{"id":871,"date":"2017-01-13T14:30:31","date_gmt":"2017-01-13T19:30:31","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=871"},"modified":"2023-05-10T15:38:00","modified_gmt":"2023-05-10T19:38:00","slug":"13-recap","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=871","title":{"rendered":"13-En guise de r\u00e9capitulation- Processus et hypostase."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Je commencerai par souligner combien les remarques de Lawrence Friedman sur lesquelles Richard Simpson a attir\u00e9 notre attention l\u2019automne dernier convergent avec l&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de <em>processus<\/em> psychiques plut\u00f4t que d\u2019entit\u00e9s fixes. On pourrait objecter que la psychanalyse a depuis toujours parl\u00e9 de processus, ce qui est absolument vrai. Sauf que la tendance spontan\u00e9e a toujours aussi \u00e9t\u00e9 d&rsquo;imaginer des processus se d\u00e9roulant <em>dans<\/em> des espaces psychiques : ainsi, on peut facilement entretenir l\u2019image des processus primaires se d\u00e9roulant <em>dans<\/em> l\u2019inconscient, les secondaires <em>dans <\/em>le conscient. Or, je propose que ce n\u2019est pas du tout ainsi que les choses se passent. Si l\u2019on part des processus eux-m\u00eames, si on en fait l\u2019aspect fondamental de ce qui int\u00e9resse la psychanalyse, alors les notions de conscient, pr\u00e9-conscient ou inconscient n\u2019en sont pas les contenants. Ce sont tout au plus des formes figur\u00e9es, des fictions certes utiles, mais des fictions tout de m\u00eame. Rappelons que c\u2019est avec ce terme de \u00ab&nbsp;fiction&nbsp;\u00bb que Freud qualifiait l\u2019appareil psychique, par exemple. De m\u00eame, \u00e0 propos des pulsions, il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 dire que ce sont \u00ab&nbsp;des \u00eatres mythiques\u2026 grandioses dans leur ind\u00e9termination&nbsp;\u00bb. Et pourtant, il ajoutait aussit\u00f4t qu\u2019il ne pouvait en faire abstraction dans son travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 la question des pulsions lors de notre s\u00e9rie de rencontres de l\u2019hiver-printemps, aussi je ne reviendrai pas sur elles explicitement. Je voudrais plut\u00f4t m\u2019attarder maintenant sur le terme \u00ab&nbsp;fiction&nbsp;\u00bb qui me semble valoir quelques efforts de r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p>La question peut se poser ainsi: si l\u2019appareil psychique et m\u00eame les pulsions ne sont, de l\u2019aveu m\u00eame de Freud, que des fictions ou des mythes, cela signifie-t-il que l\u2019ensemble th\u00e9orique freudien ne repose sur rien de solide&nbsp;? Qu\u2019il n\u2019est qu\u2019une invention surgie de l\u2019imagination d\u2019un m\u00e9decin viennois en mal de notori\u00e9t\u00e9&nbsp;? \u00c9videmment que non. Mais alors il nous faut pouvoir dire de quoi est faite la psychanalyse, quels sont les r\u00e9f\u00e9rents qui correspondent aux signifiants tels que: pulsion, inconscient, fantasme, appareil psychique, r\u00e9sistance, perlaboration.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que notre \u00e9tude amorc\u00e9e cet automne nous permet d\u2019avancer est que la notion de processus, avec les termes apparent\u00e9s de mouvement, motion, \u00e9v\u00e9nement psychique etc. rendent bien compte de ce dont il s\u2019agit. En d\u2019autres mots, tout ce que la psychanalyse postule est mouvement, m\u00eame ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;structure psychique&nbsp;\u00bb, m\u00eame ce qu\u2019on croit pouvoir d\u00e9crire comme une \u00ab&nbsp;fixation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pensons un instant \u00e0 ceci: la physique nous apprend qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019arr\u00eat\u00e9 nulle part. D\u00e9j\u00e0 en 1896, le philosophe Henri Bergson (in <em>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/em>) avait avanc\u00e9 que les choses apparemment les plus stables et immobiles sont en fait des processus qui se r\u00e9p\u00e8tent \u00e0 tr\u00e8s haute vitesse. On pourrait par cons\u00e9quent dire que ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous comme une \u00ab&nbsp;structure&nbsp;\u00bb, au plus pr\u00e8s donc d\u2019une r\u00e9ification, d\u2019une entit\u00e9 occupant de l\u2019espace, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un processus apparemment arr\u00eat\u00e9, mais plus exactement se r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 une fr\u00e9quence telle que nous n\u2019en notons pas le mouvement. Quand, en 1914, dans \u00ab&nbsp;Rem\u00e9moration, r\u00e9p\u00e9tition et perlaboration&nbsp;\u00bb, Freud s\u2019est attard\u00e9 pour la premi\u00e8re fois sur la question de la r\u00e9p\u00e9tition, un des exemples de r\u00e9p\u00e9tition qu\u2019il a donn\u00e9, c\u2019est le caract\u00e8re d\u2019une personne, donc la chose apparemment la plus fixe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e de processus se r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 grande vitesse pourrait cependant avoir l\u2019air d\u2019une ruse de l\u2019intellect. On pourrait, par exemple, objecter que cela est ind\u00e9montrable et que l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te nous met bel et bien face \u00e0 des entit\u00e9s stables, voire immobiles. Mais il n\u2019en est rien. L\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te ne tombe victime de cette illusion que si elle ignore certains faits essentiels de l\u2019exp\u00e9rience analytique, tels que la rem\u00e9moration, la formation des r\u00eaves, le transfert et, comme je le propose dans mon texte, la fantasmatisation. Le transfert est un bon exemple pour illustrer combien la structure de personnalit\u00e9 apparemment la plus stable est en r\u00e9alit\u00e9 mobile et combien rapidement elle se met \u00e0 \u00e9voluer dans une direction diff\u00e9rente d\u00e8s qu\u2019un analyste s\u2019offre pour \u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p>Les consid\u00e9rations de Larry Friedman cit\u00e9es par Richard Simpson partent du m\u00eame texte freudien de 1914; elles nous rappellent qu\u2019il en va de m\u00eame de la r\u00e9sistance et de la perlaboration. D\u00e9j\u00e0 la per<em>labor<\/em>ation (Durch<em>arbeit<\/em>ung dans l\u2019original allemand; <em>working<\/em>-through dans la traduction anglaise) parle de travail (<em>labor<\/em>, <em>Arbeit, work<\/em>). Cela, c\u2019est assur\u00e9ment du mouvement. Mais qu\u2019en est-il de la r\u00e9sistance? Ne nous appara\u00eet-elle pas avant tout comme une inertie, comme quelque chose d\u2019arr\u00eat\u00e9&nbsp;? Ce serait oublier ce que, dans ce m\u00eame texte, Freud qualifie de plus grande forme de r\u00e9sistance, \u00e0 savoir, la r\u00e9p\u00e9tition dans le transfert&nbsp;! Or un transfert, c\u2019est tout sauf immobile! Les autres formes de r\u00e9sistance invoqu\u00e9es par Freud, sont la r\u00e9sistance de refoulement et la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition telle que formul\u00e9e en 1919. La r\u00e9p\u00e9tition, nous venons d\u2019en parler. Quant \u00e0 la r\u00e9sistance de refoulement, Freud dit bien dans les textes m\u00e9tapsychologiques de 1915 qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9pense continuelle d\u2019\u00e9nergie. Donc, rien d\u2019immobile ou d\u2019inerte l\u00e0 non plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Si tout est mouvement, alors nous comprenons mieux, je crois, ce que Freud a pu vouloir dire quand il a parl\u00e9 de \u00ab&nbsp;fiction&nbsp;\u00bb \u00e0 propos de l\u2019appareil psychique, ou de \u00ab&nbsp;mythologie&nbsp;\u00bb \u00e0 propos des pulsions. La fiction ou la mythologie sont les modes par lesquels notre esprit essaie de se repr\u00e9senter ces choses qui, dans leur mouvement incessant seraient autrement <em>insaisissables<\/em>. Nous avons tous un imp\u00e9rieux besoin de nous repr\u00e9senter les processus, et pour cela nous avons tendance \u00e0 les immobiliser, \u00e0 faire ce qu\u2019au cin\u00e9ma on appelle \u00ab&nbsp;arr\u00eat sur image&nbsp;\u00bb (en anglais: <em>freeze-frame<\/em>). Notre tendance \u00e0 immobiliser l\u2019objet de notre pens\u00e9e, \u00e0 le fixer afin de le ma\u00eetriser, est sans doute une constante. Cela porte d\u2019ailleurs un nom dans la pens\u00e9e freudienne: c\u2019est la pulsion d\u2019emprise (<em>Bem\u00e4chtigungstrieb<\/em>), encore traduisible par \u00ab&nbsp;pulsion de pouvoir&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-871-1' id='fnref-871-1' onclick='return fdfootnote_show(871)'>1<\/a><\/sup>. Il nous faut toujours faire un effort paradoxal pour contrer cette pulsion au-dedans de nous. Paradoxal, parce que cette pulsion est indissociable du besoin de comprendre, de litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;saisir&nbsp;\u00bb, et que pour cela nous tendons \u00e0 immobiliser l\u2019objet de notre compr\u00e9hension ou de notre saisie. Les philosophes ont depuis longtemps nomm\u00e9 ce processus: c\u2019est <em>l\u2019hypostase<\/em>. Ce terme d\u00e9rive du grec, <em>hypo<\/em> (sous) et <em>stasis<\/em> (arr\u00eat, pause); si on traduit mot \u00e0 mot en latin, cela donne <em>sub<\/em> et <em>stans\u2026<\/em> ce qui nous donne <em>substantia,<\/em> la <em>substance.<\/em> Selon le <em>Vocabulaire technique et critique de la philosophie<\/em>, de Lalande, hypostasier, au sens moderne, signifie \u00ab&nbsp;transformer une relation logique en une substance, au sens ontologique de ce mot&nbsp;\u00bb [\u2026] et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab&nbsp;donner \u00e0 tort une r\u00e9alit\u00e9 absolue \u00e0 ce qui n\u2019est que relatif&nbsp;\u00bb. (Lalande, op.cit. Vol. I, p. 428). Dans l\u2019extrait de <em>L\u2019inconscient<\/em> que nous avons \u00e9tudi\u00e9 l\u2019automne dernier, nous avons vu comment Freud semble chercher \u00e0 \u00e9viter d\u2019hypostasier l\u2019inconscient: il d\u00e9crit d\u2019une part le mouvement qui de l\u2019inconscient \u00ab&nbsp;monte&nbsp;\u00bb vers la conscience, mais par la suite il renverse la perspective et nous dit que si on regarde les choses du point de vue de la conscience, tout ce qui se pr\u00e9sente est d\u2019ordre pr\u00e9-conscient. Je ne sais pas si on peut dire qu\u2019il \u00e9vite ainsi compl\u00e8tement le probl\u00e8me de l\u2019hypostase de l\u2019inconscient, mais on sait qu\u2019il s\u2019y reprend plus d\u2019une fois. Et surtout, la qualification de fiction donn\u00e9e \u00e0 l\u2019appareil psychique, ou de mythologie pour ce qui est des pulsions nous montre bien que Freud n\u2019est pas dupe de sa propre tentation d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;arr\u00eater sur image&nbsp;\u00bb sa description des processus psychiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La pulsion d\u2019emprise est donc, entre autres choses, un mouvement paradoxal; paradoxal, parce que ce mouvement se manifeste comme effort d\u2019arr\u00eater un processus pour en faire un objet fixe et l\u2019examiner \u00e0 son aise, pour en saisir le sens, pour le com-<em>prendre<\/em>. Il y a de la pr\u00e9hension dans la compr\u00e9hension. La <em>prise<\/em> en question, Emmanuel Levinas souligne qu\u2019elle entre aussi dans le savoir et dans la repr\u00e9sentation: il s\u2019agit de saisir, dans tous les sens du terme. Mouvement de saisie qui correspond aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du moi et de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dans le courant de la conscience qui constitue notre vie dans le monde, le moi se maintient comme quelque chose d\u2019identique \u00e0 travers la multiplicit\u00e9 changeante du devenir. Quelles que soient les traces que la vie nous imprime en modifiant nos habitudes et notre caract\u00e8re, en changeant constamment l\u2019ensemble des contenus qui forment notre \u00eatre, un invariable demeure. Le \u201cje\u201d reste l\u00e0 pour relier l\u2019un \u00e0 l\u2019autre les fils multicolores de notre existence.<br>Que signifie cette identit\u00e9? Nous sommes port\u00e9s \u00e0 la consid\u00e9rer comme l\u2019identit\u00e9 d\u2019une substance.&nbsp;\u00bb (Levinas, <em>De l\u2019existence \u00e0 l\u2019existant,<\/em> Paris, Vrin, 1963, p. 148.)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voil\u00e0 donc revenus \u00e0 la substance, \u00e0 l\u2019<em>hypostase<\/em>. C\u2019est d\u2019ailleurs ainsi que Levinas a intitul\u00e9 la section de son livre d\u2019o\u00f9 j\u2019ai tir\u00e9 la citation.<\/p>\n\n\n\n<p>Levinas pr\u00e9cise ensuite :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le \u201cje\u201d serait un point indestructible. dont \u00e9manent actes et pens\u00e9es sans l\u2019affecter par leurs variations et leur multiplicit\u00e9. Mais la multiplicit\u00e9 des accidents peut-elle ne pas affecter l\u2019identit\u00e9 de la substance? Les relations de la substance avec les accidents sont autant de modifications de cette substance, et d\u00e8s lors l\u2019id\u00e9e de substance appara\u00eet dans une r\u00e9gression \u00e0 l\u2019infini.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>On voit tout de suite qu\u2019il ne peut \u00eatre question de substance que comme hypostase, comme transformation en substance de ce qui est mouvement, processus, changement permanent.<\/p>\n\n\n\n<p>Levinas encore:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est alors que la notion de savoir permet de maintenir l\u2019identit\u00e9 de la substance sous la variation des accidents. Le savoir est une relation avec ce qui par excellence demeure ext\u00e9rieur, la relation avec ce qui reste en dehors de toute relation, un acte qui maintient l\u2019agent en dehors des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019il accomplit. L\u2019id\u00e9e du savoir \u2014 relation et acte hors rang \u2014 permet de fixer l\u2019identit\u00e9 du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, de le garder enferm\u00e9 dans son secret. Il se maintient sous les variations de l\u2019histoire qui l\u2019affecte en tant qu\u2019objet, sans l\u2019affecter dans son \u00eatre. Le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb est donc identique parce qu\u2019il est conscience.&nbsp;\u00bb (p. 148-149.)<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important de noter, en lisant ces lignes de Levinas, que ce qu\u2019il d\u00e9crit ici n\u2019est pas \u00ab&nbsp;sa&nbsp;\u00bb position sur le je ou sur la substance. Il est en train de faire l\u2019analyse ph\u00e9nom\u00e9nologique de la chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire de suivre le mouvement m\u00eame du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb qui se pense comme substance. Il dit bien, quelques lignes plus loin, que cette conception substantialiste du moi est le fait de l\u2019id\u00e9alisme. Et il conclut:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le <em>je <\/em>n\u2019est pas une substance dou\u00e9e de pens\u00e9e: il <em>est<\/em> substance <em>parce qu<\/em>\u2019il est dou\u00e9 de pens\u00e9e.&nbsp;\u00bb (p. 149, italiques ajout\u00e9s par moi)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quoi on est tent\u00e9 d\u2019ajouter que le \u00ab&nbsp;est&nbsp;\u00bb dans \u00ab&nbsp;est substance&nbsp;\u00bb ne d\u00e9signe pas une entit\u00e9, mais une conception, un discours du je sur lui-m\u00eame, il s\u2019attribue une substance par la pens\u00e9e. Cela, notons-le-, se retrouve aussi chez Piera Aulagnier:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le Je n\u2019est pas autre chose que le savoir que le Je peut avoir sur le Je [\u2026]&nbsp;\u00bb (<em>La violence de l\u2019interpr\u00e9tation<\/em>, PUF, 1975, p. 169.)<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle d\u00e9finition du Je est certes circulaire, mais, malgr\u00e9 les apparences, elle n\u2019est pas tautologique. La circularit\u00e9 correspond \u00e0 la nature <em>autopo\u00ef\u00e9tique<\/em> de tout ce qui est vivant. L\u2019autopo\u00ef\u00e8se est en effet par d\u00e9finition circulaire: le vivant n\u2019est vivant que d\u2019\u00eatre autonome, de s\u2019auto-instituer, de s\u2019auto-d\u00e9limiter en tant que syst\u00e8me dot\u00e9 d\u2019une cl\u00f4ture op\u00e9rationnelle. Si un organisme particulier na\u00eet d\u2019un autre organisme, il reste que le vivant ne peut que s\u2019\u00eatre auto-cr\u00e9\u00e9 et ne peut que s\u2019auto-entretenir. C\u2019est l\u00e0 le sens d\u2019un syst\u00e8me autopo\u00ef\u00e9tique. Il y a de l\u2019auto-engendrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Chose int\u00e9ressante, dans sa d\u00e9finition du Je, Aulagnier ne fait que reprendre au plan du \u00ab&nbsp;secondaire&nbsp;\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire, celui du discours), un proc\u00e9d\u00e9 analogue \u00e0 celui qu\u2019elle attribue \u00e0 l\u2019originaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire : l\u2019auto-engendrement. Sauf que l\u00e0 o\u00f9 l\u2019auto-engendrement est pour l\u2019originaire un postulat ind\u00e9passable et impossible \u00e0 rendre en mots, le fonctionnement du Je, bien qu\u2019il s\u2019appuie, comme par d\u00e9calque, sur une circularit\u00e9 semblable \u00e0 celle de l\u2019originaire, n\u00e9cessite le recours au langage, puisque le Je est discours. Le Je est donc toujours d\u00e9j\u00e0 double: d\u2019une part il s\u2019auto-organise comme tout organisme vivant, mais d\u2019autre part, sa nature secondaire signifie qu\u2019il s\u2019organise sur le mod\u00e8le de l\u2019autre, au moyen de l\u2019identification \u00e0 l\u2019autre (image sp\u00e9culaire). Il n\u2019est donc pas totalement sous le postulat d\u2019auto-engendrement, mais il y a tout de m\u00eame une m\u00eame reprise\/d\u00e9passement (<em>Aufhebung<\/em>) de ce postulat (qui est, rappelons-le, caract\u00e9ristique de l\u2019originaire.) Par cons\u00e9quent, on peut dire que le je s\u2019auto-<em>organise<\/em>, mais qu\u2019il n\u2019est pas auto-<em>engendr\u00e9,<\/em> puisque, toujours selon Aulagnier,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;le Je est form\u00e9 par l\u2019ensemble des \u00e9nonc\u00e9s qui rendent dicible la relation de la psych\u00e9 avec ces objets du monde par elle investis et qui prennent valeur de <em>rep\u00e8res identificatoires<\/em>.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid. <\/em>italiques ajout\u00e9s par moi).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pourrions, bien entendu, nous avancer plus loin dans la discussion de cet aspect et il faudra sans doute le faire un jour. Pour le moment, je souligne surtout le fait que c\u2019est le mouvement, le <em>processus<\/em> de la pens\u00e9e et\/ou du discours qui est l\u2019essence du psychique, et cela autant chez Levinas que chez Aulagnier, de m\u00eame que chez Freud, comme nous l\u2019avons vu au d\u00e9but du pr\u00e9sent texte. Mais un examen attentif \u2014&nbsp;ph\u00e9nom\u00e9nologique chez Levinas, m\u00e9tapsychologique chez Freud et Aulagnier \u2014 nous montre que le mouvement de la pens\u00e9e est toujours aux prises avec la tendance \u00e0 l\u2019<em>hypostase<\/em>, \u00e0 l\u2019arr\u00eat sur image, ou \u00e0 ce qu\u2019on pourrait appeler une sorte de \u00ab&nbsp;d\u00e9votion&nbsp;\u00bb envers la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait lieu de parler ici d\u2019une sorte de f\u00e9tichisme, dont Derrida disait que c\u2019est un penchant ind\u00e9passable de l\u2019humain. Or il est fascinant de constater que la th\u00e9orie de l\u2019origine du f\u00e9tiche chez Freud se base pr\u00e9cis\u00e9ment sur un moment d\u2019arr\u00eat du mouvement d\u2019exploration par l\u2019enfant de l\u2019anatomie sexuelle. Ainsi, Freud postule que le choix du f\u00e9tiche (talons \u00e0 aiguilles, jarretelles, fourrure, etc. ) correspond souvent \u00e0 la fixation sur la derni\u00e8re chose qui s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la perception juste avant le constat intol\u00e9rable de l\u2019absence de phallus sur le corps f\u00e9minin\u2026 Notons combien cela s\u2019apparente \u00e0 la fixation sur un sc\u00e9nario fantasmatique, fixation qui a pu donner lieu \u00e0 l\u2019impression (que j\u2019ai contest\u00e9 dans l\u2019article discut\u00e9 \u00e0 l\u2019automne) que les fantasmes sont des entit\u00e9s bien form\u00e9es et \u00ab&nbsp;contenues dans&nbsp;\u00bb l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>(2016-10-24)<\/p>\n\n\n\n<p>NOTES<\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-871'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-871-1'> Voir l\u2019article de Ren\u00e9 Major, Le go\u00fbt du pouvoir, ajout\u00e9 \u00e0 la section \u00ab&nbsp;Documents&nbsp;\u00bb. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-871-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je commencerai par souligner combien les remarques de Lawrence Friedman sur lesquelles Richard Simpson a attir\u00e9 notre attention l\u2019automne dernier convergent avec l&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de processus psychiques plut\u00f4t que d\u2019entit\u00e9s fixes. On pourrait objecter que la psychanalyse a depuis toujours parl\u00e9 de processus, ce qui est absolument vrai. Sauf que la tendance spontan\u00e9e a toujours<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=871\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a013-En guise de r\u00e9capitulation- Processus et hypostase.\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-871","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/871","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=871"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/871\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1984,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/871\/revisions\/1984"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=871"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=871"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=871"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}