{"id":2236,"date":"2022-12-16T09:41:32","date_gmt":"2022-12-16T14:41:32","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2236"},"modified":"2023-12-18T14:27:36","modified_gmt":"2023-12-18T19:27:36","slug":"48-chap-vii-b-la-regression-1ere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2236","title":{"rendered":"48-  Chap. VII- B- La r\u00e9gression- 1\u00e8re partie."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">S\u00c9MINAIRE \u00ab&nbsp;PENSER AVEC FREUD&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">ANN\u00c9E 2022-2023<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>RELIRE <em>L\u2019INTERPR\u00c9TATION DU R\u00caVE<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Document 48<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">CHAPITRE VII<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">B- LA R\u00c9GRESSION &#8211; 1\u00e8re partie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Dominique Scarfone<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/48.-Chap.-VII-B-La-regression-1ere-partie.pdf\">Cliquer ici pour la version pdf<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Cette section du Chapitre VII <span style=\"font-size: 12pt;\">intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;La r\u00e9gression&nbsp;\u00bb va nous retenir un peu plus longtemps que pr\u00e9vu<\/span> parce que d\u2019une part elle est tr\u00e8s \u00ab&nbsp;touffue&nbsp;\u00bb et d\u2019autre part, et pour la m\u00eame raison, tr\u00e8s importante pour notre recherche sur la pens\u00e9e freudienne, sans parler des incidences que tout cela peut avoir sur la pratique de l\u2019analyse. Je dois donc faire appel \u00e0 votre attention patiente autant qu\u2019\u00e0 votre esprit critique afin qu\u2019on ne s\u2019\u00e9gare pas dans les m\u00e9andres th\u00e9oriques ni qu\u2019on cesse d\u2019interroger Freud si besoin est.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir, dans la section pr\u00e9c\u00e9dente, montr\u00e9 quel est le v\u00e9ritable objet de l\u2019analyse du r\u00eave et avoir fait les comptes avec l\u2019objection concernant l\u2019oubli des r\u00eaves, Freud se sent d\u00e9sormais libre \u00ab&nbsp;d\u2019entrer dans les investigations psychologiques pour lesquelles nous nous sommes depuis longtemps \u00e9quip\u00e9s&nbsp;\u00bb (586). Il commence donc par r\u00e9sumer les acquis du travail fait jusqu\u2019ici (les italiques sont ajout\u00e9s par moi)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Le r\u00eave est un acte psychique d\u2019une importance pleine et enti\u00e8re;<br>-Sa <em>force de pulsion<\/em> est toutes les fois un souhait \u00e0 accomplir; [Noter l\u2019expression \u00ab&nbsp;force de pulsion&nbsp;\u00bb.]<br>-La m\u00e9connaissance de ce second point ainsi que les bizarreries et absurdit\u00e9s du r\u00eave proviennent de l\u2019influence de la <em>censure psychique<\/em> qu\u2019il a subie <em>lors de sa formation<\/em>;<br>-En plus de l\u2019obligation de se soustraire \u00e0 la censure, entrent en ligne de compte la n\u00e9cessit\u00e9 de la condensation du mat\u00e9riel psychique, la prise en compte de la <em>pr\u00e9sentabilit\u00e9 en images sensorielles;<br><\/em>-M\u00eame si ce n\u2019est pas toujours le cas, intervient aussi la prise en consid\u00e9ration d\u2019un aspect ext\u00e9rieur rationnel et intelligible du r\u00eave finalement form\u00e9 (\u00e9laboration secondaire).<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste, dit-il, \u00e0 \u00e9tudier la relation r\u00e9ciproque entre le souhait motivant le r\u00eave et les quatre conditions pr\u00e9sidant \u00e0 sa formation (ici: censure, condensation, pr\u00e9sentabilit\u00e9 et \u00e9laboration secondaire), mais ce qui est s\u00fbr est que \u00ab&nbsp;le r\u00eave est \u00e0 ranger dans l\u2019ensemble de la vie d\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb. (586). Le r\u00eave est donc un acte psychique au plein sens du terme dont la formation \u00e9chappe \u00e0 l\u2019intervention d\u00e9lib\u00e9rative du moi conscient, mais qui nous offre une porte d\u2019entr\u00e9e dans l\u2019atelier o\u00f9 il se forme, \u00e0 la jonction entre le pr\u00e9-conscient\/conscient et l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Lisant l\u2019\u00e9num\u00e9ration des acquis ci dessus, on se demande aussit\u00f4t: o\u00f9 est pass\u00e9 le d\u00e9placement? Pourtant, dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, on a eu la nette impression que le d\u00e9placement \u00e9tait d\u2019une importance capitale (voir notamment la section B du chapitre VI). Ici, ou bien Freud assimile (non sans raison) d\u00e9placement et condensation, ou bien le d\u00e9placement est sous-entendu dans \u00ab&nbsp;l\u2019obligation de se soustraire \u00e0 la censure&nbsp;\u00bb, puisque le d\u00e9placement est sans aucun doute un des grands m\u00e9canismes aboutissant \u00e0 ce r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons aussi que Freud parle de \u00ab&nbsp;censure psychique&nbsp;\u00bb et non de censure tout court. Peut-\u00eatre l\u2019expression vient-elle souligner qu\u2019il ne s\u2019agit pas de censure morale ni politique? Je veux dire par l\u00e0 que la censure psychique serait une censure objective, due aux \u00ab&nbsp;moyens de production&nbsp;\u00bb dont dispose le travail de r\u00eave, et non le r\u00e9sultat d\u2019un caviardage intentionnel, cons\u00e9cutif \u00e0 la formation du r\u00eave. Cela me semble confort\u00e9 par l\u2019expression compl\u00e8te utilis\u00e9e par Freud : \u00ab&nbsp;\u2026la censure psychique qu\u2019il a subie lors de sa formation.&nbsp;\u00bb Certes, on pourrait dire qu\u2019un journaliste politique, par exemple, peut lui aussi s\u2019auto-censurer au cours m\u00eame de l\u2019acte d\u2019\u00e9crire son article, et donc que cet article subit aussi la censure \u00ab&nbsp;au moment de sa formation&nbsp;\u00bb. Mais nous avons bien vu que le r\u00eave n\u2019est pas form\u00e9 par \u00ab&nbsp;quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb, qu\u2019il ne suit pas un plan comparable au plan d\u2019\u00e9criture qu\u2019aurait suivi le journaliste politique. Nous avons vu que le r\u00eave se forme <em>\u00e0 m\u00eame les m\u00e9canismes de d\u00e9formation<\/em>, et qu\u2019il n\u2019y pas \u00e0 chercher quel serait le r\u00eave non-d\u00e9form\u00e9. La d\u00e9formation, que l\u2019on peut d\u00e9signer m\u00e9taphoriquement comme \u00ab&nbsp;censure&nbsp;\u00bb, est le seul mode possible d\u2019\u00e9criture du r\u00eave en tant que r\u00eave. Autrement, nous aurions affaire aux pens\u00e9es de r\u00eave telles quelles, si l\u2019on peut dire \u00ab&nbsp;non-r\u00eav\u00e9es&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019attarde \u00e0 ces consid\u00e9rations pour insister sur la grande nouveaut\u00e9 qu\u2019apporte ici Freud. Une compr\u00e9hension spontan\u00e9e de cet apport, qui serait selon moi trompeuse, serait celle-ci&nbsp;: il y a des pens\u00e9es de r\u00eaves; celles-ci sont traduites en images de r\u00eave qui censurent ces pens\u00e9es, mais on peut, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, surmonter la censure et restituer les pens\u00e9es de d\u00e9part. Je dis que cette lecture serait trompeuse parce que cela laisserait supposer que les \u00ab&nbsp;pens\u00e9es de d\u00e9part&nbsp;\u00bb seraient l\u00e0, d\u00e9j\u00e0 form\u00e9es et en attente de transformation en images. Or, si on lit attentivement le r\u00e9sum\u00e9 que fait Freud, il rappelle que \u00ab&nbsp;la <em>force de pulsion<\/em> [du r\u00eave] est toutes les fois un souhait \u00e0 accomplir&nbsp;\u00bb. Autrement dit, le r\u00eave n\u2019est pas un travail fait sur des pens\u00e9es d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9es. R\u00eaver, c\u2019est l\u2019acte de penser, et donc de souhaiter, durant le sommeil, c\u2019est penser\/souhaiter \u00e0 nouveaux frais, si l\u2019on peut dire, et non pas \u00ab&nbsp;r\u00e9chauffer&nbsp;\u00bb les pens\u00e9es du jour pr\u00e9c\u00e9dent.Reste, bien entendu, que les pens\u00e9es de la nuit appartiennent au paysage psychique \u2013&nbsp;au \u00ab&nbsp;myc\u00e9lium&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 du moment. Souvenons-nous que Freud consid\u00e9rait le r\u00eave concern\u00e9 par les derni\u00e8res vingt-quatre heures approximativement et donc que les souhaits contenus dans les pens\u00e9es de r\u00eave sont en continuit\u00e9 avec ceux du jour pr\u00e9c\u00e9dent. C\u2019est donc ainsi que le r\u00eaver trouve une \u00ab&nbsp;force de pulsion&nbsp;\u00bb dans le souhait \u00e0 accomplir. Mais pour cette m\u00eame raison on peut avancer que le motif de l\u2019accomplissement de souhait n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 au seul r\u00eaver. En d\u00e9couvrant que r\u00eaver est motiv\u00e9 par \u00ab&nbsp;un souhait \u00e0 accomplir&nbsp;\u00bb, Freud me semble ouvrir du m\u00eame coup sur l\u2019id\u00e9e que ce n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent du penser en \u00e9tant \u00e9veill\u00e9, si ce n\u2019est que les moyens pour s\u2019acquitter de la t\u00e2che sont diff\u00e9rents pour cause de sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>de sorte qu\u2019il peut affirmer, \u00e0 la fin du chapitre VI&nbsp; ce qui suit&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;[Le] travail de r\u00eave s\u2019\u00e9loigne alors beaucoup plus du mod\u00e8le du penser vigile que ne l\u2019ont estim\u00e9 m\u00eame ceux qui minimisent le plus r\u00e9solument le fonctionnement psychique dans la formation du r\u00eave. Ce n\u2019est pas qu\u2019il soit plus n\u00e9gligent, plus incorrect, plus oublieux, plus incomplet que le penser vigile; il est quelque chose qui qualitativement en est tout \u00e0 fait distinct et qui d\u2019embl\u00e9e ne peut donc&nbsp; y \u00eatre compar\u00e9. <em>Il ne pense, ne calcule, ne juge absolument pas, mais se borne \u00e0 ceci&nbsp;: donner une autre forme<\/em>. On peut le d\u00e9crire de fa\u00e7on exhaustive <em>si on ne perd pas de vue les conditions auxquelles doit satisfaire sa production<\/em>.&nbsp;\u00bb (558, italiques ajout\u00e9s)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette remarque conclusive \u00e0 la fin du long chapitre sur le travail de r\u00eave me semble des plus importantes m\u00eame si, \u00e0 premi\u00e8re vue elle semble contredire l\u2019id\u00e9e que le r\u00eave est un effort de penser durant le sommeil. Je crois donc que quand Freud affirme que<em> le travail de r\u00eave<\/em> \u00ab&nbsp;ne pense, ne calcule, ne juge absolument pas&nbsp;\u00bb il veut dire que le travail de r\u00eave ne pense pas\u2026 comme le penser vigile, puisque sa fonction se ram\u00e8ne \u00e0 donner une autre forme. Ceci ouvre des questions plus larges, comme celle-ci : y aurait-il selon Freud, implicitement du moins, un penser de base, inconnaissable en lui-m\u00eame et qui se manifeste soit par le penser vigile, soit par le travail de r\u00eave, c&rsquo;est-\u00e0-dire un penser sur le mode hallucinatoire? La question reste ouverte; en philosophie du langage&nbsp; l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Language_of_thought_hypothesis\">\u00ab language of thought&nbsp;\u00bb<\/a> avanc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970 par Jerry Fodor n\u2019a pas fait consensus.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour revenir \u00e0 la question du souhait, je ne crois pas \u00e9tirer trop le sens du mot \u00ab&nbsp;souhait&nbsp;\u00bb si je dis que le penser ordinaire \u2013 \u00e9veill\u00e9 ou endormi qu\u2019on soit&nbsp;\u2013 vise toujours \u00e0 se repr\u00e9senter accompli un certain souhait, f\u00fbt-ce en le pr\u00e9sentant par son contraire. Autrement dit, le principe plaisir est aux commandes, par diff\u00e9rence avec le principe de r\u00e9alit\u00e9. J\u2019emploie l\u2019expression \u00ab&nbsp;le penser ordinaire&nbsp;\u00bb dans le sens pr\u00e9cis de \u00ab&nbsp;penser suivant le principe de plaisir&nbsp;\u00bb, ce qui est le cas la plupart du temps, puisque nous savons l\u2019effort qu\u2019il nous faut faire pour penser suivant le principe de r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire penser de mani\u00e8re critique. En anglais le \u00ab&nbsp;wishful thinking&nbsp;\u00bb est vu comme un cas particulier du \u00ab&nbsp;thinking&nbsp;\u00bb ; mais je dirais que le wishful thinking est ce que nous faisons la plupart du temps, c&rsquo;est-\u00e0-dire tant que nous ne nous arr\u00eatons pas pour examiner de fa\u00e7on critique ce que nous sommes entrain de penser ou de dire. Que Freud ait d\u00e9couvert que le r\u00eaver est un \u00ab&nbsp;wishful thinking&nbsp;\u00bb, cela s\u2019explique ais\u00e9ment: c\u2019est que durant le sommeil, les instances critiques son assoupies. De plus, l\u2019afflux de perceptions qui pourraient contredire le penser-souhaiter est fortement diminu\u00e9. La \u00ab&nbsp;mise en sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb du r\u00eave a ainsi toute libert\u00e9 de repr\u00e9senter le souhait\u00e9 comme accompli. Mais insistons sur ceci, que la tendance \u00e0 souhaiter n\u2019est pas sp\u00e9cifique au travail de r\u00eave. Ce qui veut dire que les \u00ab&nbsp;pens\u00e9es de r\u00eave&nbsp;\u00bb v\u00e9hiculent d\u00e9j\u00e0 en elles-m\u00eames les souhaits que le travail de r\u00eave a pour t\u00e2che de montrer accomplies. Or Freud insiste que les pens\u00e9es de r\u00eave sont des pens\u00e9es comme les autres; on est donc en droit de conclure que le r\u00eave a pour effet de nous r\u00e9v\u00e9ler que le penser ordinaire est bien lui aussi charg\u00e9 de souhait et que c\u2019est seulement le fait de se produire chez un \u00eatre endormi qui nous montre cela avec plus de nettet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire que souhaiter, au sens g\u00e9n\u00e9ral, nous ne faisons que cela quand nous sommes dans ce que les neuroscientifiques contemporains appellent le \u00ab&nbsp;<em>default mode<\/em>&nbsp;\u00bb (qu\u2019on peut traduire par \u00ab&nbsp;modalit\u00e9 de base&nbsp;\u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire quand notre esprit n\u2019est pas engag\u00e9 dans une t\u00e2che sp\u00e9cifique. Cette modalit\u00e9 de base se rapproche de ce qu\u2019on pourrait appeler simplement \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb. Penser, au sens plein, c\u2019est autre chose qu\u2019\u00eatre. Hannah Arendt, qui a beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la question, \u00e9crit ceci:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;[\u2026] thinking is always out of order, interrupts all ordinary activities and is interrupted by them.&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-2236-1' id='fnref-2236-1' onclick='return fdfootnote_show(2236)'>1<\/a><\/sup> Traduction&nbsp;: \u00ab&nbsp;la pens\u00e9e est toujours d\u00e9plac\u00e9e (\u00ab&nbsp;hors d\u2019ordre&nbsp;\u00bb), elle interrompt toutes les activit\u00e9s ordinaires et est interrompue par elles.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute pourquoi Paul Val\u00e9ry (que Hannah Arendt cite \u00e0 la m\u00eame page) a reformul\u00e9, en le critiquant, le fameux <em>Cogito<\/em> de Descartes. Au lieu de \u00ab&nbsp;Je pense, donc je suis&nbsp;\u00bb, Val\u00e9ry propose : \u00ab&nbsp;Parfois je pense, parfois je suis&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-2236-2' id='fnref-2236-2' onclick='return fdfootnote_show(2236)'>2<\/a><\/sup><em>. <\/em>Val\u00e9ry \u00e9crira aussi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Je pense, donc je ne suis pas \u2014 je me distingue de tout ce qui est, je suis autre que ce qui est, et il n\u2019y a pas d\u2019<em>\u00eatre<\/em> \u00e0 me comparer.&nbsp;\u00bb (<em>Op. cit.<\/em> p. 1398.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Lacan a exprim\u00e9 quelque chose de semblable: \u00ab&nbsp;<em>je suis o\u00f9 je ne pense pas<\/em>&nbsp;\u00bb et&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>je pense o\u00f9 je ne suis pas<\/em>&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-2236-3' id='fnref-2236-3' onclick='return fdfootnote_show(2236)'>3<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon ces maximes, \u00eatre et penser ne peuvent pas se produire simultan\u00e9ment ou au m\u00eame endroit. Notons que cela r\u00e9sonne avec l\u2019id\u00e9e de Freud que <em>conscience et m\u00e9moire s\u2019excluent mutuellement <\/em>: l\u2019acte de conscience (chez Freud, toujours perception-conscience) se produit <em>au lieu<\/em> d\u2019une rem\u00e9moration. Cette id\u00e9e est \u00e9mise une premi\u00e8res fois par Breuer dans les <em>\u00c9tudes sur l\u2019hyst\u00e9rie, <\/em>mais on la retrouve dans le chapitre de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em> que nous sommes en train d\u2019\u00e9tudier. Quelques pages plus loin dans la section sur la r\u00e9gression que nous abordons en ce moment, Freud avance en effet cette id\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Si l\u2019on pouvait confirmer que m\u00e9moire et qualit\u00e9, pour la conscience, s\u2019excluent l\u2019une l\u2019autre au niveau des syst\u00e8mes ?, il s\u2019ouvrirait des aper\u00e7us pleins de promesse sur les conditions de l\u2019excitation neuronale.&nbsp;\u00bb (593)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans la note au bas de la m\u00eame page, ajout\u00e9e en 1925, Freud mentionne que cette id\u00e9e s\u2019est affermie en lui, comme il l\u2019\u00e9crira dans la \u00ab&nbsp;Note sur le bloc magique&nbsp;\u00bb publi\u00e9 en cette m\u00eame ann\u00e9e 1925 (OCP, XVII). Mais il l\u2019avait aussi reprise et fortement affirm\u00e9e cinq ans plus t\u00f4t, dans <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, o\u00f9 il proposait une \u00ab&nbsp;affirmation relativement pr\u00e9cise&nbsp; (\u2026)&nbsp;la conscience appara\u00eet \u00e0 la place de la trace mn\u00e9sique&nbsp;\u00bb (OCP, XV, p. 296). Phrase d\u2019apparence sibylline, mais que Freud explicite aussit\u00f4t:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le syst\u00e8me <em>Cs<\/em> se caract\u00e9riserait donc par cette particularit\u00e9 que le processus d\u2019excitation ne laisse pas en lui, comme il le fait dans les autres syst\u00e8mes psychiques, une modification permanente de ses \u00e9l\u00e9ments, mais qu&rsquo;il se volatilise pour ainsi dire dans le ph\u00e9nom\u00e8ne du devenir-conscient.&nbsp;\u00bb (OCP XV, 296.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Chose \u00e0 remarquer, le devenir-conscient fait en sorte que le processus d\u2019excitation <em>se volatilise<\/em>. Il faudrait ici s\u2019attarder \u00e0 ce que comporte ce devenir-conscient pour avoir un tel effet \u00e9conomique qui ne semble pas tr\u00e8s loin de la sublimation.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Cette proposition demande que l\u2019on tienne compte d\u2019un pr\u00e9-requis de base que Freud avait discut\u00e9 dans <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em> \u00e0 la page d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e: que la conscience s\u2019accompagne de la perception de <em>qualit\u00e9s<\/em>, de sorte qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment refoul\u00e9 qui fait retour \u00e0 la conscience est d\u2019abord d\u00e9nu\u00e9 de qualit\u00e9 sensorielle comparativement aux perceptions (593). La conscience serait donc ici du c\u00f4t\u00e9 du penser au sens plein du terme, et la m\u00e9moire du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eatre, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la r\u00e9serve de traces d\u2019exp\u00e9riences d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cues. Certes, ce rapprochement est sommaire, et la m\u00e9moire (c\u2019est Freud lui-m\u00eame qui nous le signale) ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une accumulation de \u00ab&nbsp;documents&nbsp;\u00bb qui gisent inertes. Mais on peut, <em>grosso modo<\/em>, ranger du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eatre la m\u00e9moire, le moi, le penser ordinaire et la \u00ab&nbsp;modalit\u00e9 de base&nbsp;\u00bb, ce qui revient \u00e0 souligner le c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gne aussi la r\u00e9p\u00e9tition, c&rsquo;est-\u00e0-dire une certaine <em>persistance<\/em>, avec une nette tendance \u00e0 \u00ab&nbsp;revenir au m\u00eame&nbsp;\u00bb, ce qui se manifeste par exemple dans ce qu\u2019on appelle le caract\u00e8re.<sup class='footnote'><a href='#fn-2236-4' id='fnref-2236-4' onclick='return fdfootnote_show(2236)'>4<\/a><\/sup> Le penser au sens plein, lui, est toujours \u00ab&nbsp;hors d\u2019ordre&nbsp;\u00bb, si l\u2019on reprend le mot de Arendt; il est le contraire de la r\u00e9p\u00e9tition et de la persistance; il ne se produit que comme interruption, n\u00e9cessairement en rupture avec l\u2019<em>habitus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce d\u00e9tour, reprenons le fil de la section B. Freud revient au r\u00eave de l\u2019enfant qui br\u00fble; il y voit l\u00e0 aussi, banalement, un accomplissement de souhait: en ne se r\u00e9veillant pas, le p\u00e8re se trouve \u00e0 prolonger pour quelques instants au moins la vie de son enfant puisque celui-ci peut lui parler. Le compromis consiste en ceci, qu\u2019en lui parlant, l\u2019enfant lui signale aussi la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements: \u00ab&nbsp;je br\u00fble&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;La pens\u00e9e du r\u00eave aurait \u00e9t\u00e9: Je vois une lueur venant de la chambre o\u00f9 le cadavre repose. Peut-\u00eatre un cierge est-il tomb\u00e9, et l\u2019enfant br\u00fble!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Donc, pens\u00e9e bien ordinaire, bien arrim\u00e9e \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 des faits per\u00e7us, m\u00eame si elle survient alors que le p\u00e8re est assoupi.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le r\u00eave restitue le r\u00e9sultat de cette r\u00e9flexion sans le modifier [l\u2019id\u00e9e que l\u2019enfant br\u00fble est pr\u00e9serv\u00e9e dans le r\u00eave], mais en le pr\u00e9sentant en une situation qui doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e au pr\u00e9sent et avec les sens, come une exp\u00e9rience v\u00e9cue \u00e0 l\u2019\u00e9tat de veille. <sup class='footnote'><a href='#fn-2236-5' id='fnref-2236-5' onclick='return fdfootnote_show(2236)'>5<\/a><\/sup> Mais c\u2019est l\u00e0 le caract\u00e8re psychologique le plus g\u00e9n\u00e9ral et les plus frappant du r\u00eaver; une pens\u00e9e, d\u2019ordinaire la pens\u00e9e souhait\u00e9e, est objectiv\u00e9e dans le r\u00eave, pr\u00e9sent\u00e9e comme sc\u00e8ne ou, \u00e0 ce que nous croyons, v\u00e9cue.&nbsp;\u00bb (587, entre crochets, mes remarques personnelles).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Notons que Freud ne s\u2019attarde pas, dans ce passage, \u00e0 analyser le contenu du r\u00eave en fonction de ce qui serait la dynamique particuli\u00e8re du r\u00eaveur. Il se contente d\u2019observer comment le travail de r\u00eave op\u00e8re:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026on remarque bien que la forme d\u2019apparition de ce r\u00eave est marqu\u00e9e de deux caract\u00e8res presque ind\u00e9pendants l\u2019un de l\u2019autre. L\u2019un est la pr\u00e9sentation de la pens\u00e9e comme situation au pr\u00e9sent, avec omission du \u201cpeut-\u00eatre\u201d; l\u2019autre est sa transposition en images visuelles et en paroles.&nbsp;\u00bb (587)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces deux caract\u00e8res sont tous les deux typiques, mais la transposition en images peut d\u2019une part survenir dans des situations autres que le r\u00eave (r\u00eaverie diurne, hallucinations et visions normales ou pathologiques) et d\u2019autre part, peut ne pas se produire dans le r\u00eave (Freud donne l\u2019exemple de son r\u00eave \u00ab&nbsp;Autodidasker&nbsp;\u00bb). Au contraire, le caract\u00e8re de \u00ab&nbsp;situation au pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb est constant.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le pr\u00e9sent est la forme temporelle sous laquelle le souhait est pr\u00e9sent\u00e9 comme accompli.&nbsp;\u00bb (588)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Encore faudrait-il se demander \u00e0 quelle sorte de \u00ab&nbsp;pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb nous avons affaire. Dans l\u2019usage courant, l\u2019id\u00e9e du pr\u00e9sent est ins\u00e9parable de celle du futur et du pass\u00e9; il y a une notion de perspective temporelle. Dans la pr\u00e9sentation du souhait comme accompli, il n\u2019y a que du pr\u00e9sent; le temps est comme aplati, la perspective entre pass\u00e9 et futur est absente. Le terme d\u2019actuel pourrait donc se substituer ici au mot \u00ab&nbsp;pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb, pour signaler que sa temporalit\u00e9 est \u00ab&nbsp;toujours maintenant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela \u00e9tant dit, c\u2019est quand m\u00eame la transposition en images qui retient l\u2019attention, puisque<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;il reste que ce caract\u00e8re du r\u00eave, l\u00e0 o\u00f9 il survient, nous appara\u00eet comme le plus remarquable [\u2026]. Mais sa compr\u00e9hension exige une discussion de plus grande port\u00e9e.&nbsp;\u00bb (588)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien l\u00e0 le projet que poursuit Freud dans cette section du chapitre VII. Projet qui requiert d\u2019introduire le concept de r\u00e9gression.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 14pt;\">?<\/span><\/p>\n\n\n\n<p>NOTES<\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-2236'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-2236-1'> H. Arendt, <em>The Life of the Mind<\/em>, vol. 1, <em>Thinking<\/em>, p. 197. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2236-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2236-2'> Paul Val\u00e9ry, <em>Cahiers,<\/em> Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade,Vol. II, p. 1388. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2236-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2236-3'> Lacan, S\u00e9minaire <em>Logique du Fantasme,<\/em> S\u00e9ance du 7 juin 1967, format \u00e9lectronique. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2236-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2236-4'>&nbsp;Dans \u00ab&nbsp;Rem\u00e9moration, r\u00e9p\u00e9tition et perlaboration&nbsp;\u00bb, Freud donne le caract\u00e8re comme un exemple de r\u00e9p\u00e9tition. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2236-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2236-5'> Curieusement, Freud ne souligne pas cette autre pens\u00e9e qui s\u2019est gliss\u00e9e dans le r\u00eave: \u201cje voudrais que mon fils soit encore vivant\u201d. Il dira deux paragraphes plus loin que dans ce r\u00eave l\u2019accomplissement de souhait joue un r\u00f4le accessoire. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2236-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00c9MINAIRE \u00ab&nbsp;PENSER AVEC FREUD&nbsp;\u00bb ANN\u00c9E 2022-2023 RELIRE L\u2019INTERPR\u00c9TATION DU R\u00caVE Document 48 CHAPITRE VII B- LA R\u00c9GRESSION &#8211; 1\u00e8re partie Dominique Scarfone Cliquer ici pour la version pdf Cette section du Chapitre VII intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;La r\u00e9gression&nbsp;\u00bb va nous retenir un peu plus longtemps que pr\u00e9vu parce que d\u2019une part elle est tr\u00e8s \u00ab&nbsp;touffue&nbsp;\u00bb et d\u2019autre<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2236\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a048-  Chap. 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