{"id":2600,"date":"2024-08-07T16:20:13","date_gmt":"2024-08-07T20:20:13","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2600"},"modified":"2024-10-19T16:32:55","modified_gmt":"2024-10-19T20:32:55","slug":"53-chapitre-vii-d-reveil-par-le-reve-fonction-du-reve-reve-dangoisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2600","title":{"rendered":"53- Chapitre VII-D &#8211; R\u00e9veil par le r\u00eave. Fonction du r\u00eave. R\u00eave d&rsquo;angoisse."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>S\u00c9MINAIRE \u00ab&nbsp;PENSER AVEC FREUD&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Document 53<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">ANN\u00c9E 2023-2024<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>RELIRE <\/strong><strong><em>L\u2019INTERPR\u00c9TATION DU R\u00caVE<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">CHAPITRE VII<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">D- LE R\u00c9VEIL PAR LE R\u00caVE. FONCTION DU R\u00caVE. R\u00caVE D\u2019ANGOISSE.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Dominique Scarfone<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sans rien vouloir enlever aux autres sections de ce chapitre, il me vient de dire que celle-ci nous montre un Freud particuli\u00e8rement en forme. La section commence par une r\u00e9capitulation si claire et si pr\u00e9cise que je ne saurais rien en soustraire. Aussi, je la transcris telle quelle (p. 628-630)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-small-font-size\">628<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Depuis que nous savons que le pr\u00e9conscient, pendant la nuit, est r\u00e9gl\u00e9 sur le souhait de dormir, nous pouvons poursuivre l\u2019\u00e9tude du processus de r\u00eave avec cet apport de compr\u00e9hension. Mais commen\u00e7ons par rassembler ce que nous en connaissons jusqu\u2019ici. Du travail vigile il aurait donc subsist\u00e9 des restes du jour desquels l\u2019investissement d\u2019\u00e9nergie ne pouvait \u00eatre pleinement retir\u00e9. Ou bien, de par le travail vigile, un des souhaits inconscients se serait mis en mouvement pendant le jour, ou bien les deux cas se rejoindraient ; nous avons d\u00e9j\u00e0 discut\u00e9 ces multiples possibilit\u00e9s. Au cours de la journ\u00e9e d\u00e9j\u00e0 ou seulement avec l\u2019\u00e9tablissement de l\u2019\u00e9tat de sommeil, le souhait inconscient s\u2019est fray\u00e9 la voie vers les restes du jour, effectuant son transfert sur eux. Appara\u00eet alors un souhait transf\u00e9r\u00e9 sur le mat\u00e9riel r\u00e9cent, ou bien le souhait r\u00e9cent r\u00e9prim\u00e9 s\u2019est revivifi\u00e9 par un renforcement provenant de l\u2019inconscient. Il voudrait alors, par la voie normale des processus de pens\u00e9e passant par le <em>Pcs<\/em> \u2014 auquel il appartient, il est vrai, pour un de ses constituants \u2014 avancer jusqu\u2019\u00e0 la conscience. Mais il se heurte \u00e0 la censure qui persiste et \u00e0 l\u2019influence de laquelle il est maintenant soumis. Ici, il subit la d\u00e9formation dont la voie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fray\u00e9e par le transfert sur le r\u00e9cent. Jusqu\u2019\u00e0 maintenant, il est en passe de devenir quelque chose de semblable \u00e0 une repr\u00e9sentation de contrainte, une id\u00e9e d\u00e9lirante, etc., \u00e0 savoir une pens\u00e9e renforc\u00e9e par le transfert, d\u00e9form\u00e9e dans son expression par la censure. Mais maintenant l\u2019\u00e9tat de sommeil du pr\u00e9conscient n\u2019autorise pas qu\u2019il avance plus loin ; vraisemblablement, le syst\u00e8me s\u2019est prot\u00e9g\u00e9 contre l\u2019intrusion par l\u2019abaissement de ses excitations. Le processus du r\u00eave emprunte donc la voie de la r\u00e9gression qui est ouverte pr\u00e9cis\u00e9ment du fait de la particularit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de sommeil et suit, ce faisant, l\u2019attraction qu\u2019exercent sur lui des groupes de souvenirs qui, en partie, ne sont eux-m\u00eames pr\u00e9sents que comme investissements visuels et non<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">629<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">comme traduction dans les signes des syst\u00e8mes ult\u00e9rieurs. Sur la voie de la r\u00e9gression, il acquiert son caract\u00e8re de pr\u00e9sentabilit\u00e9. Nous traiterons plus tard de la compression. Il a maintenant derri\u00e8re lui la deuxi\u00e8me portion de son parcours aux multiples coudes. La premi\u00e8re portion avait un d\u00e9roulement progr\u00e9dient allant des sc\u00e8nes ou fantaisies inconscientes au pr\u00e9conscient ; la deuxi\u00e8me portion revient de la fronti\u00e8re de la censure vers les perceptions. Mais quand le processus de r\u00eave est devenu contenu de perception, il a en quelque sorte contourn\u00e9 l\u2019obstacle qui lui est oppos\u00e9 dans le<em> Pcs<\/em> par la censure et par l\u2019\u00e9tat de sommeil. Il r\u00e9ussit \u00e0 attirer l\u2019attention sur lui et \u00e0 \u00eatre remarqu\u00e9 par la conscience. La conscience, en effet, qui a pour nous la signification d\u2019un organe sensoriel pour l\u2019appr\u00e9hension des qualit\u00e9s psychiques, est, \u00e0 l\u2019\u00e9tat de veille, excitable \u00e0 partir de deux endroits. En premier lieu, \u00e0 partir de la p\u00e9riph\u00e9rie de l\u2019appareil tout entier, le syst\u00e8me de perception ; par ailleurs, \u00e0 partir des excitations de plaisir et d\u00e9plaisir qui s\u2019av\u00e8rent \u00eatre presque l\u2019unique qualit\u00e9 psychique lors des transpositions d\u2019\u00e9nergie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019appareil. Sinon, tous les processus dans les syst\u00e8mes <em>psy<\/em>, m\u00eame ceux dans le<em> Pcs<\/em>, sont priv\u00e9s de toute qualit\u00e9 psychique et, pour cette raison, ne sont pas objet de la conscience, dans la mesure o\u00f9 ils ne livrent pas de plaisir ou de d\u00e9plaisir \u00e0 sa perception. Il faudra nous r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se que ces d\u00e9liaisons de plaisir et de d\u00e9plaisir r\u00e9gulent automatiquement le cours des processus d\u2019investissement. Mais plus tard est apparue, afin de rendre possibles des op\u00e9rations plus fines, la n\u00e9cessit\u00e9 de donner au cours des repr\u00e9sentations une forme plus ind\u00e9pendante des signes de d\u00e9plaisir. \u00c0 cette fin, le syst\u00e8me <em>Pcs<\/em> avait besoin de qualit\u00e9s propres qui puissent attirer la conscience, et il les obtint tr\u00e8s vraisemblablement par la connexion des processus pr\u00e9conscients avec le syst\u00e8me mn\u00e9sique des signes du langage, qui n\u2019est pas d\u00e9pourvu de qualit\u00e9s. De par les qualit\u00e9s de ce syst\u00e8me, la conscience qui auparavant n\u2019\u00e9tait organe sensoriel que pour les perceptions, devient aussi maintenant l\u2019organe sensoriel pour une partie de nos processus de pens\u00e9e. Il y a maintenant en quelque sorte deux surfaces sensorielles tourn\u00e9es, l\u2019une vers le percevoir, l\u2019autre vers les processus de pens\u00e9e pr\u00e9conscient.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">630<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il me faut faire l\u2019hypoth\u00e8se que la surface sensorielle de la conscience tourn\u00e9e vers le <em>Pcs<\/em> est rendue par l\u2019\u00e9tat de sommeil bien plus inexcitable que celle qui est orient\u00e9e vers les syst\u00e8mes <em>Pc<\/em>. Bien plus, l\u2019abandon de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les processus de pens\u00e9e nocturnes est lui aussi appropri\u00e9 \u00e0 une fin. Dans le penser, rien ne doit survenir; le <em>Pcs<\/em> r\u00e9clame de dormir. Mais une fois le r\u00eave devenu perception, il est en mesure, par les qualit\u00e9s maintenant acquises, d\u2019exciter la conscience. Cette excitation sensorielle effectue ce en quoi consiste justement sa fonction ; une partie de l\u2019\u00e9nergie d\u2019investissement disponible dans le <em>Pcs<\/em>, elle la dirige sous forme d\u2019attention sur l\u2019\u00e9l\u00e9ment excitant. On doit donc convenir que le r\u00eave, chaque fois, r\u00e9veille, qu\u2019il met en activit\u00e9 une partie de la force au repos du Pcs. Il subit alors de la part de celle-ci l\u2019influence que nous avons d\u00e9sign\u00e9e comme l\u2019\u00e9laboration secondaire, prenant en consid\u00e9ration la coh\u00e9rence et l\u2019intelligibilit\u00e9. Cela veut dire que le r\u00eave est trait\u00e9 par elle comme tout autre contenu de perception ; il est soumis aux m\u00eames repr\u00e9sentations d\u2019attente, dans la mesure justement o\u00f9 son mat\u00e9riel les autorise. Dans la mesure o\u00f9 une direction du cours entre en ligne de compte pour cette troisi\u00e8me portion du travail de r\u00eave, c\u2019est de nouveau la direction progr\u00e9diente.&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Comme un feu d\u2019artifice\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce r\u00e9sum\u00e9 Freud discute bri\u00e8vement de la possibilit\u00e9, qu\u2019il rejette, que le r\u00eave ne se produise que dans les quelques secondes qui s\u00e9parent le sommeil du r\u00e9veil. Cela lui sert d\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re pour faire valoir que, tout au contraire, le r\u00eave dont nous nous souvenons n\u2019est pour ainsi dire que le produit fini d\u2019un travail qui a commenc\u00e9 la journ\u00e9e d\u2019avant, voire plusieurs jours auparavant. Par ailleurs, il prend soin de nous dissuader de penser que la production du r\u00eave suive des \u00e9tapes se succ\u00e9dant de fa\u00e7on bien ordonn\u00e9e dans le temps&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019est dans la description qu\u2019il nous a fallu \u00e9tablir une telle succession ; en r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit sans doute au contraire d\u2019une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve simultan\u00e9e de telle ou telle voie, d\u2019une fluctuation de l\u2019excitation jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019enfin, par l\u2019accumulation la plus appropri\u00e9e de celle-ci, ce soit pr\u00e9cis\u00e9ment tel regroupement qui reste.&nbsp;\u00bb (631)<\/p>\n\n\n\n<p>Notons une fois de plus la conception \u00ab&nbsp;t\u00e2tonnante&nbsp;\u00bb du processus, mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de tous les courants en m\u00eame temps, flux, bouillonnement, comparable aux essais et erreurs de l\u2019\u00e9volution darwinienne. C\u2019est du m\u00eame ordre que ce que Freud imaginera, dans <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir,<\/em> \u00e0 propos de l\u2019apparition de la vie sur terre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pendant une longue p\u00e9riode, il se peut que la substance vivante ait ainsi \u00e9t\u00e9 r\u00e9cr\u00e9\u00e9e sans cesse et soit morte facilement jusqu\u2019\u00e0 ce que des influences externes pr\u00e9valentes se transformassent, obligeant ainsi la substance survivant encore \u00e0 d\u00e9vier toujours davantage de son chemin de vie originel et \u00e0 faire des d\u00e9tours toujours plus compliqu\u00e9s pour atteindre&nbsp;la mort-but. Ces d\u00e9tours menant \u00e0 la mort, fid\u00e8lement maintenus par les pulsions conservatrices, seraient ce qui nous offre aujourd\u2019hui l\u2019image des ph\u00e9nom\u00e8nes de la vie.&nbsp;\u00bb (Au-del\u00e0 du principe de plaisir [1919-1920], <em>\u0152uvre compl\u00e8tes<\/em>, XV, p. 310)<\/p>\n\n\n\n<p>Peu importe si les choses se sont pass\u00e9es v\u00e9ritablement ainsi. Ce que je veux souligner c\u2019est le mode de penser darwinien : des apparitions et disparitions multiples, des voies sans issue, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une forme trouve des circonstances appropri\u00e9es pour tenir plus longtemps, pour pouvoir prendre son temps avant d\u2019atteindre l\u2019issue finale<sup class='footnote'><a href='#fn-2600-1' id='fnref-2600-1' onclick='return fdfootnote_show(2600)'>1<\/a><\/sup>. Dans le cas du r\u00eave, il y a tout un travail que la r\u00e9capitulation cit\u00e9e plus haut r\u00e9sume \u00e0 grands traits et qui finit par trouver une forme dont la manifestation pourrait se concevoir comme une fa\u00e7on spectaculaire de finir. Freud compare le r\u00eave au feu d\u2019artifice&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;qui est mont\u00e9 pendant des heures, puis allum\u00e9 en une minute.&nbsp;\u00bb (631)<\/p>\n\n\n\n<p>Outre l\u2019int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique quant au fonctionnement de l\u2019appareil qu\u2019implique une telle conception du r\u00eave, on ne saurait ignorer l\u2019importance qu\u2019a cette conception pour l\u2019abord des r\u00eaves en s\u00e9ance. Cela devrait attirer notre attention tout particuli\u00e8rement sur le fait que le r\u00eave tel que le r\u00eaveur s\u2019en souvient et le raconte n\u2019est que le r\u00e9sultat visible d\u2019un processus complexe et d\u2019une dur\u00e9e relativement longue. Raison qui s\u2019ajoute \u00e0 toutes celles que nous avons examin\u00e9es au chapitre VI, pour ne pas nous laisser s\u00e9duire par le contenu de r\u00eave manifeste.<sup class='footnote'><a href='#fn-2600-2' id='fnref-2600-2' onclick='return fdfootnote_show(2600)'>2<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9veil par le r\u00eave \u2014 Fonction du r\u00eave.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui appara\u00eet \u00e0 Freud du plus grand int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique est, une fois de plus, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui semble militer <em>contre<\/em> l\u2019id\u00e9e que le r\u00eave est protecteur du sommeil. Ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli cette propri\u00e9t\u00e9 du r\u00eave, il ne peut \u00e0 pr\u00e9sent esquiver cette contradiction. L\u2019hypoth\u00e8se se forme tout de suite&nbsp;: cela doit tenir \u00e0 une question d\u2019\u00e9nergie, \u00ab&nbsp;dont l\u2019intelligence nous manque&nbsp;\u00bb, ajoute-t-il, mais cet ajout semble de pure rh\u00e9torique parce qu\u2019il avance aussit\u00f4t&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La poss\u00e9derions-nous [l\u2019intelligence qui manque], nous trouverions alors vraisemblablement que laisser faire le r\u00eave et d\u00e9penser une certaine attention d\u00e9tach\u00e9e constituent pour lui une \u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie, par rapport au cas o\u00f9 l\u2019inconscient devrait \u00eatre, la nuit, tout autant maintenu dans des limites que pendant le jour.&nbsp;[\u2026] Le r\u00eaver, m\u00eame s\u2019il interrompt le sommeil plusieurs fois dans une nuit, reste compatible avec le dormir. On se r\u00e9veille pour un moment, on se rendort tout de suite. C\u2019est comme lorsque, en dormant, on chasse une mouche.&nbsp;\u00bb (632)<\/p>\n\n\n\n<p>Ces remarques seraient, en elles-m\u00eames, d\u2019importance assez secondaire, si ce n\u2019est que par association avec la mouche que l\u2019on chasse en dormant, Freud est amen\u00e9 \u00e0 poser une question plus int\u00e9ressante. Au fait, remarque-t-il, on chasse la mouche, mais elle revient fr\u00e9quemment perturber le sommeil, et il faut chaque fois se r\u00e9veiller bri\u00e8vement pour la chasser \u00e0 nouveau. <em>Pourquoi le r\u00eave n\u2019en fait-il pas autant<\/em>&nbsp;? D\u2019autant plus que Freud a \u00ab&nbsp;d\u00e9sign\u00e9 les souhaits inconscients comme toujours en mouvement&nbsp;\u00bb (632) et qu\u2019il persiste et signe&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;[Les souhaits inconscients] constituent des voies qui sont toujours praticables, chaque fois qu\u2019un quantum d\u2019excitation les utilise.&nbsp;C\u2019est m\u00eame une particularit\u00e9 \u00e9minente des processus inconscients que de rester indestructibles. Dans l\u2019inconscient, <em>rien ne peut \u00eatre men\u00e9 \u00e0 sa fin, rien n\u2019est pass\u00e9 ni oubli\u00e9<\/em>. Nous en acqu\u00e9rons la plus forte impression dans l\u2019\u00e9tude des n\u00e9vroses, sp\u00e9cialement de l\u2019hyst\u00e9rie.\u00bb (633, italiques ajout\u00e9s)<\/p>\n\n\n\n<p>Suivent des remarques plus d\u00e9taill\u00e9es sur la dynamique des n\u00e9vroses et leur rapport avec le travail de la psychoth\u00e9rapie, qu\u2019on pourra lire \u00e0 part (633). Pour la th\u00e9orie du r\u00eave, le probl\u00e8me pos\u00e9 par les r\u00e9veils caus\u00e9s par certains r\u00eaves aboutit \u00e0 formuler une fonction pr\u00e9cise du r\u00eaver&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour chacun des processus d\u2019excitation inconscients il y a donc deux issues. <em>Ou bien<\/em> il reste livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame et fait alors finalement sa perc\u00e9e quelque part apportant \u00e0 son excitation, pour cette seule fois, un \u00e9coulement dans la motilit\u00e9, <em>ou bien<\/em> il tombe sous l\u2019influence du pr\u00e9conscient, et son excitation est li\u00e9e par celui-ci au lieu d\u2019\u00eatre \u00e9conduite. <em>Or c\u2019est cela qui se produit dans le processus du r\u00eave.<\/em> L\u2019investissement qui, du c\u00f4t\u00e9 du <em>Pcs<\/em>, vient au-devant du r\u00eave devenu perception [\u2026] lie l\u2019excitation inconsciente du r\u00eave et la rend inoffensive comme perturbation.&nbsp;\u00bb (633-634, italiques ajout\u00e9s)<\/p>\n\n\n\n<p>La fonction \u2013&nbsp;ou, en tout cas, une fonction importante du r\u00eave, telle que r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par les r\u00eaves qui r\u00e9veillent \u2013 se pr\u00e9cise donc&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il a pris en charge la t\u00e2che de ramener l\u2019excitation de l\u2019<em>Ics<\/em> laiss\u00e9e libre sous la domination du pr\u00e9conscient&nbsp;; il \u00e9conduit pour ce faire l\u2019excitation de l\u2019<em>Ics<\/em>, lui sert de soupape et garantit simultan\u00e9ment, en \u00e9change d\u2019une d\u00e9pense minime d\u2019activit\u00e9 vigile, le sommeil du pr\u00e9conscient.&nbsp;\u00bb (634)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se du r\u00eave comme protecteur du sommeil est donc sauve, moyennant une petite d\u00e9pense\u2026 Mais plus important encore, le r\u00eave se r\u00e9v\u00e8le l\u00e0 aussi comme <em>formation de compromis<\/em>, au m\u00eame titre que les sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&#8230;Il se met simultan\u00e9ment au service des deux syst\u00e8mes [<em>Ics<\/em> et <em>Pcs<\/em>], en accomplissant les souhaits des deux, <em>dans la mesure o\u00f9 ils sont conciliables entre eux<\/em>.&nbsp;\u00bb (634, italiques ajout\u00e9s)<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Freud conc\u00e8de tout de suite qu\u2019il peut y avoir des cas o\u00f9 les souhaits des deux syst\u00e8mes ne sont pas conciliables. Le r\u00eave aboutit alors \u00e0 un \u00e9chec. Le r\u00eave est alors \u00ab&nbsp;interrompu et remplac\u00e9 par le plein \u00e9veil&nbsp;\u00bb. (635) Cet \u00e9chec ne d\u00e9molit pas la th\u00e9orie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas l\u00e0 le seul cas o\u00f9 un dispositif, par ailleurs appropri\u00e9 \u00e0 une fin, devient inappropri\u00e9 et perturbateur d\u00e8s que quelque chose est chang\u00e9 aux conditions de son apparition, et alors la perturbation sert du moins \u00e0 cette nouvelle fin&nbsp;: annoncer cette modification et r\u00e9veiller contre elle les moyens de r\u00e9gulation de l\u2019organisme.&nbsp;\u00bb (635)<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait voir dans ce passage quelque chose comme la base mat\u00e9rielle de la signification. La perturbation n\u2019est pas <em>que<\/em> perturbation&nbsp;; elle se fait signe et par cette fonction elle r\u00e9veille les m\u00e9canismes r\u00e9gulateurs de l\u2019organisme. On retrouve ainsi une version du principe de base qui r\u00e9git un grand pan du raisonnement de Freud&nbsp;: il n\u2019y a signe et, au-del\u00e0, signification que s\u2019il y a excitation, c\u2019est-\u00e0-dire la survenue d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qui perturbe la qui\u00e9tude id\u00e9ale, l\u2019inertie principielle de tout organisme, qui est d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019abri de toute excitation, comme il l\u2019\u00e9crira dans \u00ab&nbsp;Pulsions et destins de pulsion&nbsp;\u00bb (1915). Inertie qui ne signifie pas immobilit\u00e9, mais simplement continuit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat dans lequel on est&nbsp;: rester au repos, si on est au repos, ou poursuivre le mouvement uniforme si on est en mouvement uniforme. On peut dire que le r\u00eave, quand il est possible, r\u00e9ussit \u00e0 compenser tant bien que mal pour le d\u00e9rangement subi durant le sommeil, mais qu\u2019il peut arriver qu\u2019il n\u2019y parvienne pas du tout, et c\u2019est le r\u00e9veil.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit Freud d\u00e9crire ici les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019un point de vue que l\u2019on pourrait dire physiologique, en pr\u00e9cisant qu\u2019il sait bien qu\u2019il est en train d\u2019\u00e9voquer un \u00ab&nbsp;t\u00e9moin \u00e0 charge contre la th\u00e9orie du r\u00eave comme accomplissement de souhait&nbsp;\u00bb&nbsp;: le r\u00eave d\u2019angoisse, qu\u2019il va maintenant affronter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00eave d\u2019angoisse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Qu\u2019un processus psychique qui d\u00e9veloppe de l\u2019angoisse puisse de ce fait \u00eatre pourtant un accomplissement de souhait, cela ne comporte plus pour nous de contradiction depuis longtemps. Nous savons nous expliquer ainsi ce cas d\u2019esp\u00e8ce : le souhait appartient \u00e0 l\u2019un des syst\u00e8mes, l<em>\u2019Ics<\/em>, tandis que le syst\u00e8me du <em>Pcs<\/em> a rejet\u00e9 et r\u00e9prim\u00e9 ce souhait.&nbsp;\u00bb (635-636)<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une note de bas de page, ajout\u00e9e en 1919, Freud explique mieux ce ph\u00e9nom\u00e8ne. La satisfaction du souhait devrait apporter du plaisir, mais \u00ab&nbsp;\u00e0 qui&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et l\u00e0 nous avons droit \u00e0 cette observation \u00e0 premi\u00e8re vue \u00e9tonnante, mais qui l\u2019est moins quand on assouplit nos cat\u00e9gories mentales. Cela commence par le fait que d\u2019une part, le r\u00eaveur est bien celui qui a le souhait&nbsp;; mais c\u2019est aussi celui qui censure le r\u00eave, ne veut pas y reconna\u00eetre son souhait, de sorte que la satisfaction reconnue de ce souhait lui cause de l\u2019angoisse. Cela donne donc ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le r\u00eaveur ne peut donc, dans son rapport \u00e0 ses souhaits de r\u00eave, qu\u2019\u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 la sommation de deux personnes qui n\u2019en sont pas moins li\u00e9es par une forte communaut\u00e9. \u00bb (636, n. 1)<\/p>\n\n\n\n<p>La mention de \u00ab&nbsp;deux personnes&nbsp;\u00bb, cela peut sembler donner des arguments \u00e0 ceux qui voudraient remplacer le r\u00f4le central du refoulement par celui de la dissociation\u2026 Or on voit que Freud peut facilement s\u2019accommoder de cette image d\u2019un sujet divis\u00e9, mais dont les deux tendances contradictoires ne le dissocient pas totalement&nbsp;: les deux personnes restent \u00ab li\u00e9es par une forte communaut\u00e9&nbsp;\u00bb et de plus, il y a \u00ab&nbsp;sommation&nbsp;\u00bb des \u00ab&nbsp;deux personnes&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire addition, comme si c\u2019\u00e9tait des termes assez homog\u00e8nes entre eux pour pouvoir \u00eatre additionn\u00e9s (\u00ab&nbsp;des pommes avec des pommes&nbsp;\u00bb, comme on dit). C\u2019est le m\u00eame r\u00eaveur qui \u00e0 la fois souhaite et refuse de reconna\u00eetre son souhait. La division, la contradiction existe, mais encore faut-il admettre que pour se maintenir en tant que contradiction il faut que le r\u00eaveur reste d\u2019une seule pi\u00e8ce, sans quoi la contradiction s\u2019abolirait. Ici reprend du service l\u2019importante mise en garde que nous nous faisons r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;: attention \u00e0 ne pas consid\u00e9rer que ces \u00ab&nbsp;deux personnes&nbsp;\u00bb auxquelles \u00ab&nbsp;le r\u00eaveur&nbsp;\u00bb ( c\u2019est-\u00e0-dire un unique individu) est \u00ab&nbsp;assimil\u00e9&nbsp;\u00bb, sont deux entit\u00e9s distinctes. C\u2019est une fois de plus le probl\u00e8me de l\u2019homoncule, du petit bonhomme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La question de la dissociation donne souvent lieu \u00e0 ce genre de m\u00e9prise, o\u00f9 le th\u00e9rapeute se laisse prendre par le sentiment de vraiment s\u2019adresser \u00e0 des personnes distinctes, voire multiples, \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb d\u2019une personne apparemment unique. Il convient de rappeler ceci, que dans le r\u00eave, ou dans le sympt\u00f4me, le moi se manifeste en tant que <em>r\u00e9sistance<\/em> contre le refoul\u00e9, et que la \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb devient alors, pour ainsi dire, le champ sur lequel se d\u00e9roule la bataille non entre deux personnages complets, mais entre des forces auxquelles nous sommes port\u00e9s, secondairement, \u00e0 donner des formes anthropomorphes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9tour par les n\u00e9vroses de guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Freud retrouve le m\u00eame probl\u00e8me dans un autre texte de 1919, \u00ab&nbsp;De la psychanalyse des n\u00e9vroses de guerre&nbsp;\u00bb, o\u00f9 il avance bri\u00e8vement que le conflit \u00e0 la base de celles-ci peut se concevoir comme celui entre un \u00ab&nbsp;moi-de-paix&nbsp;\u00bb (le moi usuel, si l\u2019on veut) et un autre moi, un intrus, un parasite \u00ab&nbsp;moi-de-guerre&nbsp;\u00bb qui expose le sujet \u00e0 un danger de mort contre lequel le moi-de-paix se prot\u00e8ge par la fuite dans la n\u00e9vrose traumatique. Encore une fois, on croirait voir Freud s\u2019adonner \u00e0 une reconfiguration de sa th\u00e9orie du conflit, situant celui-ci au niveau du seul moi, d\u2019un moi scind\u00e9 en deux par l\u2019obligation d\u2019aller au combat.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud est bien conscient que cette fa\u00e7on de pr\u00e9senter le conflit ne cadre pas avec le mod\u00e8le faisant appel \u00e0 la libido (aux pulsions) et au refoulement. Il conclut ainsi son texte, par ailleurs tr\u00e8s bref&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dans les n\u00e9vroses traumatiques et les n\u00e9vroses de guerre, le moi de l\u2019\u00eatre humain se d\u00e9fend contre un danger qui le menace de l\u2019ext\u00e9rieur, ou qui pour lui est m\u00eame incarn\u00e9 par une configuration du moi [c\u2019est le&nbsp;\u00ab&nbsp;moi-de-guerre&nbsp;\u00bb &#8211; note de D.S.]&nbsp;; dans les n\u00e9vroses de transfert du temps de paix, le moi donne \u00e0 sa libido la valeur de l\u2019ennemi, dont les revendications lui semblent mena\u00e7antes [la libido est donc \u00e9trang\u00e8re, ext\u00e9rieure- note de D.S.]. Dans les deux cas, peur du moi d\u2019\u00eatre endommag\u00e9&nbsp;: ici par la libido, l\u00e0 par les violences externes. On pourrait m\u00eame dire que dans les n\u00e9vroses de guerre, ce dont on a peur, \u00e0 la diff\u00e9rence des n\u00e9vroses traumatiques pures et des n\u00e9vroses de transfert, c\u2019est bien d\u2019un ennemi interne. [Renversement de perspective&nbsp;! La menace ext\u00e9rieure se mue en formation d\u2019un ennemi interne&nbsp;!] (Freud, \u00ab&nbsp;Introduction \u00e0 <em>Sur la psychanalyse des n\u00e9vroses de guerre<\/em>, <em>OC<\/em>, vol. XV, p. 223.)<\/p>\n\n\n\n<p>On voit que Freud remet en mouvement les cat\u00e9gories, joue avec les points de vue&nbsp;: pour un observateur, le soldat a peur de l\u2019ennemi ext\u00e9rieur, du danger qui vient du dehors. Pour un analyste, ce danger ext\u00e9rieur sera un facteur du conflit interne en tant que moi-de-guerre que le moi-de-paix consid\u00e8re comme un ennemi int\u00e9rieur. Mais ext\u00e9rieur ou int\u00e9rieur, la voie finale commune est de repr\u00e9senter un risque d\u2019endommager le moi&nbsp;; la peur est donc la m\u00eame. Ce qui conduit Freud \u00e0 cette conclusion&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les difficult\u00e9s th\u00e9oriques qui font obstacle \u00e0 une telle conception unificatrice ne semblent pas insurmontables&nbsp;; ne peut-on pas qualifier \u00e0 bon droit le refoulement, qui est au fondement de toute n\u00e9vrose, de r\u00e9action \u00e0 un trauma, de n\u00e9vrose traumatique \u00e9l\u00e9mentaire&nbsp;?&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>On voit ici la pens\u00e9e de Freud op\u00e9rer un second renversement. Non seulement les n\u00e9vroses de guerre et les n\u00e9vroses de transfert peuvent s\u2019\u00e9changer leur r\u00f4le de menace ext\u00e9rieure ou int\u00e9rieure, mais le refoulement lui-m\u00eame (c\u2019est-\u00e0-dire, ce que les n\u00e9vroses traumatiques de guerre semblent remettre en question) n\u2019est au fond qu\u2019une n\u00e9vrose traumatique \u00e9l\u00e9mentaire&nbsp;! \u00c0 partir de cela on pourrait entreprendre toute une relecture de la th\u00e9orie des n\u00e9vroses et se rappeler au passage que, selon Freud, le sexuel est intrins\u00e8quement traumatique. Freud n\u2019a donc jamais abandonn\u00e9 la piste traumatique qu\u2019il r\u00e9affirmera bient\u00f4t (je rappelle que nous sommes toujours en 1919) avec <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>. Piste sur laquelle on peut bien entendu le suivre, mais \u00e0 condition de ne pas faire l\u2019erreur souvent commise de nos jours de ramener le traumatique \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;; de ne pas confondre non plus ce qui est ext\u00e9rieur au moi avec \u00ab&nbsp;le monde ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb, ni confondre le traumatisme psychique avec un effet direct d\u2019un \u00e9v\u00e9nement se produisant dans ce \u00ab&nbsp;monde ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, l\u2019introduction du \u00ab&nbsp;moi-de-guerre&nbsp;\u00bb qui parasite le moi familier du soldat, cette introduction est l\u00e0 pour nous rappeler, d\u2019une part, que tout traumatisme est m\u00e9diatis\u00e9 par des processus internes&nbsp;; d\u2019autre part, que le moi dont il est question n\u2019est pas la personne enti\u00e8re, mais une agence au sein de la personnalit\u00e9, et qu\u2019elle est constamment en train de varier selon les besoins du moment, de sorte que plusieurs moi coexistent toujours en nous. Il n\u2019y a donc pas lieu de confondre ces nombreux moi avec des \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9s multiples&nbsp;\u00bb. Et s\u2019il est entendu que ce qu\u2019on appelle une dissociation peut en effet survenir lors d\u2019un \u00e9v\u00e9nement traumatisant, elle se manifestera bien plus par une mise \u00e0 distance de la conscience de r\u00e9alit\u00e9 que par un \u00ab&nbsp;d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Retour au r\u00eave d\u2019angoisse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Freud rappelle au lecteur de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em> qu\u2019il se passe \u00e0 propos du r\u00eave, ce qui se passe avec les sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques. Si on force un patient agoraphobe, dont la phobie sert \u00e0 lui&nbsp;\u00e9pargner l\u2019angoisse en lui \u00e9vitant de reconna\u00eetre un d\u00e9sir refoul\u00e9, le patient aura n\u00e9cessairement un acc\u00e8s d\u2019angoisse. Il en va donc du r\u00f4le des affects&nbsp;et Freud rappelle que des affects de plaisir qui auraient pu se d\u00e9velopper par la satisfaction d\u2019un souhait auront \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9s en d\u00e9plaisir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le cours des repr\u00e9sentations dans l\u2019<em>Ics<\/em>, livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, d\u00e9velopperait un affect qui avait \u00e0 l\u2019origine le caract\u00e8re du plaisir, mais qui, depuis le processus du refoulement, rev\u00eat le caract\u00e8re du d\u00e9plaisir.&nbsp;\u00bb (637)<\/p>\n\n\n\n<p>Or, dans le \u00ab&nbsp;laisser-faire dont b\u00e9n\u00e9ficie le processus du r\u00eave&nbsp;\u00bb, le cours des repr\u00e9sentations dans l\u2019<em>Ics<\/em> se retrouve pratiquement \u00ab&nbsp;livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb. D\u2019o\u00f9 le danger d\u2019un d\u00e9clenchement d\u2019angoisse si \u00ab&nbsp;les motions de souhait r\u00e9prim\u00e9es peuvent devenir suffisamment fortes&nbsp;\u00bb (637). Le r\u00eave d\u2019angoisse s\u2019explique ainsi par des facteurs, dit Freud, qui sont \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du cadre sp\u00e9cifique de la formation du r\u00eave. Freud se dit m\u00eame tent\u00e9 de renoncer \u00e0 parler du r\u00eave d\u2019angoisse, parce que cela fait plut\u00f4t partie de la th\u00e9orie des n\u00e9vroses. Mais il en profite pour ajouter que comme dans les n\u00e9vroses, les sources de l\u2019angoisse dans les r\u00eaves d\u2019angoisse ont \u00e0 voir avec le sexuel. Et il donne alors deux exemples, dont un des ses propres r\u00eaves, fait quand il \u00e9tait enfant et interpr\u00e9t\u00e9 trente ans plus tard, le r\u00eave des \u00ab&nbsp;personnages \u00e0 bec d\u2019oiseau&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir rapport\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 les deux r\u00eaves, Freud fait une observation plus g\u00e9n\u00e9rale qui n\u2019a s\u00fbrement pas d\u00e9plu \u00e0 Jean Laplanche quand il a dirig\u00e9 la traduction de ce volume des <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Que le commerce sexuel des adultes paraisse inqui\u00e9tant aux enfants qui s\u2019en rendent compte et \u00e9veille en eux de l\u2019angoisse, c\u2019est l\u00e0, suis-je tent\u00e9 de dire, une donn\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience quotidienne. L\u2019explication que j\u2019ai donn\u00e9e de cette angoisse, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une excitation sexuelle qui, n\u2019\u00e9tant pas comprise par eux, n\u2019est pas ma\u00eetris\u00e9e, qui se heurte sans doute aussi \u00e0 une r\u00e9cusation parce que les parents y sont impliqu\u00e9s, et qui de ce fait, se transforme en angoisse.&nbsp;\u00bb (640).<\/p>\n\n\n\n<p>La non-ma\u00eetrise, l\u2019aspect \u00e9nigmatique de la sc\u00e8ne primitive, sa r\u00e9cusation emp\u00eachent de lier l\u2019affect ainsi remu\u00e9 \u00e0 une repr\u00e9sentation capable d\u2019\u00e9laborer l\u2019\u00e9nergie mise en marche. D\u2019o\u00f9 l\u2019affect d\u2019angoisse. De la nature du d\u00e9veloppement d\u2019affect, Freud avait, quelques pages auparavant, ceci \u00e0 dire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Celui-ci [le d\u00e9veloppement d\u2019affect] est consid\u00e9r\u00e9 comme une op\u00e9ration motrice ou s\u00e9cr\u00e9toire, dont la cl\u00e9 d\u2019innervation r\u00e9side dans les repr\u00e9sentations de l\u2019<em>Ics<\/em>.&nbsp;\u00bb (637)<\/p>\n\n\n\n<p>Citation que j\u2019ai gard\u00e9e pour la fin afin de rappeler que nous lisons le chapitre 7 dans lequel on s\u2019entend g\u00e9n\u00e9ralement pour reconna\u00eetre une r\u00e9\u00e9criture plus m\u00e9tapsychologique du <em>Projet de psychologie<\/em> de 1895. \u00ab\u00a0Op\u00e9ration motrice ou s\u00e9cr\u00e9toire\u00a0\u00bb renvoie en effet aux neurones moteurs et aux neurones s\u00e9cr\u00e9toires (dits aussi neurones cl\u00e9s) qui, dans le <em>Projet<\/em>, \u00e9coulent pour finir l\u2019\u00e9nergie d\u2019excitation soit dans une action tourn\u00e9e vers le monde ext\u00e9rieur (neurones moteurs) et donnant lieu \u00e0 un agir, soit dans une action tourn\u00e9e vers l\u2019int\u00e9rieur du corps (neurones s\u00e9cr\u00e9toires) et donnant lieu \u00e0 une somatisation. Cette voie finale commune (motrice ou s\u00e9cr\u00e9trice) \u00e9tait la voie la plus directe de l\u2019\u00e9coulement de l\u2019\u00e9nergie, l\u2019autre \u00e9tant l\u2019\u00e9laboration psychique. Dans ce <em>Projet<\/em> Freud proposait en effet deux sch\u00e9mas\u00a0 que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme apparent\u00e9s. Dans le premier, il illustre graphiquement l\u2019id\u00e9e que la quantit\u00e9 (le montant d\u2019affect) en <em>phi<\/em> se traduit par une \u00ab\u00a0complication\u00a0\u00bb (entendre complexit\u00e9) en <em>psy<\/em>, (repr\u00e9sent\u00e9e par\u00a0les embranchements I, II et III dans la partie sup\u00e9rieure du sch\u00e9ma)\u00a0:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"blob:https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/3804adff-a2a3-44ec-9b37-537b6a4a7718\" alt=\"PHIPSY diagram.jpg\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Fig. 1 &#8211; La quantit\u00e9 en <em>phi<\/em> (\u00e0 gauche de la barre verticale) donne lieu \u00e0 la complexit\u00e9 en <em>psy<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques pages plus loin, Freud trace un sch\u00e9ma du moi o\u00f9 l\u2019on peut reconna\u00eetre la m\u00eame disposition g\u00e9n\u00e9rale, avec la complexit\u00e9 en haut et une voie de d\u00e9charge directe pointant vers le bas&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"blob:https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/12fe4b44-5708-45b7-be3e-83d819d33432\" alt=\"MoiProjet.jpg\" style=\"width:456px;height:auto\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Fig. 2 &#8211; Diagramme du moi (la partie enroul\u00e9e \u00e0 droite)<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux cas, les parties sup\u00e9rieures repr\u00e9sentent la capacit\u00e9 de liaison, de constitution du sens, d\u2019\u00e9laboration, tandis que la branche inf\u00e9rieure repr\u00e9sente l\u2019afflux de la quantit\u00e9 qui, lorsqu\u2019elle ne trouve pas \u00e0 se lier, se pr\u00e9sente comme une \u00ab&nbsp;op\u00e9ration motrice et s\u00e9cr\u00e9toire&nbsp;\u00bb dont l\u2019\u00e9prouv\u00e9 le plus brut est l\u2019angoisse.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-2600'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-2600-1'>&nbsp;On pense ici aux paroles d\u2019une chanson de Brassens&nbsp;: \u00ab&nbsp;&#8230;mourir pour des id\u00e9es, d\u2019accord, mais de mort lente\u2026 tra\u00eenons en chemin&nbsp;\u00bb. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2600-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2600-2'>&nbsp;Mais quelques pages plus loin, Freud va r\u00e9it\u00e9rer sa mise en garde contre le fait de confondre le r\u00eave avec les pens\u00e9es latentes (p. 634-635, Note 1). <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2600-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00c9MINAIRE \u00ab&nbsp;PENSER AVEC FREUD&nbsp;\u00bb Document 53 ANN\u00c9E 2023-2024 RELIRE L\u2019INTERPR\u00c9TATION DU R\u00caVE CHAPITRE VII D- LE R\u00c9VEIL PAR LE R\u00caVE. FONCTION DU R\u00caVE. R\u00caVE D\u2019ANGOISSE. Dominique Scarfone Sans rien vouloir enlever aux autres sections de ce chapitre, il me vient de dire que celle-ci nous montre un Freud particuli\u00e8rement en forme. La section commence par<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2600\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a053- Chapitre VII-D &#8211; R\u00e9veil par le r\u00eave. Fonction du r\u00eave. R\u00eave d&rsquo;angoisse.\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2600","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2600","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2600"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2600\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2610,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2600\/revisions\/2610"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2600"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2600"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2600"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}