, mais il est homosexuel. Le pan de la réalité ainsi perdu est celui qui concerne les partenaires hétérosexuels évoquant trop clairement le premier homme de sa vie: le père. Les symptômes (vaginisme, agoraphobie) sont le dédommagement dû au ça pour avoir barré la route au désir incestueux. Mais nous verrons que cela n’est possible que par la production d’autre chose.
4- Mais alors, demande Freud, y aurait-il dans la psychose aussi deux étapes: une première qui arrache le moi à la réalité, suivie d’une compensation qui cherche à réparer le dommage causé au rapport avec la réalité ? La réponse est oui. La seconde étape, écrit Freud « réinstaure alors la relation à la réalité aux dépens du ça » (p. 38, italiques ajoutés).
Ici encore il faut lire attentivement et ne pas céder à la tentation de schématiser. Ce « aux dépens du ça » (« at the expense of the Id » dans la traduction de Strachey) pourrait en effet nous faire croire que le ça « perd quelque chose » au change puisque la restauration du lien à la réalité se fait à ses dépens. Mais ce n’est pas ainsi. En fait nous avons ici la mise en application du point de vue économique de la métapsychologie auquel Freud faisait référence à la fin du texte précédent. « Aux dépens du ça » cela signifie que le retrait d’investissement de la réalité opéré par le moi sera compensé par un investissement venant du ça. Le moi s’est retiré d’une partie plus ou moins grande de la réalité et le ça prend alors, pour ainsi dire, les affaires en main. Et comme dans les affaires humaines courantes, celui qui investit a son mot à dire sur ce qu’on produit. La néo-réalité créée pour compenser la rupture opérée par le moi se fera donc en fonction des intérêts pulsionnels émanant du ça.
Ainsi, il y a beaucoup de ressemblance entre névrose et psychose:
« La seconde étape es donc, dans la névrose comme dans la psychose, portée par les mêmes tendances, elle sert dans les deux cas les aspirations de puissance du ça qui ne se laisse pas contraindre par la réalité. Névrose et psychose sont donc l’une comme l’autre l’expression de la rébellion du ça contre le monde extérieur, de son déplaisir ou, si l’on veut, de son incapacité à s’adapter à la Nécessité réelle, à l’Anankè. » (p. 39)
5- Mais il y a aussi des différences:
« Névrose et psychose se différencient bien davantage l’une de l’autre dans la première réaction engagée que dans la tentative de réparation qui la suit. »
En effet, puisque dans la névrose le moi cherche à se soustraire à poussée pulsionnelle tandis que dans la psychose il cherche à se soustraire à la réalité extérieure.
Cette différence aura des conséquences sur le résultat final: dans la névrose la réalité est évitée sur le mode de la fuite; dans la psychose, elle est remaniée dans sa construction. Ou encore:
« Dans la psychose, à la fuite initiale succède une phase active de reconstruction, dans la névrose, à l’obéissance initiale [succède] une tentative de fuite après-coup. Ou bien, pour l’exprimer autrement : la névrose ne dénie pas la réalité, elle veut seulement ne rien savoir d’elle; la psychose la dénie et cherche à la remplacer. » (ibid.)
6- Mais comment, en travaillant sur quels matériaux, se fait la reconstruction de la réalité dans la psychose ? Réponse de Freud:
« Sur les précipités psychiques des relations entretenues jusqu’alors avec elles, donc sur les traces mnésiques, les représentations et les jugements qu’on avait jusqu’alors tirés d’elle et par lesquels elle se trouvait représentée dans la vie d’âme. »
Donc, là encore, pas de différence avec la névrose ou la « normalité »! D’ailleurs, chez le psychotique aussi la relation à la réalité n’a jamais été une relation achevée une fois pour toutes : « elle était continuellement enrichie et modifiée par de nouvelles perceptions. » [on retrouve ainsi le modèle des retranscriptions continuelles; cf. la « lettre 52 » et le texte sur les souvenirs-écrans. ].
« Ainsi, poursuit Freud, s’instaure pour la psychose, elle aussi, la tâche de se procurer des perceptions telles qu’elles correspondraient à la nouvelle réalité… » telle que remaniée en fonction des intérêts du ça. Notons ici le mécanisme parfaitement normal auquel obéit la psyché du psychotique: comme toute psyché elle doit trouver dans le monde extérieur des perceptions qui valident la conception nouvelle de la réalité. Et comme il ya de bonnes chances pour que la réalité extérieure ne coïncide pas avec la néo-réalité du psychotique, la pseudo-confirmation sera apportée « de la façon la plus fondamentale par la voie de l’hallucination. » (p. 40)
Cette description plus complète des mécanismes nous permet par la même occasion de comprendre pourquoi, tout en obéissant au ça, la formation de psychose ne produit pas un état de béatitude permanent. On observe, surtout au moment de l’entrée dans la psychose, des états d’euphorie : le sujet se sent avoir enfin trouvé « la » solution à ses difficultés, « tout » s’explique enfin, etc. mais, comme le rappelle Freud, « les formations délirantes et les hallucinations, dans tant de formes et de cas de psychose, font montre du caractère le plus pénible et sont reliées à un développement d’angoisse ». Pourquoi ? Parce que la construction de la néo-réalité est toujours confrontée aux forces opposées: celles de la réalité, des données contradictoires que fournit la perception. Celle-ci doit donc elle-même être déformée, dans l’hallucination.
Freud note la persistance de l’analogie avec le mécanisme de la névrose: dans celle ci, le refoulé fait inévitablement retour et il faudra passer un compromis pour éviter l’angoisse qui accompagne le retour du refoulé.
« Dans la psychose, vraisemblablement, le morceau de réalité écarté s’impose sans cesse à la vie d’âme, comme dans la névrose la pulsion refoulée, et c’est pourquoi les suites sont également les mêmes dans les deux cas. » (p. 40, italique ajoutés)
Dans son texte sur le Président Schreber, Freud avait posé que « ce qui [du rapport à la réalité] a été intérieurement supprimé fait retour de l’extérieur » [dans le délire et les hallucinations]. (Vol. X, p. 294).
7- Mais il y a plus. Une autre analogie est que dans la névrose comme dans la psychose le « dédommagement » n’apporte pas une satisfaction complète. Cependant, il y a entre névrose et psychose une différence d’accent.
Dans la psychose, l’accent repose sur la première étape (rupture avec la réalité), et Freud précise que cette étape est « morbide en soi et ne peut conduire qu’à l’état de maladie »; dans la névrose, c’est la seconde étape qui est importante: l’échec du refoulement et le retour du refoulé.
Freud réitère que dans la névrose il y a aussi une fuite de la réalité (vs. remodelage de la réalité dans la psychose), mais il ajoute désormais que la névrose aussi comporte un remplacement de la réalité évitée: c’est la fonction de la fantaisie ou fantasme.
Mais dans la psychose aussi, semble dire Freud, le monde de la fantaisie est le « magasin à provisions » pour la construction de la néo-réalité. Le problème est que ce nouveau monde veut se mettre à la place de la réalité extérieure là où la fantaisie névrotique, comme le jeu des enfants, s’appuie encore sur la réalité extérieure partagée. La différence entre névrose et psychose consiste donc non pas tant dans perte de la réalité, conclut Freud, que dans la façon d’y apporter un substitut. (p. 41).
