{"id":2048,"date":"2021-12-14T09:01:21","date_gmt":"2021-12-14T14:01:21","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2048"},"modified":"2023-05-10T15:16:54","modified_gmt":"2023-05-10T19:16:54","slug":"40-le-travail-de-reve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2048","title":{"rendered":"40- LE TRAVAIL DE R\u00caVE- A &#8211; La condensation"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>S\u00e9minaire <em>Penser avec Freud<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ann\u00e9e 2021-2022<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Chap. VI- Le travail de r\u00eave -A-<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Dominique Scarfone<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/40-LE-TRAVAIL-DE-REVE-A-La-condensation.pdf\">Obtenir version .pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le chapitre VI s\u2019ouvre devant nous comme un vaste territoire dont l\u2019\u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e prendrait \u00e0 elle seule plus d\u2019une ann\u00e9e de notre s\u00e9minaire. Nous devrons donc nous rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence: il nous faudra choisir parmi les sujets ceux qui nous \u00ab&nbsp;parlent&nbsp;\u00bb plus que d\u2019autres, non parce qu\u2019ils seraient n\u00e9cessairement plus importants, mais parce que nous ne pouvons pas tout embrasser avec la m\u00eame intensit\u00e9. Heureusement, cela n\u2019emp\u00eache aucunement que chacun puisse lire \u2013&nbsp;lentement&nbsp;\u2013 le chapitre en entier, se laissant, comme on dit, interpeller par tel ou tel aspect que nous n\u2019aurions pas abord\u00e9 au cours du s\u00e9minaire de cette ann\u00e9e et y attirant au besoin l\u2019attention du groupe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je commencerai par commenter les deux premi\u00e8res pages du chapitre. Ces deux pages, qui servent d\u2019introduction presque informelle \u00e0 ce volumineux chapitre, m\u00e9ritent une attention toute sp\u00e9ciale. Elles me semblent \u00e9clairer d\u2019un jet de lumi\u00e8re bref mais puissant le projet poursuivi par Freud avec l\u2019\u00e9criture de ce livre. Je vais suivre pas \u00e0 pas cette introduction.<br>Jusqu\u2019ici, dit Freud, l\u2019erreur a consist\u00e9 \u00e0 vouloir interpr\u00e9ter le contenu manifeste du r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Or, ajoute-t-il, nous sommes les seuls \u00e0 \u00eatre en pr\u00e9sence d\u2019un autre \u00e9tat des choses: pour nous s\u2019intercale entre le contenu de r\u00eave et les r\u00e9sultats de notre examen un nouveau mat\u00e9riel psychique: le contenu de r\u00eave latent obtenu par notre proc\u00e9d\u00e9, soit les pens\u00e9es de r\u00eave.&nbsp;\u00bb (319)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je tiens \u00e0 souligner ici que, alors m\u00eame que Freud rappelle avoir d\u00e9couvert, derri\u00e8re les images du contenu manifeste, un contenu latent fait de \u00ab&nbsp;pens\u00e9es de r\u00eave&nbsp;\u00bb, il ne dit pas que la d\u00e9couverte de ces pens\u00e9es constitue le but du travail. Non, ce contenu latent \u00ab&nbsp;s\u2019intercale <em>entre<\/em> le contenu de r\u00eave [manifeste] <em>et les r\u00e9sultats de notre examen<\/em>&nbsp;\u00bb (italiques ajout\u00e9s par moi). Cela laisse bien entendre que le contenu latent, puisqu\u2019il ne fait que s\u2019intercaler, n\u2019est pas le point d\u2019arriv\u00e9e du travail d\u2019interpr\u00e9tation. La phrase qui suit la citation ci-dessus nous confirme dans cette opinion&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e0 partir de ce dernier contenu de r\u00eave, et non \u00e0 partir du contenu manifeste, que nous avons d\u00e9velopp\u00e9 la solution du r\u00eave&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Notons le \u00ab&nbsp;\u00e0 partir de&nbsp;\u00bb, ce qui signifie bien que trouver les pens\u00e9es de r\u00eave n\u2019est qu\u2019un nouveau point de d\u00e9part\u2026 Mais un d\u00e9part vers quoi? Vers le d\u00e9veloppement de la \u00ab&nbsp;solution du r\u00eave&nbsp;\u00bb. Ce mot de \u00ab&nbsp;solution&nbsp;\u00bb peut sembler ne signifier rien d\u2019autre que le d\u00e9chiffrement d\u2019une \u00e9nigme&nbsp;; c\u2019est d\u2019ailleurs dans ces m\u00eames deux pages que Freud fait le rapprochement entre un r\u00eave et un <em>r\u00e9bus<\/em>, ce qui aurait tout pour nous laisser croire qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019arriver \u00e0 \u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb solution de l\u2019\u00e9nigme, ou du casse-t\u00eate, que serait le r\u00eave. Mais ce serait trop vite conclure. Il faut continuer \u00e0 lire, parce que Freud n\u2019a pas fini de pr\u00e9ciser en quoi consiste cette \u00ab&nbsp;solution&nbsp;\u00bb, solution qui se dit en allemand <em>L\u00f6sung<\/em>, mot lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>l\u00f6sen<\/em> qui veut dire d\u00e9lier, d\u00e9nouer, desserrer, lib\u00e9rer, d\u00e9faire (m\u00eame racine que pur l\u2019anglais <em>loosen)<\/em>\u2026 Autrement dit, nous touchons ici \u00e0 la grappe conceptuelle qui concerne l\u2019aspect <em>analyse <\/em>au sens <em>chimique<\/em> de <em>d\u00e9composition<\/em>, ce qui est tout \u00e0 fait l\u2019esprit dans lequel Freud avait pour la premi\u00e8re fois utilis\u00e9, pour sa m\u00e9thode, le nom de <em>psycho-analyse<\/em> dans un texte de 1896 \u00e9crit directement en fran\u00e7ais. La \u00ab&nbsp;solution&nbsp;\u00bb (<em>L\u00f6sung<\/em>) du r\u00eave ne consiste donc pas en une traduction qui donnerait de ce r\u00eave le sens synth\u00e9tique&nbsp;; bien au contraire, il s\u2019agit de <em>desserrer<\/em>, voire <em>d\u00e9lier<\/em> les liens qui tendraient vers cette synth\u00e8se, pour plut\u00f4t \u00e9taler, \u00e9largir le plus possible la vue sur les processus qui ont men\u00e9 \u00e0 la dite synth\u00e8se du contenu manifeste. Et Freud semble bien confirmer cela avec la phrase suivante:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est pourquoi d\u2019ailleurs s\u2019impose \u00e0 nous une <em>t\u00e2che nouvelle <\/em>qui n\u2019existait pas auparavant, celle d\u2019examiner les relations entre le contenu de r\u00eave manifeste et les pens\u00e9es de r\u00eave latentes et de suivre \u00e0 la trace les processus par lesquelles celles-ci sont devenues celui-l\u00e0.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid., <\/em> italiques ajout\u00e9s.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette \u00ab&nbsp;t\u00e2che nouvelle&nbsp;\u00bb, c\u2019est ce pourquoi il lui faut \u00e9crire ce long chapitre: suivre \u00e0 la trace les processus qui des pens\u00e9es de r\u00eave ont men\u00e9 aux images du r\u00eave manifeste.<br>\u00c0 y regarder vite, on pourrait croire qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un travail de traduction inter-linguistique. Freud lui-m\u00eame semble, momentan\u00e9ment, penser cela quand il \u00e9crit:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Pens\u00e9es de r\u00eave et contenu de r\u00eave s\u2019offrent \u00e0 nous comme deux pr\u00e9sentations du m\u00eame contenu en deux langues distinctes\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais, avant m\u00eame d\u2019avoir termin\u00e9 sa phrase, il se ravise&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026ou pour mieux dire, le contenu de r\u00eave nous apparait en un autre mode d\u2019expression dont nous devrons apprendre \u00e0 conna\u00eetre les signes et les lois d\u2019agencement par la comparaison de l\u2019original et de sa traduction.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Non pas une autre langue, donc, mais quelque chose de plus large: \u00ab&nbsp;un autre mode d\u2019expression&nbsp;\u00bb. Champollion d\u00e9chiffrant les hi\u00e9roglyphes \u00e9gyptiens surgit aussit\u00f4t comme mod\u00e8le, et Freud qui a une passion pour les art\u00e9facts provenant de l\u2019antiquit\u00e9, ne protesterait probablement pas. D\u2019ailleurs, il termine la phrase en utilisant carr\u00e9ment le mot \u00ab&nbsp;traduction&nbsp;\u00bb [<em>\u00dcbersetzung<\/em>]. Mais ce mot est trompeur, puisque Freud ajoute un peu plus loin:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le contenu de r\u00eave est donn\u00e9 en quelque sorte dans une \u00e9criture en images, dont les signes sont \u00e0 <em>transf\u00e9rer<\/em> [<em>\u00fcbertragen<\/em>] <em>un \u00e0 un<\/em> dans la langue des pens\u00e9es de r\u00eave.&nbsp;\u00bb (Italiques ajout\u00e9s par moi.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je souligne \u00ab&nbsp;transf\u00e9rer&nbsp;\u00bb. Sachant que Freud est g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9cis dans son choix de mots, il est int\u00e9ressant que l\u00e0 o\u00f9, dans la phrase pr\u00e9c\u00e9dente il avait parl\u00e9 de traduction [<em>\u00dcbersetzung<\/em>], dans celle que je viens de citer, et qui a toutes les allures d\u2019une clarification de sa pens\u00e9e, il parle plut\u00f4t de transf\u00e9rer [<em>\u00fcbertragen<\/em>]. Certes, les deux mots sont apparent\u00e9s, mais il reste que la traduction se passe entre eux langues ou entre deux syst\u00e8mes de signes <em>d\u00e9j\u00e0 codifi\u00e9s<\/em>. Alors que dans le cas des images de r\u00eave il n\u2019est pas du tout \u00e9vident que les signes dont \u00ab&nbsp;nous devrons apprendre \u00e0 conna\u00eetre&nbsp;\u00bb le mode d\u2019expression, sont codifi\u00e9s comme le sont, par exemple, les ic\u00f4nes sur nos panneaux routiers. Dans ce dernier cas, ce sont bien des images fonctionnant comme des signes facilement traduisibles en mots (\u00ab&nbsp;travaux en cours&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;risque d\u2019\u00e9boulis&nbsp;\u00bb, etc.), mais souvenons-nous que Freud, d\u00e8s le chapitre II, nous avait mis en garde contre l\u2019interpr\u00e9tation des images de r\u00eave selon le mode du \u00ab&nbsp;code&nbsp;\u00bb ou du \u00ab&nbsp;chiffre&nbsp;\u00bb.<br>J\u2019insiste sur ce dernier point parce qu\u2019il me semble de premi\u00e8re importance. La m\u00e9thode de Freud, malgr\u00e9 tous les rapprochements que l\u2019on a voulu faire \u00e0 travers le temps, n\u2019est pas celle d\u2019un traducteur ni celle d\u2019un d\u00e9chiffreur d\u2019hi\u00e9roglyphes comme Champollion, ou d\u2019\u00e9nigmes comme \u0152dipe. Ces rapprochements viennent tout naturellement, mais on commettrait une erreur \u00e0 les prendre \u00e0 la lettre (si je peux dire). Cela parce qu\u2019<em>il n\u2019y pas de correspondance terme \u00e0 terme entre les images et les pens\u00e9es de r\u00eave<\/em>. Il n\u2019y a pas ici de dictionnaire et la m\u00e9thode freudienne n\u2019en produira pas non plus. Pour pouvoir \u00ab&nbsp;entendre&nbsp;\u00bb le r\u00eave, il faudra faire un d\u00e9tour plus ou moins long par les associations du r\u00eaveur. Et c\u2019est ainsi que se d\u00e9voileront les \u00ab&nbsp;lois d\u2019agencement&nbsp;\u00bb du r\u00eave.<br>Reste que le rapprochement que l\u2019on est port\u00e9 \u00e0 faire avec une langue des images n\u2019est pas totalement absurde. S\u2019il n\u2019y a pas de code pr\u00e9\u00e9tabli&nbsp; et qu\u2019\u00ab&nbsp;on serait \u00e9videmment induit en erreur si l\u2019on voulait lire ces signes d\u2019apr\u00e8s leur <em>valeur<\/em> en tant qu\u2019images&nbsp;\u00bb (je souligne), on peut tout de m\u00eame chercher \u00e0 les lire \u00ab&nbsp;d\u2019apr\u00e8s <em>leur relation entre eux <\/em>en tant que signes&nbsp;\u00bb (je souligne.) Sauf que cette relation ne r\u00e9pond pas \u00e0 une grammaire interne au domaine des images. Le d\u00e9tour oblig\u00e9 par les associations du r\u00eaveur nous r\u00e9v\u00e8le un agencement selon des lois qui sont d<em>\u2019apparence<\/em> grammaticale, mais c\u2019est aller trop vite en affaire que de faire s\u2019\u00e9quivaloir ces lois d\u2019agencement avec les tropes (figures de style) du langage parl\u00e9 ou \u00e9crit.<sup class='footnote'><a href='#fn-2048-1' id='fnref-2048-1' onclick='return fdfootnote_show(2048)'>1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Le mod\u00e8le du r\u00e9bus reste la chose s\u2019approchant le plus de ce que Freud a compris de la facture du r\u00eave, et il en donne, dans ces deux pages, un exemple typique. Mais le mod\u00e8le du r\u00e9bus a aussi \u00ab&nbsp;le d\u00e9faut de ses qualit\u00e9s&nbsp;\u00bb, puisque pour r\u00e9soudre un tel r\u00e9bus il faut<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;remplacer chaque image par une syllabe ou un mot qui, en fonction de telle ou telle relation est susceptible d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019image&nbsp;\u00bb (p. 320).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Or, notons que Freud est toujours en train de parler de \u00ab&nbsp;l\u2019appr\u00e9ciation correcte d\u2019un r\u00e9bus&nbsp;\u00bb, et non du r\u00eave lui-m\u00eame. Il souligne ici un <em>analogie<\/em> entre r\u00eave et r\u00e9bus, mais non une <em>\u00e9quivalence<\/em>. Le mod\u00e8le du r\u00e9bus lui sert surtout \u00e0 souligner que:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;c\u2019est une telle \u00e9nigme en images (<em>Bilderr\u00e4tsel<\/em>) qu\u2019est le r\u00eave et nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs dans le domaine de l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave ont commis l\u2019erreur de jugement de voir <em>dans le r\u00e9bus<\/em> une composition graphique&nbsp;; en tant que tel, il leur est apparu insens\u00e9 et d\u00e9nu\u00e9 de valeur.&nbsp;\u00bb (p. 320, italiques ajout\u00e9s)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ici l\u2019ancienne traduction des PUF par Meyerson, revue par Denise Berger, peut carr\u00e9ment induire en erreur. Voici en effet cette ancienne traduction:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le r\u00eave est un r\u00e9bus, nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont commis l\u2019erreur de vouloir l\u2019interpr\u00e9ter en tant que dessin. C\u2019est pourquoi il leur a paru absurde et sans valeur.&nbsp;\u00bb (p. 242).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00c0 une lecture rapide, on croirait que le sens est le m\u00eame, mais notons que, suivant la traduction Meyerson: \u00ab&nbsp;le r\u00eave <em>est<\/em> un r\u00e9bus&nbsp;\u00bb, il y aurait une parfaite \u00e9quivalence, voire une identit\u00e9 entre r\u00eave et r\u00e9bus, ce que ne sugg\u00e8re pas la traduction mot-\u00e0-mot des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes. <\/em>La traduction nouvelle dit plut\u00f4t: \u00ab&nbsp;c\u2019est <em>une telle \u00e9nigme en images<\/em> qu\u2019est le r\u00eave&nbsp;\u00bb, et cela renvoie \u00e0 au texte allemand: \u00ab&nbsp;Ein <em>solches <\/em>Bilderr\u00e4tsel ist nun der Traum&nbsp;\u00bb, ce qui aurait aussi bien se traduire par&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le r\u00eave est donc une \u00e9nigme en images <em>de ce genre<\/em>&nbsp;\u00bb. Je peux sembler exag\u00e9r\u00e9ment pr\u00e9occup\u00e9 par la litt\u00e9ralit\u00e9, mais c\u2019est un fait que cela change tout. Entre \u00ab&nbsp;le r\u00eave <em>est<\/em> un r\u00e9bus&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;le r\u00eave est une \u00e9nigme (ou un case-t\u00eate) en images <em>de ce genre&nbsp;\u00bb,<\/em> il y a une grande diff\u00e9rence qu\u2019il faut souligner non pour elle-m\u00eame, mais pour les cons\u00e9quences que cela peut avoir en pratique comme en th\u00e9orie. Je crois en effet que le souci principal de Freud, en invoquant l\u2019exemple du r\u00e9bus, c\u2019est de nous dire: cela ressemble \u00e0 de simples images, mais il y a derri\u00e8re celles-ci des id\u00e9es qui peuvent se dire en mots. L\u00e0 r\u00e9side la ressemblance, mais c\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019elle s\u2019arr\u00eate.<sup class='footnote'><a href='#fn-2048-2' id='fnref-2048-2' onclick='return fdfootnote_show(2048)'>2<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences de poser une identit\u00e9 parfaite entre r\u00eave et r\u00e9bus, c\u2019est de se mettre \u00e0 la recherche d\u2019un sens pr\u00e9cis de chaque \u00e9l\u00e9ment du r\u00eave, puisque c\u2019est ce qu\u2019il faut faire dans le cas du r\u00e9bus. Le r\u00e9bus contient un sens univoque et, qui plus est, d\u00e9cid\u00e9 d\u2019avance par son auteur. Il y a une intention pr\u00e9cise derri\u00e8re le trac\u00e9 des images et des lettres qui forment ce casse-t\u00eate visuel. Dans le r\u00eave, Freud propose qu\u2019il existe des pens\u00e9es que le r\u00eave cherche \u00e0 exprimer par ses propres moyens, mais avec la diff\u00e9rence qu<em>\u2019il n\u2019y a pas de code pr\u00e9\u00e9tabli<\/em>&nbsp;; comme vu plus haut, le r\u00eave ne traduit pas, il <em>transf\u00e8re<\/em> d\u2019un syst\u00e8me de signes \u00e0 un autre, et Freud avait bien pris garde, d\u00e8s le chapitre II, de nous dire qu\u2019il n\u2019y pas de traduction \u00ab&nbsp;signe pour signe&nbsp;\u00bb, pas de d\u00e9chiffrement qui tienne. Plus qu\u2019une \u00e9nigme \u00e0 d\u00e9chiffrer, le r\u00eave est une sorte de noeud ferroviaire (image elle-m\u00eame tr\u00e8s freudienne, voir Pontalis) qui pointe dans de nombreuses directions, et le travail d\u2019analyse consiste, id\u00e9alement, \u00e0 suivre <em>toutes<\/em> ces directions.<br>Cela donne \u00e0 la fin, non la d\u00e9termination d\u2019une destination unique, mais une carte du paysage psychique dans laquelle il reste \u00e0 se rep\u00e9rer. La \u00ab&nbsp;<em>L\u00f6sung<\/em>&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;solution&nbsp;\u00bb du r\u00eave n\u2019est donc pas univoque&nbsp;; analyste et analysant seront mis en pr\u00e9sence d\u2019un choix parmi un nombre d\u2019interpr\u00e9tations possibles et ce qui importe, ce n\u2019est pas d\u2019arriver \u00e0 une conclusion pr\u00e9cise, ce qui compte c\u2019est le parcours. La carte psychique produite par la d\u00e9composition du r\u00eave permet de traiter les pens\u00e9es de r\u00eave comme des pens\u00e9es\u2026 ordinaires. On pourrait na\u00efvement se dire: tout \u00e7a pour \u00e7a? Mais ce serait oublier qu\u2019entre temps nous avons pu \u00ab&nbsp;examiner les relations entre le contenu de r\u00eave manifeste et les pens\u00e9es de r\u00eave latentes et suivre \u00e0 la trace les processus par lesquelles celles-ci sont devenues celui-l\u00e0.&nbsp;\u00bb Ce que l\u2019analyse du r\u00eave nous offre de pr\u00e9cieux, c\u2019est de voir le psychique \u00e0 l\u2019\u0153uvre, c\u2019est pour ainsi dire de le prendre \u00ab&nbsp;sur le fait&nbsp;\u00bb et ainsi le faire nous d\u00e9voiler les processus g\u00e9n\u00e9raux par lesquels les d\u00e9sirs, les souhaits incompatibles se retrouvent occult\u00e9s dans le r\u00eave manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019appui de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, je prendrai un exemple tir\u00e9 de ce m\u00eame chapitre VI, mais qui est ajout\u00e9 par Freud en 1919. Je le choisis parce que Freud y mentionne \u00e0 nouveau le r\u00e9bus. Il s\u2019agit, dit-il, d\u2019un \u00ab&nbsp;court r\u00eave qui rappelle presque la technique d\u2019un r\u00e9bus&nbsp;\u00bb (p. 457). (Notons au passage le \u00ab&nbsp;presque&nbsp;\u00bb, qui me semble bien marquer, encore une fois, l\u2019analogie mais non l\u2019identit\u00e9 entre r\u00eave et r\u00e9bus.) Voici donc le r\u00eave (et son interpr\u00e9tation):<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Son oncle lui donne un baiser en automobile. <\/em>Il (le r\u00eaveur) ajoute imm\u00e9diatement l\u2019interpr\u00e9tation que je n\u2019aurais jamais trouv\u00e9e&nbsp;; cela veut dire: auto-\u00e9rotisme. Une plaisanterie \u00e0 l\u2019\u00e9tat de veille aurait pu s\u2019\u00e9noncer de la m\u00eame fa\u00e7on.&nbsp;\u00bb (457-458&nbsp;; GW 413&nbsp;; SE 408)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation est int\u00e9ressante&nbsp;; on a envie de dire&nbsp;: bien trouv\u00e9&nbsp;! Mais on constate aussi, je crois, combien elle est insuffisante, puisque nous ne savons pas dans quel contexte de pens\u00e9es le r\u00eave survient, quels sont les restes diurnes et les \u00e9l\u00e9ments infantiles, etc. Le fait que le patient donne lui-m\u00eame l\u2019interpr\u00e9tation tr\u00e8s ing\u00e9nieuse, et qu\u2019il ram\u00e8ne \u00e0 soi seul (\u00e0 l\u2019<em>auto-<\/em>\u2026) l\u2019\u00e9rotisme que le r\u00eave montre comme venant d\u2019un autre, cela pourrait (qui sait?) s\u2019entendre comme une fuite en avant d\u00e9fensive. \u00c9videmment, nous ne sommes pas mieux plac\u00e9s que Freud pour en juger, mais je souligne qu\u2019il faut se m\u00e9fier d\u2019une interpr\u00e9tation univoque et qui se voudrait le fin mot de l\u2019affaire. Ce passage est tir\u00e9 d\u2019une section du chapitre VI ajout\u00e9e vingt ans plus tard&nbsp;; elle fait, quoique de fa\u00e7on beaucoup trop condens\u00e9e, la d\u00e9monstration qu\u2019il y a en effet, dans le r\u00eave, des <em>ponts verbaux<\/em> qu\u2019il faut savoir entendre. Mais cela ne devrait pas nous emp\u00eacher de r\u00e9sister aux attraits de la technique du d\u00e9chiffrage point par point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>A<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Le travail de condensation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les arguments suppl\u00e9mentaires \u00e0 l\u2019appui de la non-correspondance terme \u00e0 terme des pens\u00e9es de r\u00eave et des images de r\u00eave, c\u2019est Freud lui-m\u00eame qui nous les fournit dans la section que nous abordons \u00e0 pr\u00e9sent. Freud y parle d\u2019un \u00ab&nbsp;prodigieux travail de condensation&nbsp;\u00bb (p. 321).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le r\u00eave est concis, pauvre et laconique, compar\u00e9 \u00e0 l\u2019ampleur et \u00e0 la richesse des pens\u00e9es de r\u00eave. Une fois transcrit, le r\u00eave remplit une demi-page&nbsp;; l\u2019analyse dans laquelle sont contenues les pens\u00e9es de r\u00eave n\u00e9cessite un espace d\u2019\u00e9criture six fois, huit fois, douze fois plus grand (ibid.)&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Freud ajoute que le rapport entre les deux espaces d\u2019\u00e9criture est variable, mais qu\u2019il \u00ab&nbsp;ne change jamais de sens&nbsp;\u00bb i.e. jamais le r\u00e9cit du r\u00eave n\u2019est plus long que la suite des associations.<br>Le degr\u00e9 de condensation, aussi appel\u00e9e compression, est g\u00e9n\u00e9ralement sous-estim\u00e9 et cela nous m\u00e8ne souvent \u00e0 consid\u00e9rer le travail d\u2019analyse complet<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;alors qu\u2019un travail d\u2019interpr\u00e9tation plus pouss\u00e9 peu d\u00e9voiler de nouvelles pens\u00e9es cach\u00e9es derri\u00e8re le r\u00eave. (<em>ibid<\/em>.)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il me faut ici continuer \u00e0 citer plus longuement:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Nous avons d\u00e9j\u00e0 d\u00fb indiquer qu\u2019on n\u2019est \u00e0 vrai dire jamais s\u00fbr d\u2019avoir compl\u00e8tement interpr\u00e9t\u00e9 un r\u00eave&nbsp;; m\u00eame lorsque sa r\u00e9solution appara\u00eet satisfaisante et sans lacunes, il n\u2019en reste pas moins toujours possible qu\u2019\u00e0 travers le m\u00eame r\u00eave se r\u00e9v\u00e8le un autre sens encore. Le quotient de condensation est donc \u2013&nbsp;rigoureusement parlant&nbsp;\u2013 ind\u00e9terminable. (<em>ibid<\/em>.)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Bonne chance, donc, \u00e0 qui voudrait interpr\u00e9ter le r\u00eave exactement comme un r\u00e9bus&nbsp;! On voit bien que la comparaison avec cette \u00e9nigme en images \u00e9tait tout \u00e0 fait g\u00e9n\u00e9rale, notamment parce que dans un r\u00e9bus il manque tout simplement les deux processus centraux que Freud a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire: la condensation et le d\u00e9placement. Dans le r\u00e9bus il faut certes \u00ab&nbsp;lire&nbsp;\u00bb l\u2019image, c&rsquo;est-\u00e0-dire prononcer les mots qui la d\u00e9crivent, mais cette image n\u2019a fait l\u2019objet ni de condensation ni de d\u00e9placement. Il y a eu seulement une <em>substitution<\/em> d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, terme \u00e0 terme: une image pour un mot ou une syllabe. Mais ce n\u2019est pas tout: le r\u00e9bus contient <em>tout<\/em> ce qu\u2019il y a \u00e0 comprendre et \u00e0 traduire en mots, alors que nous avons la sensation au r\u00e9veil d\u2019avoir oubli\u00e9 une bonne partie de ce que nous avons r\u00eav\u00e9:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le r\u00eave dont nous nous souvenons au r\u00e9veil serait alors simplement un reste de la totalit\u00e9 du travail de r\u00eave\u2026&nbsp;\u00bb (321)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce qui est sans doute vrai, mais qui pourrait nous voiler un autre aspect dont il sera question plus tard: le r\u00f4le que tient la censure elle-m\u00eame dans le sentiment d\u2019avoir r\u00eav\u00e9 plus que ce dont nous nous souvenons, \u00e0 savoir que si d\u2019une part la censure explique des restrictions et des omissions dans le contenu de r\u00eave, d\u2019autre part elle \u00ab&nbsp;est aussi responsable d\u2019interpolations et d\u2019accroissements dans celui-ci.&nbsp;\u00bb (p. 540) Cela consiste en des interpolations faisant des liens entre diverses parties du r\u00eave, et ces \u00ab&nbsp;pens\u00e9es qui font joint&nbsp;\u00bb, ce sont elles qu\u2019on oublie le plus facilement et qui contribuent \u00e0 cette impression d\u2019avoir r\u00eav\u00e9 plus que ce qu\u2019on a retenu.<br>Autrement dit, notre sentiment de voir s\u2019effacer des parties pr\u00e9cieuses de notre r\u00eave, ce sentiment de perte ne concernerait que les liaisons qui nous donnaient la fausse satisfaction d\u2019avoir fait un r\u00eave plus riche en contenu. Cela me semble une notation importante: Freud semble dire \u2013&nbsp;et il reprendra cela au chapitre VII&nbsp;\u2013 que l\u2019oubli de r\u00eave n\u2019est pas en soi un probl\u00e8me. La part qui nous reste est bien suffisante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le r\u00eave dont nous nous souvenons au r\u00e9veil serait alors simplement un reste de la totalit\u00e9 du travail de r\u00eave, qui \u00e9quivaudrait sans doute en ampleur aux pens\u00e9es de r\u00eave si nous pouvions justement nous en souvenir compl\u00e8tement&nbsp;\u00bb (p. 321).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est comme si, une fois le r\u00eave final assembl\u00e9, le travail de r\u00eave enlevait ce qui, en couture, s\u2019appelle \u00e9pinglage, faufilage ou encore b\u00e2tissage, soit l\u2019attachement provisoire des pi\u00e8ces de tissus l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, comme cela se fait dans la fabrication d\u2019une courtepointe ou d\u2019un habit \u00ab&nbsp;cousu main&nbsp;\u00bb. On peut dire, sans trop forcer la note, que l\u2019apparente unit\u00e9 du r\u00eave est \u00ab&nbsp;cousue de fil blanc&nbsp;\u00bb et ce fil blanc serait justement ce qui manque quand on a la sensation d\u2019avoir oubli\u00e9 des parties du r\u00eave. Une autre raison justifiant ce sentiment sera abord\u00e9e par Freud plus tard dans ce chapitre et au chapitre suivant.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Imbastitura-2021-12-14-09-01.png\" alt=\"Imbastitura-2021-12-14-09-01.png\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Un point tr\u00e8s important que Freud se trouve \u00e0 clarifier dans ces pages sur la condensation est celui concernant les \u00ab&nbsp;pens\u00e9es de r\u00eave&nbsp;\u00bb. Cet \u00e9claircissement me para\u00eet essentiel \u00e0 la fois pour bien comprendre la th\u00e9orie freudienne du r\u00eave <em>et<\/em> pour saisir comment Freud pense en g\u00e9n\u00e9ral.<br>Il commence par affronter un probl\u00e8me patent:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;peut-on compter au nombre des pens\u00e9es de r\u00eave tout ce qui, apr\u00e8s coup, vous vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e dans l\u2019analyse, c.-\u00e0-d. peut-on supposer que toutes ces pens\u00e9es ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 actives pendant l\u2019\u00e9tat de sommeil et ont coop\u00e9r\u00e9 \u00e0 la formation du r\u00eave? Ou bien ne serait-il pas plut\u00f4t vrai que pendant que se d\u00e9roule l\u2019analyse apparaissent de nouvelles liaisons de pens\u00e9e qui n\u2019avaient pas&nbsp;particip\u00e9 \u00e0 la formation du r\u00eave&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p. 322).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La question est d\u2019une port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, puisqu\u2019elle peut se poser tout autant pour ce qui concerne l\u2019apparition d\u2019un fantasme durant l\u2019analyse: est-ce une d\u00e9couverte de ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 ou une construction due au travail d\u2019analyse?<br>Freud d\u00e9clare aussit\u00f4t: \u00ab&nbsp;Je ne puis souscrire \u00e0 ce doute qu\u2019avec r\u00e9serve.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>) Et il s\u2019explique:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Que telle ou telle liaison de pens\u00e9e n\u2019apparaisse que pendant l\u2019analyse, cela est certes exact; mais on peut chaque fois se convaincre que ces liaisons nouvelles s\u2019\u00e9tablissent seulement entre des pens\u00e9es <em>qui sont d\u00e9j\u00e0 reli\u00e9es d\u2019une autre fa\u00e7on<\/em> dans les pens\u00e9es de r\u00eave&nbsp;; les liaisons nouvelles sont en quelques sortes de circuits marginaux, des courts-circuits, rendus possibles par l\u2019existence de voies de liaisons diff\u00e9rentes et situ\u00e9es plus en profondeur.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.,<\/em> italiques ajout\u00e9s.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette logique devrait nous \u00eatre d\u00e9j\u00e0 famili\u00e8re. Souvenons-nous qu\u2019au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent, concernant le mat\u00e9riel et les sources du r\u00eave, Freud avait pos\u00e9 que la formation du r\u00eave s\u2019appuie toujours sur les restes diurnes de la journ\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente et que si parfois on fait le lien avec un reste de journ\u00e9es ant\u00e9rieures, on trouvera toujours une pens\u00e9e interm\u00e9diaire dans la journ\u00e9es imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9dente au r\u00eave. Cela illustre, me semble-t-il, une conception de base de la pens\u00e9e freudienne \u00e0 propos du psychique, conception qui remonte \u00e0 la notion de \u00ab&nbsp;frayages&nbsp;\u00bb dans le <em>Projet<\/em> (1895) et plus loin encore dans les circuits et associations qu\u2019il discute dans son trait\u00e9 sur les aphasies (1891) et qu\u2019il publie \u00e0 nouveau deux ans plus tard dans un article pour un dictionnaire de diagnostic m\u00e9dical, mais avec une l\u00e9g\u00e8re complexification des liens entre les diff\u00e9rentes images de mot&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/SFReprMot2-2021-12-14-09-01.jpg\" alt=\"SFReprMot2-2021-12-14-09-01.jpg\">(Tir\u00e9 de <em>O.C. <\/em>Vol. 1, p. 386.)<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 l\u2019on voit que les liens entre les diverse modalit\u00e9s sont complexes et ressemblent \u00e0 un \u00ab&nbsp;tissage&nbsp;\u00bb. Nous y reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut appeler cette logique le principe de continuit\u00e9 psychique d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019inconscient, \u00e0 savoir que les lacunes apparentes dans la conscience (sympt\u00f4mes incompr\u00e9hensibles, absurdit\u00e9s, lapsus, actes manqu\u00e9s, oublis de noms etc.) masquent une continuit\u00e9 sur un autre plan, un lien \u00ab&nbsp;souterrain&nbsp;\u00bb, si l\u2019on veut. Et nous verrons plus loin que la m\u00e9taphore du myc\u00e9lium des champignons en est une autre version avec d\u2019int\u00e9ressants effets heuristiques.<br>Mais Freud insiste&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Quant \u00e0 la surabondance de masses de pens\u00e9es mises \u00e0 d\u00e9couvert dans l\u2019analyse, on doit convenir qu\u2019elles ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 activ\u00e9es dans la formation du r\u00eave \u2013 car si l\u2019on s\u2019est fray\u00e9 un chemin \u00e0 travers une cha\u00eene de ces pens\u00e9es qui sont apparemment sans corr\u00e9lation avec la formation du r\u00eave, <em>on tombe brusquement sur une pens\u00e9e qui, repr\u00e9sent\u00e9e dans le contenu de r\u00eave, est indispensable pour l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave et qui n\u2019\u00e9tait pourtant pas accessible autrement qu\u2019\u00e0 travers cette cha\u00eene de pens\u00e9es.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 323, italiques ajout\u00e9s par moi.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et il renvoie alors \u00e0 son r\u00eave de la monographie botanique qu\u2019il avait pr\u00e9sent\u00e9 au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent. Mais la question ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Ce point nodal, cette pens\u00e9e <em>indispensable\u2026<\/em> mais qui n\u2019\u00e9tait pas accessible autrement qu\u2019\u00e0 travers ces cha\u00eenes de pens\u00e9es \u00ab&nbsp;apparemment sans corr\u00e9lation avec la formation du r\u00eave&nbsp;\u00bb, cela suppose quelque chose de plus. Car comment expliquer cette situation curieuse? Eh bien, Freud n\u2019esquive pas le probl\u00e8me, ce qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 formuler une id\u00e9e \u00e0 mon avis r\u00e9volutionnaire, mais qui peut facilement passer inaper\u00e7ue vu la densit\u00e9 des pages dans lesquelles elle surgit. Il faut donc continuer \u00e0 lire \u2013&nbsp;lentement&nbsp;\u2013 la page 323.<br>Rappelons que le probl\u00e8me est toujours celui, apparemment illogique, d\u2019une masse de pens\u00e9es qui nous viennent \u00e0 propos du r\u00eave, mais qui ne pouvaient apparemment pas \u00eatre contenues dans le r\u00eave lui-m\u00eame. Encore une fois, Freud s\u2019appuie sur cette observation banale: le r\u00e9cit du r\u00eave peut n\u2019occuper qu\u2019une demi-page \u2013 ou durer quelques minutes d\u2019une s\u00e9ance \u2013 mais les associations peuvent occuper un espace&nbsp;six, voire douze fois plus grand. Freud continue donc sur cette base \u00e0 approfondir la conception de ce qui se passe dans le processus de formation du r\u00eave.<br>Question:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Mais comment doit-on alors se repr\u00e9senter l\u2019\u00e9tat psychique pendant le dormir qui pr\u00e9c\u00e8de le r\u00eaver? Les pens\u00e9es de r\u00eave existent-elles toutes les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres [aujourd\u2019hui on parlerait de distribution parall\u00e8le- note de DS], ou sont-elles parcourues les unes apr\u00e8s les autres [distribution lin\u00e9aire ou s\u00e9rielle-DS], ou bien plusieurs cheminements de pens\u00e9e simultan\u00e9s se forment-ils \u00e0 partir de centres distincts pour ensuite se rejoindre [plusieurs s\u00e9ries fonctionnant en parall\u00e8le-DS]&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La question est \u00e9videmment purement th\u00e9orique, car comment savoir? Aujourd\u2019hui, alors que nous disposons d\u2019instruments sophistiqu\u00e9s pour \u00e9tudier les processus <em>neuronaux,<\/em> nous savons qu\u2019il y a des activations parall\u00e8les <em>et<\/em> en s\u00e9rie, mais c\u2019est une chose que Freud ne pouvait en son temps qu\u2019imaginer. Comme on voit, il se posait les bonnes questions. Mais il ne pouvait pas apporter de r\u00e9ponses fermes. Cependant, il pouvait continuer \u00e0 creuser les questions.<br>C\u2019est ce qu\u2019il fait imm\u00e9diatement. Pour commencer il nous dit de ne pas aller trop vite :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019estime qu\u2019il n\u2019y a encore aucune n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 se faire une repr\u00e9sentation plastique de l\u2019\u00e9tat psychique lors de la formation du r\u00eave.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cela viendra, mais au chapitre VII. Mais pour l\u2019instant on peut quand m\u00eame se dire des choses raisonnables:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;N\u2019oublions pas qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un <em>penser inconscient<\/em> et que le processus peut facilement \u00eatre diff\u00e9rent de celui que nous percevons en nous lors d\u2019une r\u00e9flexion <em>intentionnelle<\/em> accompagn\u00e9e de <em>conscience.<\/em>&nbsp;\u00bb (Italiques ajout\u00e9s par moi.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Donc, d\u2019accord, nous ne savons rien de l\u2019\u00e9tat psychique en question, mais ne nous pressons pas de l\u2019imaginer comme n\u00e9cessairement semblable \u00e0 ce que nous percevons par introspection de nos pens\u00e9es conscientes et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es. Autrement dit, le fait que ces processus soient inconscients doit bien d\u00e9couler d\u2019une diff\u00e9rence importante dans leur fonctionnement.<br>Une chose est certaine: le fait de la condensation dans le r\u00eave est bien \u00e9tabli, et Freud va s\u2019appuyer sur ce fait pour aller plus loin, en se demandant <em>comment<\/em> peut bien se faire cette condensation. Et la r\u00e9ponse qu\u2019il donne est la suivante (je continue de citer, parce que ces passages sont tr\u00e8s importants) :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Si l\u2019on consid\u00e8re que, parmi les pens\u00e9es de r\u00eave que l\u2019on a d\u00e9couvertes, tr\u00e8s peu \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9es dans le r\u00eave par l\u2019un de leurs \u00e9l\u00e9ments de repr\u00e9sentation, on devrait en conclure que la condensation advient par la voie de l\u2019omission, <em>le r\u00eave n\u2019\u00e9tant pas une traduction fid\u00e8le<\/em> ou <em>une projection point par point<\/em> des pens\u00e9es de r\u00eave, mais une <em>restitution extr\u00eamement incompl\u00e8te et lacunaire<\/em> de celles-ci.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em> italiques ajout\u00e9s.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce passage est une observation qui a des ant\u00e9c\u00e9dents et des \u00e9chos ult\u00e9rieurs. Les ant\u00e9c\u00e9dents: c\u2019est encore dans son trait\u00e9 <em>Sur la conception des aphasies<\/em> (1891) que nous les trouvons. Dans une optique strictement neurologique, au chapitre IV de ce trait\u00e9, il pose la question de comment est repr\u00e9sent\u00e9e la p\u00e9riph\u00e9rie du corps \u00e0 la surface du cortex c\u00e9r\u00e9bral. Il r\u00e9pond d\u2019abord en termes strictement neuro-anatomiques:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Si la reproduction [des stimuli nerveux venant de la surface du corps-DS] dans la substance grise de la moelle \u00e9pini\u00e8re s\u2019appelle une <em>projection<\/em>, il conviendra peut-\u00eatre d\u2019appeler la reproduction dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral une <em>repr\u00e9sentation<\/em> et de dire que <em>la p\u00e9riph\u00e9rie du corps n\u2019est pas contenue dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral point par point, mais est repr\u00e9sent\u00e9e selon une partition moins d\u00e9taill\u00e9e par des fibres s\u00e9lectionn\u00e9es.<\/em>&nbsp;\u00bb (<em>O.C. <\/em>Vol. 1, p. 231, italiques dans l\u2019original.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je dis que cette r\u00e9ponse est d\u2019ordre neuro-anatomique, mais notons tout de m\u00eame l\u2019apparition des mots \u00ab&nbsp;projection&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb, et remarquons que la repr\u00e9sentation ne signifie pas une fid\u00e9lit\u00e9 \u00ab&nbsp;point par point&nbsp;\u00bb alors que la \u00ab&nbsp;projection&nbsp;\u00bb dans la moelle \u00e9pini\u00e8re semble l\u2019\u00eatre. Notons la m\u00eame expression \u00ab&nbsp;point par point&nbsp;\u00bb que dans la citation sur les pens\u00e9es de r\u00eave, en disant donc que l\u00e0 non-plus il ne s\u2019agit pas d\u2019une projection point par point. Mais Freud aura, deux pages plus loin dans ce m\u00eame trait\u00e9, une plus belle image pour ce qui est de la repr\u00e9sentation corticale de la p\u00e9riph\u00e9rie du corps \u00e0 la surface du cerveau:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Tout ce que nous pouvons conclure, c\u2019est que les fibres parvenant au cortex c\u00e9r\u00e9bral [\u2026] contiennent encore une relation avec la p\u00e9riph\u00e9rie du corps, mais nous ne pouvons pas en donner une image topiquement semblable. <em>Elles contiennent la p\u00e9riph\u00e9rie du corps comme un po\u00e8me contient l\u2019alphabet\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb (<em>O.C. <\/em>Vol. 1, p. 233, italiques ajout\u00e9s.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Comme un po\u00e8me contient l\u2019alphabet&nbsp;\u00bb, cela signifie plusieurs choses&nbsp;: d\u2019abord qu\u2019il y a passage d\u2019une s\u00e9rie d\u2019\u00e9l\u00e9ments disparates \u00e0 une <em>composition<\/em>. Freud parle d\u2019un<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;r\u00e9ordonnancement qui sert d\u2019autres buts dans une connexion multiple d\u2019\u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s, <em>les uns&nbsp;pouvant \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s plusieurs fois<\/em>, <em>les autres pas du tout<\/em> \u00bb (Vol. 1, p. 234).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au mot \u00ab&nbsp;r\u00e9ordonnancement&nbsp;\u00bb une note de bas de page des traducteurs renvoie \u00e0 la lettre de Freud \u00e0 Fliess du 6 d\u00e9cembre 1896\u2026 Oui, oui, la fameuse \u00ab&nbsp;lettre 52&nbsp;\u00bb, o\u00f9 il est question de transcription, traduction ou r\u00e9ordonnancement des inscriptions psychiques. On voit du m\u00eame coup la continuit\u00e9 (ou la retranscription&nbsp;!) dans la pens\u00e9e de Freud passant de la neurologie \u00e0 la psychanalyse, mais nous ne pouvons pas nous attarder \u00e0 cet aspect. Il nous faut continuer \u00e0 lire le chapitre VI de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em>.<br>Tout de suite apr\u00e8s les passages cit\u00e9s plus haut, Freud reprend le r\u00eave de la monographie botanique et en poursuit l\u2019analyse, ce qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 conclure ceci, qui est en droite ligne avec la tentative de r\u00e9soudre le probl\u00e8me du rapport entre contenu du r\u00eave et pens\u00e9es du r\u00eave&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Je vois donc de quelle sorte est la relation entre contenu le du r\u00eave et les pens\u00e9es du r\u00eave&nbsp;: non seulement les \u00e9l\u00e9ments du r\u00eave sont d\u00e9termin\u00e9s de multiples fa\u00e7ons, mais les pens\u00e9es du r\u00eave prises une \u00e0 une sont aussi repr\u00e9sent\u00e9es dans le r\u00eave par plusieurs \u00e9l\u00e9ments. La voie associative conduit d\u2019un \u00e9l\u00e9ment du r\u00eave \u00e0 plusieurs pens\u00e9es du r\u00eave, d\u2019une pens\u00e9e du r\u00eave \u00e0 plusieurs \u00e9l\u00e9ments du r\u00eave.&nbsp;\u00bb (p. 326).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Que constatons-nous ici? C\u2019est que le rapport de repr\u00e9sentation qui, dans le trait\u00e9 sur les aphasies, proc\u00e9dait, pour ainsi dire, par attrition et devenait donc plus lacunaire au bout du compte, est ici plus compliqu\u00e9&nbsp;; les connexions multiples entre pens\u00e9es de r\u00eave et \u00e9l\u00e9ments du r\u00eave semblent pouvoir se faire dans les deux directions.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/ConnexionsMultiples-2021-12-14-09-01.png\" alt=\"ConnexionsMultiples-2021-12-14-09-01.png\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><\/p>\n\n\n\n<p>Et Freud de pr\u00e9ciser:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;La formation du r\u00eave ne se fait donc pas de telle sorte que la pens\u00e9e du r\u00eave isol\u00e9e ou un groupe de pens\u00e9es fournissent un abr\u00e9g\u00e9 du contenu du r\u00eave, une nouvelle pens\u00e9e du r\u00eave fournissant ensuite un nouvel abr\u00e9g\u00e9 \u00e0 titre de repr\u00e9sentance, un peu comme \u00e0 partir d\u2019une population sont \u00e9lus les repr\u00e9sentants du peuple&nbsp;\u00bb (p. 326.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>donc, commenterons nous, pas de passage de plusieurs \u00e0 un seul, pas d\u2019\u00e9lection au vote uninominal,<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;au contraire, <em>c\u2019est toute la masse des pens\u00e9es du r\u00eave qui est soumise \u00e0 une certaine \u00e9laboration, ensuite de quoi les \u00e9l\u00e9ments qui ont les appuis les plus nombreux et les meilleurs se d\u00e9tachent<\/em> pour entrer dans le contenu du r\u00eave, un peu comme l\u2019\u00e9lection par scrutin de liste.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid., <\/em>italiques ajout\u00e9s.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces m\u00e9taphores \u00e9lectorales sont des plus int\u00e9ressantes, puisque on trouve l\u00e0 une des nombreuses r\u00e9f\u00e9rences de Freud \u00e0 la politique et <em>au<\/em> politique dans <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave.<\/em> Mais, h\u00e9las!, cela aussi nous devons le laisser de c\u00f4t\u00e9. Pour l\u2019instant notons ce que vient d\u2019introduire Freud comme notion tout \u00e0 fait nouvelle: \u00ab&nbsp;c\u2019est toute la masse des pens\u00e9es du r\u00eave qui est soumise \u00e0 une certaine \u00e9laboration&nbsp;\u00bb, et on pourrait dire que comme dans toute \u00e9lection il y a du \u00ab&nbsp;brasse-camarade&nbsp;\u00bb, de la cabale et du ballottage\u2026 Le <em>darwinisme freudien<\/em> est ici bien visible, de m\u00eame qu\u2019une conception du traitement \u00ab&nbsp;en masse&nbsp;\u00bb des pens\u00e9es du r\u00eave, et \u00e7a c\u2019est absolument nouveau et fort instructif pour le travail de l\u2019analyste en s\u00e9ance. Je cite Freud une fois de plus&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Quel que soit le r\u00eave que je soumette \u00e0 une semblable dissection, je trouve constamment confirm\u00e9s les m\u00eames principes, \u00e0 savoir que les \u00e9l\u00e9ments du r\u00eave sont form\u00e9s <em>\u00e0 partir de toute la masse des pens\u00e9es du r\u00eave<\/em> et que chacun d\u2019eux, par rapport aux pens\u00e9es du r\u00eave, appara\u00eet d\u00e9termin\u00e9 de multiples fa\u00e7ons&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;326-327, italiques ajout\u00e9s).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour parvenir \u00e0 penser ces relations complexes, Freud avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude ult\u00e9rieure du r\u00eave de la Monographie botanique ce qui l\u2019avait amen\u00e9 \u00e0 parler du mod\u00e8le du m\u00e9tier \u00e0 tisser \u2013 autre fa\u00e7on de penser le travail de r\u00eave ou le travail psychique en g\u00e9n\u00e9ral. Il cite alors son auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Goethe, qui dans le <em>Faust I<\/em> \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Une pression du pied met en mouvement mille fils.<br><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les navettes vont et viennent \u00e0 vive allure,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les fils glissent dans qu\u2019on les voie,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un seul coup donne mille liaisons.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9taphore du tissage me pla\u00eet tout particuli\u00e8rement puisqu\u2019elle comporte tout \u00e0 la fois la dimension parall\u00e8le \u2013&nbsp;les \u00ab&nbsp;fils de cha\u00eene&nbsp;\u00bb,(1) dans l\u2019image ci-dessous\u2013 et la dimension lin\u00e9aire ou s\u00e9rielle \u2013 le \u00ab&nbsp;fil de trame&nbsp;\u00bb (2)&nbsp;\u2013. La navette qui transporte le fil de trame traverse les \u00ab&nbsp;mille fils&nbsp;\u00bb de cha\u00eene qu\u2019une \u00ab&nbsp;pression du pied&nbsp;\u00bb sur les p\u00e9dales du m\u00e9tier \u00ab&nbsp;met en mouvement&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9unit ou s\u00e9pare au besoin. Cette navette est bien faite pour nous rappeler le va et vient incessant entre pens\u00e9es de r\u00eave et images de r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/TrameEtchaine-2021-12-14-09-01.jpg\" alt=\"TrameEtchaine-2021-12-14-09-01.jpg\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Fils de cha\u00eene (1) et fil de trame (2)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/MetierATisserSch-2021-12-14-09-01.jpg\" alt=\"MetierATisserSch-2021-12-14-09-01.jpg\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral de m\u00e9tier \u00e0 tisser.<\/p>\n\n\n\n<p>La narration d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019analyse du \u00ab&nbsp;r\u00eave des hannetons&nbsp;\u00bb servira \u00e0 illustrer ce qui pr\u00e9c\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de ce r\u00eave, m\u00eame partielle, est bien faite pour illustrer comment plusieurs fils disparates, plusieurs \u00ab&nbsp;cheminements de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb, comme Freud les appelle, semblent d\u2019abord s\u2019\u00e9carter les uns des autres, mais c\u2019est pour donner lieu \u00e0 une nouvelle convergence autour d\u2019un ou quelques th\u00e8mes centraux, comme l\u2019insatisfaction conjugale de la r\u00eaveuse aux hannetons. Il faut toutefois noter qu\u2019une fois de plus Freud avoue que l\u2019analyse de ce r\u00eave n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;men\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 son terme&nbsp;\u00bb. Et m\u00eame en ayant exprim\u00e9 \u2013&nbsp;en bonne logique freudienne \u2013 nos doutes quant \u00e0 la possibilit\u00e9 qu\u2019un r\u00eave soit compl\u00e8tement analys\u00e9, on peut dans le cas du r\u00eave des hannetons constater qu\u2019en effet de nombreuses pistes sont rest\u00e9es inexplor\u00e9es, notamment celle de la cruaut\u00e9, du sadisme et du meurtre; le sexuel infantile, autrement dit, est encore une fois le parent pauvre puisque l\u2019interpr\u00e9tation qui semble suivre la d\u00e9composition du r\u00eave en plusieurs \u00e9l\u00e9ments semble se contenter du seul probl\u00e8me de l\u2019insatisfaction sexuelle de la patiente. On n\u2019en tiendra pas rigueur \u00e0 Freud, puisque le but ici n\u2019\u00e9tait pas de rendre compte de l\u2019analyse de cette patiente, mais d\u2019illustrer le ph\u00e9nom\u00e8ne de la condensation. Condensation dont Freud montrera d\u2019autres aspects avec des exemples de condensations de mots dans les r\u00eaves (p. 339 et ss.), qu\u2019il reprendra d\u2019ailleurs plus tard, en 1905, dans son \u00e9tude du mot d\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">?<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>NOTES<\/li>\n<\/ul>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-2048'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-2048-1'> Je fais ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9quivalence propos\u00e9e par Lacan entre, d\u2019une part, condensation et m\u00e9taphore et, d\u2019autre part, d\u00e9placement et m\u00e9tonymie. Le probl\u00e8me est complexe, parfois m\u00eame confus parce que, par exemple, au sein m\u00eame de la linguistique, il n\u2019est pas toujours possible de distinguer clairement entre m\u00e9taphore et m\u00e9tonymie. Ainsi, plusieurs commentateurs ont pu montrer que le fameux exemple de m\u00e9taphore propos\u00e9 par Lacan, tir\u00e9 du po\u00e8me de Victor Hugo \u00ab&nbsp;Booz endormi&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Sa gerbe n\u2019\u00e9tait point avare ni haineuse&nbsp;\u00bb<\/em>, serait plut\u00f4t \u00e0 consid\u00e9rer comme\u2026 m\u00e9tonymie. Erreur pardonnable, vu que la difficult\u00e9 est inh\u00e9rente \u00e0 la linguistique elle-m\u00eame, mais qui le serait moins si elle servait \u00e0 faire de la m\u00e9thode freudienne une m\u00e9thode de d\u00e9chiffrement syst\u00e9matique. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2048-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-2048-2'> Un second point, qui est vraiment\u2026 bien secondaire, mais qui manifeste quand m\u00eame l\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s des anciens traducteurs, est le suivant&nbsp;: Meyerson traduit&nbsp;&nbsp;: \u00ab&nbsp;nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont commis l\u2019erreur de vouloir <em>l\u2019interpr\u00e9ter<\/em> en tant que dessin&nbsp;\u00bb. O\u00f9 on est port\u00e9 \u00e0 penser que le pronom \u00ab&nbsp;l\u2019&nbsp;\u00bb renvoie \u00e0 \u00ab&nbsp;r\u00eave&nbsp;\u00bb. Tandis que la traduction fid\u00e8le du texte allemand dit plut\u00f4t&nbsp;: \u00ab&nbsp;nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs dans le domaine de l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave ont commis l\u2019erreur de jugement de voir <em>dans le r\u00e9bus<\/em> une composition graphique\u2026&nbsp;\u00bb (<em>den Fehler begangen, <\/em>den Rebus <em>als zeichnerische Komposition zu beurteilen<\/em>). On voit alors qu\u2019une traduction plus fid\u00e8le nous montre Freud soucieux d\u2019\u00e9tablir que le r\u00eave est <em>comme<\/em> un r\u00e9bus, mais que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs n\u2019ont vu <em>dans le r\u00e9bus<\/em> que des images dans un assemblage absurde et sans valeur. La comparaison est ici \u00ab&nbsp;\u00e0 tiroirs&nbsp;\u00bb, si l\u2019on peut dire. On pourrait paraphraser ainsi&nbsp;&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le r\u00eave est quelque chose <em>de comparable \u00e0 un r\u00e9bus<\/em>, mais comme mes pr\u00e9d\u00e9cesseurs, regardant un r\u00e9bus, n\u2019y ont vu que des images, on comprend mieux pourquoi ils se sont tromp\u00e9s encore plus gravement \u00e0 propos du r\u00eave.&nbsp;\u00bb <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-2048-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9minaire Penser avec Freud Ann\u00e9e 2021-2022 Chap. VI- Le travail de r\u00eave -A- Dominique Scarfone Obtenir version .pdf Le chapitre VI s\u2019ouvre devant nous comme un vaste territoire dont l\u2019\u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e prendrait \u00e0 elle seule plus d\u2019une ann\u00e9e de notre s\u00e9minaire. Nous devrons donc nous rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence: il nous faudra choisir parmi les sujets<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=2048\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a040- LE TRAVAIL DE R\u00caVE- A &#8211; La condensation\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2048","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2048","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2048"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2048\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2192,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2048\/revisions\/2192"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2048"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2048"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2048"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}