{"id":1947,"date":"2021-11-28T14:02:23","date_gmt":"2021-11-28T19:02:23","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1947"},"modified":"2023-05-10T15:16:54","modified_gmt":"2023-05-10T19:16:54","slug":"39-materiel-et-sources-du-reve-i-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1947","title":{"rendered":"39- MAT\u00c9RIEL ET SOURCES DU R\u00caVE"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>S\u00e9minaire <em>Penser avec Freud<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ann\u00e9e 2021-2022<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Relire <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Mat\u00e9riel et sources du r\u00eave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Dominique Scarfone<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/39-MATERIEL-ET-SOURCES-DU-REVE.pdf\">Obtenir la version .pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Au chapitre V, Freud commence par rappeler qu\u2019il peut consid\u00e9rer comme acquises dans la litt\u00e9rature trois caract\u00e9ristiques de la m\u00e9moire du r\u00eave, telle qu\u2019elle nous appara\u00eet dans le <em>contenu manifeste<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>le r\u00eave donne la pr\u00e9f\u00e9rence aux impressions des derniers jours;<\/li>\n\n\n\n<li>le r\u00eave <em>fait un choix<\/em> selon d\u2019autres principes que ceux de la m\u00e9moire vigile, en se souvenant de ce qui est accessoire et a \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9;<\/li>\n\n\n\n<li>le r\u00eave a \u00e0 sa disposition les toutes premi\u00e8res impressions d\u2019enfance.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Puis il introduit quelques amendements, en commen\u00e7ant par le fait que, selon sa propre exp\u00e9rience tir\u00e9e de nombreux r\u00eaves, on trouve dans chacun d\u2019eux un rattachement au jour \u00e9coul\u00e9 avant d\u2019\u00eatre all\u00e9 dormir. C\u2019est, dit-il, souvent le premier chemin qui s\u2019ouvre devant nous quand on veut interpr\u00e9ter le r\u00eave. Suivent plusieurs exemples qui lui font d\u00e9clarer:<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cj\u2019opterais plut\u00f4t pour un privil\u00e8ge exclusif accord\u00e9 au dernier jour pr\u00e9c\u00e9dant le r\u00eave (le jour du r\u00eave). Chaque fois que j\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019une impression d\u2019il y a deux ou trois jours avait \u00e9t\u00e9 la source du r\u00eave, je pus n\u00e9anmoins me convaincre, apr\u00e8s une enqu\u00eate plus pr\u00e9cise, que cette impression avait \u00e9t\u00e9 rem\u00e9mor\u00e9e le jour pr\u00e9c\u00e9dent \u2013 que donc un reproduction d\u00e9celable s\u2019\u00e9tait intercal\u00e9e, le jour pr\u00e9c\u00e9dent, entre le jour de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et le moment du r\u00eave\u2026\u201d (p. 202).<\/p>\n\n\n\n<p>Freud ne veut pas en faire une question centrale, mais il reste que l\u2019attention qu\u2019il porte \u00e0 cette id\u00e9e ne semble pas secondaire. On pourrait m\u00eame dire que ce qu\u2019il d\u00e9gage l\u00e0 fait partie de l\u2019architecture de sa conception du r\u00eave, non parce que les \u00e9l\u00e9ments du jours pr\u00e9c\u00e9dent seraient en eux-m\u00eames essentiels (il dit bien que ce sont des impressions accessoires, en soi banales) mais, dirions-nous, parce qu\u2019il y va du cours temporel de la vie psychique dont le r\u00eave est une \u00e9manation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se d\u00e9gage de ces remarques l\u2019image d\u2019une fluctuation incessante dans la psych\u00e9, de sorte qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement comme le r\u00eave, pour trouver une forme d\u2019expression, ne peut s\u2019accrocher qu\u2019\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments faisant encore partie de la configuration psychique du moment, dans la mesure o\u00f9 c\u2019est ce qui rend la pr\u00e9sentation accessible \u00e0 la conscience (Freud, au chapitre suivant, parlera de l\u2019exigence de pr\u00e9sentabilit\u00e9). On pourrait alors imaginer un s\u00e9rie de vagues ou de cycles psychiques, s\u00e9rie dot\u00e9e d\u2019une certaine p\u00e9riode (peut-\u00eatre de 24 heures) et dont le r\u00e9veil au matin marque la fin. Les r\u00eaves qui nous restent au terme de cette phase sont comme des survivants du cycle qui se cl\u00f4t; ils surnagent, pour ainsi dire, et agissent comme des traits d\u2019union avec le nouveau cycle qui s\u2019amorce.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons soulign\u00e9 au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent que les r\u00eaves qui ainsi surnagent et \u201cnous poursuivent\u201d sont peut-\u00eatre \u00e0 consid\u00e9rer comme n\u2019ayant pas aussi bien r\u00e9ussi que d\u2019autres \u00e0 assurer leur fonction d\u2019accomplissement de souhait et qui donc exigent une attention suppl\u00e9mentaire. Exigence qui, si le contenu n\u2019est pas trop important, pourra s\u2019\u00e9puiser avec la survenue de nouveaux \u00e9v\u00e9nements, de nouveaux probl\u00e8mes \u00e0 traiter dans la journ\u00e9e. Si par contre les probl\u00e8mes qui servaient d\u2019amorce aux r\u00eaves de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente n\u2019ont pas trouv\u00e9 l\u00e0 une issue satisfaisante, il est \u00e0 parier (et l\u2019exp\u00e9rience clinique nous le montre souvent) qu\u2019ils se repr\u00e9senteront parmi les r\u00eaves de la nuit suivante. Un argument assez fort en faveur de cette id\u00e9e nous semble \u00eatre fourni par les r\u00eaves post-traumatiques, qui se r\u00e9p\u00e8tent sans cesse, pratiquement \u00e0 l\u2019identique, et qui donc semblent condamn\u00e9s \u00e0 revenir constamment parce que l\u2019\u00e9laboration psychique qui aurait pu en d\u00e9penser la charge n\u2019a pas pu, pour diverses raisons, se faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Retenons pour le moment la <em>dimension temporelle<\/em> des processus menant \u00e0 la formation du r\u00eave; temporalit\u00e9 dont on verra tout de suite qu\u2019elle est une excellente porte d\u2019entr\u00e9e pour l\u2019analyse d\u2019un r\u00eave, comme le montre notamment le r\u00eave de la monographie botanique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00eave est plusieurs fois mentionn\u00e9, avec plus ou moins de d\u00e9tails selon le cas, dans <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em> : en premier lieu dans la liste de r\u00eaves d\u00e9montrant un lien avec un \u00e9v\u00e9nement du jour pr\u00e9c\u00e9dent (p. 201), puis dans l\u2019analyse plus pouss\u00e9e que Freud en fait (p. 205 et suivantes), ensuite \u00e0 la page 228 dans le m\u00eame chapitre, et \u00e0 nouveau au chapitre suivant, (p. 324-327, p.349, p. 517). C\u2019est dire l\u2019importance que Freud semble lui accorder. \u00c0 ce sujet, je ne peux que renvoyer au travail de Didier Anzieu, <em>L\u2019auto-analyse de Freud <\/em><sup class='footnote'><a href='#fn-1947-1' id='fnref-1947-1' onclick='return fdfootnote_show(1947)'>1<\/a><\/sup>, dans son chapitre 4, o\u00f9 il examine ce r\u00eave dans le d\u00e9tail en citant aussi d\u2019autres auteurs qui s\u2019y sont int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00eave de la monographie est int\u00e9ressant \u00e0 plusieurs points de vue, et comme Anzieu le d\u00e9montre, il nous ouvre des chemins vers la vie psychique de Freud, notamment par le recoupement qu\u2019il est possible de faire avec le souvenir-couverture rapport\u00e9 dans le texte de 1899 portant ce titre et dont j\u2019ai fait mention la fois pr\u00e9c\u00e9dente. De plus, et sans surprise, l\u2019ami Fliess est encore concern\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je ne souhaite pas que nous fassions une <em>n-<\/em>i\u00e8me analyse de Freud-l\u2019homme. Je propose plut\u00f4t de nous en tenir \u00e0 l\u2019intention de Freud de nous montrer que les r\u00eaves se rattachent \u00e0 plus d\u2019une source:<\/p>\n\n\n\n<p>A- Le r\u00e9cent et l\u2019indiff\u00e9rent.<br>B- L\u2019infantile;<br>C- Les sources somatiques;<br>D- Pour finir, il parlera de \u201cr\u00eaves typiques\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A- Le r\u00e9cent et l\u2019indiff\u00e9rent.<\/strong><br>Nous venons d\u2019en parler, mais il vaut la peine d\u2019insister sur ce point \u00e9tant donn\u00e9 la tendance \u00e0 s\u2019en tenir au contenu manifeste dans les compte-rendus faits par les analystes des r\u00eaves de patients.<br>Il faut donc se rendre compte du fait que tout ce que nous avons vu jusqu\u2019ici, notamment dans ce qui justifie que Freud consid\u00e8re le r\u00eave comme accomplissement de souhait de m\u00eame qu\u2019\u00e0 propos de la d\u00e9formation, que nous ne saurions nous fier au contenu manifeste <sup class='footnote'><a href='#fn-1947-2' id='fnref-1947-2' onclick='return fdfootnote_show(1947)'>2<\/a><\/sup> , sous peine de voir la m\u00e9thode freudienne d\u2019analyse s\u2019effacer au profit d\u2019une approche de sens commun.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne saurait non plus n\u00e9gliger le parall\u00e8le entre l\u2019usage de restes relativement indiff\u00e9rents pour la construction du r\u00eave manifeste et \u201cl\u2019accrochage\u201d du transfert \u00e0 un d\u00e9tail parfois minime de la personne de l\u2019analyste. Le d\u00e9placement observable dans le r\u00eave se retrouve donc aussi dans le d\u00e9veloppement du transfert o\u00f9 quelque chose de l\u2019analyste est l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un reste diurne entrant dans la composition du r\u00eave. Notons qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une simple note technique. La valeur que l\u2019on accorde \u00e0 cette id\u00e9e me semble traduire la conception, le cours et les possibilit\u00e9s de la psychanalyse dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e de Freud n\u2019est certes pas exempte d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s, de repentirs, voire de contradictions; il reste qu\u2019elle est un ensemble relativement coh\u00e9rent, reposant sur certains postulats de base sans lesquels il n\u2019y a pas de th\u00e9orie qui tienne; pas de th\u00e9orie, mais pas de pratique analytique non plus, puisque la m\u00e9thode analytique est ins\u00e9parable de ces postulats, au nombre desquels celui que Freud formulera \u00e0 la toute fin de <em>L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave<\/em> : que l\u2019essentiel du psychique est inconscient; qu\u2019il existe une r\u00e9alit\u00e9 psychique qui est toute diff\u00e9rente de la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle. Nous en reparlerons mieux le moment venu, mais en attendant, il vaut la peine de souligner, par exemple, que cette r\u00e9alit\u00e9 psychique n\u2019est pas le r\u00eave manifeste. La bizarrerie de celui-ci n\u2019est que <em>l\u2019indice<\/em> qu\u2019il existe une autre plan de r\u00e9alit\u00e9 incompatible avec la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle. Indice r\u00e9sultant des effets des processus primaires et de la d\u00e9formation-censure dont Freud nous a entretenus au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attention port\u00e9e \u00e0 d\u00e9terminer le r\u00f4le de ces sources r\u00e9centes et indiff\u00e9rentes dans la constitution du r\u00eave n\u2019est donc pas elle-m\u00eame secondaire. Il y va de la coh\u00e9rence th\u00e9orique de l\u2019ouvrage que nous tenons en main pr\u00e9sentement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>B- L\u2019infantile comme source du r\u00eave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu\u2019il faut porter une attention particuli\u00e8re au fait que \u201cl\u2019infantile comme source du r\u00eave\u201d a au moins deux sens:<br>1- l\u2019apport de sc\u00e8nes venant de l\u2019enfance <em>au contenu manifeste<\/em> (cf. les deux premi\u00e8res pages \u2013226 et 227\u2013 de cette section);<br>2- des sc\u00e8nes remontant \u00e0 l\u2019enfance et <em>retrouv\u00e9es<\/em> ou <em>reconstruites<\/em> par le travail de l\u2019association libre \u00e0 propos du r\u00eave (contenu latent).<\/p>\n\n\n\n<p>Au sujet de ce deuxi\u00e8me cas, Freud \u00e9crit quelque chose d\u2019important que je cite in extenso:<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cEn r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la sc\u00e8ne infantile n\u2019est \u00e0 vrai dire repr\u00e9sent\u00e9e dans le contenu de r\u00eave manifeste que par une allusion et doit obligatoirement \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir du r\u00eave par l\u2019interpr\u00e9tation. La communication de tels exemples ne peut pas avoir une tr\u00e8s grande force probante parce que ces exp\u00e9riences v\u00e9cues de l\u2019enfance manquent le plus souvent de tout autre garant ; quand elles se situent \u00e0 un \u00e2ge pr\u00e9coce, elles ne sont plus reconnues par le souvenir. Le droit m\u00eame d\u2019inf\u00e9rer \u00e0 partir des r\u00eaves de telles exp\u00e9riences v\u00e9cues de l\u2019enfance d\u00e9coule dans le travail psychanalytique de toute une s\u00e9rie de facteurs qui, par leur action conjointe, apparaissent suffisamment fiables. Arrach\u00e9es \u00e0 leur contexte aux fins de l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave, ces r\u00e9f\u00e9rences aux exp\u00e9riences v\u00e9cues de l\u2019enfance ne feront peut-\u00eatre gu\u00e8re impression, surtout que je ne communique m\u00eame pas tout le mat\u00e9riel sur lequel s\u2019appuie l\u2019interpr\u00e9tation.\u201d (p. 236)<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai dit plus haut que je ne souhaitais pas faire une <em>n-<\/em>i\u00e8me analyse de l\u2019individu nomm\u00e9 Freud qui a eu l\u2019amabilit\u00e9 de nous communiquer ses propres r\u00eaves, mais je ne peux pas \u00e9viter ici de proposer que nous nous attardions aux pages 229-234 o\u00f9 il revient sur le r\u00eave de l\u2019oncle \u00e0 barbe jaune pour y ajouter d\u2019autres associations qui parlent de son ambition, de son humiliation par procuration, de son d\u00e9sir de revanche et son identification \u00e0 Hannibal dans son rapport \u00e0 Rome, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose cette lecture attentive non pour essayer de trouver la \u201cbonne\u201d interpr\u00e9tation, mais pour tenter de mieux comprendre le r\u00f4le que Freud attribue aux sc\u00e8nes d\u2019enfance. Il faut bien en effet constater que \u201cl\u2019infantile\u201d qui figure dans le titre de cette section a un sens plus g\u00e9n\u00e9ral que celui que nous lui donnons souvent de nos jours, soit: \u201csexuel infantile\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, m\u00eame en ne consid\u00e9rant l\u2019infantile que comme \u201cse rapportant \u00e0 l\u2019enfance\u201d, on pourra y d\u00e9celer le sexuel infantile. Mais justement, et peut-\u00eatre sans que Freud le pense ainsi, on notera alors que le sexuel infantile n\u2019est pas \u00e0 situer temporellement <em>dans<\/em> l\u2019enfance, que sa temporalit\u00e9 est autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu\u2019ici, il nous faut prendre le temps de discuter cet aspect. On peut en effet poser que la \u201csource infantile\u201d du r\u00eave (au sens du sexuel infantile) aura sans doute besoin de se servir de <em>sc\u00e8nes<\/em> d\u2019enfance, mais sans que celles-ci soient n\u00e9cessairement \u00e0 consid\u00e9rer, \u00e0 la rigueur, plus importantes que les sources r\u00e9centes et \u201cindiff\u00e9rentes\u201d qui servent au r\u00eave manifeste. On a vu de toute fa\u00e7on que m\u00eame des images remontant \u00e0 l\u2019enfance ou au jeune \u00e2ge peuvent elles aussi contribuer au contenu manifeste du r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019approche freudienne du r\u00eave est donc plus sp\u00e9cifique qu\u2019il n\u2019y para\u00eet: l\u2019analyse du r\u00eave ne viserait pas \u00e0 retrouver ces sources infantiles pour elles-m\u00eames. Cette retrouvaille a cependant une fonction importante: elle nous r\u00e9v\u00e8le les modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9laboration du r\u00eave selon la temporalit\u00e9 en apr\u00e8s-coup. C\u2019est dans le va et vient entre les d\u00e9clencheurs de la veille et les sc\u00e8nes anciennes (d\u2019ailleurs provenant de divers \u00e2ges), que se d\u00e9voileront peu \u00e0 peu des th\u00e8mes permettant de d\u00e9gager le ou les souhaits que le r\u00eave cherche \u00e0 satisfaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela, Freud l\u2019\u00e9crira beaucoup plus tard, dans une note de bas de page ajout\u00e9e en 1925 \u00e0 la fin du chapitre VI, et que nous avons tout avantage \u00e0 discuter ensemble:<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cIl m\u2019est arriv\u00e9 autrefois de trouver extraordinairement difficile d\u2019habituer les lecteurs \u00e0 faire la diff\u00e9rence entre le contenu de r\u00eave manifeste et les pens\u00e9es de r\u00eave latentes. Sans cesse on puisait des arguments et des objections dans le r\u00eave non interpr\u00e9t\u00e9, tel que le souvenir l\u2019a conserv\u00e9, et on ne voulait pas entendre ce qu\u2019exige l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave. Maintenant que les analystes sont du moins accoutum\u00e9s \u00e0 mettre \u00e0 la place du r\u00eave manifeste son sens trouv\u00e9 par l\u2019interpr\u00e9tation, beaucoup d\u2019entre eux se rendent coupables d\u2019une autre confusion \u00e0 laquelle ils tiennent tout aussi obstin\u00e9ment. Ils cherchent l\u2019essence du r\u00eave dans ce contenu latent, et ainsi ne veulent pas voir la diff\u00e9rence entre les pens\u00e9es de r\u00eave latentes et le travail de r\u00eave. Le r\u00eave n\u2019est au fond rien d\u2019autre qu\u2019une forme particuli\u00e8re de notre penser, forme qui est rendue possible par les conditions de l\u2019\u00e9tat de sommeil. C\u2019est le travail de r\u00eave qui produit cette forme et il est, lui seul, ce qu\u2019il y a d\u2019essentiel dans le r\u00eave, ce qui explique sa particularit\u00e9. Je dis cela pour donner sa juste valeur \u00e0 la tendance prospective du r\u00eave si mal fam\u00e9e. Le fait que le r\u00eave s\u2019occupe de chercher \u00e0 r\u00e9soudre les t\u00e2ches incombant \u00e0 notre vie d\u2019\u00e2me n\u2019est pas plus remarquable que le fait que notre vie de veille consciente s\u2019en occupe tout autant, et cela se borne \u00e0 ajouter que ce travail peut aussi avoir lieu dans le pr\u00e9conscient, ceux qui d\u2019ailleurs nous est d\u00e9j\u00e0 connu\u201d (p. 557-558, note 2).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C- Sources somatiques du r\u00eave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette section, Freud se donne tout d\u2019abord comme t\u00e2che de critiquer les th\u00e9ories d\u2019auteurs influents, tels que Wundt, qui voudraient r\u00e9duire le r\u00eave \u00e0 une simple illusion provoqu\u00e9e par une interpr\u00e9tation fauss\u00e9e de stimuli sensoriels du fait que l\u2019appareil psychique est en \u00e9tat de sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019argumentation de Freud est donc, en quelque sorte, pol\u00e9mique afin d\u2019\u00e9tablir l\u2019importance des processus proprement psychiques qui r\u00e9pondent au fait que quand tous les facteurs somatiques ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s, \u00ab&nbsp;il reste encore quelque chose de plus qui n\u00e9cessite une explication.&nbsp;\u00bb (p. 258.) Notons au passage combien cette attitude face aux connaissances et aux th\u00e9ories r\u00e9gnantes est typiquement freudienne. Freud lui-m\u00eame signalera la chose dans ses <em>Le\u00e7ons d\u2019introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em> de 1915-17, o\u00f9 il \u00e9crit ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Il n\u2019arrive du reste pas si souvent que la psychanalyse conteste quelque chose qui est affirm\u00e9 par ailleurs; en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, elle ne fait qu\u2019adjoindre quelque chose de nouveau, et il arrive \u00e0 l\u2019occasion que ce qui a \u00e9t\u00e9 ainsi n\u00e9glig\u00e9 jusqu\u2019ici et vietn s\u2019ajouter maintenant comme du nouveau soit pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019essentiel.&nbsp;\u00bb (<em>O.C.<\/em> Vol. XIV, p. 40)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette remarque est, je crois, \u00e0 garder \u00e0 port\u00e9e de main lorsqu\u2019il est demand\u00e9 de comparer les positions psychanalytiques \u00e0 celles d\u2019autres disciplines. On pense ainsi, par exemple, au rapport entre psychanalyse et th\u00e9orie de l\u2019attachement ou entre psychanalyse et neuro-sciences&nbsp;: il n\u2019est aucunement question pour nous de contester la th\u00e9orie de l\u2019attachement, ou aux observations et conceptualisations neuro-scientifiques. Il s\u2019agit plut\u00f4t de montrer qu\u2019\u00e0 leurs connaissances les mieux \u00e9tablies la psychanalyse vient parfois y \u00ab&nbsp;adjoindre quelque chose de nouveau&nbsp;\u00bb qui fait toute la diff\u00e9rence. La psychanalyse se situe pour ainsi dire toujours dans un rapport \u00ab&nbsp;transversal&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;oblique&nbsp;\u00bb par rapport aux savoirs d\u2019autres disciplines; c\u2019est ce qu\u2019il me semble utile d\u2019appeler sa \u00ab&nbsp;position <em>m\u00e9ta-&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ordinairement invoqu\u00e9es, dans la litt\u00e9rature pr\u00e9-freudienne, au d\u00e9triment des sources psychiques, les sources somatiques sont donc bien reconnues par Freud comme y jouant un r\u00f4le. Il s\u2019agit donc pour lui, apr\u00e8s d\u2019autres mais avec des arguments nouveaux, de critiquer \u00ab&nbsp;non point tant l\u2019exactitude que l\u2019exhaustivit\u00e9 du stimulus somatique&nbsp;\u00bb (p. 259).<\/p>\n\n\n\n<p>Va pour les stimuli somatiques, semble dire Freud, mais le probl\u00e8me est celui des innombrables possibilit\u00e9s pour l\u2019esprit endormi de donner une forme onirique \u00e0 ces stimuli\u2026 Or la doctrine des tenants de cette explication qui se voudrait exhaustive (tels Wundt et Str\u00fcmpell)<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;est incapable d\u2019indiquer un quelconque motif r\u00e9glant la relation entre le stimulus externe et la repr\u00e9sentation de r\u00eave choisie pour son interpr\u00e9tation [psychique], donc d\u2019expliquer le \u201cchoix singulier\u201d [des images de r\u00eave].&nbsp;\u00bb (p. 261).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019entrerons pas dans l\u2019argumentation de Freud face \u00e0 ceux qui proposent que le r\u00eave n\u2019est finalement qu\u2019une production erratique de l\u2019\u00e2me endormie. Nous noterons que ce genre de conceptions sont loin d\u2019\u00eatre disparues, bien au contraire, de m\u00eame d\u2019ailleurs que l\u2019attention exclusivement port\u00e9e au r\u00eave manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attitude de Freud consistera<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;&#8230;\u00e0 trouver o\u00f9 placer, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de o=notre doctrine du r\u00eave, les faits sur lesquels s\u2019appuie la doctrine usuelle des stimuli somatiques du r\u00eave.&nbsp;\u00bb (p. 266.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Freud rappelle alors qu\u2019un premier pas a \u00e9t\u00e9 fait lorsqu\u2019il a pos\u00e9, au d\u00e9but du pr\u00e9sent chapitre, que le travail du r\u00eave<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;est soumis \u00e0 la contrainte d\u2019\u00e9laborer en une unit\u00e9 toutes les incitations au r\u00eave simultan\u00e9ment pr\u00e9sentes&nbsp; [\u2026] Le r\u00eave appara\u00eet donc comme une r\u00e9action \u00e0 tout ce qui est pr\u00e9sent simultan\u00e9ment comme actuel dans la psych\u00e9 qui dort.&nbsp;\u00bb (p. 266-67).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je ne peux manquer de souligner \u00ab&nbsp;tout ce qui est <em>pr\u00e9sent<\/em> simultan\u00e9ment comme <em>actuel<\/em>&nbsp;\u00bb. Cela parce que nous avons l\u00e0 une fa\u00e7on suppl\u00e9mentaire de consid\u00e9rer le rapport stimuli somatiques-production onirique. Si nous consid\u00e9rons le rapport plus large entre l\u2019actuel et ce qui est proprement psychique, on remarquera la conjonction \u00ab&nbsp;pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;actuel&nbsp;\u00bb, ce qui souligne la <em>dimension temporelle particuli\u00e8re<\/em>. (Freud ne se contente pas de dire \u00ab&nbsp;ce qui est pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb; on peut donc penser que \u00ab&nbsp;pr\u00e9sent comme actuel dit bien que ce n\u2019est pas le pr\u00e9sent tout court.) Or, si nous nous centrons sur cette dimension temporelle, on peut mettre sur le m\u00eame plan aussi bien les stimuli somatiques que les restes diurnes quelconques ou encore les sc\u00e8nes remontant \u00e0 un pass\u00e9 lointain&nbsp;: ce sont des \u00e9l\u00e9ments qui peuvent se pr\u00e9senter en m\u00eame temps et qui tous, <em>par leur caract\u00e8re d\u2019actualit\u00e9<\/em>, peuvent perturber le sommeil. Freud \u00e9crit bien&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Pour autant que nous ayons donc jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent analys\u00e9 le mat\u00e9riel du r\u00eave, nous l&rsquo;avons reconnu comme \u00e9tant une collection de restes psychiques, de traces mn\u00e9siques, auxquels (\u00e0 cause de la pr\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e au mat\u00e9riel r\u00e9cent et au mat\u00e9riel infantile) il nous a fallu attribuer un caract\u00e8re d&rsquo;actualit\u00e9 \u00e0 ce jour psychologiquement ind\u00e9terminable. Or nous ne sommes gu\u00e8re embarrass\u00e9s pour pr\u00e9dire ce qui va arriver si s\u2019ajoute \u00e0 ces actualit\u00e9s mn\u00e9siques, pendant l\u2019\u00e9tat de sommeil, un nouveau mat\u00e9riel de sensations. Ces excitations acqui\u00e8rent \u00e0 leur tour une importance pour le r\u00eave, du fait qu&rsquo;elles sont actuelles ; elles s&rsquo;unissent aux autres actualit\u00e9s psychique afin de fournir le mat\u00e9riel pour la formation du r\u00eave. Les stimuli pendant le sommeil sont, pour le dire autrement, \u00e9labor\u00e9s en un accomplissement de souhait, dont d\u2019autres constituants sont les restes du jour psychique que nous connaissons.&nbsp;\u00bb (p. 267.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et Freud aussit\u00f4t d\u2019ajouter&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Cette union ne s\u2019effectue pas forc\u00e9ment.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La convergence de tous ces facteurs peut donc \u00e9chouer. C\u2019est que <em>l\u2019actualit\u00e9<\/em> a comme effet d\u2019attirer <em>l\u2019attention<\/em>. Or Freud, peu avant le passage cit\u00e9, vient justement d\u2019invoquer la pens\u00e9e d\u2019un physiologiste du nom de Burdach qui notait que les stimuli sensoriels sont en tout temps pr\u00e9sents durant le sommeil, mais que pour la plupart d\u2019entre eux la psych\u00e9 manifeste un <em>manque d\u2019int\u00e9r\u00eat<\/em> (p. 262) et ne les prend donc pas en compte. La question devient alors de savoir si certains de ces stimuli prennent une importance telle qu\u2019il devient impossible \u00e0 la psych\u00e9, m\u00eame endormie, de les ignorer (pensons ici \u00e0 la soif d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9e en exemple par Freud, ou \u00e0 d\u2019autres besoins imp\u00e9rieux). La psych\u00e9 tente alors d\u2019en faire un r\u00eave, mais celui-ci finit par s\u2019av\u00e9rer insuffisant. Cela donne d\u2019ailleurs lieu \u00e0 une manifestation \u00e9vidente de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, notable ici sous la forme de ce que Jean-Claude Rolland appelle \u00ab&nbsp;compulsion de repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb&nbsp;: la production onirique \u00e9choue, puis tente \u00e0 nouveau la transformation psychique du stimulus, \u00e9choue \u00e0 nouveau\u2026 etc. La chose n\u2019avait pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Marcel Proust&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Quand nous dormons et qu\u2019une rage de dents n\u2019est encore per\u00e7ue par nous que comme une jeune fille que nous nous effor\u00e7ons deux cents fois de suite de tirer de l\u2019eau ou que comme un vers de Moli\u00e8re que nous nous r\u00e9p\u00e9tons sans arr\u00eater, c\u2019est un grand soulagement de nous r\u00e9veiller et que notre intelligence puisse d\u00e9barrasser l\u2019id\u00e9e de rage de dents, de tout d\u00e9guisement h\u00e9ro\u00efque ou cadenc\u00e9.&nbsp;\u00bb (<em>Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann,<\/em> Livre de poche, p. 67).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On notera dans ce bref extrait comment le travail du r\u00eave cherche des solutions au probl\u00e8me de la douleur du c\u00f4t\u00e9 de la repr\u00e9sentation, et que s\u2019y glissent m\u00eame certains ponts verbaux&nbsp;(p.ex. s\u2019agissant d\u2019une rage de dents, difficile d\u2019ignorer le voisinage phon\u00e9tique Moli\u00e8re\/molaire). Mais, comme Proust a bien vu, le r\u00eave \u00e9choue \u00e0 la fin \u00e0 accomplir le souhait sans doute le plus fort et le plus pressant&nbsp;: que la douleur cesse. On retrouve ici la distinction que faisait Laplanche dans le passage cit\u00e9 dans un texte pr\u00e9c\u00e9dent, entre <em>l\u2019hallucination de la satisfaction<\/em> et la <em>satisfaction par l\u2019hallucination<\/em>, mais c\u2019est pour r\u00e9aliser que ni l\u2019une ni l\u2019autre ne r\u00e9ussit dans ce cas. D\u2019une part, comme dans tout r\u00eave, l\u2019hallucination de la satisfaction n\u2019est pas en mesure de changer l\u2019\u00e9tat r\u00e9el des choses&nbsp;: il ne suffit pas de r\u00eaver pour que la rage de dents cesse. Mais dans le cas pr\u00e9sent, la satisfaction <em>par <\/em>l\u2019hallucination est aussi vou\u00e9e \u00e0 \u00e9chouer&nbsp;: la transformation m\u00e9tonymique (p.ex. Moli\u00e8re\/molaire) est sans doute, comme on dit, \u00ab&nbsp;un bel effort&nbsp;\u00bb, mais la repr\u00e9sentation onirique obtenue n\u2019apporte <em>aucune<\/em> satisfaction, pas m\u00eame symbolique. La disjonction entre les sc\u00e8nes convoqu\u00e9es par la psych\u00e9 et la douleur <em>actuelle<\/em> est telle que cette derni\u00e8re n\u2019est ni att\u00e9nu\u00e9e ni recouverte par la satisfaction qu\u2019aurait pu, dans d\u2019autres circonstances, procurer la sc\u00e8ne hallucin\u00e9e elle-m\u00eame. La r\u00e9p\u00e9tition sans arr\u00eat du m\u00eame vers de Moli\u00e8re t\u00e9moigne de l\u2019effort psychique t\u00eatu mais st\u00e9rile; effort qui, notons-le, n\u2019est pas diff\u00e9rent de certaines man\u0153uvres que l\u2019on peut tenter \u00e0 l\u2019\u00e9tat de veille, pour nous distraire d\u2019une douleur. Comme on sait, on peut, \u00e9veill\u00e9s, r\u00e9citer des vers ou entonner des chants tyroliens, et cela peut aider pendant un moment, mais la douleur persistera parce qu\u2019elle est une chose <em>actuelle<\/em> insuffisamment traduisible en contenu proprement psychique. Que nous soyons endormis ou \u00e9veill\u00e9s, vient un moment o\u00f9 le sujet est incapable de s\u2019en distraire et o\u00f9 la psych\u00e9 doit tourner toute son attention vers ce qui l\u2019accable, d\u2019o\u00f9 le r\u00e9veil du dormeur; r\u00e9veil qui l\u2019expose \u00e0 la m\u00eame t\u00e2che que le veilleur&nbsp;: trouver une autre solution, bien concr\u00e8te celle-l\u00e0, au probl\u00e8me concret.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve aussi l\u2019id\u00e9e que les r\u00eaves qui ne nous r\u00e9veillent pas, mais dont nous nous souvenons au matin, sont peut-\u00eatre \u00e0 mi-chemin entre les r\u00eaves r\u00e9p\u00e9titifs comme ceux de Proust et les r\u00eaves parfaitement r\u00e9ussis dont nous ne gardons aucun souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste que, toujours en p. 267, Freud indique ce qui suit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 l\u2019union s\u2019effectue [c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019union entre les restes r\u00e9cents, infantiles et somatiques-Note de DS], on a justement r\u00e9ussi \u00e0 trouver pour le contenu de r\u00eave un mat\u00e9riel de repr\u00e9sentation qui constitue une repr\u00e9sentance pour les deux sortes de sources du r\u00eave, tant somatiques que psychiques&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Notons combien dans cette description Freud nous pr\u00e9sente le r\u00eave comme une sorte de bricolage, d\u2019assemblage ressemblant \u00e0 un menu \u00ab&nbsp;retour du march\u00e9&nbsp;\u00bb, comme on dit en cuisine, ou encore, semblable \u00e0 la mani\u00e8re don Roch Plante \u2013 alias R\u00e9jean Ducharme \u2013 s\u2019y prenait pour produire ses \u00ab&nbsp;trophoux&nbsp;\u00bb, ces sculptures fabriqu\u00e9es \u00e0 partir de pi\u00e8ces h\u00e9t\u00e9roclites trouv\u00e9es en se promenant dans les ruelles de Montr\u00e9al. Le bricolage du r\u00eave manifeste ne traduit donc rien d\u2019essentiel en termes de contenu; son utilit\u00e9 est de \u00ab&nbsp;trouver [\u2026] un mat\u00e9riel de repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb et ce mat\u00e9riel de repr\u00e9sentation est donc amass\u00e9 <em>au gr\u00e9 de l\u2019occasion qui se pr\u00e9sente<\/em>. L\u2019important est que sa forme soit telle qu\u2019il puisse \u00ab&nbsp;constitue[r] une repr\u00e9sentance&nbsp;\u00bb pour les diff\u00e9rentes sources du r\u00eave, psychiques et somatiques. Psychiques&nbsp;: restes diurnes et sources infantiles; somatiques&nbsp;: les stimuli corporels du moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons au passage la distinction faite par Freud entre \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentance&nbsp;\u00bb&nbsp;: la repr\u00e9sentation \u00e9tant l\u2019id\u00e9e ou l\u2019image servant \u00e0&#8230; la repr\u00e9sentance. Ce dernier terme, on ne le dira pas assez, signifie <em>le fait<\/em> de repr\u00e9senter, mais cette fois au sens o\u00f9 ce mot nous sert en politique dans la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. C\u2019est votre d\u00e9put\u00e9 qui, une fois \u00e9lu, vous <em>repr\u00e9sente<\/em> au parlement; il n\u2019est pas une repr\u00e9sentation (id\u00e9e ou image), mais le <em>d\u00e9l\u00e9gu\u00e9<\/em> de ses \u00e9lecteurs, peu importe son apparence, les traits de son visage, le son de sa voix \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire peu importe l\u2019image qu\u2019il offre. De m\u00eame, dans son texte de 1915 sur Pulsion et destins de pulsions, Freud propose que la repr\u00e9sentation et l\u2019affect assurent la <em>repr\u00e9sentance psychique<\/em> de la pulsion. Dans le cas du r\u00eave, on peut facilement ranger les stimuli somatiques, ou mieux: les \u00e9prouv\u00e9s corporels qu\u2019ils entra\u00eenent, du c\u00f4t\u00e9 des affects. Et nous voyons alors le r\u00eave pr\u00e9senter \u00ab&nbsp;en miniature&nbsp;\u00bb toutes les composantes du fonctionnement psychique dans son ensemble. La production du r\u00eave est bien un proc\u00e9d\u00e9 analogue \u00e0 la production de la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tat de veille, sauf que dans des conditions tr\u00e8s diff\u00e9rentes. La comparaison entre les deux nous permet de d\u00e9gager les points centraux qui leur sont communs&nbsp;: souhait, pulsion, repr\u00e9sentance, repr\u00e9sentation, affect, auxquels on peut ajouter d\u00e9formation, censure, refoulement etc.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Conflit entre divers souhaits<br><\/em>Quand on se demande ce que le moi vient faire dans la production du r\u00eave, il faut constamment se rappeler que ce moi est avant tout motiv\u00e9 par <em>le souhait de dormir.<\/em> Ce d\u00e9sir entre donc automatiquement en conflit avec tout autre d\u00e9sir ou stimulus qui viendrait perturber le sommeil. Que ce soit un probl\u00e8me rest\u00e9 en suspens avant d\u2019aller au lit, un souhait infantile qui surgit, un stimulus corporel qui se pr\u00e9sente inopin\u00e9ment: tout cela menace la satisfaction de ce besoin de base, ce pour quoi on s\u2019est couch\u00e9: dormir. Aussi, Freud \u00e9crit-il:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;Le souhait de dormir \u2013 sur lequel s\u2019est r\u00e9gl\u00e9 le moi conscient et qui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la censure de r\u00eave (et de \u201cl\u2019\u00e9laboration secondaire\u201d qui sera mentionn\u00e9e plus tard) constitue la contribution de ce moi au r\u00eaver \u2013 doit donc \u00e0 chaque fois \u00eatre pris en compte comme motif de la formation du r\u00eave, et chaque r\u00eave r\u00e9ussi est un accomplissement de ce souhait\u201d (p. 273).<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>On voit ainsi Freud appliquer son th\u00e9or\u00e8me de base (\u201cLe r\u00eave est accomplissement souhait\u201d) d\u2019une mani\u00e8re plus complexe qu\u2019il n\u2019y para\u00eet: en effet, le pluriel \u201caccomplissement de <em>souhaits<\/em>\u201d serait plus appropri\u00e9, et comme ces souhaits multiples sont d\u2019embl\u00e9e contradictoires par rapport au souhait de base du moi qui est celui de dormir, on comprend d\u2019autant mieux que surgisse cet autre \u201cth\u00e9or\u00e8me\u201d: le r\u00eave est une formation de compromis.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisant retour au probl\u00e8me des stimuli externes, Freud note ceci:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;l\u2019interpr\u00e9tation correcte de ces stimuli, dont l\u2019\u00e2me qui dort est fort bien capable, requerrait un int\u00e9r\u00eat actif, posant l\u2019exigence de mettre fin au sommeil; c\u2019est pourquoi, de toutes les interpr\u00e9tations possibles, seules sont admises celles qui sont compatibles avec la censure du souhait de dormir, exerc\u00e9e avec absolutisme.\u201d (p. 273-274.)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Noter la notion de compatibilit\u00e9, et donc de compromis; mais noter aussi \u201cla censure du souhait de dormir\u201d. Elle sugg\u00e8re qu\u2019avant toute notion \u201cmorale\u201d du mot censure, on voit appara\u00eetre ici une raison tr\u00e8s prosa\u00efque: la censure que le moi exerce peut d\u2019abord consister en une <em>inhibition<\/em> de tout ce qui pourrait contrarier son sommeil. Je ne choisis pas ce mot au hasard: d\u00e8s le <em>Projet<\/em> de 1895, Freud avait \u00e9tabli que \u00ab si donc un moi existe, il ne peut <em>qu\u2019inhiber <\/em>les processus psychiques primaires&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-1947-3' id='fnref-1947-3' onclick='return fdfootnote_show(1947)'>3<\/a><\/sup> C\u2019est sur la base de cet effet premier de la pr\u00e9sence du moi que se constitueront ensuite des motifs suppl\u00e9mentaires, selon la temporalit\u00e9 en apr\u00e8s-coup; par exemple, en appliquant aux sources infantiles, en elles-m\u00eames a-morales, des crit\u00e8res plus tardifs, contemporains du moment o\u00f9 est fabriqu\u00e9 le r\u00eave, comme c\u2019est le cas \u00e0 propos des souvenirs, tel que le pose Freud en conclusion au texte \u201cDes souvenirs-couverture\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>La fonction inhibitrice est donc assur\u00e9e, \u00e0 la base, <em>par la seule existence du moi<\/em> et non par quelque intention subjective. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une variante de la \u201cs\u00e9lection naturelle\u201d de type darwinien, le mot \u201cnaturelle\u201d ne voulant dire rien d\u2019autre qu\u2019il s\u2019agit de processus impersonnels, automatiques parce que ce sont des int\u00e9r\u00eats objectifs d\u2019une partie de la psych\u00e9 (le moi coh\u00e9rent) contre ceux d\u2019une autre partie (les souhaits infantiles, p.ex.) Voil\u00e0 une autre fa\u00e7on d\u2019\u00e9viter le fameux pi\u00e8ge de l\u2019<em>homoncule<\/em> quand vient le temps de se demander \u00ab qui ou quoi&nbsp;\u00bb d\u00e9cide des op\u00e9rations qui aboutissent \u00e0 un r\u00eave. Les souhaits infantiles sont censur\u00e9s avant tout parce que leur survenue au cours du sommeil \u00e0 la faveur de l\u2019activation onirique pourrait imposer une trop grande <em>demande<\/em> <em>d\u2019attention<\/em>, et donc le r\u00e9veil; la \u201ccensure\u201d n\u2019\u00e9tant rien de plus que le fait de ne pas pr\u00eater attention.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois de plus, voyons la correspondance entre ce qui se produit dans le processus de r\u00eave et ce que Freud d\u00e9crit plus g\u00e9n\u00e9ralement. Ainsi, le refoulement est parfois d\u00e9crit par Freud comme un simple d\u00e9tournement de l\u2019attention; il le compare aussi au fait de d\u00e9tourner le nez de quelque source d\u2019odeur d\u00e9sagr\u00e9able. Dans le r\u00eave, quelque chose est d\u00e9sagr\u00e9able tout abord parce qu\u2019elle <em>n\u2019agr\u00e9e<\/em> <em>pas<\/em> au souhait de dormir du moi. Le jugement qui appara\u00eet dans un second temps comme condamnation morale n\u2019est pas absent, mais le moi inhibe et censure pour justement ne pas avoir \u00e0 exercer ce jugement qui, pour \u00eatre pleinement assum\u00e9, n\u00e9cessiterait\u2026 le r\u00e9veil. Or comment Freud d\u00e9finira-t-il parfois le refoulement? Comme \u00ab&nbsp;un moyen terme entre fuite et jugement de condamnation&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-1947-4' id='fnref-1947-4' onclick='return fdfootnote_show(1947)'>4<\/a><\/sup> Cette expression de \u00ab&nbsp;moyen terme&nbsp;\u00bb nous dit bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un jugement (ou d\u2019une fuite) au plein sens du terme. Ce qui est d\u2019autant plus vrai dans le r\u00eave, o\u00f9 la fuite est hors de question, mais le plein jugement n\u2019est pas possible non plus puisque comme nous le verrons plus tard (Chap. VI), le r\u00eave&nbsp;\u00ab&nbsp;ne pense ni ne calcule, ne juge absolument pas, mais se borne \u00e0 ceci: donner une autre forme&nbsp;\u00bb (p. 558).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce caract\u00e8re impersonnel des processus oniriques devrait \u00eatre constamment gard\u00e9 pr\u00e9sent. Comme pour d\u2019autres choses, il serait plus exact de dire \u201cIl a \u00e9t\u00e9 r\u00eav\u00e9 que\u2026\u201d, plut\u00f4t que \u201cJ\u2019ai r\u00eav\u00e9 que\u2026\u201d; mais, une fois de plus, on ne saurait exiger une telle rigueur th\u00e9orique dans l\u2019expression quotidienne. Cependant, il est bon, en tant qu\u2019analystes, de rester en contact avec cette conception, ce qui aura des cons\u00e9quences pratiques tr\u00e8s directes sur le \u201cmaniement\u201d de l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la suite du chapitre Freud discute des diverses combinaisons possibles entre souhaits infantiles et sensations actuelles; une sorte de jeu d\u2019alliances o\u00f9 la sensation somatique d\u2019oppression respiratoire, par exemple, peut servir fort opportun\u00e9ment \u00e0 repr\u00e9senter le d\u00e9plaisir qui reviendrait \u00e0 la pr\u00e9sence du souhait refoul etc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D- Les r\u00eaves typiques<\/strong><br>Le chapitre se conclut sur cette section en abordant la question des r\u00eaves \u201cque presque tout un chacun a r\u00eav\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on et dont nous admettons habituellement qu\u2019ils ont aussi chez chacun la m\u00eame signification.\u201d (p. 280) Ces r\u00eaves semblent donc faire exception \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale selon laquelle \u201cnous ne sommes pas en mesure d\u2019interpr\u00e9ter le r\u00eave d\u2019un autre\u201d \u00e0 moins celui-ci nous communique ses pens\u00e9es incidentes et donc nous ouvre la voie vers \u201cles pens\u00e9es inconscientes qui se trouvent derri\u00e8re le contenu [manifeste] du r\u00eave\u201d (<em>ibid.<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00eaves de ce type semblent embarrasser Freud, du moins dans un premier temps, puisqu\u2019ils semblent contredire les id\u00e9es que la m\u00e9thode d\u00e9velopp\u00e9e jusqu\u2019ici a permis de mettre de l\u2019avant. Ici, apparemment, les associations du r\u00eaveur ne serviraient de rien\u2026 Et je dois dire que l\u2019attitude de Freud face \u00e0 ces r\u00eaves m\u2019\u00e9tonne parce que dans le fond, il n\u2019y a rien dans ces r\u00eaves qui me semble contredire les lois g\u00e9n\u00e9rales d\u00e9gag\u00e9es jusqu\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, tous les exemples que Freud donne illustrent soit que le r\u00eave correspond \u00e0 des exp\u00e9riences typiques auxquelles chacun fut r\u00e9ellement expos\u00e9 (ex. nudit\u00e9 enfantine, rivalit\u00e9 fraternelle), soit qu\u2019il y a moyen, par les associations du r\u00eaveur, de comprendre que la situation typique sert \u00e0 masquer les motifs particuliers (r\u00eave d\u201dexamen) o\u00f9 ne manque pas de jouer l\u2019effet de l\u2019apr\u00e8s-coup. Autrement dit, les r\u00eaves ont beau \u00eatre typiques, le moment et les circonstances de leur de leur survenue restent strictement personnelles et se pr\u00eatent au travail d\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019on peut \u00e9tablir plus g\u00e9n\u00e9ralement est que ces r\u00eaves traduisent l\u2019appartenance du r\u00eaveur \u00e0 un vaste ensemble culturel o\u00f9 certains \u00e9l\u00e9ments d\u2019exp\u00e9rience sont pratiquement universels. Aussi, sera-t-on moins \u00e9tonn\u00e9s de constater que c\u2019est dans cette section sur les r\u00eaves typiques que Freud introduit sa th\u00e9orie du complexe d\u2019\u0152dipe comme \u00e9l\u00e9ment commun \u00e0 toute un section de l\u2019humanit\u00e9, dont on retrouve l\u2019\u00e9cho quelque peu d\u00e9form\u00e9 dans la c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce <em>Hamlet<\/em> de Shakespeare. Autrement dit, il faut se souvenir que ce qu\u2019il y a de \u201ctypique\u201d dans ces r\u00eaves, ce sont les \u201cmoyens de pr\u00e9sentation\u201d, c&rsquo;est-\u00e0-dire les images et situations qui servent \u00e0 former le contenu manifeste. Ces images et situations ne peuvent venir que du contexte social et culturel propre \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, et on ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas que ces r\u00eaves se ressemblent peu importe qui les a faits. Reste qu\u2019ils ne nous \u00e9pargnent pas de la t\u00e2che de les analyser en nous demandant pourquoi ce r\u00eave-l\u00e0 \u00e0 ce moment particulier et de quels apr\u00e8s-coups il sont le produit. La temporalit\u00e9, une fois de plus, se propose comme la dimension la plus susceptible de nous ouvrir des pistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-1947'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-1947-1'> Le livre est accessible par chapitres s\u00e9par\u00e9s sur Cairn.info. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1947-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1947-2'> Sauf peut-\u00eatre dans le cas des r\u00eaves r\u00e9p\u00e9titifs des n\u00e9vroses post-traumatiques graves o\u00f9 le contenu r\u00e9p\u00e9t\u00e9 en r\u00eave correspond grosso modo aux sc\u00e8nes traumatisantes v\u00e9cues. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1947-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1947-3'> <em>Projet, <\/em> in <em>Lettres \u00e0 Wilhelm Fliess, 1887-1904<\/em>, Paris, PUF, 2006, p. 632. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1947-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1947-4'> Freud (1915), \u00ab&nbsp;Le refoulement \u00bb, OCP, vol. XIII, p. 191. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1947-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9minaire Penser avec Freud Ann\u00e9e 2021-2022 Relire L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00eave Mat\u00e9riel et sources du r\u00eave Dominique Scarfone Obtenir la version .pdf Au chapitre V, Freud commence par rappeler qu\u2019il peut consid\u00e9rer comme acquises dans la litt\u00e9rature trois caract\u00e9ristiques de la m\u00e9moire du r\u00eave, telle qu\u2019elle nous appara\u00eet dans le contenu manifeste: Puis il introduit quelques<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1947\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a039- MAT\u00c9RIEL ET SOURCES DU R\u00caVE\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1947","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1947","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1947"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1947\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2190,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1947\/revisions\/2190"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1947"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1947"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1947"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}