{"id":2538,"date":"2024-08-27T20:03:10","date_gmt":"2024-08-28T00:03:10","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2538"},"modified":"2024-10-19T16:08:07","modified_gmt":"2024-10-19T20:08:07","slug":"54-chap-vii-e-processus-primaire-et-secondaire-refoulement-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2538","title":{"rendered":"54- Chap. VII- E- Processus primaire et secondaire. Refoulement."},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-center\"> <strong>S\u00c9MINAIRE \u00ab&nbsp;PENSER AVEC FREUD&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Document 54<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">ANN\u00c9E 2023-2024<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">RELIRE <em>L\u2019INTERPR\u00c9TATION DU R\u00caVE<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">CHAPITRE VII<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">E- Processus primaire et secondaire. Refoulement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Dominique Scarfone<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/54-Chap.-VII-E-Pr1aire2aireRefoulement-2.pdf\">Cliquer pour format .pdf<\/a><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Cette section, l\u2019avant-derni\u00e8re du chapitre VII et donc du livre entier, se pr\u00e9sente comme particuli\u00e8rement dense. Freud semble vouloir, avant de clore, marteler une fois de plus ce que l\u2019\u00e9tude des r\u00eaves lui permet d\u2019affirmer plus g\u00e9n\u00e9ralement. Ce qu\u2019il \u00e9crit ici n\u2019est pas vraiment redondant, il y a m\u00eame du tout \u00e0 fait nouveau, comme nous le verrons, mais on sent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un dernier effort pour nous convaincre de la validit\u00e9 de ses d\u00e9couvertes, d\u2019une derni\u00e8re mise en forme. Le r\u00e9sultat est qu\u2019il nous faut naviguer tr\u00e8s patiemment en nous effor\u00e7ant de ne pas perdre le fil. Heureusement, Freud nous y aide par ses propres reprises. N\u00e9anmoins, il faut accepter de travailler plus fort que d\u2019habitude et j\u2019esp\u00e8re que nous y parviendrons sans trop nous d\u00e9courager.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce but, je donnerai d\u2019abord un aper\u00e7u de l\u2019ensemble de la section avant d\u2019entrer dans le d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud commence cette section en r\u00e9capitulant toutes les th\u00e8ses qu\u2019il avait pass\u00e9es en revue dans le premier chapitre, et il souligne qu\u2019il n\u2019en a refus\u00e9 que deux&nbsp;: celle voulant que le r\u00eave soit d\u00e9nu\u00e9 de sens et celle voulant que ce ne soit qu\u2019un processus somatique. Pour le reste, il s\u2019est trouv\u00e9 \u00e0 donner raison \u00e0 la plupart des th\u00e8ses, m\u00eame si celles-ci se pr\u00e9sentent comme contradictoires entre elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je laisse \u00e0 chacun le soin d\u2019aller lire cette r\u00e9capitulation qui va de la page 643 \u00e0 647. Dans cette derni\u00e8re page il \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&#8230; Voil\u00e0 donc int\u00e9gr\u00e9s dans notre \u00e9difice&nbsp;les r\u00e9sultats les plus divers et les plus contradictoires des auteurs, un certain nombre de ces r\u00e9sultats prenant un tour diff\u00e9rent, un petit nombre seulement \u00e9tant tout \u00e0 fait rejet\u00e9s.&nbsp;\u00bb (647)<\/p>\n\n\n\n<p>Comment, demandera-t-on, Freud peut-il avoir int\u00e9gr\u00e9 dans son \u00e9difice th\u00e9orique les r\u00e9sultats \u00ab&nbsp;les plus divers et les plus contradictoires&nbsp;\u00bb&nbsp;? C\u2019est qu\u2019il a <em>port\u00e9 la contradiction au fondement de l\u2019appareil psychique lui-m\u00eame&nbsp;<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;D\u2019un c\u00f4t\u00e9, nous avons fait na\u00eetre les pens\u00e9es de r\u00eave d\u2019un travail mental pleinement normal, mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, nous avons d\u00e9couvert parmi les pens\u00e9es de r\u00eave \u2013 et \u00e0 partir d\u2019elles jusque dans le contenu de r\u00eave \u2013 toute une s\u00e9rie de processus de pens\u00e9es enti\u00e8rement anormaux\u2026&nbsp;\u00bb (647)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expression \u00ab&nbsp;processus de pens\u00e9e anormaux&nbsp;\u00bb peut pr\u00eater \u00e0 malentendu, surtout lorsqu\u2019on sait que quelques pages plus loin Freud r\u00e9it\u00e8re l\u2019id\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ainsi nous ne pouvons pas nous fermer \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019\u00e0 la formation du r\u00eave participent deux sortes de processus psychiques d\u2019essence distincte&nbsp;; l\u2019un cr\u00e9e des pens\u00e9es de r\u00eave parfaitement correctes, de valeur \u00e9gale au penser normal, l\u2019autre proc\u00e8de avec celles-ci d\u2019une mani\u00e8re hautement d\u00e9concertante, incorrecte. Ce dernier, nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment dans le chapitre VI comme \u00e9tant le travail de r\u00eave proprement dit.&nbsp;\u00bb (652-653)<\/p>\n\n\n\n<p>Aggravant le probl\u00e8me de l\u2019anormalit\u00e9, Freud se voit aussi oblig\u00e9 de recourir \u00e0 la mise en parall\u00e8le de la construction du r\u00eave avec ce qu\u2019il a appris de la construction du sympt\u00f4me hyst\u00e9rique. Ce qui va produire un r\u00e9sultat inattendu&nbsp;: loin de donner une id\u00e9e plus anormale du r\u00eave, son rapprochement avec le sympt\u00f4me n\u00e9vrotique finit par d\u00e9lester la n\u00e9vrose elle-m\u00eame de son poids de morbidit\u00e9, de toute id\u00e9e de \u00ab&nbsp;d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence&nbsp;\u00bb. Freud y parvient par un long d\u00e9tour. D\u2019abord, il parcourt \u00e0 nouveau et en d\u00e9tail le processus de formation du r\u00eave, pour aboutir \u00e0 ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quelles que puissent \u00eatre les variations dans l\u2019interpr\u00e9tation de la censure psychique, de l\u2019\u00e9laboration correcte et de l\u2019\u00e9laboration anormale du contenu du r\u00eave, il n\u2019en reste pas moins que de tels processus sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la formation du r\u00eave et que pour l\u2019essentiel ils montrent la plus grande analogie avec les processus reconnus de la formation du sympt\u00f4me hyst\u00e9rique. (662)<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il renverse aussit\u00f4t la logique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Or le r\u00eave n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne pathologique&nbsp;; il n\u2019a pas pour pr\u00e9suppos\u00e9 une perturbation de l\u2019\u00e9quilibre psychique&nbsp;; il ne laisse apr\u00e8s lui aucun affaiblissement de la capacit\u00e9 de fonctionnement.&nbsp;\u00bb (662)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette phrase nous oblige ainsi \u00e0 entendre autrement les mots \u00ab&nbsp;anormal&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;incorrect&nbsp;\u00bb dans les passages que nous avons cit\u00e9s. Ils doivent s\u2019entendre comme des anomalies, non au sens pathologique, mais par comparaison avec les processus de la pens\u00e9e <em>\u00e9veill\u00e9e<\/em>. Le fait que le r\u00eave ne soit pas un ph\u00e9nom\u00e8ne pathologique aboutit \u00e0 ce que les <em>m\u00e9canismes<\/em> apparent\u00e9s par lesquels se forment les sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques \u2013 sympt\u00f4mes que l\u2019on qualifie sans peine d\u2019anormaux \u2013 soient eux-m\u00eames identifi\u00e9s comme des <em>m\u00e9canismes tout \u00e0 fait normaux<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; Si donc nous concluons des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 leurs forces de pulsion, nous reconnaissons que le m\u00e9canisme psychique <em>dont se sert la n\u00e9vrose<\/em> n\u2019est pas seulement cr\u00e9\u00e9 lorsque se produit une <em>perturbation morbide<\/em> s\u2019emparant de la vie d\u2019\u00e2me, mais qu\u2019il <em>se trouve d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat<\/em> <em>dans l\u2019\u00e9difice normal<\/em> de l\u2019appareil psychique.&nbsp;\u00bb (662, italiques ajout\u00e9s)<\/p>\n\n\n\n<p>Phrase \u00e0 relire lentement pour noter que le <em>produit<\/em> peut-\u00eatre pathologique parce qu\u2019il y a eu \u00ab&nbsp;perturbation morbide&nbsp;\u00bb, mais que cette perturbation agit \u00e0 travers un <em>m\u00e9canisme<\/em> <em>d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent<\/em> dans l\u2019\u00e9difice psychique <em>normal<\/em> tel que nous l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le r\u00eave, ph\u00e9nom\u00e8ne tout aussi normal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les deux syst\u00e8mes psychiques, la censure marquant le passage entre eux, l\u2019inhibition et le recouvrement de l\u2019une des activit\u00e9s par l\u2019autre, les relations des deux avec la conscience [\u2026] tout cela appartient \u00e0 l\u2019\u00e9difice normal de notre instrument d\u2019\u00e2me, et le r\u00eave nous montre une des voies qui m\u00e8nent \u00e0 la connaissance de la structure de celui-ci.&nbsp;\u00bb (663-663)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que Freud peut affirmer&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026 le r\u00eave prouve que le r\u00e9prim\u00e9 persiste aussi chez l\u2019homme normal et reste capable d\u2019op\u00e9rations psychiques. Le r\u00eave est lui-m\u00eame une des manifestations de ce r\u00e9prim\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb (663)<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut donc affirmer tranquillement, dans une phrase ajout\u00e9e en 1909, que<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026 l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave est la <em>via regia<\/em> [voie royale] menant \u00e0 la connaissance de l\u2019inconscient dans la vie d\u2019\u00e2me.&nbsp;\u00bb (663)<\/p>\n\n\n\n<p>Cet acc\u00e8s \u00e0 une connaissance de l\u2019inconscient permet, par ricochet, de poser que<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026 la maladie \u2013 du moins celle nomm\u00e9e \u00e0 juste titre fonctionnelle \u2013 n\u2019a pas pour pr\u00e9suppos\u00e9 la mise en pi\u00e8ces de [l\u2019] appareil, l\u2019\u00e9tablissement de nouveaux clivages \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui&nbsp;; elle est \u00e0 expliquer dynamiquement par le renforcement et l\u2019affaiblissement des composantes du jeu de forces dont tant d\u2019effets sont masqu\u00e9s dans le fonctionnement normal.&nbsp;\u00bb (664)<\/p>\n\n\n\n<p>Et pour couronner le tout, Freud mentionne en note les autres voies d\u2019approche vers la connaissance de ce jeu de forces psychiques, toutes prises dans la vie normale et qu\u2019il a illustr\u00e9es dans une s\u00e9rie d\u2019articles que l\u2019on retrouve regroup\u00e9s sous le titre <em>Psychopathologie de la vie quotidienne.<\/em> \u00c0 quoi viendra s\u2019ajouter aussi son \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e <em>Le mot d\u2019esprit dans ses rapports avec l\u2019inconscient,<\/em> publi\u00e9 en 1905.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par le d\u00e9tail. Le r\u00f4le de l\u2019attention.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019ici, j\u2019ai retrac\u00e9 les grandes \u00e9tapes du raisonnement de Freud. Mais entre les principaux poteaux indicateurs, il proc\u00e8de \u00e0 une description d\u00e9taill\u00e9e des m\u00e9canismes dont il a d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, en particulier au chapitre VI \u00e0 propos du travail du r\u00eave. Cela ressemble encore \u00e0 une r\u00e9capitulation, mais ce n\u2019est pas que cela. Il proc\u00e8de aussi \u00e0 une clarification de certains points et tire des conclusions plus g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par les pens\u00e9es de r\u00eave&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Nous avons appris que le r\u00eave remplace un certain nombre de pens\u00e9es qui proviennent de notre vie diurne [donc] de la vie mentale normale. [\u2026] Mais il n\u2019existe aucune n\u00e9cessit\u00e9 de supposer que ce travail de pens\u00e9e a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 durant le sommeil, ce qui viendrait jeter une f\u00e2cheuse confusion dans la repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9tat de sommeil psychique que nous avons jusqu\u2019ici maintenue. Ces pens\u00e9es peuvent au contraire tr\u00e8s bien provenir de la journ\u00e9e, s\u2019\u00eatre poursuivies inaper\u00e7ues de notre conscience, depuis leur coup d\u2019envoi, se trouvant alors toutes pr\u00eates au moment de l\u2019endormissement. [\u2026] les op\u00e9rations de pens\u00e9e les plus compliqu\u00e9es sont possibles sans la participation de la conscience\u2026&nbsp;\u00bb (648)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 ces consid\u00e9rations chez Freud lorsque nous l\u2019avons vu comparer le r\u00eave \u00e0 un feu d&rsquo;artifice qui, ayant requis un long temps de pr\u00e9paration, se d\u00e9ploie spectaculairement en quelques minutes. Ce qu\u2019il ajoute ici, c\u2019est que les pens\u00e9es de r\u00eave ne sont pas incapables de conscience et que si la plupart du temps nous n\u2019en sommes pas conscients cela d\u00e9pend de l\u2019orientation d\u2019une fonction psychique qu\u2019il consid\u00e8re comme centrale&nbsp;: <em>l\u2019attention. <\/em>Cette prise en compte de l\u2019attention est importante parce qu\u2019elle permet \u00e0 Freud de pr\u00e9ciser davantage les m\u00e9canismes concern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous retrouvons d\u2019abord le darwinisme freudien dont j\u2019ai fait plusieurs fois mention&nbsp;: il y a comp\u00e9tition et processus de s\u00e9lection entre divers courants de pens\u00e9e en vue d\u2019obtenir l\u2019attention. Cela parce que<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019attention [\u2026] n\u2019est dispens\u00e9e qu\u2019en une quantit\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e, laquelle a pu \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9e par d\u2019autres buts du cheminement de pens\u00e9e\u2026&nbsp;\u00bb (648)<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois de plus, soulignons qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de postuler une seconde conscience qui orchestrerait la direction de l\u2019attention. Cela se fait \u00ab&nbsp;naturellement&nbsp;\u00bb, et il faut supposer que le poids relatif d\u2019un cheminement de pens\u00e9e lui permettra de rafler la mise.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Freud d\u00e9crit aussit\u00f4t une autre voie aboutissant \u00e0 ce d\u00e9tournement de l\u2019attention :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;[\u2026] Notre r\u00e9flexion consciente nous apprend qu\u2019en appliquant notre attention nous suivons une voie d\u00e9termin\u00e9e. Si nous arrivons par cette voie \u00e0 une repr\u00e9sentation qui ne tienne pas face \u00e0 la critique, nous rompons l\u00e0 ; nous laissons tomber l&rsquo;investissement d&rsquo;attention.&nbsp;\u00bb (648)<\/p>\n\n\n\n<p>Soulignons qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un processus <em>conscient<\/em>&nbsp;et tout \u00e0 fait courant&nbsp;: on poursuit un raisonnement et lorsqu\u2019il conduit \u00e0 une absurdit\u00e9 on le laisse tomber en lui retirant notre attention. On peut n\u00e9anmoins \u00eatre frapp\u00e9 par la ressemblance formelle entre cette description et la <em>conception traductive du refoulement<\/em> formul\u00e9e dans la \u00ab&nbsp;lettre 52&nbsp;\u00bb (lettre du 6 d\u00e9cembre 1896). Freud y proposait que lorsque le processus de traduction para\u00eet se diriger vers l<em>a production d\u2019un r\u00e9sultat d\u00e9plaisant<\/em>, la traduction s\u2019arr\u00eate. Dans ce cas, c\u2019est l\u2019aspect d\u00e9plaisant, voire douloureux de la traduction en train de prendre forme qui entra\u00eenera l\u2019arr\u00eat des proc\u00e9dures, si l\u2019on peut dire. Cet arr\u00eat, ce \u00ab&nbsp;refusement de traduction&nbsp;\u00bb, dit Freud, \u00ab&nbsp;c\u2019est ce que nous connaissons cliniquement sous le nom de refoulement&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On voit ainsi se poser devant nous une analogie vivante entre les processus conscients d\u2019investissement de l\u2019attention et ceux non conscients des op\u00e9rations tra(ns)ductives avec leur versant refoulant. La diff\u00e9rence est que lorsque l\u2019attention est consciemment retir\u00e9e \u00e0 une id\u00e9e qui ne tient pas la route, cela n\u2019aboutit pas \u00e0 un refoulement, ou du moins, n\u2019y aboutit pas directement. Tandis que, suivant la \u00ab&nbsp;lettre 52&nbsp;\u00bb, la cessation du processus traductif produit des \u00ab&nbsp;<em>fueros<\/em>&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire des \u00ab&nbsp;corps \u00e9trangers&nbsp;\u00bb anachroniques, incompatibles avec la production de sens, et emp\u00eachant par le fait m\u00eame de porter sur eux un jugement alors que dans le retrait d\u2019attention conscient, un <em>jugement<\/em> peut \u00eatre port\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;cette pens\u00e9e est absurde, n\u2019y pensons plus&nbsp;\u00bb. Or, \u00e0 propos du refoulement, Freud dira, dans le texte \u00e9ponyme de 1915, qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un \u00ab&nbsp;moyen terme entre fuite et jugement de condamnation&nbsp;\u00bb (OCF-P, XIII, p.&nbsp;191). Autrement dit, face \u00e0 la pression pulsionnelle, impossible d\u2019\u00e9chapper par la fuite, <em>mais<\/em> <em>impossible<\/em> <em>aussi de porter un jugement<\/em> qui lui retirerait son efficacit\u00e9. De sorte que, n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 un examen critique, le refoul\u00e9 ne cessera pas d\u2019exercer sa pression.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le pr\u00e9conscient<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Chose particuli\u00e8rement int\u00e9ressante, dans les pages du chapitre VII que nous sommes en train de lire, Freud formule une <em>troisi\u00e8me voie<\/em> entre les processus conscients de retrait d\u2019attention et ce que nous venons de rappeler du refoulement proprement dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il commence par mentionner que, une fois l\u2019attention consciemment retir\u00e9e,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;il semble que le cheminement de pens\u00e9e entrepris et d\u00e9laiss\u00e9 peut alors continuer \u00e0 se d\u00e9rouler sans que l&rsquo;attention se tourne de nouveau vers lui, \u00e0 moins qu&rsquo;il n&rsquo;atteigne en un endroit une intensit\u00e9 particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e qui attire l&rsquo;attention par contrainte.&nbsp;\u00bb (649)<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, on peut continuer \u00e0 raisonner sur ce qu\u2019on a consciemment d\u00e9laiss\u00e9, mais sans que l\u2019attention soit \u00e9veill\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un rejet initial par le jugement, \u00e9ventuellement accompagn\u00e9 de conscience, pronon\u00e7ant qu&rsquo;un processus de pens\u00e9e est incorrect ou inutilisable pour les fins actuelles de l&rsquo;acte de pens\u00e9e, peut donc \u00eatre la cause de ce que ce processus se poursuit inaper\u00e7u de la conscience jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;endormissement.&nbsp;\u00bb (649)<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 comment des pens\u00e9es qui, amorc\u00e9es durant la journ\u00e9e, se poursuivent inaper\u00e7ues jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endormissement et peuvent \u00eatre reprises par le travail de r\u00eave&nbsp;; celui-ci, rappelons-le, \u00e9tant la mani\u00e8re de penser durant le sommeil. Mais ensuite, Freud introduit quelque chose en plus&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;R\u00e9sumons en disant que nous appelons <em>pr\u00e9conscient<\/em> un tel cheminement de pens\u00e9e, que nous le tenons pour pleinement correct et qu&rsquo;il peut \u00eatre aussi bien un cheminement de pens\u00e9e <em>simplement n\u00e9glig\u00e9<\/em> qu&rsquo;un cheminement <em>interrompu, r\u00e9prim\u00e9<\/em>.&nbsp;\u00bb (649)<\/p>\n\n\n\n<p>Le mot \u00ab&nbsp;pr\u00e9conscient&nbsp;\u00bb (ici, l\u2019adjectif) est ainsi introduit, mais d\u2019une mani\u00e8re qui souligne aussit\u00f4t son caract\u00e8re amphibie&nbsp;: il peut s\u2019agir d\u2019un cheminement de pens\u00e9e \u00ab&nbsp;simplement n\u00e9glig\u00e9&nbsp;\u00bb, mais tout aussi bien un cheminement de pens\u00e9e \u00ab&nbsp;interrompu, r\u00e9prim\u00e9&nbsp;\u00bb. Simple retrait d\u2019attention, parce que la pens\u00e9e n\u2019en vaut pas la peine (et ce caract\u00e8re inoffensif la rendra tr\u00e8s utile, comme on l\u2019a vu, pour faire passer la barri\u00e8re de la censure), ou alors pens\u00e9e interrompue au sens de <em>r\u00e9prim\u00e9e<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire refus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 de nouveau le terme de <em>r\u00e9pression<\/em> l\u00e0 o\u00f9, dans notre usage courant des concepts freudiens, on s\u2019attendrait \u00e0 voir le mot \u00ab&nbsp;refoulement&nbsp;\u00bb. Que peut-on en conclure&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une part, peut-\u00eatre choisit-il le mot r\u00e9prim\u00e9 parce qu\u2019il s\u2019agit du pr\u00e9conscient. Mais il se peut aussi que nous ayons ici un autre exemple de la <em>fluidit\u00e9<\/em> <em>de la pens\u00e9e conceptuelle de Freud<\/em>. Il a construit la \u00ab&nbsp;fiction th\u00e9orique&nbsp;\u00bb d\u2019un appareil psychique, lui reconnaissant de claires limites, des extr\u00e9mit\u00e9s, des barri\u00e8res de censure, des \u00e9crans pour l\u2019hallucination et la perception, etc., mais il n\u2019est pas dupe de sa propre construction. Il garde \u00e0 l\u2019esprit que ce n\u2019est qu\u2019une fiction, qu\u2019un mod\u00e8le ayant avant tout une valeur heuristique, une fa\u00e7on commode de r\u00e9sumer graphiquement des choses complexes et d\u2019en penser de nouvelles \u00ab&nbsp;sans nouvelle r\u00e9flexion, avec la seule aide du sch\u00e9ma&nbsp;\u00bb (p. 596) <sup class='footnote'><a href='#fn-2538-1' id='fnref-2538-1' onclick='return fdfootnote_show(2538)'>1<\/a><\/sup>. Cela, apr\u00e8s tout, n\u2019est que justice, puisque Freud est en train d\u2019essayer de nous faire <em>voir<\/em> le travail de r\u00eave qui est lui-m\u00eame avant tout de type visuel&nbsp;! Cependant, cette mod\u00e9lisation graphique nous fait courir un risque&nbsp;: celui de la r\u00e9ification, d\u2019une rigidification des concepts, alors que l\u2019esprit est \u00e0 son mieux quand il est tout en fluidit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est certes utile de distinguer le refoulement comme pilier central de la m\u00e9tapsychologie freudienne, mais cela ne nous dispense pas de noter une fois de plus qu\u2019un concept freudien (et probablement tout concept) ne vient jamais seul, qu\u2019il appartient toujours \u00e0 un amas, grappe ou \u00ab&nbsp;cluster&nbsp;\u00bb de concepts proches, et que <em>c\u2019est en examinant l\u2019ensemble des concepts apparent\u00e9s que nous obtenons une id\u00e9e plus juste de ce dont il s\u2019agit.<\/em> <sup class='footnote'><a href='#fn-2538-2' id='fnref-2538-2' onclick='return fdfootnote_show(2538)'>2<\/a><\/sup> Ainsi, nous pouvons distinguer au moins deux fa\u00e7ons d\u2019utiliser les concepts freudiens&nbsp;: Les consid\u00e9rer un par un, avec un sens strict, ou, au contraire, comme membres d\u2019un ensemble conceptuel et entrant donc en r\u00e9sonance avec les autres membres de la m\u00eame famille, ce qui leur conf\u00e8re plus de fluidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le passage qui nous occupe, cette logique s\u2019applique&nbsp;\u00e0 la notion d\u2019inconscient. Freud y introduit la dimension <em>pr\u00e9consciente<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire un inconscient \u00ab&nbsp;qualitatif&nbsp;\u00bb par opposition \u00e0 l\u2019inconscient comme syst\u00e8me. Ce qui veut dire que pour bien saisir ce que le terme \u00ab&nbsp;inconscient&nbsp;\u00bb signifie chez Freud il faut tenir ensemble toutes ses acceptions. Ce qui est qualifi\u00e9 de pr\u00e9conscient, c\u2019est un cheminement de pens\u00e9e \u00ab&nbsp;pleinement correct&nbsp;\u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019il est bien form\u00e9 et, \u00e0 premi\u00e8re vue, non soumis aux processus primaires qui sont l\u2019apanage de l\u2019inconscient syst\u00e9mique (nous avons vu le mot \u00ab&nbsp;correct&nbsp;\u00bb utilis\u00e9 ailleurs dans la pr\u00e9sente section). Mais, attention&nbsp;! Les choses ne s\u2019arr\u00eatent pas l\u00e0. La question est de savoir ce qu\u2019il advient de ces pens\u00e9es quand elles sont <em>n\u00e9glig\u00e9es<\/em> (n\u2019ont pas obtenu l\u2019attention n\u00e9cessaire) ou quand elles ont \u00e9t\u00e9 <em>r\u00e9prim\u00e9es<\/em> (quand l\u2019investissement d\u2019attention leur est <em>retir\u00e9<\/em>)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&#8230;tous les deux sont laiss\u00e9s \u00e0 leurs propres excitations.&nbsp;\u00bb (649)<\/p>\n\n\n\n<p>et&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le cheminement de pens\u00e9e investi d\u2019un but devient, sous certaines conditions, capable d\u2019attirer sur lui l\u2019attention de la conscience et obtient alors, par l\u2019interm\u00e9diaire de celle-ci, un surinvestissement.&nbsp;\u00bb (649)<\/p>\n\n\n\n<p>Freud annonce qu\u2019il reviendra plus loin sur le travail de la conscience. Mais il poursuit sa description.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un cheminement de pens\u00e9e ainsi suscit\u00e9 dans le pr\u00e9conscient peut s&rsquo;\u00e9teindre spontan\u00e9ment ou se conserver.&nbsp;\u00bb (649)<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, le surinvestissement par la conscience ne scelle pas son sort d\u00e9finitivement. Rappelons que conscience et attention vont de pair, et qu\u2019il est difficile de maintenir active l\u2019attention pendant plus de quelques secondes \u00e0 la fois.<sup class='footnote'><a href='#fn-2538-3' id='fnref-2538-3' onclick='return fdfootnote_show(2538)'>3<\/a><\/sup> Freud poursuit donc&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La premi\u00e8re \u00e9ventualit\u00e9, nous nous la repr\u00e9sentons ainsi : son \u00e9nergie se diffuse dans toutes les directions associatives partant de lui, met la cha\u00eene de pens\u00e9e dans un \u00e9tat d&rsquo;excitation qui tient un moment, mais s&rsquo;estompe ensuite, tandis que l&rsquo;excitation en mal d\u2019\u00e9conduction [de d\u00e9charge] se transforme en investissement quiescent. Dans cette premi\u00e8re \u00e9ventualit\u00e9, le processus n&rsquo;a d\u00e9sormais pas de significativit\u00e9 pour la formation du r\u00eave.&nbsp;\u00bb (649)<\/p>\n\n\n\n<p>Un cheminement de pens\u00e9e amorc\u00e9 durant le jour peut donc se perdre dans le brouillard nocturne. Mais&#8230;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais d&rsquo;autres repr\u00e9sentations-but sont aux aguets dans notre pr\u00e9conscient, sont issues des sources de nos souhaits inconscients et toujours en mouvement.&nbsp;\u00bb (649)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 encore le caract\u00e8re amphibie du pr\u00e9conscient&nbsp;: les cheminements de pens\u00e9e pr\u00e9conscients peuvent aussi provenir de sources inconscientes proprement dites. Il nous faudra revenir sur le sens pr\u00e9cis de cette affirmation, mais pour le moment laissons Freud poursuivre sa description.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Celles-ci [ces autres repr\u00e9sentations-but] peuvent s&#8217;emparer de l&rsquo;excitation dans la sph\u00e8re des pens\u00e9es laiss\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, \u00e9tablissent la liaison entre elle et le souhait inconscient, lui transf\u00e8rent l&rsquo;\u00e9nergie propre au souhait inconscient, et \u00e0 partir de maintenant, le cheminement de pens\u00e9e n\u00e9glig\u00e9 ou r\u00e9prim\u00e9 est en mesure de se maintenir, bien que, par ce renforcement il n&rsquo;obtienne aucun titre \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la conscience. <em>Nous pouvons dire que le cheminement de pens\u00e9e jusqu&rsquo;ici pr\u00e9conscient a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 dans l\u2019inconscient.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;(649-650, italiques ajout\u00e9s par moi.)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous assistons ainsi, d\u2019une part, \u00e0 tout un travail de liaison, de tissage pr\u00e9conscient que nous pouvons r\u00e9sumer \u00e0 notre tour&nbsp;de mani\u00e8re t\u00e9l\u00e9graphique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Pens\u00e9es du jour n\u00e9glig\u00e9es ou r\u00e9prim\u00e9es\u2026 \u00e0 la d\u00e9rive\u2026 laiss\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames\u2026 rencontrent d\u2019autres pens\u00e9es<em> Pcs<\/em> issues de sources<em> Ics<\/em>\u2026 qui s\u2019emparent des pens\u00e9es \u00e0 la d\u00e9rive, leur transf\u00e8rent l\u2019intensit\u00e9<em> Ics <\/em>et donnent une nouvelle \u00ab&nbsp;sant\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 ces pens\u00e9es \u00e0 l\u2019abandon. Celles-ci ne deviennent pas conscientes pour autant, mais peuvent servir au travail de r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, il y ait d\u2019autres possibilit\u00e9s, mais toutes aboutissent \u00e0 ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&#8230;Dans le pr\u00e9conscient se produit un train de pens\u00e9e qui, d\u00e9laiss\u00e9 par l\u2019investissement pr\u00e9conscient, <em>a trouv\u00e9 un investissement depuis le souhait inconscient<\/em>.&nbsp;\u00bb (650, italiques ajout\u00e9s par moi.)<\/p>\n\n\n\n<p>Je profite de ce passage pour souligne un autre aspect de la nature amphibie du pr\u00e9conscient&nbsp;: c\u2019est qu\u2019il y a eu \u00e9tablissement de liaisons (ce qui est propre au pr\u00e9conscient-conscient), mais que cela n\u2019emp\u00eache pas ces pens\u00e9es li\u00e9es entre elles d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;d\u00e9laiss\u00e9 par l\u2019investissement pr\u00e9conscient&nbsp;\u00bb pour trouver \u00e0 la place un investissement \u00ab&nbsp;depuis le souhait inconscient&nbsp;\u00bb. Cette fa\u00e7on de concevoir les choses est plus compliqu\u00e9e qu\u2019elle n\u2019en a l\u2019air \u00e0 premi\u00e8re vue. Freud pose que quelque chose comme un ensemble li\u00e9 peut n\u00e9anmoins trouver un investissement <em>depuis<\/em> l\u2019inconscient et, pouvons-nous conclure, se comporter d\u00e8s lors comme quelque chose d\u2019inconscient. Il me semble que c\u2019est un bon exemple \u00e0 l\u2019appui de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne faut pas trop insister sur la m\u00e9taphore topique. Ce qui compte, c\u2019est le type d\u2019investissement. Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un investissement pr\u00e9conscient&nbsp;? En quoi diff\u00e8re-t-il d\u2019un investissement \u00ab&nbsp;depuis le souhait inconscient&nbsp;\u00bb&nbsp;? Freud n\u2019est jamais tr\u00e8s explicite \u00e0 ce sujet. Il semble que pour lui le sens de ces expressions va de soi. Pour ma part, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 conclure que si nous consid\u00e9rons la m\u00e9taphore topique pour ce qu\u2019elle est&nbsp;: une image, une fa\u00e7on commode de r\u00e9sumer des choses complexes, alors il convient plut\u00f4t de penser en ces termes&nbsp;: il existe des modalit\u00e9s distinctes de <em>l\u2019emploi de l\u2019\u00e9nergie psychique<\/em> (ce serait le sens du mot investissement) et tout d\u00e9pend de quelle modalit\u00e9 s\u2019empare d\u2019un \u00e9l\u00e9ment donn\u00e9. La modalit\u00e9 inconsciente se caract\u00e9rise par une plus libre circulation de l\u2019\u00e9nergie, et donc par une plus \u00e9vidente pulsionnalit\u00e9&nbsp;: l\u2019\u00e9nergie cherche \u00e0 s\u2019\u00e9couler par les plus courts chemins. La modalit\u00e9 pr\u00e9consciente de l\u2019\u00e9nergie est plut\u00f4t \u00ab&nbsp;quiescente&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus durablement li\u00e9e \u00e0 des repr\u00e9sentations parce qu\u2019elle comporte plusieurs fa\u00e7ons de lier&nbsp;(pr\u00e9sentation de chose + pr\u00e9sentation de mot), et que la pr\u00e9sentation de mot est elle-m\u00eame li\u00e9e \u00e0 l\u2019immense r\u00e9seau du langage, comportant de nombreuses redondances et r\u00e9sonances (sonores, s\u00e9mantiques, syntaxiques) qui ont pour effet de stabiliser les liaisons. Si on perd de vue une voie d\u2019entr\u00e9e dans la mati\u00e8re, on a plus de chances d\u2019en trouver une autre&#8230; Mais il peut arriver qu\u2019un ensemble pr\u00e9conscient se d\u00e9tache, pour ainsi dire, du r\u00e9seau et qu\u2019un d\u00e9tail de sa constitution le fasse entrer en r\u00e9sonance avec une pr\u00e9sentation inconsciente qui, d\u00e8s lors, l\u2019entra\u00eene avec elle dans son mouvement pulsionnel. C\u2019est cela que signifie, \u00e0 mon avis, recevoir un investissement <em>depuis<\/em> l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, les trains de pens\u00e9e deviennent soumis aux processus primaires que nous avons \u00e9tudi\u00e9s au chapitre VI, notamment condensation et d\u00e9placement. La libert\u00e9 de mouvement des \u00ab&nbsp;intensit\u00e9s&nbsp;\u00bb, au service de la condensation et du d\u00e9placement, coupl\u00e9e \u00e0 l\u2019organisation du morceau pr\u00e9conscient qui s\u2019est d\u00e9tach\u00e9 du r\u00e9seau, permet que se forment des <em>repr\u00e9sentations de compromis<\/em>. Cet effet se note aussi dans les productions accessibles \u00e0 la conscience comme les lapsus (\u00ab&nbsp;m\u00e9prises de parole&nbsp;\u00bb). Dans le texte \u00ab&nbsp;L\u2019inconscient&nbsp;\u00bb (1915), Freud dira qu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re entre <em>Ics<\/em> et <em>Pcs<\/em> se produisent des m\u00e9tissages donnant lieu \u00e0 des formations interm\u00e9diaires, hybrides, qui peuvent \u00eatre hautement organis\u00e9es et cependant inconscientes. Il donne comme exemple&nbsp;: les fantasmes, que, dans d\u2019autres textes, il rangera dans la m\u00eame cat\u00e9gorie que les r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s et\u2026 les r\u00eaves tout court. Il parcourt ainsi de nouveau ce que le travail de r\u00eave lui avait enseign\u00e9, mais cette fois en rangeant les ph\u00e9nom\u00e8nes selon les deux cat\u00e9gories de processus&nbsp;: primaire et secondaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire en modalit\u00e9s d\u2019\u00e9coulement de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais il se passe autre chose d\u2019int\u00e9ressant<\/em>. C\u2019est que, bien malgr\u00e9 lui, Freud est oblig\u00e9 de faire appel&nbsp; \u00e0 ce que lui ont appris les sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques. Il avait esp\u00e9r\u00e9 ne pas avoir \u00e0 le faire pour ne pas pr\u00eater le flanc \u00e0 la critique qui verrait dans sa th\u00e9orie du r\u00eave quelque chose d\u2019exceptionnel par rapport \u00e0 la norme. Il voulait se servir des deux sources d\u2019exp\u00e9rience, la psychon\u00e9vrose et les r\u00eaves, de mani\u00e8re ind\u00e9pendante l\u2019une de l\u2019autre, mais la t\u00e2che lui para\u00eet impossible. D\u00e8s le d\u00e9but de la section, il avait donc d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;para\u00eetre d\u00e9pourvu de pr\u00e9suppos\u00e9s, voil\u00e0 qui est au-dessus de mes forces&nbsp;\u00bb (643). \u00c0 la fin de la m\u00eame section il finit par c\u00e9der et faire appel \u00e0 \u00ab&nbsp;la doctrine de l\u2019hyst\u00e9rie&nbsp;\u00bb qui, elle aussi, enseigne qu\u2019une&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00e9laboration psychique anormale [i.e. en processus primaire] d\u2019un train de pens\u00e9e normal&nbsp;ne se produit que lorsque celui-ci est devenu le transfert d\u2019un souhait inconscient qui est issu de l\u2019infantile et se trouve dans le refoulement.&nbsp;\u00bb (653).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les pages qui suivent ce paragraphe, mis en \u00e9vidence avec un espacement particulier (interlettr\u00e9), Freud reprend le cheminement dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parcouru les \u00e9tapes dans la premi\u00e8re partie du pr\u00e9sent document. Le texte est d\u2019une telle densit\u00e9 que tenter de le r\u00e9sumer se ram\u00e8ne \u00e0 le reproduire int\u00e9gralement. Alors, aussi bien aller le lire directement (p. 654-664).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes <\/strong><\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-2538'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-2538-1'> Voir la section \u00ab&nbsp;De l\u2019utilit\u00e9 des sch\u00e9mas&nbsp;\u00bb dans mon document 50, p. 3-4. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2538-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2538-2'> Nous avons d\u00e9j\u00e0 discut\u00e9 de cet aspect dans le document 51, p. 3-4&nbsp;en soulignant que le refoulement est, apr\u00e8s tout, une modalit\u00e9 particuli\u00e8re de la r\u00e9pression. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2538-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2538-3'> Sauf quand nous sommes <em>en<\/em> <em>conversation<\/em>, avec quelqu\u2019un d\u2019autre ou avec soi-m\u00eame. L\u2019alternance d\u00e9ictique \u00ab&nbsp;je-tu&nbsp;\u00bb prolonge la capacit\u00e9 d\u2019attention. L\u2019attention fatigu\u00e9e de l\u2019un est relay\u00e9e par l\u2019attention plus fraiche de l\u2019autre. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2538-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00c9MINAIRE \u00ab&nbsp;PENSER AVEC FREUD&nbsp;\u00bb Document 54 ANN\u00c9E 2023-2024 RELIRE L\u2019INTERPR\u00c9TATION DU R\u00caVE CHAPITRE VII E- Processus primaire et secondaire. Refoulement. Dominique Scarfone Cliquer pour format .pdf Cette section, l\u2019avant-derni\u00e8re du chapitre VII et donc du livre entier, se pr\u00e9sente comme particuli\u00e8rement dense. Freud semble vouloir, avant de clore, marteler une fois de plus ce que<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2538\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a054- Chap. VII- E- Processus primaire et secondaire. 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