49- Chap. VII- B- La régression – 2e partie

SÉMINAIRE « PENSER AVEC FREUD »

ANNÉE 2022-2023

RELIRE L’INTERPRÉTATION DU RÊVE

Document 49

CHAPITRE VII

B- LA RÉGRESSION – 2ème partie

Dominique Scarfone

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L’autre scène ; les localités psychiques
Je vous invite, pour commencer, à lire ensemble la page 589 de L’interprétation du rêve. Pour ceux qui n’ont pas la même édition, je la joins à la page suivante. J’en résume les points principaux :

-Le rêve se produit sur une autre scène que celle de la vie éveillée (Fechner).
-On est aussitôt tenté de penser cette autre scène comme une localité psychique, et nous songeons aussitôt aux localisations anatomiques (cérébrales), mais, dit Freud, il faut résister à cette tendance.
-Nous pouvons néanmoins penser à un modèle d’appareil, comme un appareil photographique, un microscope ou un télescope, et nous situerons les lieux psychiques non pas dans les parties physiques de l’appareil, mais dans les points de convergence des rayons lumineux qui forment les images dans ces appareils (les « foyers »). Cette analogie est intéressante en ce que Freud reste un physicaliste (il ne nie pas que nous ayons besoin d’un système nerveux central pour rêver) mais il ne fait pas s’équivaloir les « lieux psychiques » avec les lieux cérébraux. Il propose ainsi que le psychique, bien que basé sur un substrat anatomique, est un processus qui émerge des fonctions neurophysiologiques mais constitue une tout autre catégorie de processus. Dit simplement, en disséquant un cerveau, en étudiant des neurones, nous ne trouverons pas de rêves, ou de représentations quelles qu’elles soient.
-Il est légitime de construire de tels modèles, parce que nous essayons de nous donner une idée de quelque chose d’inconnu. C’est légitime tant que nous nous souvenons que ce n’est pas la chose même, tant que nous ne prenons pas « l’échafaudage pour la construction ».

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La construction d’un modèle théorique permet à Freud de procéder de manière plus précise, en suivant la logique de ce qui a présidé à l’adoption du dit modèle. Aussi, à la page suivante, peut-il donner plus de détails sur le modèle :
– il n’est pas d’un seul tenant ; il est composé d’instances ou mieux, de systèmes.
– on serait tenté, là encore, d’agencer ces systèmes selon une orientation spatiale (et Freud dessinera l’appareil avec cette orientation) mais en fait, puisque il faut renoncer à localisation matérielle, la seule orientation réelle est d’ordre temporel :

« Les systèmes sont parcourus par l’excitation dans une succession temporelle déterminée. » (590)

-Cela dit, Freud laisse aussitôt entrevoir la possibilité que la succession temporelle soit modifiée. Ces systèmes, il les nomme « systèmes ? ». On reconnaît là la nomenclature qu’il avait proposée dans le Projet de 1895, bien que Freud n’y fasse aucunement allusion.
-Ces systèmes ont une direction, la propagation de l’excitation allant de l’extrémité sensitive (Pc) à l’extrémité motrice (M).

« À l’extrémité sensitive se trouve un système qui reçoit les perceptions, l’extrémité motrice un autre qui ouvre les vannes de la motilité. » (590)

Il y a lieu de discuter plus en détail des expressions comme « reçoit les perceptions » et « ouvre les vannes de la motilité ».
Pour ce qui est de « reçoit les perceptions », Freud lui-même, indiquera plus tard (en 1925, dans « La négation » et dans « Note sur le bloc magique ») que la perception n’est pas une affaire de simple réception. Qu’en fait le système (il dira tantôt « le moi », tantôt « l’inconscient ») se comporte comme s’il émettait des antennes, il va activement à la recherche d’échantillons du monde extérieur. De nos jours, un modèle prévalent de la perception pose que celle-ci est « prédictive », c’est-à-dire qu’on a toujours une certaine idée de ce qu’on va percevoir et que la tâche à résoudre est de prendre en compte la différence entre ce qui est attendu et les données obtenues.
Quant à « ouvre les vannes de la motilité », notons que Freud ne dit pas que le système « M » produit ou cause la motilité ; il se contente d’en ouvrir, ou pas, les vannes. On se souvient alors que dans le Projet, quand Freud introduit le Moi, il précise aussitôt que celui-ci a nécessairement une fonction d’inhibition.

« Si donc un moi existe, il ne peut qu’inhiber les processus psychiques primaires. » 1

Dans le cas présent, on pourrait dire que laissé à lui-même, l’appareil aboutirait chaque fois à une expression motrice. Il s’ensuit que « ouvrir les vannes de la motilité » consiste en fait pour « M » à cesser d’inhiber l’expression motrice.
Freud présente alors une première image très générale du modèle qu’il détaillera dans les pages suivantes :

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Cette première version sert à indiquer que l’appareil est, à la base, une variante de l’arc réflexe : la flèche ascendante de gauche et celle descendante de droites indiquent respectivement stimulus et réponse. Freud l’affirme  :

« l’appareil psychique doit être construit comme un appareil réflexe. Le processus réflexe reste aussi le modèle de tout fonctionnement psychique ». (591)

Se baser ainsi sur le modèle réflexe est contestable au vu même de conceptions freudiennes plus tardives, que nous rappelions à l’instant : en 1925, dans « La Négation » ou dans la « Note sur le bloc-magique », l’appareil ne reçoit pas à proprement parler les données de perception mais va plutôt les quérir. Ce qui ne cadre pas avec un modèle réflexe. Néanmoins, je crois que pour Freud, ce qui compte le plus, c’est d’affirmer que l’appareil fonctionne de manière automatique ; qu’il n’y a pas de « petite personne » à l’intérieur du système (homunculus) qui le mette en action.
La flèche courbe à la base du diagramme sert à indiquer la direction suivie par le processus. S’agissant d’une représentation figurée, on est facilement porté à y voir un mouvement dans l’espace, mais il vaut la peine de répéter ce que Freud a déjà indiqué : la seule direction réelle est temporelle. Toutefois, cette flèche orientée de gauche à droite, de Pc à M permettra de parler plus tard d’un mouvement régrédient, donc en direction opposée, mouvement destiné à rendre compte de l’expérience hallucinatoire du rêver.
Le second diagramme se présente ainsi :

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Il sert surtout à nous signaler que les barres verticales à l’intérieur du cadre indiquent des traces mnésiques – marquées par moi Tm, Tm’, Tm’’. Dans le volume on parle plutôt de « souvenirs », marqués par les lettres S, S’, S’’. Mais une vérification dans l’original allemand montre que Freud parle bien de Erinnerungsspur (littéralement : trace de mémoire, trace mnésique, marquée par lui Er, Er’, Er’’) et non de Erinnerung (souvenir).
La différence entre trace mnésique et souvenir est importante, le mot souvenir étant plutôt réservé à l’élaboration finale et à l’expérience subjective que la psyché peut produire à partir de traces mnésiques qui, elles, sont l’engramme lui-même laissé par une perception ; engramme qui avant de former le souvenir proprement dit, est sujet aux processus primaires de condensation, déplacement, déformation etc. La trace mnésique est la trace d’une perception et elle

« ne peut consister qu’en des modifications persistantes portant sur les éléments des systèmes » (591).

Les traces Tm, Tm’… sont donc « persistantes », raison de plus de ne pas les appeler « souvenirs » puisque si les souvenirs persistaient de cette façon, alors tout le développement que Freud a fait dans les chapitres précédents sur la déformation dans le rêve ou dans les souvenirs de couverture seraient absolument sans objet.
Ce qui compte donc pour Freud, ce n’est pas du tout la fidélité du souvenir, mais la persistance des traces. Pourquoi ? Parce que cela oblige à une « première différenciation » dans l’appareil, c’est-à-dire à la prise en compte du fait que la partie sensitive (marquée Pc) ne saurait elle-même conserver des traces de son activité, que donc l’appareil de perception et « l’appareil à mémoire » (les barres verticales internes) se répartissent les tâches très strictement. De cela, nous avons discuté dans la première partie du commentaire. L’appareil à mémoire

« transpose l’excitation momentanée [de l’appareil de perception] en traces permanentes. » (591)

*

Il me faut à présent mentionner le rapprochement que fait Jean Laplanche entre ce modèle et ce qu’il appelle son « antécédent immédiat », soit le diagramme présent dans la « lettre 52 » qu’il convient de rappeler une fois de plus. Le modèle proposé par Freud dans cette lettre est celui-ci :

DiagrammeLettre52-2023-01-2-14-08.png

où W (Wahrnehmung) correspond à Pc (perception) ; Wz (Wahrnehmungzeichen) sont des « signes de perception »  ; Ub (Unbewusst) désigne l’inconscient ; Vb (Vorbewusst), le préconscient ; Bws (Bewusst), le conscient.
Laplanche note que ce modèle, qui date de décembre 1896 et qui est donc antérieur à la publication de L’interprétation du rêve, « ne fait pas qu’anticiper embryonnairement les idées ultérieures de Freud, mais les développe très explicitement. » 2
Dire que le diagramme de 1896 est un développement explicite de celui publié trois ans plus tard, cela peut sembler étrange, mais nous sommes désormais familiers du fait que Freud menait en coulisses un travail auquel il ne faisait aucunement référence au moment de publier articles ou livres. Le Projet de 1895 en est le meilleur exemple, et plusieurs autres manuscrits également, les coulisses n’étant autres que la correspondance avec Fliess.
En quoi le modèle de 1896 est-il un développement par rapport au modèle de 1899 ?
Laplanche note d’abord ceci :

«[…] l’on décèle par exemple cette idée assez extraordinaire : il y a quelque chose, pourrait-on dire, de plus inconscient que l’inconscient, c’est ce Wz, ou “signe de perception” ; ou, si l’on tenait à subsumer I et II sous le terme le plus général d’inconscient, il y aurait une espèce d’inconscient encore plus originaire, caractérisé par des dépôts perceptifs inscrits selon des associations de simultanéité. » 3

Laplanche note ensuite une autre différence importante :

« Et puis il y a aussi cette idée de la présence du moi, “notre moi officiel”, qui est au sein du préconscient, ou qui en est l’organisation. Dès l’origine, la notion de moi est présente avec toute sa force, comme celle d’un organisme, d’une organisation de souvenirs préconscients […] » 4

Cette présence du moi signalée par la notation Vb, qui se lit Vorbewusst, (Pcs, pré-conscient), est en effet un développement avant-coup, si l’on peut dire, du schéma de L’interprétation du rêve. Dans ce dernier, le moi a été mentionné, mais seulement sur un mode implicite, quand Freud nous a parlé du système placé à l’extrémité M qui peut ou non « ouvrir les vannes de la motilité ». (Voir plus haut.)
Nous pourrons revenir, au cours de notre discussion, sur ce rapprochement indiqué par Laplanche, qui a des ramifications importantes. Pour ma part, ce que je voudrais signaler de la parenté entre les deux modèles commence avec le mot « transpose » dans la citation de Freud rapportée plus haut, où il est dit que l’appareil à mémoire « transpose l’excitation momentanée [de l’appareil de perception] en traces permanentes. » (591) C’est que l’idée de transposition (ou de transcription ou de traduction) est au cœur du modèle de la lettre 52 qui fonde ce qu’on peut appeler le modèle traductif de l’appareil psychique.
Une étape importante dans la progression de Freud vers le modèle final consiste à poser que les associations ne peuvent se produire qu’entre les traces mnésiques, et que celles-ci sont de plusieurs types : par simultanéité, par ressemblance, par le partage d’un point commun… Nous retrouvons ainsi les relations propres aux processus primaires 5 Le « signe de perception » (Wz), on peut le voir comme une donnée sensorielle brute qui ne fait que signaler qu’il y a eu perception ; mais, tant qu’il n’a pas été transposé (traduit, transcrit, transduit… bref tant qu’il n’a pas subi un processus « trans »), ce signe ne dit pas de quoi il est le signe. Évidemment, pour parvenir à ce que ça dise quelque chose, il faudra que s’y ajoute la représentation de mot, ce qui surviendra au stade préconscient.
Comme on peut le voir, de tout cela, il n’est pas question dans le modèle de L’interprétation du rêve, probablement parce qu’ici, ce qui intéresse Freud est le phénomène du rêve, et donc le problème de comment se forme l’expérience hallucinatoire du rêve ; c’est précisément ce que le titre de la présente section annonce, la régression, c’est-à-dire le mouvement à l’intérieur de l’appareil dont la direction semblera s’inverser et qui, par conséquent ne conduira pas vers le pôle de la motricité (M) mais cheminera à rebours vers celui de la perception. Si donc la flèche sous le diagramme indique la direction générale des processus, il arrive, comme Freud nous avait prévenus, que ce mouvement ne suive pas toujours l’ordre de marche prévu. Et cela pour plusieurs motifs que nous avons déjà rencontrés au cours des chapitres précédents :

• la flèche ascendante à gauche (l’intensité des stimuli) est grandement atténuée par les conditions permettant d’atteindre l’état de sommeil  : on dort autant que possible dans le noir, loin du bruit, dans une position confortable et stable du point de vue température, etc.

• la flèche descendante à droite (l’expression motrice) est elle aussi pratiquement abolie : le corps endormi, surtout durant les rêves, est flasque ; l’accès à la motilité, dont M est supposé être le gardien durant l’état de veille, est ici tout simplement impossible.

La question est donc à présent : de quelle source viendra l’excitation qui parcourt l’appareil ? et qu’advient-il du courant d’excitation lorsqu’il ne trouve pas l’issue motrice ?

Avant de poursuivre sur la question du mouvement régrédient, Freud doit d’abord traiter d’une autre question, qui consiste à combiner le schéma de l’appareil de rêve avec l’hypothèse qu’il avait fallu faire au chapitre IV :

« Nous avons vu que nous nous sommes trouvés dans l’impossibilité d’expliquer la formation du rêve si nous ne voulions pas risquer l’hypothèse de deux instances psychiques, dont l’une soumet l’activité de l’autre à la critique qui a pour conséquence l’exclusion du devenir-conscient. » (593)

Si donc nous acceptons cette hypothèse nécessaire, comment les deux instances impliquées se combinent-elles avec l’appareil de rêve jusqu’ici proposé ? Pour répondre, Freud considère d’abord ceci :

« L’instance critiquante […] entretient des relations plus proches avec la conscience que l’instance critiquée. Nous avons en outre trouvé des points de repère pour identifier l’instance critiquante avec ce qui guide notre vie de veille et décide de notre action volontaire et consciente. » (593)

Notons que Freud n’appose pas le nom de « moi » à l’instance critiquante qui, en outre, décide de notre action volontaire. Nous avons vu toutefois que selon Laplanche le moi est implicitement présent dans ce schéma, dans le Pcs. Il faut se rappeler que nous assistons ici à l’élaboration de ce qui s’appellera « première topique » où les instances sont des systèmes. Pour le moment ces systèmes se nommeront : système de Perception-Conscience (Pc), système inconscient (Ics) et système pré-conscient (Pcs) dont nous avons constaté la présence dans le diagramme de 1896 (lettre 52). Le premier système (Pc) se trouve bien dans le schéma de l’appareil de rêve : c’est le pôle dit « sensitif ». Il s’agit maintenant d’y joindre les deux autres systèmes, Ics et Pcs. Le système Ics correspondra au système critiqué, tandis que le système critiquant, qui est près de la conscience (pensons ici à l’instance qui effectue l’élaboration secondaire), sera localisé à l’extrémité motrice. Freud le nommera donc pré-conscient (Pcs) et modifiera son schéma en conséquence  :

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Le premier changement notable est une différenciation entre les traces mnésiques (Tm, Tm’ et leurs semblables indiquées par la série de points) et un sous ensemble regroupé sous une accolade portant le signe Ics, c’est-à-dire l’inconscient. Ensuite, nous notons que le pôle anciennement désigné M se nomme désormais Pcs (pré-conscient) et que la motilité M n’est plus un système mais est désormais associée à la flèche descendante de droite. M, c’est donc l’aboutissement de l’excitation en activité motrice. Freud commente ainsi :

« Le dernier des systèmes, à l’extrémité motrice, nous l’appelons préconscient pour indiquer que les processus d’excitation en lui peuvent parvenir à la conscience sans être davantage empêchés, au cas où sont encore remplies certaines conditions, p.e. le fait d’atteindre une certaine intensité, une certaine répartition de cette fonction qu’il faut appeler attention, etc. C’est en même temps le système qui détient les clés de la motilité volontaire. » (594)

Notons ici encore que le préconscient (Pcs) est à la fois le système dont les processus, sous certaines conditions, peuvent devenir conscients et celui qui détient les clés de la motilité volontaire. Cette association entre conscience et motilité volontaire nous retiendra plus tard pour une autre raison. Pour l’instant, poursuivons la description par Freud de son dernier schéma :

«Le système se trouvant derrière, nous l’appelons l’inconscient parce qu’il n’a pas accès à la conscience, sauf à passer par le préconscient, passage lors duquel son processus d’excitation doit accepter de subir des modifications.» (594)

Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’elles en ont l’air. Une note de bas de page, ajoutée en 1919, nous signale que ce schéma est ici « déroulé linéairement », ce qui suppose, comme Laplanche l’a remarqué, que l’on pourrait tout aussi bien le représenter enroulé. Pourquoi enroulé ? Parce que cela permettrait de rendre présentable graphiquement une particularité que signale la même note de bas de page, soit,

« tenir compte de l’hypothèse que le système qui suit le Pcs est celui auquel nous devons attribuer la conscience, et que donc Pc = Cs. » (594, n. 1)

Ici, il faut faire bien attention parce que les abréviations françaises peuvent porter à confusion. Le sigle Pc (perception) peut parfois être confondu avec Pcs (pré-conscient), surtout que nous trouverons sous la plume de Freud les combinaisons Pc-Cs (perception-conscience) ou encore Pcs-Cs (préconscient-conscient). En allemand il n’y a pas de confusion possible : Pc, perception, c’est W (Wahrnehmung) alors que préconscient, c’est Vb (Vorbewusst) et conscient, c’est Bwst ou Bw (Bewusst). En français, on atténuerait à mon avis le risque de confusion si la perception-conscience était désignée par Pcpt-Cs, où Pcpt fait plus nettement penser à perception.

Donc, la note de bas de page finit par l’équation W=Bw. Ce ne sont pas là des minuties obsessionnelles. Une confusion entre Pc et Pcs, ou encore entre Pc-Cs et Pcs-Cs peut prêter à malentendu. Par exemple : on a bien noté que Freud, dans son dernier schéma, remplace M par Pcs et que Pcs est dit être en charge de la motricité volontaire, autrement dit, implicitement, le système pré-conscient (Pcs), que Freud associera plus tard au système Cs dans le sigle Pcs-Cs (préconscient-conscient), joue grosso modo sur le terrain du moi, qui est bien le système qui peut « ouvrir les vannes de la  motilité». Mais on ne dira pas que la perception-conscience (Pc-Cs) détient les clés de la motricité volontaire. La confusion est aussi moins grande si on dessine maintenant le schéma de Freud, mais enroulé, selon ce que sa note de bas de page suggère.

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ou encore, si nous le regardons en surplomb :

 

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Ces deux derniers schémas sont recopiés des Problématiques de Jean Laplanche, Volume V, p. 71. Ils représentent le troisième schéma de Freud rapporté plus haut, mais enroulé, en fonction de la remarque de Freud lui-même dans sa note de 1919. Cela montre d’une part que, comme Freud le signale, perception et conscience doivent coïncider. Pour cela, il faut imaginer les cercles bien fermés. Dans le schéma nous les avons laissés ouverts pour mettre en évidence une autre chose : que le point de rencontre entre Pcpt et Cs est à la fois la porte d’entrée pour les perceptions et la porte de sortie pour la motricité. Le schéma nous montre aussi qu’il n’y a vraiment pas lieu de confondre entre Perception(Pcpt) et Préconscient (Pcs). Ces schémas ne sont, bien entendu, que des accessoires pour la pensée, mais ils peuvent nous aider à nous poser de bonnes questions, comme nous le ferons plus loin. Pour le moment, voyons ce qu’ils peuvent nous aider à formuler sur le mouvement régrédient qui conduit à l’hallucination onirique.

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  1. Freud, Projet d’une psychologie, in Lettres à wilhelm Fliess, Paris, PUF, 2006, p. 632. Italiques dans l’original.
  2. J. Laplanche, Problématiques Vol. V, « Le baquet. Transcendance du transfert », Paris, PUF, 1987, p. 51.
  3. Op. cit. p. 52.
  4. Op. cit. p. 53.
  5. Ce n’est pas sans ressembler aux diverses façons dont on peut retrouver une fiche dans une base de données  : par la date d’enregistrement, le type (chiffres ou texte), l’ordre (numérique ou alphabétique) etc. La seule différence est que la trace mnésique, en tant que trace, est nécessairement moins précisément déterminée.