(17-10-2016)
Voici une intervention de Richard Simpson qui lui a été inspirée par la discussion lors de notre dernière rencontre. Je tenterai de la traduire si je trouve le temps d’ici la semaine prochaine. Je mettrai aussi en ligne l’article de Lawrence Friedman dont il est question.
Cher Dominique,
J’ai pensé de faire un petit commentaire sur le site du séminaire […].
En fait, mon idée est une association du dernier séminaire. L’idée de « commerce » entre les systèmes Ics, Pcs, Cs m’a fait penser du texte de Larry Friedman sur « The Discrete and the Continuous in Freud’s »Remembering, Repeating and Working Through » ». Je ne peux pas traduire le texte de Friedman ou facilement mettre en mots mes pensées sur la/les connexions entre les deux textes de Freud. Donc je vais essayer faire un commentaire en anglais.
The following is a paragraph from Freud “The Unconscious” text that we covered last week. What I was taking away from your discussion is the importance of movement and interaction at all levels between the 3 systems Ics, Pcs and Cs.
« Tournons-nous vers le commerce de l’Ics avec les autres systèmes, moins pour poser comme tel quelque chose de nouveau que pour ne pas passer à côté de ce qu’il y a de plus tangible. Aux racines de l’activité pulsionnelle, les systèmes communiquent les uns avec les autres de la manière la plus extensive. Une part des processus excites ici passe par l’Ics comme par un stade préparatoire, et atteint la plus haute conformation psychique dans le Cs, une autre est retenue comme Ics. Mais l’Ics est en outre touche par les expériences vécues, issues de la perception externe. Toutes les voies allant de la perception ; à I’ Ics demeurent, dans la norme, libres ; seules les voies conduisant plus loin à partir de I’ Ics sont soumises au barrage par le refoulement. » (Freud L’Inconscient. p. 234)
In this paragraph Freud says: « Mais l’Ics est en outre touche par les expériences vécues, issues de la perception externe. » And one of the possible type of external perception is the analyst’s words and actions, including naming the resistance as Friedman emphasizes.
I think Larry’s words speak for themselves in these two paragraphs below in the sense that there is the action on the part of the analyst to put his interpretation into the continuous flow of the patient’s circulating Ics, Pcs and Cs. The analyst’s words/affects are perceptions going both to the system Cs and Ics. Then it is moves to the patient inner struggle to see what shift in equilibrium might occur in the balance of resistance/repression and awareness. And as you said last week, the best evidence of an effect of the analyst’s interventions is the nature of the movement that occurs in the patient’s associations.
Here is the core of Larry’s argument, at least in terms of treatment:
“Freud is telling us that the patient, in order to work through the named resistance, must contribute something the analyst doesn’t initially have and can’t give him. The analyst can only point the way to the living experience of conflict. As already mentioned, it is a two-stage process, the first part of which is the analyst’s (directing attention), and the second part—the working through part—requires the patient’s struggle. As the patient becomes aware of his countermotive he can let the analyst know more about the particularity of the resistance, beyond the visible consequence of it that the analyst had spotted. We can see why Freud thought that the naive analysts in this passage who complained to him about the ineffectiveness of their interpretation were counting on suggestion rather than psychoanalysis to do the work. In contrast, Freud depicts the analytic mechanism of cure as the blunt, personal, conscious experience of—indeed, the forced “acquaintance” with—internal conflict: “it is this kind of experience . . . which convinces the patient of the existence and power of such impulses. . . . From a theoretical point of view one may correlate it with the ‘abreacting’ of the quotas of affect strangulated by repression . . .” (pp. 155–156).5
“Strachey’s mistranslation is a harbinger of the many arbitrary meanings later attributed to the term. As against them, and at the cost of repetition, let me summarize my reading of the concept in this paper: Working through does not mean working out an issue. Nor does it mean ironing out a resistance. It means working in the teeth of the resistance. The patient must continue to carry out his analytic duty in the face of the resistance. Then he will have the something else that is needed besides the analyst’s interpretation. What would that be? He will experience the impulse that is the source of the resistance. Only the patient can feel that impulse; the analyst can only name it, and then hear about it from his patient. What is the feeling the patient will have? I think it is obvious when you consider what a resistance actually is: The patient will feel the interests that would ordinarily turn him away from declaring themselves.
Reading a thermometer is not the same as making the acquaintance of burning heat. Fidelity to the fundamental rule requires a patient to work through his resistance as one would walk through fire, and thereby feel the heat. The patient will feel both sides of a conflict at once; he will explicitly experience the incompatibility of conflicted interests. Working through a resistance, the patient will be working against half of himself, and he will not escape conscious awareness of what it is inside him that the “against” is against. Freud’s reply to the inexperienced analyst is that a patient does not endure that experience no matter how plausibly informed, as long as he is acquainted only with his presented and presentable self. (p. 20-21)”
Lawrence Friedman, The Discrete and the Continuous in Freud’s “Remembering, Repeating and Working Through”, J Am Psychoanal Assoc 2014 62: 11
Voici une traduction à main levée du message de Richard Simpson.
Cher Dominique,
J’ai pensé de faire un petit commentaire sur le site du séminaire […].
En fait, mon idée est une association du dernier séminaire. L’idée de « commerce » entre les systèmes Ics, Pcs, Cs m’a fait penser du texte de Larry Friedman sur « The Discrete and the Continuous in Freud’s “Remembering, Repeating and Working Through” ». Je ne peux pas traduire le texte de Friedman ou facilement mettre en mots mes pensées sur la/les connexions entre les deux textes de Freud. Donc je vais essayer faire un commentaire en anglais.
Ce qui suit est un paragraphe tiré de Freud, « L’inconscient », que nous avons discuté la semaine dernière. Ce que j’ai retenu de ta discussion et l’importance du mouvement et de l’interaction à tous les niveaux entre les trois systèmes, Ics, Pcs et Cs.
« Tournons-nous vers le commerce de l’Ics avec les autres systèmes, moins pour poser comme tel quelque chose de nouveau que pour ne pas passer à côté de ce qu’il y a de plus tangible. Aux racines de l’activité pulsionnelle, les systèmes communiquent les uns avec les autres de la manière la plus extensive. Une part des processus excites ici passe par l’Ics comme par un stade préparatoire, et atteint la plus haute conformation psychique dans le Cs, une autre est retenue comme Ics. Mais l’Ics est en outre touche par les expériences vécues, issues de la perception externe. Toutes les voies allant de la perception ; à l’Ics demeurent, dans la norme, libres ; seules les voies conduisant plus loin à partir de l’Ics sont soumises au barrage par le refoulement. » (Freud, L’Inconscient, p. 234)
Dans ce paragraphe Freud ajoute: « Mais l’Ics est en outre touché par les expériences vécues, issues de la perception externe. » Et un des types possibles de perception externe, ce sont les paroles et actions de l’analyste, y inclus le fait de nommer les résistances, comme le souligne Friedman. Je crois que les mots de ce dernier parlent d’eux-mêmes dans les paragraphes ci-dessous, dans le sens où il y a l’action de l’analyste (visant à) insérer son interprétation dans le courant continu qui circule entre Ics, Pcs et Cs. Les paroles/affects de l’analyste sont des perceptions rejoignant à la fois le système Cs et Ics. Ensuite il dépend de la lutte interne au patient de voir quel déplacement se produit à l’intérieur de l’équilibre entre la résistance/refoulement et le devenir conscient. Et comme tu as dit la semaine dernière, la meilleure preuve d’un effet de l’intervention de l’analyste, c’est la sorte de mouvement qui se produit dans les associations du patient.
Voici la partie centrale de l’argument de Larry (Friedman), du moins pour ce qui concerne le traitement:
« Freud nous dit qu’afin de perlaborer (work-through) la dite résistance, le patient doit apporter quelque chose que l’analyste, au début, ne possède pas et ne peut pas lui donner. L’analyste peut seulement indiquer la voie vers l’expérience vécue du conflit. Comme déjà dit, c’est un processus en deux étapes, dans la première l’analyste (dirige l’attention) et dans la seconde —la perlaboration— exige la lutte du patient. À mesure que le patient devient conscient de son motif contraire il peut laisser savoir à l’analyste quelque particularité de sa résistance, au-delà des effets visibles de celle-ci que l’analyste avait déjà perçus. On peut voir pourquoi Freud pensait que les analystes débutants qui se plaignaient à lui de l’inefficacité de l’interprétation comptaient en fait plus sur la suggestion que sur l’analyse pour faire le travail. Par contraste avec cela, Freud décrit le mécanisme d’action de l’analyse comme l’expérience directe, personnelle et consciente du — et en fait la familiarisation forcée avec le — conflit interne: “ le patient se convainquant de l’existence et de la puissance de ces motions en vivant une telle expérience. […] Théoriquement on peut mettre [la perlaboration] en parallèle avec l’ abréaction des montants d’affect restés coincés du fait du refoulement…” 1
La mauvaise traduction de Strachey [« la résistance avec laquelle le patient fait connaissance » a été traduite par Strachey comme « la résistance méconnue du patient »] était annonciatrice des nombreux sens arbitraires plus tard attribués à l’expression [working-through]. Là-contre, et au risque de me répéter, permettez-moi de résumer ma lecture de ce concept dans cet article [de Freud]. Perlaboration (Working-Through) ne signifie pas travailler sur un problème, ni aplanir une résistance. Cela signifie travailler dans le feu [in the teeth] de la résistance(dans la gueule du loup?). Le patient doit continuer de faire son devoir de patient en dépit de la résistance. Ainsi, il aura le quelque chose de plus que l’interprétation de l’analyste. Qu’est que ça peut être? Il fera l’expérience des motions pulsionnelles qui sont la source de la résistance. Seul le patient peut ressentir ces motions; l’analyste peut seulement leur donner un nom, et ensuite entendre le patient en parler. Quel est le sentiment (ou la sensation) qu’en aura le patient? Je crois que quand on pense à ce qu’est vraiment une résistance, cela est évident: Le patient va ressentir les motions pulsionnelles qui ordinairement le détourneraient de leur nomination. Lire un thermomètre n’est pas la même chose que faire l’expérience d’une chaleur brûlante. La fidélité à la règle fondamentale demande du patient qu’il perlabore sa résistance en marchant sur les braises, ressentant ainsi la chaleur. Le patient ressentira les deux faces du conflit tout à la fois; il fera l’expérience explicite de l’incompatibilité des intérêts conflictuels. Perlaborant une résistance, le patient travaillera contre une moitié de lui-même et ne pourra échapper à la prise de conscience de ce contre quoi à l’intérieur de lui le “contraire” est contre. La réponse de Freud à l’analyste inexpérimenté est que la patient ne supporte pas l’épreuve, peu importe combien on l’en a informé, tant qu’il ne connaît que la part de lui qui est présentée et présentable. »
(Lawrence Friedman, The Discrete and the Continuous in Freud’s “Remembering, Repeating and Working Through”, J Am Psychoanal Assoc 2014, 62: 11-34.)
- Freud, RRP, (O.C. XII, p. 195-196. ↩
