12B- Questions posées par Jacqueline Lanouette

Bonjour à tous,

Jacqueline Lanouette m’a fait parvenir les questions qu’elle avait mises par écrit en vue de notre rencontre de la dernière fois. Comme vous vous en souviendrez, il a suffi de la question 1 pour nous tenir occupés tout le temps du séminaire. Voici donc les autres questions, que nous pourrons aborder lors de notre prochaine rencontre, avec mes remerciements à Jacqueline pour cette incitation à la discussion.

Question 1 :
Dans sa citation de la page 2, Freud mentionne deux types de fantaisies inconscientes :

  1. Celles qui de tout temps ont été Ics ( ont la qualité Ics ) parce qu’elles ont été formées dans l’Ics (structurel).
  2. Les fantaisies autrefois conscientes qui aboutissent dans l’Ics du fait du refoulement. Leur contenu, modifié ou non, a acquis une qualité Ics …alors qu’il ne me semble pas refoulé dans l’Ics mais dans le Pré-Cs.

Les fantasmes de tout temps qualitativement et structurellement Ics , De Mijolla et Le Guen, tout comme le Freud de 1908, et celui de « L’Interprétation des rêves »les présentent comme source de toutes les productions conscientes (rêves, rêveries, symptômes) qui visent la réalisation d’un désir. Peut-on les voir comme des rejetons de l’Ics ?

Question 2 :
Page 8
Tu présentes les concepts de « germes en puissance » et de « conglomérats primitifs à dissocier » comme synonymes.
Ne peut-on concevoir les conglomérats primitifs comme plus proche du noyau chosique de l’Ics , de l’énergie non qualifiée et de la quantité alors que les « germes en puissance du processus d’affectation » de par leur trajectoire, leur association aux affects et leur différence de la pure décharge me semblent plus proches des rejetons de l’Ics associés au Pré-Cs.?

Question 3 :
Page 9
Tu parles des possibilités d’amorce comme des traces mnésiques à l’état de chose. Le concept de « trace mnésique » chez Freud évolue, se transforme, revient à ce qu’il était. Au début de son œuvre, la TM est identique à la mémoire puis elle devient matériel brut sans forme ni image, notion logique, un équivalent de représentation-chose, elle en vient à correspondre au refoulé comme une connaissance inconsciente d’elle-même et finalement la TM c’est quelque chose qui s’étend sur les traces mémorielles comme une charge électrique à la surface du corps.
Quand tu parles de traces mnésiques à l’état de chose l’entends-tu dans le modèle traductif de Laplanche comme un effet résiduel (un reste non traduit) du message séducteur et énigmatique de l’autre. Ce serait un noyau dur qui échappe à toute compréhension mais s’inscrit dans la psyché de l’enfant. Cette inscription qui fait pression vers la traduction ou la décharge, n’est pas une trace mémorielle, pourrait-elle se rapprocher de la trace mnésique à l’état de chose dont tu parles?

Question 4 :
Page 11 à 13.
Le terme d’héritage phylogénétique est presque toujours entendu dans son sens biologique de transmission par les gênes. Des recherches pour un autre séminaire dans lequel on prévoit s’intéresser aux travaux de Derrida, Abraham et Torok m’ont amenée à me demander si le terme phylogénétique ne peut pas aussi être compris comme relatif à la phylogenèse, c’est-à-dire à l’histoire de la formation et de l’évolution d’une espèce, d’une lignée. J’ai l’impression, peut-être à tort, que tu te rapproches de çà quand tu parles –page 12- des « images et des éléments de la culture d’appartenance qui servent à la théorisation infantile de la scène originaire ».
Derrida, Abraham et Torok se penchent sur la transmission transgénérationnelle d’un secret inavouable (Inceste, Shoah, crime etc.) enterré dans l’Ics refoulé de l’objet parental à l’Ics de l’enfant. Ce passage de l’Ics du parent à l’Ics de l’enfant déposerait dans l’Ics de ce dernier une formation qui n’a jamais été consciente pour l’enfant. Celui-ci serait hanté par des « fantômes » (fantasmes?) qui témoignent de ce non-dit dans le vécu de l’ancêtre.

2 Comments

  1. En réponse au commentaire de Jacqueline:
    Chère Jacqueline,
    Merci d’avoir retrouvé cette citation fort intéressante.
    Tu noteras cependant que Freud ne parle pas de traces mnésiques, mais de “quelque chose…qui a les propriétés d’une quantité”. C’est ce qui apparaîtra un an plus tard dans le “Projet de psychologie scientifique” sou le nom de « Quantité », désignée par les lettres Q et Qn, et qui sera souvent appelée par la suite « quantum d’affect ». Donc, dans le texte de 1894 que tu cites, il ne s’agit pas de la trace mnésique elle-même, mais de la « quantité (d’énergie) » dont elle est chargée (ou investie).
    Tu pourrais sans doute demander si à l’état de « chose » la trace mnésique ne serait pas pure quantité. Mais alors, la métaphore que Freud utilise dans la citation perdrait son sens, puisqu’il parle bien de la quantité qui « s’étend sur les traces mémorielles comme une charge électrique, etc… » Freud ne semble donc pas faire s’équivaloir la trace mnésique et la charge (quantité) qui s’étend sur elle.

  2. J’ai retrouvé la citation de Freud qui parlait de la trace mnésique en des termes que tu croyais qu’il réservait à la pulsion.
    Bonsoir Dominique,

    J’ai retrouvé la citation de Freud dans laquelle il parle de la trace mnésique en des termes que tu croyais associés seulement à la pulsion.
    Dans « Les psychonévroses de défense » (1894), il écrit: » Dans les fonctions psychiques, quelque chose est à différencier…qui a toutes les propriétés d’une quantité…quelque chose qui est capable d’agrandissement, d’amoindrissement, de déplacement et de décharge, et qui s’étend sur les traces mémorielles des représentations un peu comme une charge électrique sur la surface des corps. »

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