11- Automne 2016: Fantasme et processus de fantasmatisation

Comme annoncé lors de notre dernière rencontre avant l’interruption estivale, je vous propose cet automne de nous attarder à la question du fantasme.

Le fantasme figure en bonne place parmi les éléments les plus importants dans la pensée psychanalytique. Pour plusieurs auteurs, en effet, la psychanalyse proprement dite n’aurait commencé que lorsque Freud s’est détourné de la théorie de la séduction et lui a substitué la théorie du fantasme. C’est une lecture contestable de l’histoire de la psychanalyse, mais il n’empêche que le fantasme occupe en effet une place centrale dans la théorie et la pratique psychanalytique.

La notion de fantasme a fait l’objet de nombreux travaux importants, parmi lesquels le travail conjoint de Laplanche et Pontalis, Fantasme originaire, fantasmes des origines, origines du fantasme, (Paris, Hachette, « Textes du XXe Siècle », 1985) est un véritable « classique », une référence obligée. Longtemps après sa publication, Laplanche a précisé que ce texte ne reflétait pas sa position personnelle sur la question, mais rendait compte de la pensée de Freud (il n’a pas précisé si Pontalis avait la même opinion). Quoi qu’il en soit, il va de soi que c’est Freud… tel que lu par Laplanche et Pontalis. Mais quand on sait avec quelle minutie ils ont parcouru l’ensemble de l’œuvre freudienne en vue de la production de leur Vocabulaire, on peut être confiant que ce n’est pas une lecture quelconque.

Ce texte de 1967 nous renvoie nécessairement aux textes freudiens eux mêmes, parmi lesquels nous pouvons notamment mentionner:

  • (1908) « Les fantaisies hystériques et leur relation à la bisexualité », Œuvres complètes, Vol VIII.
  • (1915) « L’inconscient », notamment la section « Le commerce entre les deux systèmes ».
  • (1919), « Un enfant est battu », Œuvres complètes, Vol XV.

Un autre classique est le texte de Susan Isaacs, The Nature and Function of Phantasy (1948), qui, au moment de sa publication, était l’expression pratiquement officielle de la pensée kleinienne sur le sujet.

Une autre lecture importante concernant le rôle du fantasme est sans doute La Violence de l’interprétation, de Piera Castoriadis-Aulagnier (PUF, Le fil rouge, 1975), où, bien que ce ne soit pas le thème central de l’ouvrage, la question est abordée dans la première section du livre avec une originalité et une rigueur exemplaire.

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Une recherche sommaire dans PEP, à propos des articles qui comportent dans leur titre soit « fantasy » soit « phantasy », nous donne environ 500 articles. Le nombre réel des articles portant en tout ou en partie sur ce sujet est sans doute beaucoup plus important. Chaque courant psychanalytique existant aujourd’hui a développé des positions plus ou moins en accord, ou plus ou moins en désaccord, avec ce qu’on a pu considérer la « théorie classique » du fantasme. Le problème est qu’il est difficile de dire ce qu’est exactement cette théorie classique. Dans un travail collectif mené sur plus de deux années au sein du « Conceptual Integration Project Group (CIPG) » (Bohleber et coll.) de l’Association psychanalytique internationale, nous avons essayé de dégager quelques positions représentatives des divers courants, mais même dans ce cas, il n’est pas évident que nous ayons réussi à rendre compte de toute l’étendue de la question.

Le travail auquel je vous convie cet automne ne visera pas à refaire le parcours de la littérature sur le sujet. Je vous invite plutôt à bien vouloir discuter avec moi de certaines positions que j’ai été amené à prendre à la suite de ma collaboration avec le CIPG. En effet, alors que l’article publié par le collectif se devait de tenter de rendre compte plus ou mois impartialement des positions existantes et de voir si elles peuvent être rapprochées, il reste que chacun des membres individuels avait son point de vue personnel qu’il fallait garder pour soi. Dans le texte que je vous propose pour discussion approfondie, j’expose le point de vue personnel auquel je suis parvenu au terme de ce travail collectif, et qui n’engage que moi. Ce texte est intitulé « Fantasme et processus de fantasmatisation » et il a été écrit à l’invitation de la Revue française de psychosomatique. Ce qui me donne l’occasion d’attirer votre attention sur cet autre domaine psychanalytique, la psychosomatique, où la question du fantasme se pose éminemment, en bonne part à cause de sa relative absence ou déficience dans ce que Marty et de M’Uzan ont décrit comme « pensée opératoire » ou « état opératoire ».

Je vous soumets donc l’article « Fantasme et processus de fantasmatisation », que j’ai déposé à la page « Documents » du site web, en compagnie des textes de Laplanche et Pontalis. d’Isaacs, et de Bohleber et Collaborateurs. J’y ai ajouté aussi un court travail de Michel de M’Uzan intitulé « Affect et processus d’affectation », puisque, comme vous pourrez le voir, il m’a servi de modèle dans le développement de mon propre article sur le fantasme.

Cela constitue déjà un programme de lecture substantiel. Je crois que nous pourrons y passer tout l’automne, au moins. J’aimerais en effet que la discussion approfondie de mon article personnel serve en même temps d’occasion et de guide pour la lecture des textes pertinents. Je ne vous propose pas de discuter tous les autres textes en détail; on pourra décider ensemble, lors de notre première rencontre de septembre, comment mieux procéder. En attendant, je crois que la lecture préalable des voix « Fantasme » et « fantasmes originaires » dans le Vocabulaire de la psychanalyse, de Laplanche et Pontalis, de même que de leur article « Fantasme originaire, fantasmes des origines… », offrirait une toile de fond des plus utiles.
Bonne lecture et à bientôt!

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