{"id":579,"date":"2016-01-28T14:17:03","date_gmt":"2016-01-28T19:17:03","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=579"},"modified":"2021-12-25T12:19:43","modified_gmt":"2021-12-25T17:19:43","slug":"pour-introduire-au-seminaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=579","title":{"rendered":"1 &#8211; INTRODUCTION AU S\u00c9MINAIRE (F\u00c9VRIER 2016)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Quiconque aujourd\u2019hui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 <em>la<\/em> psychanalyse aura t\u00f4t fait de r\u00e9aliser qu\u2019il y a plut\u00f4t <em>des<\/em> psychanalyses : que ce soit au plan des th\u00e9ories ou des pratiques, des mod\u00e8les de formation des analystes ou m\u00eame du vocabulaire employ\u00e9, la multiplicit\u00e9 est la norme. On peut, sans grand risque de se tromper, avancer que, malheureusement, la discussion ne se produit pas tr\u00e8s souvent entre ces diverses \u00e9coles de pens\u00e9e. La tendance semble plut\u00f4t \u00e0 la cooptation et \u00e0 l\u2019\u00e9vitement du d\u00e9bat, dans le sens o\u00f9 l\u2019on se retrouve plus ais\u00e9ment \u00ab&nbsp;entre nous&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire entre gens qui partagent une vision \u00e0 peu pr\u00e8s semblable, qui se r\u00e9f\u00e8rent grosso modo aux m\u00eames auteurs et qui \u00e9vitent de se laisser d\u00e9ranger par \u00ab&nbsp;tout le reste&nbsp;\u00bb. On croirait parfois assister \u00e0 des processions o\u00f9 chaque groupe de fid\u00e8les porte haut son \u00e9tendard, voire sa statue de saint. Il ne manque plus qu\u2019\u00e0 comptabiliser lequel fait le plus de miracles!<\/p>\n\n\n\n<p>Blagues \u00e0 part, que dit cette prolif\u00e9ration? Comment s\u2019y retrouver? Et d\u2019abord, comment en vient-on a \u00ab&nbsp;pr\u00e9f\u00e9rer&nbsp;\u00bb le point de vue de Klein, ou celui de Lacan, de Bion, de Winnicott, Green, Laplanche ou autres? Je dis bien \u00ab&nbsp;pr\u00e9f\u00e9rer&nbsp;\u00bb, car il me semble que le hasard des rencontres, des congr\u00e8s et colloques, ou encore l\u2019existence ou non d\u2019un groupe d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, l\u2019influence d\u2019un analyste ou d\u2019un superviseur\u2026 tout cela n\u2019est pas sans influer sur la communaut\u00e9 d\u2019appartenance \u00e0 laquelle on choisit d\u2019adh\u00e9rer. Mais justement, c\u2019est cet \u00ab&nbsp;adh\u00e9rer&nbsp;\u00bb qui pose probl\u00e8me. \u00ab&nbsp;Adh\u00e9sion&nbsp;\u00bb est en effet l\u2019autre mot pour \u00ab&nbsp;croyance&nbsp;\u00bb, et bien que l\u2019on ne puisse pas abolir pour de bon notre propension \u00e0 la croyance, il reste qu\u2019il faut distinguer entre l\u2019adh\u00e9sion enthousiaste \u2014&nbsp;la croyance que l\u2019on pourrait dire \u00ab&nbsp;primaire&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2014, et la croyance qui s\u2019obtient apr\u00e8s examen critique de ce qui nous est propos\u00e9. On pourrait m\u00eame dire que l\u2019on peut juger de la qualit\u00e9 de l\u2019offre qui nous est faite en fonction du degr\u00e9 d\u2019adh\u00e9sion \u00ab&nbsp;totale&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;militante&nbsp;\u00bb qui nous est demand\u00e9. Car il faut bien remarquer en quoi la constitution des diverses \u00e9coles finit par produire ce que Freud avait en horreur: des \u00ab&nbsp;syst\u00e8mes&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire des ensembles ferm\u00e9s, et qui finissent par \u00eatre auto-r\u00e9f\u00e9rentiels; des syst\u00e8mes \u00ab&nbsp;cl\u00e9s-en-main&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui demandent une adh\u00e9sion \u00e0 tout l\u2019ensemble, sans quoi on est r\u00e9put\u00e9 n\u2019avoir rien compris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Fort bien, objectera-t-on, mais n\u2019est-ce pas la m\u00eame chose depuis le d\u00e9but. Freud n\u2019a-t-il pas \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 \u00e9riger sa pens\u00e9e en syst\u00e8me?&nbsp;\u00bb Je crois que l\u2019on peut trouver chez Freud de tr\u00e8s nombreux \u00e9crits o\u00f9 il laisse les questions ouvertes, des \u00ab&nbsp;fils qui pendent&nbsp;\u00bb, des mati\u00e8res au sujet desquelles il compte sur des g\u00e9n\u00e9rations futures, quand ce n\u2019est pas sur la biologie, pour les \u00e9claircir, de son vivant ou apr\u00e8s sa mort. Il est vrai, toutefois, qu\u2019\u00e0 ce Freud-l\u00e0 on peut tout de suite opposer celui qui a constitu\u00e9 un \u00ab&nbsp;comit\u00e9 secret&nbsp;\u00bb devant veiller sur la pr\u00e9servation de la psychanalyse contre les d\u00e9viations\u2026 Mais les nombreuses modifications de son cru apport\u00e9es \u00e0 la th\u00e9orie t\u00e9moignent que si syst\u00e8me il y a chez Freud, il est capable de transformation, de renouvellement, et que Freud n\u2019a jamais craint de se contredire quand la dite contradiction s\u2019imposait.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, d\u2019autres que Freud, heureusement, ont d\u00e9velopp\u00e9 leur pens\u00e9e psychanalytique sans \u00ab&nbsp;faire syst\u00e8me&nbsp;\u00bb. J\u2019ai plusieurs noms en t\u00eate, mais pensons par exemple \u00e0 Winnicott. Le malheur est qu\u2019il se trouve toujours des \u00ab&nbsp;adeptes&nbsp;\u00bb qui n\u2019ont de cesse de syst\u00e9matiser<sup class='footnote'><a href='#fn-579-1' id='fnref-579-1' onclick='return fdfootnote_show(579)'>1<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 un niveau tr\u00e8s terre-\u00e0-terre, on pourrait se demander comment, en l\u2019absence du m\u00e9canisme de cooptation mentionn\u00e9 plus haut, un candidat hypoth\u00e9tiquement \u00ab&nbsp;vierge&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui s\u2019int\u00e9resserait \u00e0 la psychanalyse pour la simple raison qu\u2019il est tomb\u00e9 par hasard sur les <em>Le\u00e7ons d\u2019introduction<\/em> du Viennois et qu\u2019il veut en savoir plus, comment une telle personne ferait pour choisir l\u2019\u00e9cole de pens\u00e9e au sein de laquelle poursuivre sa fr\u00e9quentation de \u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb psychanalyse. Bien entendu, on peut aussi faire valoir qu\u2019il existe des soci\u00e9t\u00e9s qui ne sont pas identifi\u00e9es \u00e0 seulement un des nombreux courants existants. Cela est sans doute pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019esprit d\u2019\u00e9cole&nbsp;\u00bb que d\u00e9non\u00e7ait avec raison Jean Imbeault <sup class='footnote'><a href='#fn-579-2' id='fnref-579-2' onclick='return fdfootnote_show(579)'>2<\/a><\/sup>, mais cela se paie parfois d\u2019un assez gros prix: le prix de l\u2019\u00e9clectisme, style \u00ab&nbsp;supermarch\u00e9 des th\u00e9ories&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;menu de restaurant chinois&nbsp;\u00bb, un \u00e9clectisme par lequel on se contente de tenir c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te de nombreux mod\u00e8les, de nombreuses th\u00e9ories, de nombreux auteurs, sans n\u00e9cessairement pouvoir discerner ce qui entre eux converge, fait contraste, voire est incompatible.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vocabulaire employ\u00e9 lors des r\u00e9unions, colloques ou congr\u00e8s, ainsi que dans les publications, trahit souvent soit l\u2019esprit d\u2019\u00e9cole \u2014&nbsp;l\u2019adh\u00e9sion&nbsp;\u2014, soit l\u2019\u00e9clectisme plus ou moins d\u00e9brid\u00e9. Dans les deux cas, ce qui para\u00eet faire d\u00e9faut, c\u2019est la pens\u00e9e critique. Il s\u2019agit par cons\u00e9quent de savoir \u00e0 partir de quoi, sur quoi et comment exercer la pens\u00e9e critique. La question de la m\u00e9thode s\u2019impose alors en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment central d\u2019une approche de la psychanalyse qui ne repose pas sur le \u00ab&nbsp;pr\u00eat-\u00e0-penser&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des buts que je nous fixe avec ce s\u00e9minaire, c\u2019est de faire en sorte que la familiarisation avec la pens\u00e9e freudienne ne signifie pas l\u2019adh\u00e9sion b\u00e9ate \u00e0 celle-ci, mais une fr\u00e9quentation de l\u2019\u0153uvre de Freud qui nous incite \u00e0 penser par nous-m\u00eames. D\u2019un point de vue freudien, on peut dire que la pens\u00e9e est le point culminant des processus psychiques. On pourrait m\u00eame montrer que toute formation psycho-pathologique, toute impasse psychique, est en d\u00e9finitive un \u00e9chec, un arr\u00eat partiel ou un \u00e9vitement de l\u2019acte de penser. Penser est en effet un travail de recomposition constante, de retranscription ou encore de d\u00e9traduction-retraduction continue. Cela ne saurait donc s\u2019arr\u00eater, se fixer, sans aussit\u00f4t produire des \u00ab&nbsp;pens\u00e9es congel\u00e9es&nbsp;\u00bb, des lieux-communs ou des actes impens\u00e9s, prisonniers de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition. Nous appliquerons ce point de vue \u00e0 la pens\u00e9e freudienne elle-m\u00eame, puisqu\u2019elle aussi, quand on cesse de l\u2019interroger, de la retranscrire, de la retraduire, ne peut que se d\u00e9grader en dogmes ou en banalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, cela ne se fait pas en un jour, et cela ne signifie pas non plus qu\u2019il faille \u00e0 tout propos se trouver des diff\u00e9rences d\u2019avec Freud (le fameux \u00ab&nbsp;narcissisme des petites diff\u00e9rences&nbsp;\u00bb). Cela signifie plut\u00f4t pouvoir reprendre \u00e0 son compte la pens\u00e9e freudienne dans la mesure o\u00f9 on aura acquis une compr\u00e9hension plus pr\u00e9cise de comment, chez Freud, \u00ab&nbsp;\u00e7a pense&nbsp;\u00bb. Le comprendre non pour, encore une fois, adopter <em>tout ce que<\/em> Freud pense \u2014&nbsp;sens statique de la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e freudienne&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2014, mais pour s\u2019armer d\u2019une <em>m\u00e9thode <\/em>qui correspond \u00e0 ce que la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e freudienne&nbsp;\u00bb \u2014&nbsp;cette fois au sens dynamique, \u00ab&nbsp;<em>le<\/em> <em>penser<\/em> <em>freudien<\/em>&nbsp;\u00bb \u2014 a introduit de vraiment nouveau et significatif dans la culture humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 trouver la m\u00e9thode critique n\u00e9cessaire&nbsp;? En grande partie, chez Freud lui-m\u00eame, dans la m\u00e9thode analytique qui nous apprend \u00e0 examiner de pr\u00e8s tant les petits \u00ab&nbsp;accidents&nbsp;\u00bb du langage que les grands syst\u00e8mes id\u00e9ologiques, pour les \u00ab&nbsp;d\u00e9monter&nbsp;\u00bb (comme on d\u00e9monte un moteur), les d\u00e9construire. Mais ne vient-on pas alors de faire en sorte que Freud lui-m\u00eame \u00e9chappe \u00e0 notre critique&nbsp;? Non, puisque l\u2019\u0153uvre de Freud comporte au moins deux volets bien distincts: il y a la m\u00e9thode, le proc\u00e9d\u00e9 invent\u00e9 par lui et il y a les d\u00e9couvertes que ce proc\u00e9d\u00e9, cette m\u00e9thode lui a permis de faire. L\u2019important pour notre projet est que la m\u00e9thode freudienne puisse \u00eatre tourn\u00e9e vers Freud, pour nous faire examiner l\u2019autre partie de son \u0153uvre, la partie que nous dirons \u00ab&nbsp;conceptuelle&nbsp;\u00bb, partie qui doit elle aussi pouvoir rendre des comptes \u00e0 la critique psychanalytique. C\u2019est, jusqu\u2019\u00e0 un certain point, ce que Freud a toujours affirm\u00e9: la th\u00e9orie, disait-il, est la partie de la psychanalyse qui peut \u00eatre modifi\u00e9e sans grand dommage quand de nouveaux faits l\u2019exigent. C\u2019est aussi, plus clairement, ce qu\u2019a montr\u00e9 Jean Laplanche dans ses volumes intitul\u00e9s <em>Probl\u00e9matiques, <\/em>mettant en pratique ce qu\u2019il avait propos\u00e9 dans son texte-programme intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Interpr\u00e9ter [avec] Freud&nbsp;\u00bb (voir la section \u00ab&nbsp;Documents&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut bien voir que ces deux r\u00e9f\u00e9rences, \u00e0 Freud et \u00e0 Laplanche, ne sont pas des cr\u00e9dits accord\u00e9s d\u2019avance \u00e0 leurs th\u00e9ories ou ensembles conceptuels respectifs. Le cr\u00e9dit est accord\u00e9 au proc\u00e9d\u00e9 psychanalytique, \u00e0 la m\u00e9thode. C\u2019est celle-ci qui nous d\u00e9marque en tant que psychanalystes. La question est, me semble-t-il, assez centrale, puisque l\u2019originalit\u00e9 de la m\u00e9thode freudienne est d\u2019introduire, peut-\u00eatre m\u00eame sans que Freud l\u2019ait pens\u00e9 ainsi, un bouleversement dans le mode de connaissance. Je vais tenter de m\u2019expliquer.<\/p>\n\n\n\n<p>On invoque souvent l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie, c&rsquo;est-\u00e0-dire la th\u00e9orie de la connaissance, comme si elle ne disposait que d\u2019un seul mod\u00e8le, peu importe le domaine o\u00f9 l\u2019on travaille. La formation neurologique de Freud l\u2019a inscrit tout naturellement dans cette lign\u00e9e, et l\u2019on peut voir dans ses \u00e9crits un brillant expos\u00e9 de la fa\u00e7on dont il con\u00e7oit la formulation de concepts \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience. Cela se trouve exprim\u00e9 tr\u00e8s clairement au tout d\u00e9but de l\u2019article de 1915 \u00ab&nbsp;Pulsions et destins de pulsions&nbsp;\u00bb qui ouvre l\u2019ensemble de textes intitul\u00e9 <em>M\u00e9tapsychologie<\/em> . Je la cite ici <em>in extenso<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Nous avons souvent entendu soutenir l\u2019exigence selon laquelle une science doit \u00eatre \u00e9difi\u00e9e sur des concepts fondamentaux clairs et strictement d\u00e9finis. En r\u00e9alit\u00e9, aucune science, pas m\u00eame les plus exactes, ne commence par de telles d\u00e9finitions. Le v\u00e9ritable d\u00e9but de l\u2019activit\u00e9 scientifique consiste bien plut\u00f4t dans la description de ph\u00e9nom\u00e8nes, qui sont ensuite group\u00e9s, ordonn\u00e9s et int\u00e9gr\u00e9s dans des ensembles. Dans la description d\u00e9j\u00e0, on ne peut \u00e9viter d\u2019appliquer au mat\u00e9riel certaines id\u00e9es abstraites que l\u2019on puise ici ou l\u00e0, certainement pas dans l\u2019exp\u00e9rience nouvelle. De telles id\u00e9es \u2014&nbsp;les concepts fondamentaux ult\u00e9rieurs de la science&nbsp;\u2014 sont, dans l\u2019\u00e9laboration future du mat\u00e9riau, encore plus indispensables. Elles doivent comporter d\u2019abord une certaine mesure d\u2019ind\u00e9termination&nbsp;: il ne peut \u00eatre question de cerner clairement leur contenu. Aussi longtemps qu\u2019elles se trouvent dans cet \u00e9tat, on se met d\u2019accord sur leur signification en renvoyant de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e au mat\u00e9riel de l\u2019exp\u00e9rience auquel elles semblent emprunt\u00e9es, mais qui, en r\u00e9alit\u00e9, leur est soumis. Elles ont donc, en toute rigueur, le caract\u00e8re de conventions, encore que tout d\u00e9pende du fait qu\u2019elles ne sont tout de m\u00eame pas choisies arbitrairement, mais au contraire se trouvent d\u00e9termin\u00e9es par des relations significatives au mat\u00e9riau empirique, relations qu\u2019on croit deviner avant m\u00eame de pouvoir en prendre connaissance et en faire la d\u00e9monstration. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s une exploration plus approfondie du domaine ph\u00e9nom\u00e9nal en question, que l\u2019on peut aussi en saisir plus strictement les concepts fondamentaux scientifiques et les modifier progressivement pour les rendre, dans une large mesure, utilisables et en m\u00eame temps exempts de toute contradiction. C\u2019est alors qu\u2019il peut \u00eatre temps de les enfermer dans des d\u00e9finitions. Mais le progr\u00e8s de la connaissance ne souffre pas non plus une rigidit\u00e9 des d\u00e9finitions. Comme l\u2019exemple de la physique l\u2019enseigne de mani\u00e8re \u00e9clatante, m\u00eames les \u201cconcepts fondamentaux\u201d qui ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s dans des d\u00e9finitions subissent un constant changement de contenu.<br>Un tel concept fondamental conventionnel, provisoirement assez obscur, mais dont nous ne pouvons pas nous passer en psychologie, est celui de pulsion.&nbsp;\u00bb (Oeuvres Compl\u00e8tes, vol. XIII, p. 165-166)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est une conception de la formation de concepts inscrite, comme on le voit, dans un va et vient entre la pens\u00e9e et l\u2019exp\u00e9rience pratique. Cela est valable pour tout travail de type scientifique, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui s\u2019attarde \u00e0 d\u00e9crire la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle&nbsp;: les donn\u00e9es de l\u2019exp\u00e9rience et leur th\u00e9orisation sont mises dans un rapport dialectique vivant, et il vaut la peine de s\u2019y attarder pour comprendre comment Freud, en scientifique, pense.<\/p>\n\n\n\n<p>Il importe cependant de consid\u00e9rer que, dans le texte qui contient cet expos\u00e9 sur la fa\u00e7on scientifique de formuler un concept, Freud cherche \u00e0 introduire un concept difficile \u00e0 cerner, qui est relatif \u00e0 un point <em>\u00e0 la limite de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>. En effet, il est en train de postuler un \u00e9l\u00e9ment moteur du fonctionnement psychique, <em>la pulsion<\/em>, qui s\u2019est progressivement impos\u00e9 \u00e0 lui en remplacement du \u00ab&nbsp;premier moteur&nbsp;\u00bb qu\u2019il avait cru identifier dans les premiers temps de son travail avec les hyst\u00e9riques et autres n\u00e9vros\u00e9s, \u00e0 savoir <em>la s\u00e9duction traumatique<\/em>. Freud est ici un th\u00e9oricien semblable \u00e0 tout autre th\u00e9oricien qui cherche \u00e0 \u00e9tablir des lois g\u00e9n\u00e9rales et \u00e0 concevoir des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux. Dans le cas pr\u00e9sent, il s\u2019agit des fondements, des \u00e9l\u00e9ments de base du fonctionnement psychique, mais on ne proc\u00e9derait pas autrement si on voulait introduire, par exemple, un nouvel \u00e9l\u00e9ment chimique dans le tableau p\u00e9riodique. Et Freud ne s\u2019y trompe pas puisqu\u2019il prend bien la peine de ne pas en donner une conception statique, mais bien en termes g\u00e9n\u00e9ralisables \u00e0 la fa\u00e7on des sciences modernes, notamment en termes de <em>fonction<\/em> et en termes de <em>mesure,<\/em> m\u00eame si celle-ci n\u2019est pas quantifiable. Dans le texte qui suit l\u2019introduction cit\u00e9e, il d\u00e9finira la pulsion non pas comme \u00ab&nbsp;quelque chose&nbsp;\u00bb, mais comme un \u00ab&nbsp;concept-fronti\u00e8re entre animique et somatique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette expression de concept-fronti\u00e8re nous montre bien que nous sommes ici aux limites du concevable, dans la r\u00e9gion de ce qui est originaire. Le reste de la d\u00e9finition le confirme puisque Freud la poursuit en forme de cascade. Il avait, dans les paragraphes pr\u00e9c\u00e9dents pris le temps de distinguer entre pulsion et stimulus <sup class='footnote'><a href='#fn-579-3' id='fnref-579-3' onclick='return fdfootnote_show(579)'>3<\/a><\/sup> et maintenant il met dans un certain ordre la progression allant du stimulus interne \u00e0 la pulsion: celle-ci est dite \u00eatre un \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentant psychique des stimuli issus de l\u2019int\u00e9rieur du corps et parvenant \u00e0 l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb. Cela semble de bon aloi, mais il y a plusieurs notions qui nous sont ainsi servies et sur lesquelles on aurait tort de ne pas s\u2019attarder:<\/p>\n\n\n\n<p>1- la notion de <em>repr\u00e9sentant<\/em>, qui concerne la fa\u00e7on de concevoir les rapports entre somatique et psychique, et qui remonte tr\u00e8s loin dans la pens\u00e9e de Freud;<\/p>\n\n\n\n<p>2- plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la notion de \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentant <em>psychique<\/em>&nbsp;\u00bb, ce qui devrait nous \u00e9tonner un peu, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il vient de parler de \u00ab&nbsp;concept-fronti\u00e8re <em>entre<\/em> animique et somatique&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-579-4' id='fnref-579-4' onclick='return fdfootnote_show(579)'>4<\/a><\/sup>. Tout se passe donc comme si le \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentant&nbsp;\u00bb \u00e9tait une sorte d\u2019ambassadeur d\u2019un pays \u00e9tranger, mais qui ne repr\u00e9sente son pays d\u2019origine qu\u2019en se tenant \u00e0 la fronti\u00e8re du pays h\u00f4te. Cette m\u00e9taphore devrait nous retenir un peu, puisque Freud dira en effet, ailleurs dans son \u0153uvre, que les pulsions sont inconnaissables en elles-m\u00eames et que nous ne les connaissons que par leurs repr\u00e9sentants psychiques, affects et repr\u00e9sentations. On voit donc qu\u2019il y a ici comme une condensation: la pulsion repr\u00e9sente, mais elle doit pour cela elle-m\u00eame \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e\u2026 L\u2019ambassadeur reste pour ainsi dire \u00e0 cheval sur la fronti\u00e8re, mais envoie \u00e0 son tour des \u00e9missaires. Cela est une chose des plus int\u00e9ressantes et qu\u2019il conviendrait d\u2019approfondir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le moment, il vaut la peine de remarquer que cette application au concept de pulsion de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie telle que Freud lui-m\u00eame l\u2019a expos\u00e9e au d\u00e9but de son texte, eh bien, cette application ne concerne jusqu\u2019ici que <em>les pulsions en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>. En fait, nous ne sommes pas encore entr\u00e9s dans le domaine psychanalytique. On peut affirmer cela parce que jusqu\u2019ici, le concept de pulsion n\u2019est pas encore pris dans l\u2019usage qu\u2019on peut en faire en psychanalyse; Freud se contente de le distinguer des simples stimuli. Ce que cela signifie, c\u2019est qu\u2019\u00e0 ce stade, la faim et la soif, par exemple, sont \u00e0 classer parmi les pulsions. Or il est clair que ces pulsions ne concernent pas sp\u00e9cifiquement la psychanalyse. La th\u00e9orie de Freud est ici <em>elle-m\u00eame post\u00e9e sur la fronti\u00e8re<\/em> entre le psycho-biologique et le psychanalytique proprement dit. Le domaine psychanalytique sera abord\u00e9 plus loin dans le texte de 1915, quand Freud soulignera que les pulsions sur lesquelles la psychanalyse a quelque chose \u00e0 dire, <em>ce sont les seules pulsions sexuelles<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, justement, ce d\u00e9coupage au sein des pulsions entre pulsions d\u2019auto-conservation et pulsions sexuelles n\u2019est pas une simple question de <em>focus<\/em>. La mise au foyer du regard psychanalytique sur les pulsions sexuelles, il faut voir que ce n\u2019est pas un choix arbitraire. Ce n\u2019est pas arbitraire, puisque c\u2019est dict\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience elle-m\u00eame \u2014&nbsp;celle de Freud travaillant avec ses patients, celle de la n\u00e9vrose et ce que la m\u00e9thode analytique permet d\u2019y reconna\u00eetre comme facteurs \u00e0 l\u2019\u0153uvre. C\u2019est le c\u00f4t\u00e9 que l\u2019on pourrait ramener aux raisons <em>empiriques<\/em> de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce que la pratique nous am\u00e8ne. En se centrant sur les pulsions sexuelles&nbsp;Freud ne fera pas que se limiter \u00e0&nbsp;une partie seulement des pulsions; cette concentration va nous faire r\u00e9aliser que le pulsionnel sexuel ne se comporte pas du tout comme les autres pulsions, qu\u2019il y a un renversement total par rapport aux pulsions comme la faim et la soif. Celles-ci repr\u00e9sentent les \u00ab&nbsp;grands besoins&nbsp;\u00bb que Freud rangera sous l\u2019appellation \u00ab&nbsp;pulsions d\u2019auto-conservation&nbsp;\u00bb et qu\u2019il opposera aux pulsions sexuelles. Mais force est de constater qu\u2019utiliser dans les deux cas le mot \u00ab&nbsp;pulsion&nbsp;\u00bb est en fait trompeur, puisque cela donne l\u2019impression que la pulsion fonctionne de la m\u00eame fa\u00e7on dans les deux cas, et que la diff\u00e9rence ne passe qu\u2019entre les domaines concern\u00e9s (domaine de l\u2019autoconservation, domaine sexuel). Or, il deviendra \u00e9vident qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un diff\u00e9rence non seulement de domaine, mais de mode de fonctionnement, d\u2019origine, d\u2019objet, de but, de destin\u2026 Autrement dit, en traitant des pulsions sexuelles nous nous s\u00e9parons de la psycho-biologie. Nous entrons v\u00e9ritablement dans la <em>m\u00e9tapsychologie<\/em> et il s\u2019agira de bien saisir ce que cela change, y compris au niveau des processus de connaissance. En r\u00e9alisant la centralit\u00e9 de la pulsion sexuelle, Freud peut avoir sembl\u00e9, et peut avoir cru lui-m\u00eame, qu\u2019il s\u00e9lectionnait une sorte de pulsion parmi d\u2019autres et qui avait rapport \u00e0 la sexualit\u00e9 au sens g\u00e9n\u00e9ral. Nous aurons l\u2019occasion de nous demander si c\u2019est bien le cas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ce terme de pulsion, il pourrait sembler que je viens de commencer par le plus abstrait et m\u00eame le plus sp\u00e9culatif, voire le plus contestable de la th\u00e9orie freudienne. Je tenterai de montrer qu\u2019il n\u2019en est rien, et que ce concept est v\u00e9ritablement au c\u0153ur de la pratique psychanalytique<sup class='footnote'><a href='#fn-579-5' id='fnref-579-5' onclick='return fdfootnote_show(579)'>5<\/a><\/sup>, m\u00eame s\u2019il faut, bien s\u00fbr, le passer au crible de la critique, comme l\u2019ont fait plusieurs des \u00ab&nbsp;grands lecteurs&nbsp;\u00bb de Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, nous verrons que le \u00ab&nbsp;th\u00e9oricien normal&nbsp;\u00bb qu\u2019est Freud lorsqu\u2019il traite des pulsions en g\u00e9n\u00e9ral change sensiblement (peut-\u00eatre \u00e0 son insu) d\u00e8s qu\u2019il s\u2019aventure dans le domaine des pulsions sexuelles. Pourquoi? Qu\u2019est-ce que cela veut dire? Cela signifie que les pulsions sexuelles serviront de point de r\u00e9f\u00e9rence majeur, de phare dont le jet de lumi\u00e8re \u00e9clairera en retour tous les autres aspects, en modifiera la compr\u00e9hension parce que, en d\u00e9finitive, la propre activit\u00e9 de th\u00e9orisation, l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie est influenc\u00e9e, d\u00e9tourn\u00e9e, pouss\u00e9e ou obstru\u00e9e par le facteur sexuel. Reste \u00e0 examiner ce que cela veut dire et comment cela se fait, tant dans la th\u00e9orie que dans la pratique psychanalytique.<br>Dominique Scarfone, 29-01-2016<\/p>\n\n\n\n<p>LECTURES PERTINENTES (Facultatives)<\/p>\n\n\n\n<p>S. Freud, \u00ab&nbsp;Pulsions et destins de pulsions&nbsp;\u00bb, OCF, Vol. XIII ou, en poche, dans <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>.<br>J. Laplanche, \u00ab&nbsp;Interpr\u00e9ter [avec] Freud&nbsp;\u00bb (voir la section Documents.)<\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-579'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-579-1'> Par exemple, j\u2019ai entendu parler d\u2019une \u00ab&nbsp;soci\u00e9t\u00e9 de psychanalyse winnicottienne&nbsp;\u00bb, ce qui me semble une parfaite contradiction dans les termes quand on sait dans quel esprit travaillait Winnicott. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-579-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-579-2'> <em>In<\/em> Collectif, <em>L\u2019avenir d\u2019une d\u00e9sillusion<\/em>, PUF, Petite biblioth\u00e8que de psychanalyse. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-579-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-579-3'> Nous pourrons, au besoin, nous attarder au cours du s\u00e9minaire \u00e0 ces notions. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-579-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-579-4'> Je laisse de c\u00f4t\u00e9 pour le moment la distinction qu\u2019il serait int\u00e9ressant de faire entre \u00ab&nbsp;animique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;psychique&nbsp;\u00bb <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-579-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-579-5'> J\u2019emploie cette expression pour d\u00e9signer <em>toute<\/em> pratique qui se fonde sur la m\u00e9thode et la conceptualit\u00e9 psychanalytique, que ce soit la cure psychanalytique \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, la pratique dite de \u00ab&nbsp;psychoth\u00e9rapie psychanalytique&nbsp;\u00bb (sur laquelle je reviendrai) ou la pratique \u00ab&nbsp;hors les murs&nbsp;\u00bb du cabinet, dans la culture, la soci\u00e9t\u00e9, les arts etc. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-579-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quiconque aujourd\u2019hui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la psychanalyse aura t\u00f4t fait de r\u00e9aliser qu\u2019il y a plut\u00f4t des psychanalyses : que ce soit au plan des th\u00e9ories ou des pratiques, des mod\u00e8les de formation des analystes ou m\u00eame du vocabulaire employ\u00e9, la multiplicit\u00e9 est la norme. On peut, sans grand risque de se tromper, avancer que, malheureusement,<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=579\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a01 &#8211; INTRODUCTION AU S\u00c9MINAIRE (F\u00c9VRIER 2016)\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-579","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/579","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=579"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/579\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2039,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/579\/revisions\/2039"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=579"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=579"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=579"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}