{"id":766,"date":"2016-05-04T19:50:12","date_gmt":"2016-05-04T23:50:12","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=766"},"modified":"2024-10-10T14:56:59","modified_gmt":"2024-10-10T18:56:59","slug":"10-approches-du-sexuel-freudien-retour-a-la-pulsion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=766","title":{"rendered":"10- Approches du sexuel freudien. Retour sur le concept de pulsion."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Pour penser le sexuel en psychanalyse, rien de plus naturel que de partir des images des comportements sexuels. La pratique clinique y conduit aussi tout naturellement, puisque, bien entendu, les analysants ne viennent pas nous pr\u00e9senter \u00ab&nbsp;le sexuel&nbsp;\u00bb, mais nous offrent, au mieux, les figurations embl\u00e9matiques de la sexualit\u00e9 courante, au pire, des contenus dont on peine \u00e0 voir le rapport avec le sexuel et que, dans ce cas nous sommes port\u00e9s \u00e0 \u00e9carter comme relevant d\u2019une autre sorte de pulsion.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il en va de la psychanalyse comme des sciences exactes, du moins pour ce qui concerne le passage de l\u2019observation empirique \u00e0 la conceptualisation. Ainsi, lorsqu\u2019on voit un objet dans l\u2019atmosph\u00e8re tomber vers la terre, il nous vient tout naturellement de poser que notre plan\u00e8te exerce une force d\u2019attraction gravitationnelle, comme l\u2019ont postul\u00e9e les physiciens \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb depuis Galil\u00e9e et Newton qui ont essay\u00e9 de percer le myst\u00e8re de cette force gravitationnelle et ont m\u00eame pu en produire des \u00e9quations qui, dans l\u2019ensemble, fonctionnent. Comment en effet se repr\u00e9senter cette action \u00e0 distance exerc\u00e9e par la masse terrestre sur la lune ou sur un objet quelconque, ou par celle du Soleil sur la terre, et ainsi de suite? On en est venu \u00e0 imaginer une substance invisible \u00e0 travers laquelle cette force pouvait se transmettre et la lumi\u00e8re voyager: c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00c9ther. (Voir <span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/\u00c9ther_(physique)\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89ther_%28physique%29<\/a><\/span> )<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut donc toute une r\u00e9volution lorsque vers la fin du XIX\u00e8me et le d\u00e9but du XX\u00e8me Si\u00e8cle les physiciens se sont rendu compte qu\u2019ils n\u2019avaient aucunement besoin de faire intervenir l\u2019\u00e9ther dans leurs \u00e9quations (sur la vitesse de la lumi\u00e8re, p.ex.) et qu\u2019avec la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 restreinte introduite par Einstein en 1905, la gravitation \u00e9tait pens\u00e9e d\u2019une fa\u00e7on totalement diff\u00e9rente: non plus une \u00ab force \u00bb s\u2019exer\u00e7ant \u00e0 distance sur les corps, mais une courbure de l\u2019espace du fait de la pr\u00e9sence de corps massifs dans cet espace. Un corps de masse moindre qui est captif de la courbure de l\u2019espace due \u00e0 une masse plus grande se mettra donc \u00e0 \u00ab tomber \u00bb vers celle-ci, selon un mouvement orbital.<\/p>\n\n\n\n<p>Fait \u00e0 remarquer, ce nouveau mod\u00e8le de la gravitation ne rel\u00e8ve aucunement de l\u2019observation directe (la courbure de l\u2019espace n\u2019est pas visible en soi). C\u2019est une construction purement th\u00e9orique, obtenue par une \u00ab&nbsp;exp\u00e9rience de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb d\u2019Einstein, \u00e9quations math\u00e9matiques \u00e0 l\u2019appui. Mais quand on essaie de se la repr\u00e9senter, on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019essayer de se faire une image visuelle de la chose, par des approximations comme&nbsp;\u00ab&nbsp;une nappe tendue aux quatre coins au milieu de laquelle on placerait une boule de bowling qui incurverait la dite nappe en son milieu de sorte que toute autre boule plus petite, d\u00e9pos\u00e9e sur cette surface serait \u201cattir\u00e9e\u201d vers la grosse boule\u2026&nbsp;\u00bb On voit tout de suite que l\u2019image \u00e0 laquelle on aura eu recours recommence \u00e0 poser les choses en termes d\u2019attraction&nbsp;! Bref, la chose r\u00e9elle n\u2019est pas \u00ab&nbsp;visualisable&nbsp;\u00bb et cela choque notre narcissisme visuel, si l\u2019on peut dire. L\u2019image que l\u2019on se construit att\u00e9nue un peu le choc, mais en reconduisant l\u2019erreur de d\u00e9part\u2026 La \u00ab&nbsp;vraie&nbsp;\u00bb gravit\u00e9, c\u2019est celle que d\u00e9crivent les \u00e9quations abstraites et elle n&rsquo;est pas repr\u00e9sentable. Le probl\u00e8me est donc celui du passage du concept ou de la notion rigoureuse \u00e0 la forme plus proche de l\u2019exp\u00e9rience famili\u00e8re, passage vers quelque chose de plus approximatif et qui peut \u00eatre source de malentendus.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette digression, afin de revenir \u00e0 la notion psychanalytique de \u00ab&nbsp;sexuel&nbsp;\u00bb. Quand Freud a propos\u00e9, dans les<em> Trois Essais<\/em> que la libido est \u00e0 la sexualit\u00e9 ce que le faim est \u00e0 l\u2019alimentation, il proc\u00e8de par une approximation semblable \u00e0 celle qui postulait une \u00ab&nbsp;force d\u2019attraction&nbsp;\u00bb entre le soleil et la terre. Le terme m\u00eame de \u00ab&nbsp;pulsion&nbsp;\u00bb, bien que plus abstrait, fait appel par son nom \u00e0 l\u2019image famili\u00e8re de pouss\u00e9e (et cela vaut aussi pour le terme allemand de <em>Trieb<\/em>). Mais en r\u00e9alit\u00e9, personne n\u2019a jamais vu une \u00ab&nbsp;pulsion&nbsp;\u00bb, encore moins la \u00ab&nbsp;force pulsionnelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons donc \u00e0 \u00ab Pulsions et destins de pulsions \u00bb et \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9finition que donne Freud d\u2019une pulsion en g\u00e9n\u00e9ral:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Si, maintenant, nous abordons par le c\u00f4t\u00e9 biologique l\u2019examen de la vie d\u2019\u00e2me, la pulsion nous appara\u00eet comme <strong>un concept fronti\u00e8re <\/strong>entre animique et somatique, comme <strong>repr\u00e9sentant<\/strong> psychique des stimuli issus de l\u2019int\u00e9rieur du corps et parvenant \u00e0 l\u2019\u00e2me, comme une <strong>mesure de l\u2019exigence de travail<\/strong> qui est impos\u00e9e \u00e0 l\u2019animique par suite de sa corr\u00e9lation avec le corporel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>J\u2019ai mis en caract\u00e8res gras les mots qui soulignent le caract\u00e8re purement conceptuel de la pulsion, et qui plus est, la notion d\u2019un concept \u00ab&nbsp;fronti\u00e8re&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, n\u2019ayant pas les racines bien plant\u00e9es dans un domaine d\u00e9fini. L\u2019aspect abstrait se confirme avec les termes de repr\u00e9sentant et enfin de \u00ab&nbsp;mesure de l\u2019exigence de travail&nbsp;\u00bb. Nulle part dans cette d\u00e9finition Freud ne d\u00e9signe une quelconque substance ou entit\u00e9 concr\u00e8te. J\u2019entends par l\u00e0 que, contrairement \u00e0 l\u2019usage qui en est fait souvent, la pulsion n\u2019est pas ici d\u00e9finie comme \u00ab&nbsp;force motrice&nbsp;\u00bb. Cependant, deux paragraphes plus loin Freud parle de \u00ab&nbsp;quelques termes qui sont utilis\u00e9s en corr\u00e9lation avec le concept de pulsion, comme : pouss\u00e9e, but, objet, source de la pulsion&nbsp;\u00bb, et il \u00e9crit que:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0par pouss\u00e9e d\u2019une pulsion, on entend le facteur moteur [en allemand: <em>Motorisches Moment]<\/em> de celle-ci, la somme de force ou la mesure de l\u2019exigence de travail qu\u2019elle repr\u00e9sente [<em>das er repr\u00e4sentiert<\/em>]. Le caract\u00e8re de ce qui est poussant est une propri\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale des pulsions, et m\u00eame l\u2019essence de celles-ci. Toute pulsion est un morceau d\u2019activit\u00e9.\u00a0\u00bb (PDP, p. 169)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La citations ci-dessus semble, \u00e0 prime abord, contredire ce que je disais de la d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rale des pulsions et semble en donner une image de \u00ab&nbsp;force motrice&nbsp;\u00bb. Mais il faut la relire lentement et attentivement: par pouss\u00e9e d\u2019une pulsion il faut entendre:<\/p>\n\n\n\n<p>1- <strong>le \u00ab facteur moteur \u00bb<\/strong>, selon traduction officielle, Freud l\u2019\u00e9crit \u00ab&nbsp;<em>Motorisches Moment&nbsp;<\/em>\u00bb, et je crois que le mot Moment, qui peut en effet se traduire par facteur, d\u00e9signe plus pr\u00e9cis\u00e9ment le concept de \u00ab&nbsp;moment&nbsp;\u00bb en physique (en anglais on dit momentum et ce terme est souvent employ\u00e9 en fran\u00e7ais \u00e9galement), terme qui d\u00e9signe la mesure de la quantit\u00e9 de mouvement. Ce que la pouss\u00e9e d\u00e9signe, c\u2019est donc la constatation que l\u00e0 o\u00f9 il y a pulsion, il en r\u00e9sulte une quantit\u00e9 de mouvement, ce qui ne veut pas dire que c\u2019est la pulsion elle-m\u00eame qui pousse. Je ne voudrais pas donner l\u2019impression de fendre les cheveux en quatre, mais la chose est plus importante qu\u2019elle n\u2019en a l\u2019air, parce que si la pulsion \u00e9tait en elle-m\u00eame une force motrice, alors il nous faudrait pouvoir la mesurer. Or il est clair que ceux qui mesurent des aspects quantitatifs se d\u00e9roulant dans un organisme ne rencontreront jamais la \u00ab&nbsp;force pulsionnelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, je crois que le terme \u00ab&nbsp;force pulsionnelle&nbsp;\u00bb est \u00e0 entendre ici comme on entendait \u00ab&nbsp;force d\u2019attraction gravitationnelle&nbsp;\u00bb dans la physique classique, mais en se souvenant que, alors m\u00eame que l\u2019effet visible existe (les objets tombent, la terre reste en orbite autour du soleil), aucune \u00ab&nbsp;force&nbsp;\u00bb ne s\u2019exerce \u00e0 distance, c\u2019est l\u2019espace qui est courb\u00e9. De m\u00eame, il y a \u00ab&nbsp;travail&nbsp;\u00bb quand la pulsion est pr\u00e9sente, mais cela ne veut pas dire que c\u2019est la pulsion elle-m\u00eame qui fournit la force n\u00e9cessaire \u00e0 ce travail. N\u2019oublions pas que nous op\u00e9rons au niveau de la \u00ab&nbsp;fronti\u00e8re&nbsp;\u00bb entre l\u2019animique et le somatique, et que par cons\u00e9quent nous ne traitons pas directement de ce qui serait une \u00e9nergie somatique quantifiable ; par ailleurs, le terme \u00ab&nbsp;\u00e9nergie psychique&nbsp;\u00bb ne peut \u00eatre que m\u00e9taphorique.<\/p>\n\n\n\n<p>2- <strong>\u00ab&nbsp;la somme de force ou la mesure d\u2019exigence de travail qu\u2019elle repr\u00e9sente [<em>das er repr\u00e4sentiert<\/em>].&nbsp;\u00bb<\/strong> J\u2019ai mis en italiques et fait suivre de l\u2019original allemand l\u2019expression \u00ab&nbsp;qu\u2019elle repr\u00e9sente&nbsp;\u00bb parce qu\u2019elle aussi est de nature \u00e0 nous rappeler que nous travaillons \u00e0 un autre niveau que mat\u00e9riel. L\u2019utilisation du verbe <em>repr\u00e4sentieren<\/em> est en effet un choix significatif, puisqu\u2019il a rapport \u00e0 la <em>Repr\u00e4sentanz<\/em>, ce qui signifie la fonction de repr\u00e9sentance, au sens o\u00f9 un ambassadeur repr\u00e9sente un pays, ou un d\u00e9put\u00e9 repr\u00e9sente les \u00e9lecteurs de son comt\u00e9. L\u2019ambassadeur n\u2019est pas le pays, le d\u00e9put\u00e9 n\u2019est pas l\u2019ensemble de ses \u00e9lecteurs; mais ils parlent en leur nom. Dans ce sens, je crois que la pulsion n\u2019est pas la somme de force, mais elle la repr\u00e9sente, elle en est le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux fronti\u00e8res du psychique (nous avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 cet aspect au chapitre 4 \u00ab&nbsp;Le <em>Trieb<\/em> et le trouble&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons par l\u00e0 poser les rapports sous un angle un peu diff\u00e9rent, en disant \u00e0 peu pr\u00e8s ceci: sous l\u2019effet de la pulsion, l\u2019appareil psychique se met en marche et cela peut mobiliser aussi l\u2019appareil musculaire, mais cela ne veut pas dire que c\u2019est la pulsion qui fournirait le \u00ab&nbsp;carburant&nbsp;\u00bb. Lorsque nous appuyons sur un interrupteur, ce n\u2019est pas la force du mouvement de nos doigts sur l\u2019interrupteur qui allume la lampe; l\u2019interrupteur, et notre geste pour nous en servir, sont les aspects visibles d\u2019un d\u00e9sir (de voir plus clair) qui va puiser \u00e0 une \u00e9nergie \u00e9lectrique disponible, \u00e9nergie qui sert tout aussi bien \u00e0 chauffer l\u2019eau de la bouilloire ou \u00e0 faire tourner le moteur de la laveuse. Pourtant, nous dirons que c\u2019est en touchant \u00e0 un interrupteur que nous avons allum\u00e9 la lampe ou mis en marche la bouilloire ou la laveuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce alors qui met en marche, ou au travail, l\u2019appareil psychique ? Freud, en introduisant les mots \u00ab&nbsp;pulsion&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;libido&nbsp;\u00bb semble avoir souvent \u00e9t\u00e9 compris comme disant que ce sont elles, qui le font. Mais on voit bien que l\u2019on peut avoir une version beaucoup plus proche de la r\u00e9alit\u00e9 psychique si nous nous d\u00e9barrassons l&rsquo;id\u00e9e pulsion de son aspect \u00ab force motrice \u00bb ou \u00ab carburant \u00bb. Entendus dans ce sens, les mot Trieb ou pulsion sont l\u2019\u00e9quivalent de \u00ab&nbsp;force d\u2019attraction terrestre&nbsp;\u00bb dans la vieille physique de Newton. Pour un usage quotidien, dans un parler rel\u00e2ch\u00e9, il n\u2019y a aucun probl\u00e8me \u00e0 dire les choses ainsi, de m\u00eame que c\u2019est \u00ab \u00e9videmment \u00bb le fait d\u2019appuyer sur l\u2019interrupteur qui allume la lampe. Mais on voit bien que si on s\u2019en tient au langage de tous les jours, on n\u2019aura pas \u00e9clairci ce que \u00ab&nbsp;pulsion&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;sexuel&nbsp;\u00bb veut dire exactement en termes freudiens. D\u2019ailleurs, dire que la pulsion elle-m\u00eame exerce une pouss\u00e9e, c\u2019est une tautologie. C\u2019est comme dans la com\u00e9die de Moli\u00e8re o\u00f9 le m\u00e9decin ignorant assure que l\u2019opium fait dormir parce qu\u2019il poss\u00e8de une \u00ab&nbsp;vertu dormitive&nbsp;\u00bb. \u00c0 parler ainsi on se paye simplement de mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Que trouverons-nous si nous essayons d\u2019aller au-del\u00e0 de ces apparentes \u00e9vidences?<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons tout d\u2019abord que nous sommes revenus au terme pulsion apr\u00e8s avoir commenc\u00e9 \u00e0 explorer le sens du concept de \u00ab&nbsp;sexuel&nbsp;\u00bb chez Freud. Nous avons vu en effet que c\u2019est sur la pulsion sexuelle que Freud se concentre dans Pulsion et destin de pulsions. On peut dire que les deux termes deviennent \u00e9quivalents chez Freud, du moins jusqu\u2019en 1919, quand il introduit pulsions de vie et pulsions de mort. Mais on n\u2019a pas avanc\u00e9 beaucoup en rapprochant les deux termes si nous ne produisons pas une d\u00e9finition non-tautologique de l\u2019un ou de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Quand nous parlons de ce qui met au travail \u00ab&nbsp;l\u2019appareil de l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb, ou encore, de ce qui pose \u00e0 l\u2019animique une exigence de travail, nous essayons d\u2019\u00e9viter de penser \u00e0 la pulsion comme elle-m\u00eame une force, de m\u00eame que nous essayons, suivant Freud, de ne pas substantialiser l\u2019appareil psychique ou animique. Pour cela, tenons-nous en \u00e0 ce que Freud introduit d\u00e8s le Projet et que nous avons d\u00e9j\u00e0 bri\u00e8vement discut\u00e9: l\u2019\u00e9tat de \u00ab&nbsp;d\u00e9saide&nbsp;\u00bb (<em>Hilfl\u00f6sigkeit<\/em>) du petit humain au d\u00e9but de la vie. C\u2019est l\u00e0 une donn\u00e9e essentielle parce qu\u2019elle indique:<\/p>\n\n\n\n<p>1- que personne ne s\u2019est fait tout seul;<\/p>\n\n\n\n<p>2- que nous d\u00e9butons tous dans la vie dans un \u00e9tat d\u2019impuissance \u00e0 assurer notre propre survie;<\/p>\n\n\n\n<p>3- que nous d\u00e9pendons par cons\u00e9quent de quelqu\u2019un d\u2019autre;<\/p>\n\n\n\n<p>4- que c\u2019est par rapport et en fonction de cet autre (de ces autres) que nous nous mettons \u00e0 r\u00eaver, \u00e0 parler, \u00e0 d\u00e9sirer, \u00e0 jouer\u2026 et que nous commen\u00e7ons \u00e0 penser, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 chercher \u00e0 comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, dira-t-on, ne cherchons-nous pas \u00e0 comprendre bien autre chose \u00e9galement? Oui, mais plus tard, et de toute fa\u00e7on, m\u00eame dans ce cas, c\u2019est avec les pens\u00e9es que nous nous serons form\u00e9es \u00e0 propos de, et en rapport avec cet autre essentiel \u00e0 notre vie que nous aborderons les autres r\u00e9alit\u00e9s. Un exemple? Nous croirons que la terre \u00ab&nbsp;attire&nbsp;\u00bb \u00e0 elle les corps en chute libre de la m\u00eame fa\u00e7on que nous nous serons sentis attir\u00e9s dans les bras de notre m\u00e8re ou de notre p\u00e8re\u2026 Les fantasmes que nous aurons \u00e9labor\u00e9 dans le micro-univers o\u00f9 le visage de notre m\u00e8re \u00e9tait le paysage le plus attentivement scrut\u00e9, ou le son de sa voix aura \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re musique, etc. seront toujours en premi\u00e8re ligne lorsque nous nous tournerons vers le monde ext\u00e9rieur. Pour conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 telle quelle, il nous faudra, par un exigeant effort de pens\u00e9e, nous arracher de notre premier mode de connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que les fantasmes eux-m\u00eames, qui servent \u00e0 sous-tendre notre activit\u00e9 de relation avec les autres et le monde en g\u00e9n\u00e9ral, sont le produit de l\u2019activit\u00e9 psychique et non une force motrice. Quel est donc le moteur de cette activit\u00e9? C\u2019est la rencontre avec un autre, du moins de la partie de cet autre pour laquelle nous n\u2019avons pas \u00e0 notre disposition une assez bonne id\u00e9e, ce qui d\u00e9clenche des m\u00e9canismes inn\u00e9s, fruit de l\u2019\u00e9volution: la fonction herm\u00e9neutique, le besoin de trouver du sens. C\u2019est l\u2019\u00e9nigme de l\u2019autre telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente au c\u0153ur des processus \u00e9thologiques les plus universels, et qui vient les d\u00e9tourner de leur cours \u00ab&nbsp;naturel&nbsp;\u00bb. Nous y reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce \u00e0 dire que tout cela se passerait sans aucune d\u00e9pense d&rsquo;\u00e9nergie au sens propre? Bien s\u00fbr que non. \u00ab&nbsp;Psych\u00e9 est \u00e9tendue \u00bb, rappelle Freud&nbsp;; elle est corporelle et d\u00e9pend donc du bon fonctionnement du corps, des muscles, des cellules et de leurs mitochondries, v\u00e9ritables productrices d&rsquo;\u00e9nergie. Il y a donc une \u00e9nergie disponible \u00e0 laquelle puiser (comme l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 disponible quand le d\u00e9sir de voir plus clair nous fait appuyer sur l&rsquo;interrupteur), mais ce que nous d\u00e9crivons sur le plan pulsionnel ne d\u00e9signe pas directement cette \u00e9nergie. La notion de pulsion d\u00e9signe une exigence, une demande de travail psychique. Elle repr\u00e9sente cette exigence et nous rappelle simplement que ce travail ne se fait pas sans corps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour penser le sexuel en psychanalyse, rien de plus naturel que de partir des images des comportements sexuels. La pratique clinique y conduit aussi tout naturellement, puisque, bien entendu, les analysants ne viennent pas nous pr\u00e9senter \u00ab&nbsp;le sexuel&nbsp;\u00bb, mais nous offrent, au mieux, les figurations embl\u00e9matiques de la sexualit\u00e9 courante, au pire, des contenus dont<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=766\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a010- Approches du sexuel freudien. Retour sur le concept de pulsion.\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-766","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/766","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=766"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/766\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2556,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/766\/revisions\/2556"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=766"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=766"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=766"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}