{"id":637,"date":"2016-02-07T06:03:39","date_gmt":"2016-02-07T11:03:39","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=637"},"modified":"2021-12-24T11:25:58","modified_gmt":"2021-12-24T16:25:58","slug":"4-le-trieb-et-le-trouble","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=637","title":{"rendered":"4- Le Trieb et le trouble"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Ce que la longue citation de la section pr\u00e9c\u00e9dente nous montre est \u00e8 mon avis tr\u00e8s important pour notre projet de comprendre comment \u00ab&nbsp;cela pense&nbsp;\u00bb en Freud. Nous avons vu les nombreuses inflexions que prend le mot Trieb suivant les nombreuses expressions auxquelles il se trouve associ\u00e9. C\u2019est tellement \u00e9tendu qu\u2019on se demande s\u2019il y a un secteur de la vie humaine qui n\u2019est pas concern\u00e9! Mais plus important pour nous est que, vu la tr\u00e8s grande \u00e9tendue de cette aire s\u00e9mantique, il semble impossible que la pens\u00e9e de Freud n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e au moment m\u00eame o\u00f9 il tentait de produire une concept de pulsion proprement psychanalytique. Nous-m\u00eames, nous nous retrouvons devant cette profusion de significations, mais qui toutes gravitent autour d\u2019un certain axe: <em>Trieb<\/em> semble un mot d\u00e9signant un flux, une force, mais aussi un principe pour tout ce qui vit, pousse et se d\u00e9veloppe par soi-m\u00eame. Le <em>Trieb<\/em> est donc d\u00e9j\u00e0 inscrit dans un mouvement \u00ab&nbsp;auto-&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit d\u00e9tour, ou ce qui semble tel, mais ne l\u2019est pas n\u00e9cessairement, s\u2019av\u00e8re ici int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<p>Repartons du fait que <em>Trieb<\/em> d\u00e9rive du verbe <em>Treiben<\/em>, qui peut d\u00e9signer tant une activit\u00e9 ordonn\u00e9e que <em>l\u2019agitation de la rue<\/em>. Les termes <em>Tr\u00fcben<\/em> et <em>tr\u00fcble<\/em>, dont l\u2019orthographe est assez voisine de <em>Treiben,<\/em> sont eux, du c\u00f4t\u00e9 du terme fran\u00e7ais <em>trouble<\/em> mais aussi de <em>turbine<\/em>! Chose int\u00e9ressante, ils d\u00e9rivent du latin <em>turba<\/em>, qui d\u00e9signe la foule et son agitation. Nous retrouvons donc ce terme d\u2019agitation dans la foule, agitation de la rue qui \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 <em>Treiben.<\/em> De <em>turba<\/em> d\u00e9rivent les <em>turb<\/em>ulences et les per<em>turb<\/em>ations, bref, tout ce qui trouble la tranquillit\u00e9. Or le mot qu\u2019on a trouv\u00e9 en fran\u00e7ais pour rendre <em>Trieb<\/em>, c\u2019est <em>pulsion<\/em> qui avait disparu du vocabulaire depuis un si\u00e8cle ou deux, mais qui signifiait \u00ab&nbsp;propagation de mouvement&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est pas exactement l\u2019agitation, dira-t-on, mais il s\u2019agit n\u00e9anmoins, avec cette propagation, de quelque chose qui s\u2019obtient en troublant, en perturbant l\u2019\u00e9tat de repos. Quelque chose, dans l\u2019ordre ou le d\u00e9sordre, cr\u00e9e des turbulences, parvient \u00e0 <em>turbiner<\/em>, cr\u00e9e des <em>tourbillons,<\/em> et pourrait \u00eatre l\u2019\u0153uvre d\u2019un <em>troublion.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Attention, l\u2019\u00e9tymologie ne prouve rien au plan conceptuel; elle nous permet seulement d\u2019admirer le mouvement de d\u00e9rivation dont je parlais dans la premi\u00e8re section et nous donne une id\u00e9e encore plus vivante du \u00ab&nbsp;bain de significations&nbsp;\u00bb dans lequel on est plong\u00e9s, la plupart du temps sans y songer, quand nous employons des termes porteurs de nombreuses inflexions comme <em>Trieb<\/em> ou <em>Treiben<\/em> en allemand.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes donc incit\u00e9s \u00e0 chercher <em>\u00e0 la fois<\/em> un sens pr\u00e9cis, psychanalytique, du terme \u00ab&nbsp;pulsion&nbsp;\u00bb (<em>Trieb<\/em>), mais sans perdre de vue la vaste couronne de significations qui l\u2019entoure. Nous avons d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ce qu\u2019on pourrait appeler les sens \u00ab&nbsp;digital&nbsp;\u00bb du terme, et de l\u2019autre, un sens analogique. Nous ne devons renoncer ni \u00e0 l\u2019un ni \u00e0 l\u2019autre. Le sens \u00ab&nbsp;digital&nbsp;\u00bb, c\u2019est celui qui \u00e9nonce, par exemple, que la pulsion est le repr\u00e9sentant psychique qui est lui-m\u00eame repr\u00e9sent\u00e9 par deux \u00ab&nbsp;d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s&nbsp;\u00bb: l\u2019affect et la repr\u00e9sentation; ou encore, c\u2019est la d\u00e9finition tr\u00e8s op\u00e9rationnelle, fonctionnelle, que donne Freud en 1915: \u00ab&nbsp;mesure de l\u2019exigence de travail impos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2me (<em>Seele<\/em>) du fait de sa corr\u00e9lation ave le corps&nbsp;\u00bb. La nu\u00e9e de sens analogiques, pour sa part, sert \u00e0 pr\u00e9server toutes les inflexions, toutes les nuances, toutes les applications diverses du nom et du verbe, ce qui a l\u2019avantage de nous pr\u00e9munir contre une r\u00e9ification, une st\u00e9rilisation du concept, en faisant une pure abstraction sans grande utilit\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, si on renonce au sens strictement m\u00e9tapsychologique, on risque de diluer, de noyer le terme dans le grand fleuve analogique et lui faire alors signifier tout et rien \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>La conjugaison des deux approches pourrait, elle, nous donner une meilleure prise sur la notion, que nous verrions alors traverser sous diverses formes l\u2019ensemble de la th\u00e9orie et de la pratique psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement et sa propagation: qu\u2019est-ce \u00e0 dire? Il faut s\u2019int\u00e9resser au mouvement lui-m\u00eame, et non \u00e0 un mobile, \u00e0 une chose en mouvement. Int\u00e9ressons-nous \u00e0 l\u2019ondulation qui se produit au sein de l\u2019unit\u00e9 psychosomatique, que nous appelions celle-ci corps-psych\u00e9, organisme ou sujet. On a vu que Freud a essay\u00e9 de s\u2019en tenir \u00e0 la formulation la plus sobre et la plus g\u00e9n\u00e9rale possible: \u00ab&nbsp;mesure de l\u2019exigence de travail\u2026&nbsp;\u00bb. Ici, c\u2019est le mot \u00ab&nbsp;travail&nbsp;\u00bb qui retient notre attention, puisque dire travail, c\u2019est parler d\u2019\u00e9nergie de transformation. La fonction la plus g\u00e9n\u00e9rale du travail est d\u2019op\u00e9rer une transformation: changement dans la quantit\u00e9 ou dans la qualit\u00e9, changement de forme: par d\u00e9placement, condensation, analyse, synth\u00e8se\u2026 Tout travail est d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n<p>La pulsion, dans ce sens, serait l\u2019agitation de l\u2019\u00e2me du fait de sa liaison au corps. Sauf que cela sonne tr\u00e8s dualiste, alors que Freud n\u2019\u00e9tait pas dualiste sur cette question. L\u2019\u00e2me et le corps ne sont pas deux entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es; il y a surgissement, \u00e9mergence de l\u2019animique (<em>Seelische<\/em>) \u00e0 partir de processus dans le corps. C\u2019\u00e9tait toute l\u2019id\u00e9e du <em>Projet<\/em> de 1895 que de chercher \u00e0 comprendre comment cela se produit. Dans l\u2019exasp\u00e9ration de son \u00e9chec, Freud \u00e9crit \u00e0 Fliess: \u00ab&nbsp;encore un peu et cela se mettait \u00e0 fonctionner tout seul\u2026&nbsp;\u00bb Or \u00ab&nbsp;fonctionner tout seul&nbsp;\u00bb, c\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 cela que devait r\u00e9pondre le concept de <em>Trieb<\/em>, puisque le mot entre dans la composition de certains mots qui d\u00e9signent pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019auto-motricit\u00e9: <em>Triebwagen<\/em>, par exemple, d\u00e9signe une \u00ab&nbsp;rame automotrice&nbsp;\u00bb, or l\u2019auto- n\u2019est certain pas donn\u00e9 par le mot \u00ab&nbsp;<em>wagen<\/em>&nbsp;\u00bb, qui signifie voiture. Ce que Freud cherchait dans le <em>Projet<\/em> c\u2019est une conception de comment l\u2019appareil nerveux parvient \u00e0 fonctionner seul en produisant du psychique. C\u2019est une recherche ax\u00e9e sur les lois de l\u2019<em>autonomie du vivant<\/em>, chose tr\u00e8s contemporaine dans les sciences du vivant <sup class='footnote'><a href='#fn-637-1' id='fnref-637-1' onclick='return fdfootnote_show(637)'>1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie moderne du vivant parle en effet d\u2019autonomie, d\u2019auto-organisation, d\u2019autopoi\u00e8se. Est vivant ce qui s\u2019auto-construit, s\u2019auto-entretient et s\u2019autor\u00e9pare. Cela n\u2019exclut aucunement l\u2019\u00e9change, bien au contraire. Le rapport est de l\u2019ordre de la dialectique: en s\u2019auto-organisant, un centre vivant (un organisme), organise voire engendre un environnement qui lui est propre, une niche \u00e9cologique qu\u2019il adapte \u00e0 ses besoins aussi-bien que lui-m\u00eame s\u2019adapte \u00e0 elle. Cela ne se fait pas sans \u00e9change. Mais cet \u00e9change doit respecter une condition: ce qui traverse la barri\u00e8re organismique ne doit pas modifier les lois d\u2019auto-organisation de l\u2019organisme en question, son autonomie. L\u2019autonomie, en effet, ne signifie pas l\u2019isolement, l\u2019autosuffisance, l\u2019autarcie ou le solipsisme: auto-<em>nomos<\/em>, cela signifie fonctionner selon ses <em>lois<\/em> propres. Quand cette condition est respect\u00e9e, alors organisme et environnement, ou encore l\u2019organisme 1 et l\u2019organisme 2, peuvent communiquer: le mouvement se propage, <em>se communique<\/em> de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, et ce mouvement <em>communique<\/em> <em>quelque chose<\/em> de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et r\u00e9ciproquement.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit tout de suite que si l\u2019on reconnait dans cette propagation de mouvement la \u00ab&nbsp;vieille&nbsp;\u00bb d\u00e9finition fran\u00e7aise du mot pulsion, alors, on n\u2019a pas de peine \u00e0 concevoir que les nombreux sens de pulsion (<em>Trieb<\/em>) en allemand peuvent aussi se retrouver dans l\u2019acception fran\u00e7aise et psychanalytique. Je m\u2019explique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les psychanalystes qui affirment qu\u2019on peut jeter aux poubelles de l\u2019histoire le concept de pulsion d\u00e9signent par ce mot non seulement quelque chose de r\u00e9ifi\u00e9 et d\u2019abstrait \u00e0 la fois, mais aussi quelque chose qui, suivant l\u2019id\u00e9e que semble v\u00e9hiculer Freud (je dis bien \u00ab&nbsp;semble&nbsp;\u00bb), ne se rapporte qu\u2019\u00e0 l\u2019organisme isol\u00e9, solipsiste, fonctionnant en autarcie. Or, si on suit la trajectoire que je viens de parcourir, on voit que la pulsion en tant que propagation agitation, ondulation, n\u2019a rien de solipsiste, mais ne peut concerner qu\u2019on organisme consid\u00e9r\u00e9 dans sa relation dialectique \u00e0 son environnement. De sorte qu\u2019un auteur comme Winnicott, qu\u2019on range trop facilement parmi les analystes qui ne servent pas de la th\u00e9orie des pulsions et de la m\u00e9tapsychologie en g\u00e9n\u00e9ral, s\u2019av\u00e8re un fin m\u00e9tapsychologue lorsqu\u2019il parle de la relation entre l\u2019enfant et son environnement. Ainsi, quand il d\u00e9clare: \u00ab&nbsp;There is no such thing as a baby&nbsp;\u00bb, que fait-il, sinon la critique d\u2019une conception de la relation qui ne tiendrait pas compte de la propagation du mouvement, des \u00ab&nbsp;ondes&nbsp;\u00bb entre le sujet (l\u2019enfant) et son environnement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, mais en toute concordance avec les th\u00e9ories actuelles du vivant, \u00e9crit que l\u2019enfant finit par cr\u00e9er son propre environnement. Dans \u00ab&nbsp;Psychose et soins maternels&nbsp;\u00bb il \u00e9crit ceci: \u00ab&nbsp;Au d\u00e9but, l\u2019unit\u00e9, ce n\u2019est pas l\u2019individu. Tel que per\u00e7ue de l\u2019ext\u00e9rieur, l\u2019unit\u00e9, c\u2019est l\u2019agencement (<em>set-up<\/em>) individu-environnement. L\u2019observateur externe (<em>the outsider<\/em>) sait que la psych\u00e9 individuelle ne peut commencer que dans un certain cadre (<em>setting<\/em>). Dans ce cadre, l\u2019individu peut graduellement parvenir \u00e0 se cr\u00e9er un environnement personnel.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs choses \u00e0 noter ici. 1\u00b0- Winnicott pense la situation de deux points de vue \u00e0 la fois: l\u2019interne et l\u2019externe, mais pour des raisons de clart\u00e9 d\u00e9cide de d\u00e9crire le tout de l\u2019ext\u00e9rieur. 2\u00b0- L\u2019unit\u00e9 individu-environnement est une\u2026 unit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019elle a son autonomie, ses lois propres. Les lois internes \u00e0 cette unit\u00e9 sont ce qui produit un \u00e9tat o\u00f9 ce qui semblerait d\u2019abord une relation int\u00e9rieur-ext\u00e9rieur finit par s\u2019internaliser, au sens o\u00f9 l\u2019individu cr\u00e9e son propre environnement personnel. Pourtant, cela reste un \u00ab&nbsp;environnement&nbsp;\u00bb et nous devons nous arr\u00eater un peu pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que cela peut signifier.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet environnement personnel, que l\u2019on peut dire r\u00e9sulter d\u2019une internalisation, cela montre que Winnicott a bien tenu compte de la relation dialectique entre le centre (le sujet) et son environnement, dans le sens o\u00f9 celui-ci n\u2019est pas un \u00ab&nbsp;d\u00e9j\u00e0-l\u00e0&nbsp;\u00bb auquel le sujet n\u2019aurait qu\u2019\u00e0 s\u2019adapter. Le sujet <em>cr\u00e9e<\/em> son propre environnement, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019il in-forme ce qui l\u2019entoure pour en faire un environnement personnel, un environnement <em>portable<\/em>. Partout o\u00f9 il sera, le sujet transportera avec lui cet environnement personnel. Il devra, bien entendu, n\u00e9gocier avec l\u2019ext\u00e9rieur qui est autre, mais qui sera toujours relativement stabilis\u00e9 par une certaine souplesse diplomatique dans la n\u00e9gociation. C\u2019est cela, d\u2019un certain point de vue, l\u2019espace transitionnel qui deviendra l\u2019espace de l\u2019exp\u00e9rience culturelle de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Il est bon de rappeler que par notre recours \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie nous ne croyons pas <em>prouver<\/em> quoi que ce soit, mais bien accompagner l\u2019\u00e9volution terminologique. Nous sommes toujours en train d\u2019explorer comment \u00ab&nbsp;\u00e7a pense&nbsp;\u00bb en Freud. Nul doute que le \u00ab&nbsp;nuage s\u00e9mantique&nbsp;\u00bb que nous avons \u00e9voqu\u00e9 \u00ab&nbsp;s\u2019est pens\u00e9&nbsp;\u00bb en lui, consciemment et inconsciemment. Cela nous retient parce que cela \u00e9claire du m\u00eame coup \u00ab&nbsp;ce que&nbsp;\u00bb Freud a pens\u00e9 et consign\u00e9 par \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, quand il \u00e9crit que les pulsions \u00ab&nbsp;son notre mythologie&nbsp;\u00bb, on peut entendre, entre autres choses, qu\u2019elles peuplent la culture germanophone comme autant des divinit\u00e9s d\u2019une religion polyth\u00e9iste. Un ensemble riche et complexe de significations \u00e0 partir duquel Freud a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager une d\u00e9finition ni trop vague ni trop restrictive. Entre 1915 et 1919, il a essay\u00e9 de grouper en deux grands ensembles les nombreuses pulsions que ses contemporains avaient cru identifier. Il a voulu aller \u00e0 la racine pulsionnelle, mais \u00e0 partir de cela, nous, ses lecteurs, avons \u00e9t\u00e9 port\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer ces groupements comme des pulsions uniques et, pire encore, nous les avons r\u00e9ifi\u00e9es, substantialis\u00e9es, hypostasi\u00e9es\u2026 aboutissant \u00e0 cet inutile exercice de se prononcer \u00ab&nbsp;pour&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;contre&nbsp;\u00bb leur existence ou leur utilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, en tant que manifestations du mouvement g\u00e9n\u00e9ral du vivant, les <em>Trieben<\/em> (pulsions) peuvent para\u00eetre des truismes: on place en arri\u00e8re-plan du d\u00e9sir sexuel une pulsion sexuelle\u2026 qu\u2019avons-nous appris de plus ce faisant? On voit bien que si utilit\u00e9 il y a, ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019elle se manifeste. Mais si nous regardons ce que Freud obtient par les regroupements (celui de 1915 comme celui de 1919), l\u2019utilit\u00e9 devient plus apparente. De plus, si au lieu de les concevoir comme \u00ab\u00a0entit\u00e9s\u00a0\u00bb nous en consid\u00e9rons surtout la \u00ab\u00a0propagation de mouvement\u00a0\u00bb, alors, cela peut \u00e9clairer l\u2019exp\u00e9rience analytique d\u2019une fa\u00e7on bien sp\u00e9cifique, bien \u00ab\u00a0freudienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-637'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-637-1'> Voir par exemple, F. Varela, <em>Autonomie et connaissance<\/em>, Paris, Seuil, 1989.  <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-637-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que la longue citation de la section pr\u00e9c\u00e9dente nous montre est \u00e8 mon avis tr\u00e8s important pour notre projet de comprendre comment \u00ab&nbsp;cela pense&nbsp;\u00bb en Freud. Nous avons vu les nombreuses inflexions que prend le mot Trieb suivant les nombreuses expressions auxquelles il se trouve associ\u00e9. 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