{"id":2663,"date":"2025-04-16T11:44:41","date_gmt":"2025-04-16T15:44:41","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2663"},"modified":"2025-09-08T09:46:02","modified_gmt":"2025-09-08T13:46:02","slug":"57-notes-sur-remarques-sur-la-theorie-et-la-pratique-de-linterpretation-du-reve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2663","title":{"rendered":"58- Notes sur \u00ab\u00a0Remarques sur la th\u00e9orie et la pratique de l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/58-A-propos-des-Remarques22-de-Freud-1923.pdf\">Cliquer ici pour version pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Ce texte de Freud, \u00e9crit en 1922, me frappe par plusieurs traits dont certains sont surprenants. Notons pour commencer que Freud aurait introduit, s\u2019il avait pu, ses remarques dans une nouvelle \u00e9dition de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave. <\/em>Cela indique combien il tient \u00e0 tout ce qu\u2019il avance dans ce court texte.&nbsp; Deuxi\u00e8mement, on note que si le titre distingue entre la th\u00e9orie et la pratique de l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave, dans les faits th\u00e9orie et pratique sont ins\u00e9parables. Par ailleurs, on peut dire que ce texte porte essentiellement sur les pens\u00e9es de r\u00eave. Freud semble ne plus se pr\u00e9occuper de d\u00e9crire le travail de r\u00eave&nbsp;: le chapitre VI de son livre sur le r\u00eave s\u2019est amplement acquitt\u00e9 de cette t\u00e2che. Il se penche plut\u00f4t sur la question&nbsp;: \u00e0 quoi doit servir le travail d\u2019analyse et d\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave (nous verrons la distinction entre ces deux termes). Sous les apparences d\u2019un simple addendum technique, il cherche \u00e0 parer \u00e0 plusieurs objections et incompr\u00e9hensions possibles. L\u2019article se divise en 10 sections que nous allons parcourir une \u00e0 une en y ajoutant certains commentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>I<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette premi\u00e8re section Freud d\u00e9crit quatre techniques possibles par lesquelles on peut proc\u00e9der \u00e0 l\u2019analyse d\u2019un r\u00eave. On remarquera que les deux premi\u00e8res s\u2019attachent \u00e0 partir du contenu du r\u00eave manifeste et \u00e0 en rechercher les associations, tandis que les deux autres s\u2019attardent moins \u00e0 ce contenu. La troisi\u00e8me demande seulement au r\u00eaveur de chercher des \u00e9v\u00e9nements pertinents de la veille&nbsp;; la quatri\u00e8me est totalement non directive et elle laisse le patient proc\u00e9der comme il veut. Freud affirme pour finir qu\u2019il ne saurait dire laquelle de ces techniques est la meilleure.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que ce que cela nous dit de particulier, c\u2019est que le contenu manifeste ne sert que d\u2019amorce et que le travail d\u2019interpr\u00e9tation est en fait un travail d\u2019exploration du paysage psychique du sujet qui raconte le r\u00eave. Cette attitude remonte en fait \u00e0 l\u2019\u00e9tude qu\u2019avait produit Freud au sujet des aphasies. De ce travail minutieux il en avait conclu que le cerveau humain doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme fonctionnant en bloc et sa structure comme constitu\u00e9e d\u2019un r\u00e9seau complexe qui fait en sorte que l\u2019on peut en r\u00e9alit\u00e9 commencer par n\u2019importe quel bout puisque tous les chemins neuronaux finissent par se croiser. Cette position non localisationniste du Freud neurologue se retrouve donc dans les \u00e9crits du Freud psychanalyste comme fondement solide de sa confiance dans la m\u00e9thode des associations libres. C\u2019est cela qui lui permet de ne pas f\u00e9tichiser le contenu manifeste du r\u00eave, de sorte que le travail d\u2019interpr\u00e9tation est en r\u00e9alit\u00e9 la reprise et la continuation de ce qui est s\u2019est amorc\u00e9 durant la production du r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>II<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me section nous donne tout de suite une sorte de confirmation de ce que nous venons de dire, en ce que Freud se concentre encore moins sur le contenu manifeste pour plut\u00f4t porter son attention au niveau de r\u00e9sistance du patient. Il parle de haute ou basse pression de r\u00e9sistance. Cette r\u00e9sistance se manifeste par la quantit\u00e9 plus ou moins grande d\u2019associations qui sont apport\u00e9es, avec cependant cette distinction entre associations en profondeur et associations en \u00e9tendue. Cette derni\u00e8re forme concerne le fait pour le patient de retrouver de nouveaux morceaux de r\u00eave plut\u00f4t que d\u2019approfondir dans la direction du mat\u00e9riel conduisant vers les pens\u00e9es du r\u00eave. Compte tenu de ce que nous avons vu dans la premi\u00e8re section, il semble donc se confirmer que le r\u00eave manifeste sert avant tout de pr\u00e9texte \u00e0 associations, si l\u2019on peut dire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne disqualifie pas le r\u00eave en tant qu\u2019exp\u00e9rience, puisque le r\u00eave manifeste est apr\u00e8s tout le produit de tout un travail de d\u00e9formation et de d\u00e9guisement, comme on a pu le voir au chapitre VI de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>. La persistance dans la m\u00e9moire du r\u00eave manifeste nous am\u00e8ne \u00e0 penser \u00e0 cet autre sens du mot \u00ab&nbsp;manifeste&nbsp;\u00bb&nbsp;: celui qui concerne la liste des passagers d\u2019un navire ou d\u2019un avion, ou la liste des contenus d\u2019une cargaison. Si, dans le cas du r\u00eave, la liste est brouill\u00e9e, voire illisible \u00e0 premi\u00e8re vue, il reste qu\u2019elle signale qu\u2019il y a bien un contenu \u00e0 d\u00e9busquer. Le souvenir du r\u00eave nocturne t\u00e9moigne donc de ce qu\u2019il y a eu un \u00e9v\u00e9nement-r\u00eave et que celui-ci transporte jusqu\u2019au matin un contenu qui nous concerne et que nous cherchons \u00e0 conna\u00eetre. Mais ce n\u2019est pas en nous attardant sur le manifeste lui-m\u00eame que nous y verrons clair&nbsp;; c\u2019est plut\u00f4t en cherchant autour pour d\u00e9nicher les passagers ou la cargaison.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud \u00e9crit qu\u2019en cas de forte r\u00e9sistance, comme il s\u2019en produit dans les \u00ab&nbsp;analyses difficiles&nbsp;\u00bb (p. 168), nous sommes autoris\u00e9s \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 un travail d\u2019interpr\u00e9tation symbolique. Il en profite cependant pour rappeler la question importante \u00e0 se poser&nbsp;: \u00ab&nbsp;&#8230;o\u00f9 donc l\u2019accomplissement de souhait du r\u00eave se cache-t-il&nbsp;?&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>) Souvenons-nous en effet que ce souhait surgit du r\u00e9seau tr\u00e8s dense de pens\u00e9es du r\u00eave \u00ab&nbsp;comme le champignon de son myc\u00e9lium&nbsp;\u00bb (<em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>, p. 578). Se poser la question du souhait de r\u00eave c\u2019est donc aussi insister sur le fait que ce qui compte, ce sont les pens\u00e9es de r\u00eave et non les images du manifeste. Ces images peuvent, bien entendu, nous captiver, \u00eatre inspirantes. Des artistes les ont reprises dans leurs \u0153uvres picturales, romanesques, cin\u00e9matographiques\u2026 On a m\u00eame reproch\u00e9 aux psychanalystes de d\u00e9pr\u00e9cier les r\u00eaves lorsqu\u2019ils s\u2019attardent \u00e0 les analyser, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9construire ces belles compositions oniriques. Mais il faut bien admettre que nous ne sommes pas des artistes et que la psychanalyse freudienne est en effet un travail parfois ingrat de d\u00e9sacralisation, de d\u00e9-romantisation de l\u2019inconscient et de ses productions. Ce qui n\u2019emp\u00eache aucunement qu\u2019au bout du compte nous obtenions, chez nos patients, une relance de leurs capacit\u00e9s cr\u00e9atrices.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la pression de r\u00e9sistance est d\u2019intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, le travail peut proc\u00e9der selon la ou les techniques \u00e9num\u00e9r\u00e9es dans la premi\u00e8re section. Dans ce cas, les associations du r\u00eaveur se mettent \u00e0 diverger dans toutes sortes de directions, avant que de nouvelles associations se mettent \u00e0 converger de nouveau vers les pens\u00e9es de r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons le dernier paragraphe de la deuxi\u00e8me section&nbsp;: il y est question de r\u00eaves \u00ab&nbsp;intraduisibles&nbsp;\u00bb que Freud compare \u00e0 des \u0153uvres litt\u00e9raires \u00ab&nbsp;bien r\u00e9ussies, artistiquement sur\u00e9labor\u00e9es&nbsp;\u00bb. On y reconna\u00eet, dit-il, les motifs de base \u00ab&nbsp;mais utilis\u00e9s dans toutes sortes de bouleversements et de transformations&nbsp;\u00bb. Freud consid\u00e8re qu\u2019ils servent d\u2019introduction \u00e0 des pens\u00e9es et souvenirs, mais \u00ab&nbsp;sans que leur contenu lui-m\u00eame ait \u00e0 entrer en ligne de compte&nbsp;\u00bb (169). Voil\u00e0 donc \u00e0 nouveau l\u2019id\u00e9e, ici pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, que le contenu manifeste n\u2019est qu\u2019un prologue, voire un pr\u00e9texte.<\/p>\n\n\n\n<p>III<\/p>\n\n\n\n<p>La distinction entre \u00ab&nbsp;r\u00eaves d\u2019en haut&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;r\u00eaves d\u2019en bas&nbsp;\u00bb ne devrait pas poser de difficult\u00e9s une fois que nous sommes familiaris\u00e9s avec le travail de r\u00eave d\u00e9crit par Freud dans le grand livre de 1900, Mais il faut souligner ici combien l\u2019univers onirique n\u2019a rien de monolithique pour Freud. Il vient de l\u2019indiquer d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la section II, et ici il rench\u00e9rit&nbsp;: il y a manifestement r\u00eave et r\u00eave, et les analystes doivent savoir tenir compte de ces situations diff\u00e9rentes, nuanc\u00e9es, et y ajuster leur technique. Notons aussi que m\u00eame dans les \u00ab&nbsp;r\u00eaves&nbsp;d\u2019en haut&nbsp;\u00bb, c\u2019est toujours les \u00ab&nbsp;pens\u00e9es de r\u00eave&nbsp;\u00bb qui sont \u00e0 rep\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>IV<\/p>\n\n\n\n<p>Une vari\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re est d\u00e9crite ici, qu\u2019on pourrait appeler un \u00ab&nbsp;chapelet de r\u00eaves&nbsp;\u00bb dans le sens o\u00f9 des r\u00eaves s\u2019encha\u00eenent durant de nuits cons\u00e9cutives, un r\u00eave reprenant un \u00e9l\u00e9ment laiss\u00e9 en suspens par le r\u00eave de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Freud pense ici \u00e0 deux courants parall\u00e8les&nbsp;: vie de veille et vie de r\u00eave, sans en dire plus. Une question de recherche int\u00e9ressante pour qui rencontrerait dans sa pratique ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui doit \u00eatre peu fr\u00e9quent.<\/p>\n\n\n\n<p>V<\/p>\n\n\n\n<p>Une distinction importante est soulign\u00e9e ici. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 implicite dans <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>, mais elle peut facilement passer inaper\u00e7ue. \u00ab&nbsp;L\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un r\u00eave se divise en deux phases, la traduction et l\u2019appr\u00e9ciation ou exploitation de celui-ci&nbsp;\u00bb (p. 170) Et Freud de souligner que la premi\u00e8re phase doit \u00eatre men\u00e9e sans du tout tenir compte de la seconde. Autrement dit, la premi\u00e8re phase, dite de \u00ab&nbsp;traduction&nbsp;\u00bb, correspond au travail d\u2019analyse entendu comme travail de d\u00e9construction du r\u00eave manifeste pour aboutir aux pens\u00e9es de r\u00eave. Quant \u00e0&nbsp;la deuxi\u00e8me, Freud utilise les mots \u00ab&nbsp;appr\u00e9ciation ou exploitation&nbsp;\u00bb. Je serais tent\u00e9 de l\u2019appeler aussi phase de l\u2019interpr\u00e9tation proprement dite. Que Freud insiste, en 1923, c\u2019est-\u00e0-dire bien longtemps apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>, sur la n\u00e9cessaire s\u00e9paration entre ces deux t\u00e2ches, cela me semble souligner l\u2019importance qu\u2019il a toujours accord\u00e9 aux questions de m\u00e9thode. L\u2019exemple d\u2019un chapitre tir\u00e9 de Tite-Live est tr\u00e8s utile pour bien saisir ce qui le pr\u00e9occupe ici. Ce chapitre \u00e9tant \u00ab&nbsp;en langue \u00e9trang\u00e8re&nbsp;\u00bb, il doit donc d\u2019abord \u00eatre traduit afin de simplement savoir \u00ab&nbsp;ce que Tite-Live raconte&nbsp;\u00bb. Seulement une fois la traduction accomplie peut-on se demander \u00ab&nbsp;si ce qui est lu est un compte rendu historique, ou une l\u00e9gende ou une digression de l\u2019auteur&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, il ne faut pas contaminer le travail d\u2019analyse (\u00ab&nbsp;traduction&nbsp;\u00bb) du r\u00eave par des conclusions pr\u00e9matur\u00e9es quant \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019on peut en faire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Freud discute alors, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un exemple limpide sur le r\u00eave de gu\u00e9rison, de la question suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais quelles conclusions est-on en droit de tirer d\u2019un r\u00eave correctement traduit ?&nbsp;\u00bb Il commence par nous mettre en garde contre \u00ab&nbsp;un respect excessif pour le \u201cmyst\u00e9rieux inconscient\u201d&nbsp;\u00bb&nbsp; qui nous fait oublier \u00ab&nbsp;qu\u2019un r\u00eave n\u2019est le plus souvent qu\u2019une pens\u00e9e comme une autre, rendue possible par le rel\u00e2chement de la censure et le renforcement inconscient, et d\u00e9form\u00e9e par l\u2019action exerc\u00e9e par la censure et l\u2019\u00e9laboration inconsciente.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>) Qu\u2019est-ce \u00e0 dire, sinon qu\u2019une fois de plus ce sont les actes de pens\u00e9e qui, selon Freud, devraient nous int\u00e9resser dans les r\u00eaves. Il ram\u00e8ne le travail d\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave dans le monde r\u00e9el, loin de la mystique que l\u2019exp\u00e9rience onirique a tendance \u00e0 nous inspirer. Tout se passe, au fond, comme lorsqu\u2019on tient une conversation avec un ami&nbsp;: avant de <em>comprendre<\/em> ce qu\u2019il veut dire, encore faut-il bien <em>entendre<\/em> ce qu\u2019il nous dit. Cette distinction entre <em>entendre<\/em> et <em>comprendre<\/em> n\u2019est pas toujours prise en compte, puisque nous avons tendance \u00e0 nous h\u00e2ter de comprendre, ce qui ouvre grande la porte \u00e0 la collusion entre les \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, alors que Freud a eu le m\u00e9rite de mettre \u00e0 l\u2019avant plan l\u2019effort d\u2019entendre, sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue, sans \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation-but&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>VI&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette section pousse un cran plus haut la discussion amorc\u00e9e \u00e0 la section pr\u00e9c\u00e9dente en l\u2019illustrant par le probl\u00e8me d\u2019interpr\u00e9ter des r\u00eaves r\u00e9sultant d\u2019un conflit d\u2019ambivalence. Accessoirement, Freud y combine aussi ce qu\u2019il avait dit \u00e0 la section IV sur les r\u00eaves cons\u00e9cutifs, servant ici \u00e0 pr\u00e9senter successivement les deux c\u00f4t\u00e9 du conflit en question. La section se cl\u00f4t sur ce rappel salutaire qu\u2019un r\u00eave n\u2019est pas un \u00e9v\u00e9nement isol\u00e9 et que pour bien l\u2019analyser puis l\u2019interpr\u00e9ter il faut prendre en consid\u00e9ration \u00ab&nbsp;toutes les autres informations, y compris celles de la vie de veille&nbsp;\u00bb (p. 172).<\/p>\n\n\n\n<p>VII<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la section la plus longue du texte, peut-\u00eatre la plus importante, et elle se termine de fa\u00e7on curieuse. Elle concerne le r\u00f4le que peut jouer la suggestion de l\u2019analyste (suggestion dite \u00ab&nbsp;m\u00e9dicale&nbsp;\u00bb) dans la production de r\u00eaves par les patients. La r\u00e9ponse g\u00e9n\u00e9rale est simple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que le contenu manifeste des r\u00eaves soit influenc\u00e9 par la cure analytique, cela n\u2019a m\u00eame pas \u00e0 \u00eatre prouv\u00e9.&nbsp;\u00bb Mais Freud n\u2019y voit rien d\u2019inqui\u00e9tant puisque \u00ab&nbsp;influencer les r\u00eaves du patient n\u2019est pas davantage pour l\u2019analyste une infortune ou une honte que d\u2019orienter ses pens\u00e9es conscientes&nbsp;\u00bb (p. 172).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9ponse renvoie, il va sans dire, \u00e0 la fonction de la suggestion en g\u00e9n\u00e9ral dans l\u2019analyse. Nous y reviendrons. Pour le moment suivons le raisonnement de Freud. Du point de vue de la production du r\u00eave, l\u2019influen\u00e7abilit\u00e9 de la production du r\u00eave manifeste&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;&#8230;d\u00e9coule certes d\u00e9j\u00e0 de la reconnaissance du fait que le r\u00eave se rattache \u00e0 la vie de veille et en \u00e9labore les incitations. Ce qui se passe dans la cure analytique appartient naturellement aussi aux impressions de la vie de veille et bient\u00f4t aux plus fortes de celle-ci. Il n\u2019y a donc pas motif \u00e0 s\u2019\u00e9tonner de ce que le patient r\u00eave de choses que le m\u00e9decin a discut\u00e9es avec lui et dont il a \u00e9veill\u00e9 en lui l\u2019attente.&nbsp;\u00bb&nbsp; (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus importante est la question de la possible influence sur les pens\u00e9es de r\u00eave latentes. \u00c0 quoi il r\u00e9pond \u00ab&nbsp;Bien s\u00fbr que oui, car une part de ces pens\u00e9es de r\u00eave latentes correspond \u00e0 des formations de pens\u00e9e pr\u00e9conscientes, tout \u00e0 fait capables de conscience\u2026&nbsp;\u00bb (et donc sujettes \u00e0 l\u2019influence comme toute autre pens\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9ponse nous donne l\u2019occasion de souligner que les pens\u00e9es de r\u00eave latentes, c\u2019est-\u00e0-dire le contenu latent du r\u00eave, n\u2019appartiennent pas \u00e0 l\u2019inconscient au sens strict, mais au pr\u00e9conscient. C\u2019est important de le souligner parce que cela nous conduira \u00e0 deux autres distinctions&nbsp;: une premi\u00e8re, facile \u00e0 retenir, est celle entre pens\u00e9es de r\u00eave et travail de r\u00eave. En effet, si on peut influencer&nbsp;les pens\u00e9es de r\u00eave, \u00ab&nbsp;sur le travail de r\u00eave proprement dit, on n\u2019acquiert jamais d\u2019influence; \u00e0 cela on peut tenir fermement&nbsp;\u00bb (p. 173.)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre distinction, plus importante que la premi\u00e8re, passe entre les pens\u00e9es de r\u00eave et les \u00ab&nbsp;motions de souhait refoul\u00e9es auxquelles [tout r\u00eave v\u00e9ritable] doit sa possibilit\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>) \u00c0 leur sujet, Freud se sent oblig\u00e9 d\u2019affronter une possible objection&nbsp;: ces motions de souhait ne seraient-elles pas aussi apport\u00e9es par le r\u00eaveur parce qu\u2019il les sait \u00ab&nbsp;attendues par l\u2019analyste&nbsp;\u00bb&nbsp;? C\u2019est le cas des r\u00eaves dits \u00ab&nbsp;de confirmation&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;confirmants&nbsp;\u00bb, par lesquels les patients acquiescent, sans le savoir, \u00e0 une interpr\u00e9tation et\/ou construction de l\u2019analyste qu\u2019ils ont pu, par ailleurs, consciemment refuser. Affaire r\u00e9gl\u00e9e&nbsp;? Pas du tout&nbsp;! La discussion, au contraire, se complique&nbsp;: on peut objecter que ces r\u00eaves confirmants, c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019influence de l\u2019analyste qui les suscite. \u00c0 quoi Freud oppose l\u2019argument du \u00ab&nbsp;sentiment de souvenir concernant ce qui jusque-l\u00e0 \u00e9tait oubli\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>) Mais le sceptique (qui, soulignons-le, n\u2019est que Freud lui-m\u00eame) peut encore opposer que ce sont des \u00ab&nbsp;illusions de souvenir&nbsp;\u00bb (et l\u2019on sait aujourd\u2019hui qu\u2019il est en effet possible de former, voire d\u2019implanter, de faux souvenirs&nbsp;!), et d\u2019ailleurs, la plupart du temps on n\u2019obtient pas de tels souvenirs. \u00c0 la place, \u00ab&nbsp;le refoul\u00e9 n\u2019est admis que par morceaux, et chaque incompl\u00e9tude inhibe ou retarde la formation d\u2019une conviction&nbsp;\u00bb (p. 173-174)&nbsp;; tout au plus, mince consolation, \u00ab&nbsp;il peut aussi s\u2019agir non pas de la reproduction d\u2019un \u00e9v\u00e9nement effectif oubli\u00e9, mais de la promotion d\u2019une fantaisie inconsciente, pour laquelle un sentiment de souvenir n\u2019est jamais \u00e0 attendre, mais pour laquelle un sentiment de subjective conviction&nbsp; reste un jour possible&nbsp;\u00bb (p. 174.) Dans l\u2019ensemble, pour la solution par le sentiment de souvenir, on repassera&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Question d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les r\u00eaves de confirmation peuvent-ils donc \u00eatre effectivement des succ\u00e8s de la suggestion, donc des r\u00eaves de complaisance&nbsp;?&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>) Ici, Freud fait une digression et recourt \u00e0 l\u2019image d\u2019un casse-t\u00eate d\u2019enfant&nbsp;: des pi\u00e8ces qui prises une par une ne semblent rien signifier, mais qui contribuent \u00e0 une image reconnaissable quand elles sont toutes mises \u00e0 leur place dans un cadre. Mais il avoue aussit\u00f4t&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une telle comparaison ne peut naturellement rien signifier pour l\u2019analys\u00e9, alors que le travail analytique est inachev\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00c0 quoi on pourrait ajouter que m\u00eame dans le cas o\u00f9 on aurait cru avoir assembl\u00e9 le <em>puzzle<\/em>, la coh\u00e9rence obtenue, si elle sugg\u00e8re que&nbsp;l\u2019on est sur la bonne piste, n\u2019est en aucun cas une preuve. Dans le pr\u00e9sent article, Freud donne l\u2019exemple d\u2019un patient du type le plus difficile qu\u2019il soit&nbsp;: un patient obsessionnel, de ceux qui trouvent toujours mani\u00e8re de tout mettre en doute, m\u00eame l\u2019\u00e9vidence. Ce qui semble le faire d\u00e9sesp\u00e9rer, mais il recourt \u00e0 l\u2019argument le plus convaincant (pour lui, du moins), que le travail d\u2019analyse a mis au jour \u00ab&nbsp;une somme de d\u00e9tails dont [il] ne pouvait pas avoir id\u00e9e&nbsp;\u00bb. C\u2019est un argument d\u00e9cisif, \u00e0 mon avis, mais le patient y a trouv\u00e9, l\u00e0 encore, une \u00e9chappatoire\u2026 Je trouve curieux que Freud nous laisse sur cet exemple o\u00f9 il illustre l\u2019\u00e9chec \u00e0 emporter l\u2019adh\u00e9sion. Peut-\u00eatre par souci d\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle&nbsp;?&nbsp; Il semble laisser la question irr\u00e9solue, mais on voit ici se profiler le probl\u00e8me que Freud discutera quatorze ans plus tard dans \u00ab&nbsp;Constructions dans l\u2019analyse&nbsp;\u00bb (1936), o\u00f9 il affirmera qu\u2019une construction bien men\u00e9e aura la m\u00eame force de conviction que la rem\u00e9moration du pass\u00e9\u2026 (\u00e0 quoi on est tent\u00e9 d\u2019ajouter&nbsp;: sauf, peut-\u00eatre, chez un patient obsessionnel&nbsp;?) Le probl\u00e8me se serait-il d\u00e9plac\u00e9 vers la question de l\u2019analysabilit\u00e9 de certains patients&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Freud conclut son paragraphe en disant que lui, du moins, \u00e9tait convaincu par son argumentation, et il ajoute cette phrase c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab&nbsp;qu\u2019il est bon de toute fa\u00e7on de penser, \u00e0 l\u2019occasion, que les hommes avaient d\u00e9j\u00e0 coutume de r\u00eaver avant qu\u2019il y e\u00fbt une psychanalyse&nbsp;\u00bb (p. 175.)<\/p>\n\n\n\n<p>VIII<\/p>\n\n\n\n<p>La question des \u00ab&nbsp;r\u00eaves de complaisance&nbsp;\u00bb est, dans cette huiti\u00e8me section, prise \u00e0 revers&nbsp;: en fait, dit Freud, on peut d\u2019une certaine fa\u00e7on poser que les r\u00eaves produits en cours d\u2019analyse sont en effet des r\u00eaves de complaisance. Cela, dans la mesure o\u00f9 un moteur central de la production de r\u00eaves, c\u2019est<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;la docilit\u00e9 issue du complexe parental de l\u2019analys\u00e9 envers l\u2019analyste, donc la part positive de ce que nous appelons le transfert, et en fait, dans de nombreux r\u00eaves qui ram\u00e8nent de l\u2019oubli\u00e9 et du refoul\u00e9, il ne se laisse d\u00e9couvrir aucun autre souhait inconscient auquel on pourrait imputer la force de pulsion pour la formation du r\u00eave. Si donc quelqu\u2019un veut affirmer&nbsp; que la plupart des r\u00eaves exploitables dans l\u2019analyse sont des r\u00eaves de complaisance et doivent leur apparition \u00e0 la suggestion, il n\u2019y a l\u00e0, du point de vue de la th\u00e9orie analytique, rien \u00e0 objecter. &nbsp;\u00bb (p. 175-176.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le transfert vient donc de faire son entr\u00e9e dans cette discussion et on s\u2019\u00e9tonne, r\u00e9trospectivement, qu\u2019il n\u2019en ait pas discut\u00e9 \u2013 sous sa forme n\u00e9gative&nbsp;\u2013 \u00e0 la section pr\u00e9c\u00e9dente, ce qui lui aurait valu de contrer plus efficacement les objections du patient obsessionnel. Ce qui conduit tout droit \u00e0 la discussion du rapport entre transfert et suggestion. Mais un autre point, \u00e0 premi\u00e8re vue \u00e9tonnant, est soulev\u00e9 ici&nbsp;: le transfert positif \u00ab&nbsp;fournit une aide \u00e0 la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;\u00bb (p. 175.) On savait d\u00e9j\u00e0 que le transfert est lui-m\u00eame r\u00e9p\u00e9tition, mais que le transfert positif s\u2019allie \u00e0 la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition est une id\u00e9e, me semble-t-il, nouvelle. Freud ajoute toutefois que cette alliance \u00ab&nbsp;se dirige d\u2019abord contre le principe de plaisir, mais veut dans sa vis\u00e9e derni\u00e8re \u00e9riger le r\u00e8gne du principe de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>) Il souligne n\u00e9anmoins, que ce n\u2019est pas toujours ce qui se passe\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>IX<\/p>\n\n\n\n<p>Freud discute ici de la diff\u00e9rence entre r\u00eaves dans la n\u00e9vrose traumatique et r\u00eaves de punition. Les exemples apport\u00e9s me semblent clairs et je ne vois rien \u00e0 ajouter, sinon de souligner que le souhait n\u2019est nulle par rep\u00e9rable dans le contenu manifeste du r\u00eave de punition, mais qu\u2019intervient \u00e0 sa place \u00ab&nbsp;l\u2019instance du moi critique&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui se nommera plus tard le surmoi. Reste qu\u2019un des souhaits du r\u00eaveur est par l\u00e0 assouvi&nbsp;: le souhait de pouvoir continuer \u00e0 dormir\u2026 L\u2019instance punitive trahit la pr\u00e9sence clandestine du souhait r\u00e9prim\u00e9, interdit. Dans la n\u00e9vrose traumatique, le souhait inconscient est carr\u00e9ment absent. Tout au plus pourrait-on dire que la r\u00e9p\u00e9tition repr\u00e9sente le souhait, et la tentative, de venir \u00e0 bout du traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>X<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la question du moi du r\u00eaveur qui serait omnipr\u00e9sent dans les r\u00eaves, la position de Freud est claire. Ce qui me para\u00eet par contre encore plus int\u00e9ressant, c\u2019est comment Freud traite de la question du d\u00e9doublement du moi. C\u2019est le seul texte, \u00e0 ma connaissance, o\u00f9 Freud discute de la distinction qui se produit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame sujet, entre \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb&nbsp;; distinction obtenue \u00e0 partir de la forme que prennent les pens\u00e9es de r\u00eave (encore elles), ce qui&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;n\u2019est pas, en soi, plus remarquable que l\u2019occurrence du moi sous plusieurs formes dans une pens\u00e9e \u00e9veill\u00e9e, notamment lorsque le moi s\u2019y d\u00e9compose en sujet et objet, s\u2019oppose comme instance observante et critique \u00e0 l\u2019autre part, ou compare son \u00eatre pr\u00e9sent a un \u00eatre rem\u00e9more, passe, qui fut aussi un jour moi&nbsp;\u00bb&nbsp;(p 179.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong><em>D.S. Avril 2025. <\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cliquer ici pour version pdf Ce texte de Freud, \u00e9crit en 1922, me frappe par plusieurs traits dont certains sont surprenants. Notons pour commencer que Freud aurait introduit, s\u2019il avait pu, ses remarques dans une nouvelle \u00e9dition de L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave. 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