{"id":1635,"date":"2021-01-31T09:14:22","date_gmt":"2021-01-31T14:14:22","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1635"},"modified":"2023-08-13T11:09:54","modified_gmt":"2023-08-13T15:09:54","slug":"34-la-double-liaison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1635","title":{"rendered":"34- LA DOUBLE LIAISON"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>S\u00e9minaire <em>Penser avec Freud<\/em>, Ann\u00e9e 2020-2021<br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>APPROCHES DU QUANTITATIF: L\u2019INVESTISSEMENT ET LE PR\u00c9CONSCIENT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>La double liaison<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il s\u2019agit<\/span> ici v\u00e9rifier si la bi-directionnalit\u00e9 que nous avons attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019investissement (voir 22A) peut nous aider \u00e0 penser ce que serait un \u00ab&nbsp;investissement dans\/par l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb. Pour cela il faut d\u2019une part tenir pr\u00e9sent le mod\u00e8le traductif du refoulement. D\u2019autre part, on pourrait trouver commode de penser que, selon ce qu\u2019on a vu dans Freud, il y a non pas un, mais deux inconscients. \u00c9videmment, \u00ab&nbsp;deux inconscients&nbsp;\u00bb, c\u2019est curieux comme id\u00e9e, sans compter que ces distinctions ne sont \u00e0 vrai dire pas n\u00e9cessaires pour ce qui concerne l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de l\u2019analyse. L\u00e0, comme Freud le dit bien dans la citation que je rapporte un peu plus bas, tout se pr\u00e9sente <em>comme du pr\u00e9-conscient<\/em>. La notion de \u00ab&nbsp;deux inconscients&nbsp;\u00bb ne vise qu\u2019\u00e0 mettre un peu plus de clart\u00e9 \u00e0 propos de la quantit\u00e9, notion qui reste opaque mais dont on a vu qu\u2019on peut difficilement l\u2019ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9cisons tout de suite que ces deux inconscients sont de fait ins\u00e9parables, qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ils n\u2019en font qu\u2019un ou, en tout cas, qu\u2019il faut les penser en m\u00eame temps, puisque, comme on le verra, ils se pr\u00e9sentent <em>comme un seul mouvement<\/em> <em>psychique<\/em>. Nous ne les s\u00e9parons que pour le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une conception plus claire de ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous dans notre travail, mais en nous rappelant que l\u2019inconscient au sens strict est inconnaissable, n\u2019est qu\u2019une hypoth\u00e8se, et que ne se pr\u00eate \u00e0 notre exp\u00e9rience analytique que ce qui est \u00ab&nbsp;couvert&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;habill\u00e9&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;d\u00e9guis\u00e9&nbsp;\u00bb et qui rel\u00e8ve du <em>Pcs-Cs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Citons donc Freud:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ici, il peut bien nous sembler avantageux de confronter au mode de consid\u00e9ration montant \u00e0 partir de l\u2019<em>Ics<\/em>, utilis\u00e9 jusque-l\u00e0, un autre proc\u00e9dant de la conscience. Face \u00e0 la conscience, toute la somme des processus psychiques vient se poser comme \u00e9tant l\u2019empire du pr\u00e9conscient.&nbsp;\u00bb (S. Freud, (1915), L\u2019inconscient, <em>O.C.F.P. <\/em>vol. XIII, p. 230.)<\/p>\n\n\n\n<p>Freud semble dire: on a jusqu\u2019ici regard\u00e9 les choses de bas en haut, de l\u2019<em>Ics<\/em> <em>en<\/em> <em>montant<\/em>, maintenant regardons-les de haut en bas, <em>en descendant<\/em> \u00e0 partir de la conscience. Cela peut sembler aller de soi, sauf qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 <em>ce ne sont pas l\u00e0 deux modes d\u2019observation \u00e9quivalents.<\/em> En r\u00e9alit\u00e9 nous ne pouvons regarder les choses <em>qu\u2019\u00e0 partir de la conscience.<\/em> L\u2019autre mode, \u00e0 partir de l\u2019<em>Ics, <\/em>est hypoth\u00e9tique, c\u2019est une inf\u00e9rence faite elle aussi \u00e0 partir de la conscience. Ce qui signifie au moins deux choses:<br>1- comme d\u00e9j\u00e0 dit, nous n\u2019avons pas d\u2019autre acc\u00e8s \u00e0 l<em>\u2019Ics<\/em> que par l\u2019exp\u00e9rience que nous procure la fr\u00e9quentation du <em>Pcs-Cs<\/em>; celui-ci, comme on a vu, est le lieu o\u00f9 se manifeste l\u2019<em>incidence<\/em> de l\u2019<em>Ics <\/em>(avec les d\u00e9formations, d\u00e9guisements etc.).<br>2- cela n\u2019implique aucunement que Freud donne cong\u00e9 \u00e0 l\u2019<em>Ics<\/em>, bien au contraire. Les choses deviennent plus claires dans le reste de la citation:<br>\u00ab&nbsp;Une tr\u00e8s grande part de ce pr\u00e9conscient est issue de l\u2019inconscient, a le caract\u00e8re des rejetons de celui-ci, et est soumise \u00e0 une censure avant de pouvoir devenir consciente. Une autre part du <em>Pcs<\/em> est, sans censure, capable de devenir consciente.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<br>Il y a donc une \u00ab&nbsp;censure&nbsp;\u00bb emp\u00eachant une part du <em>Pcs<\/em> de devenir consciente. C\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral de cela que nous faisons l\u2019exp\u00e9rience en s\u00e9ance, et c\u2019est cela qui fait dire au patient, lorsque cette censure est lev\u00e9e: \u00ab&nbsp;Je l\u2019ai \u00e0 vrai dire toujours su, simplement je n\u2019y ai pas pens\u00e9&nbsp;\u00bb. <sup class='footnote'><a href='#fn-1635-1' id='fnref-1635-1' onclick='return fdfootnote_show(1635)'>1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Toute la question est de concevoir comment se produit cette censure, surtout si nous \u00e9liminons d\u2019embl\u00e9e tout recours \u00e0 l\u2019<em>homunculus<\/em>, \u00e0 ce \u00ab&nbsp;courtier&nbsp;\u00bb dont nous nous sommes d\u00e9barrass\u00e9s dans un chapitre pr\u00e9c\u00e9dent. Freud va r\u00e9pondre \u00e0 cette question, mais avec une formule qui n\u2019est pas imm\u00e9diatement transparente. Je poursuis donc la citation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Nous arrivons ici \u00e0 une contradiction avec une hypoth\u00e8se ant\u00e9rieure. Dans notre fa\u00e7on de consid\u00e9rer le refoulement, nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de placer entre les syst\u00e8mes <em>Ics<\/em> et <em>Pcs <\/em>la censure qui d\u00e9cide du devenir conscient. Maintenant se pose \u00e0 nous la censure entre <em>Pcs <\/em>et <em>Cs. <\/em> Nous ferons bien cependant de ne pas voir dans cette complication une difficult\u00e9, mais au contraire <em>d\u2019admettre qu\u2019\u00e0 tout passage d\u2019un syst\u00e8me au syst\u00e8me imm\u00e9diatement sup\u00e9rieur, donc \u00e0 tout progr\u00e8s vers un stade sup\u00e9rieur d\u2019organisation psychique, correspondrait une nouvelle censure<\/em>.&nbsp;\u00bb (L\u2019Inconscient, <em>op. cit.<\/em> p. 230, italiques ajout\u00e9s par moi.)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conclusion \u00e0 laquelle arrive Freud pourrait sembler toute nouvelle, mais il n\u2019en est rien. Nous retrouvons ici, avec d\u2019autres mots, la description d\u2019un mod\u00e8le qui devrait d\u00e9sormais nous \u00eatre familier, <em>le mod\u00e8le traductif de la \u00ab&nbsp;lettre 52&nbsp;\u00bb<\/em> (eh oui, encore elle&nbsp;!). Je rappelle que ce mod\u00e8le comporte l\u2019id\u00e9e que toute traduction ou transcription d\u2019un syst\u00e8me \u00e0 l\u2019autre produit <em>du m\u00eame coup <\/em>une inscription du c\u00f4t\u00e9 de la signification (du moi, si l\u2019on veut) <em>et<\/em> un refoulement (ici appel\u00e9 \u00ab&nbsp;censure&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Vous voyez donc que nous avons affaire \u00e0 une constante chez Freud, qui est celle du mod\u00e8le traductif, m\u00eame si ce mod\u00e8le n\u2019est pas mentionn\u00e9. Constante \u00e0 garder \u00e0 l\u2019esprit, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette autre constante que nous avons d\u00e9gag\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, la bi-directionnalit\u00e9 de l\u2019investissement o\u00f9 l\u2019on peut tout aussi bien concevoir une quantit\u00e9 investie dans une repr\u00e9sentation, qu\u2019une repr\u00e9sentation <em>rev\u00eatant<\/em> une quantit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut discuter si censure et refoulement d\u00e9signent exactement la m\u00eame chose. Ma position l\u00e0-dessus serait que \u00ab&nbsp;censure&nbsp;\u00bb sert \u00e0 d\u00e9signer ce qui est \u00e9prouv\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue: quelque chose devient accessible \u00e0 la parole, \u00e0 la conscience, et nous r\u00e9alisons que jusque l\u00e0 cet acc\u00e8s \u00e9tait bloqu\u00e9. Dans l\u2019apr\u00e8s-coup de cet acc\u00e8s retrouv\u00e9 on a le sentiment que l\u2019obstacle qui se mettait en travers op\u00e9rait comme la censure (politique ou morale) qui prive les citoyens de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certains textes, \u00e0 certaines images. Le mot \u00ab&nbsp;censure&nbsp;\u00bb semble donc plus pr\u00e8s de l\u2019exp\u00e9rience. Le mot \u00ab&nbsp;refoulement&nbsp;\u00bb, quant \u00e0 lui, est plus \u00ab&nbsp;technique&nbsp;\u00bb; il d\u00e9crit encore et toujours ce que Freud a con\u00e7u dans la \u00ab&nbsp;lettre 52&nbsp;\u00bb&nbsp;: un \u00e9chec partiel de traduction, \u00e9chec quand m\u00eame contemporain de la part r\u00e9ussie de la traduction. Or qu\u2019est-ce qu\u2019une traduction permet? Elle permet le \u00ab&nbsp;<em>passage d\u2019un syst\u00e8me au syst\u00e8me imm\u00e9diatement sup\u00e9rieur<\/em>&nbsp;\u00bb dont parle Freud dans la citation plus haut. <sup class='footnote'><a href='#fn-1635-2' id='fnref-1635-2' onclick='return fdfootnote_show(1635)'>2<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le texte que nous suivons ici Freud ne mentionne pas la traduction, et on ne lui en voudra pas puisque nous avons vu que ce terme risque de nous donner une id\u00e9e trop \u00ab&nbsp;linguistique&nbsp;\u00bb du ph\u00e9nom\u00e8ne. Or il ne s\u2019agit pas de linguistique. Lors du passage de la quantit\u00e9 \u00e0 la complexit\u00e9, de la chose inconsciente \u00e0 la repr\u00e9sentation pr\u00e9consciente, l\u2019ajout de la pr\u00e9sentation de mot \u00e0 l\u2019\u00abautre-chose\u00bb inconscient n\u2019est pas \u00e0 proprement parler une traduction, dans aucun des trois modes traductifs pos\u00e9s par Jakobson (intralinguistique, interlinguistique et inters\u00e9miotique). Cet ajout est \u00e0 concevoir, comme nous l\u2019avons souvent propos\u00e9, en termes d\u2019habillage, de couverture d\u2019un syst\u00e8me par un autre, ce qui comporte aussi d\u00e9formation. Il s\u2019agit de donner une forme \u00e0 de l\u2019informe. Ce n\u2019est pas ce qu\u2019on entend habituellement par traduction\u2026 Comme vous savez, il me semble pr\u00e9f\u00e9rable et plus juste de parler de <em>transduction<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 la conclusion de Freud, voulant \u00ab&nbsp;qu\u2019\u00e0 tout passage d\u2019un syst\u00e8me au syst\u00e8me imm\u00e9diatement sup\u00e9rieur, donc \u00e0 tout progr\u00e8s vers un stade sup\u00e9rieur d\u2019organisation psychique, correspondrait une nouvelle censure.&nbsp;\u00bb La notion de \u00ab&nbsp;deuxi\u00e8me censure&nbsp;\u00bb ne s\u2019applique que si on s\u2019en tient de mani\u00e8re stricte \u00e0 un mod\u00e8le tripartite <em>Ics-Pcs-Cs.<\/em> Mais si nous relisons le passage o\u00f9 Freud parle du <em>Pcs<\/em>, dont une part est issue de l\u2019inconscient et une autre part est imm\u00e9diatement capable de conscience, on s\u2019aper\u00e7oit que le <em>Pcs<\/em> lui-m\u00eame doit \u00eatre stratifi\u00e9; qu\u2019il y a <em>en son sein m\u00eame<\/em> des \u00ab&nbsp;progr\u00e8s vers un stade sup\u00e9rieur d\u2019organisation psychique&nbsp;\u00bb. La simple tripartition est juste en gros, mais elle ne dit pas tout. Dans la pratique, ne voyons-nous pas d\u2019une s\u00e9ance \u00e0 l\u2019autre une repr\u00e9sentation qui \u00e9tait pr\u00e9sente hier, \u00eatre aujourd\u2019hui devenue inaccessible, puis pouvant \u00eatre retrouv\u00e9e par un travail analytique qui lutte contre la \u00ab&nbsp;force d\u2019attraction&nbsp;\u00bb (Pontalis) qu\u2019exerce la chose inconsciente&nbsp;? Comment s\u2019exerce cette force d\u2019attraction? Entre sans doute en jeu le fait que la repr\u00e9sentation s\u2019av\u00e8re discordante et ne parvient pas \u00e0 se lier \u00e0 la cha\u00eene complexe des repr\u00e9sentations qui forment le moi. Pourtant, on peut la retrouver, ce qui nous donne le sentiment que l\u2019<em>Ics<\/em> est finalement \u00ab&nbsp;intelligent&nbsp;\u00bb, voire \u00ab&nbsp;structur\u00e9&nbsp;\u00bb. Mais il me semble plus appropri\u00e9 de penser que nous avions l\u00e0 une repr\u00e9sentation pr\u00e9consciente quoique devant encore trouver le mode sur lequel elle peut se lier doublement \u00e0 la cha\u00eene des frayages du moi accessibles pour la conscience (voir plus bas, la section II).<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble donc bien vrai que tout le travail d\u2019analyse se d\u00e9roule dans le champ que nous appelons <em>Pcs<\/em>, dans le syst\u00e8me pr\u00e9conscient, mais un <em>Pcs<\/em> qui est lui-m\u00eame un syst\u00e8me non-homog\u00e8ne, c&rsquo;est-\u00e0-dire dont l\u2019organisation est complexe du fait que certaines parties sont li\u00e9es plus durablement, tandis que d\u2019autres flottent encore dans l\u2019orbite du noyau coh\u00e9rent du moi, mais ne s\u2019y rattachent pas ais\u00e9ment. C\u2019est dans le <em>Pcs<\/em> ainsi con\u00e7u que le syst\u00e8me psychique pens\u00e9 par Freud vers 1915 est plus complexe que le mod\u00e8le tripartite officiel (<em>alias<\/em> la premi\u00e8re topique) ne le laisserait croire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les analystes psychosomaticiens de l\u2019\u00c9cole de Paris (Marty, Fain, de M\u2019Uzan, David) donnaient une importance capitale au pr\u00e9conscient, \u00e0 sa richesse, \u00e0 son \u00ab&nbsp;\u00e9paisseur&nbsp;\u00bb plus ou moins grande, \u00e0 son efficacit\u00e9 en termes de mentalisation. Or ces m\u00eames auteurs ont d\u00e9velopp\u00e9 leurs conceptions principalement \u00e0 partir du point de vue \u00e9conomique, c&rsquo;est-\u00e0-dire du destin de la quantit\u00e9. Cela n\u2019est probablement pas un hasard.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai parl\u00e9, au d\u00e9but de ce chapitre, de \u00ab&nbsp;deux inconscients&nbsp;\u00bb \u00e0 penser en simultan\u00e9. De ces deux inconscients, on peut dire que l\u2019un est un \u00ab&nbsp;inconscient qui parle&nbsp;\u00bb (pourrait-on dire: qui <em>ex<\/em>-iste?) et l\u2019autre un \u00ab&nbsp;inconscient qui ne parle pas&nbsp;\u00bb (mais qui <em>in<\/em>-siste?) (voir 22B). L\u2019inconscient qui ne parle pas, c\u2019est le domaine des traces, des indices \u00e9vanescents, r\u00e9sultant du rapport tra(ns)ductif avec la Chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire la part fonci\u00e8rement \u00e9trang\u00e8re et jamais totalement traduisible. C\u2019est l\u2019inconscient radical, en tant que source pulsionnelle, qui ne peut \u00eatre \u00ab&nbsp;connu&nbsp;\u00bb qu\u2019\u00e0 travers la d\u00e9formation port\u00e9e \u00e0 notre connaissance gr\u00e2ce \u00e0 des formes qui ne seront jamais que des images, des habillages <sup class='footnote'><a href='#fn-1635-3' id='fnref-1635-3' onclick='return fdfootnote_show(1635)'>3<\/a><\/sup>. Mais ces formes ainsi cr\u00e9\u00e9es, et toujours-d\u00e9j\u00e0 d\u00e9form\u00e9es, rien ne dit qu\u2019elles s\u2019agglutineraient sans probl\u00e8me au syst\u00e8me Pcs-Cs. Freud, dans son texte \u00ab&nbsp;L\u2019inconscient&nbsp;\u00bb (1915) parle au contraire d\u2019\u00eatres <em>hybrides<\/em>, dont la <em>forme<\/em> est pr\u00e9-consciente mais qui appartiennent <em>de fait<\/em> \u00e0 l\u2019inconscient. Qu\u2019est-ce \u00e0 dire?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La double liaison<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant de nous avancer dans la discussion de ce point, faisons une autre remarque qui concerne la liaison dans le <em>Pcs-cs<\/em>. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 souligner que l\u2019appartenance au syst\u00e8me <em>Pcs-cs<\/em> suppose une liaison au moins double, voire plus complexe encore. Pour bien rendre cette id\u00e9e, revenons \u00e0 la double direction dans laquelle on peut voir travailler l\u2019investissement: soit \u00ab&nbsp;remplissage&nbsp;\u00bb d\u2019une repr\u00e9sentation par une quantit\u00e9; soit \u00ab&nbsp;habillage&nbsp;\u00bb d\u2019une quantit\u00e9 par une repr\u00e9sentation. Cette double directionnalit\u00e9 de l\u2019investissement est importante en ce qu\u2019elle nous permet de penser que le <em>d\u00e9sinvestissement<\/em> aussi peut se faire d\u2019au moins deux fa\u00e7ons: par <em>soustraction<\/em> d\u2019une quantit\u00e9 de libido qui \u00e9tait investie dans la repr\u00e9sentation, ou alors par \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9shabillage<\/em>&nbsp;\u00bb, si l\u2019on peut dire, lorsqu\u2019une repr\u00e9sentation est perdue de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela peut sembler un exercice de pure forme, mais je crois que ce n\u2019est pas le cas. Je m\u2019explique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022Le refoulement du type \u00ab&nbsp;par retrait de libido&nbsp;\u00bb est peut-\u00eatre le plus pr\u00e8s de l\u2019exp\u00e9rience clinique. Dans <em>l\u2019obsessionalit\u00e9, <\/em>par exemple, (n\u00e9vrose obsessionnelle, caract\u00e8re obsessionnel), les repr\u00e9sentations semblent \u00e0 port\u00e9e de main, elles peuvent \u00eatre nomm\u00e9es, pourtant elles n\u2019ont pas l\u2019impact affectif qu\u2019on attendrait d\u2019elles. Notons que la quantit\u00e9 de libido s\u2019exprime quand m\u00eame, mais ce n\u2019est pas en tant que li\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation ; c\u2019est plut\u00f4t dans la <em>compulsion<\/em>, dans la <em>r\u00e9p\u00e9tition; <\/em> autrement dit, c\u2019est <em>dans l\u2019obsessionalit\u00e9 elle-m\u00eame<\/em> qu\u2019on la retrouve. On dirait que la compulsion obsessionnelle se produit justement parce que la libido n\u2019arrive pas \u00e0 s\u2019accrocher \u00e0 une repr\u00e9sentation (ou inversement, qu\u2019aucune repr\u00e9sentation ne parvient \u00e0 lier la libido da fa\u00e7on \u00e0 la conduire vers un destin&nbsp;<span style=\"font-size: 15pt;\">\u2013 que ce soit<\/span> de d\u00e9charge, de symbolisation, de sublimation etc.) On peut dire par cons\u00e9quent qu\u2019ici la quantit\u00e9 \u00ab&nbsp;insiste&nbsp;\u00bb : elle se <em>re<\/em>-pr\u00e9sente au moi qui s\u2019en d\u00e9fend par des m\u00e9canismes visant \u00e0 rendre inop\u00e9rante la dite repr\u00e9sentation : formations r\u00e9actionnelles, annulations r\u00e9troactives, isolation etc. Les rituels obsessionnels sont donc des <em>efforts<\/em> de d\u00e9charge, voire de symbolisation, mais des <em>efforts inachev\u00e9s<\/em> et qu\u2019il faudra bient\u00f4t recommencer\u2026 d\u2019o\u00f9 un nouveau cycle de r\u00e9p\u00e9tition.<br>\u2022\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, le refoulement du type \u00ab&nbsp;par&nbsp;d\u00e9faut de repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb est plus caract\u00e9ristique des <em>n\u00e9vroses actuelles.<\/em> Pensons ici \u00e0 la n\u00e9vrose d\u2019angoisse, quand survient l\u2019attaque de panique o\u00f9 s\u00e9vit une angoisse pure avec absence de repr\u00e9sentation associ\u00e9e, except\u00e9 celle qui viendra apr\u00e8s coup, du genre \u00ab&nbsp;je croyais que j\u2019allais mourir, ou devenir fou\u2026&nbsp;\u00bb etc. Dans les n\u00e9vroses actuelles le manque de repr\u00e9sentation peut-\u00eatre \u00e9pisodique, comme dans ces attaques de panique que nous venons d\u2019\u00e9voquer, ou plus durable, comme dans la <em>d\u00e9pression essentielle<\/em><sup class='footnote'><a href='#fn-1635-4' id='fnref-1635-4' onclick='return fdfootnote_show(1635)'>4<\/a><\/sup>. <em>L\u2019hypocondrie<\/em>, que Freud a introduit plus tardivement parmi les n\u00e9vroses actuelles, me semble se situer \u00e0 mi-chemin entre la n\u00e9vrose d\u2019angoisse et les psychon\u00e9vroses&nbsp;: la pr\u00e9occupation hypocondriaque tente de donner une forme, un visage \u00e0 l\u2019angoisse, mais la fixation sur une forme particuli\u00e8re est assez labile, changeante (on peut parler plut\u00f4t de <em>nosophobie<\/em>).<br>\u2022Entre ces p\u00f4les extr\u00eames, <em>l\u2019hyst\u00e9rie,<\/em> se pr\u00e9sentant elle-m\u00eame sous deux formes (hyst\u00e9rie d\u2019angoisse et hyst\u00e9rie de conversion), pr\u00e9sente un autre profil. Dans ses deux formes, elle comporte un retrait, une censure de la repr\u00e9sentation inacceptable, mais celle-ci est aussit\u00f4t remplac\u00e9e par une repr\u00e9sentation substitutive : soit une sc\u00e8ne phobique (hyst\u00e9rie d\u2019angoisse, n\u00e9vrose phobique), soit une conversion dans une partie du corps (hyst\u00e9rie de conversion). Souvenons-nous cependant que pour Freud, l\u2019aspect compulsif est une caract\u00e9ristique essentielle \u00e0 <em>toute<\/em> n\u00e9vrose.<br>\u2022Dans la <em>psychose<\/em>, on invoque classiquement une rupture avec la r\u00e9alit\u00e9, mais il est \u00e9vident que lorsque cette rupture a lieu, le moi ne reste pas lui-m\u00eame intact. Il y a rupture du moi lui-m\u00eame. Dans la ligne de pens\u00e9e suivie jusqu\u2019ici, on pourrait dire qu\u2019il y a <em>perte de la repr\u00e9sentation d\u2019une part importante du moi<\/em>, ce qui nous rappelle que le moi est au fond <em>lui-m\u00eame une repr\u00e9sentation<\/em> <em>investie de libido<\/em>. Cela ne devrait pas nous surprendre si nous pensons \u00e0 la mani\u00e8re dont Freud th\u00e9orise le moi dans le <em>Projet<\/em> (section 14, p. 631): un r\u00e9seau de neurones bien fray\u00e9s et <em>investis<\/em> de fa\u00e7on durable. Dans <em>Pour introduire le narcissisme<\/em> (1914) Freud d\u00e9finit le narcissisme comme <em>amour port\u00e9<\/em> <em>\u00e0 l\u2019image de soi<\/em>. Les sentiments de d\u00e9personnalisation et de d\u00e9r\u00e9alisation qui sont caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9closion d\u2019une psychose sugg\u00e8rent aussi qu\u2019une fa\u00e7on de concevoir le moi serait d\u2019y voir une auto-repr\u00e9sentation libidinalement investie. Ce qui dans la psychose m\u00e8ne \u00e0 la rupture avec le monde ext\u00e9rieur c\u2019est une grave atteinte narcissique qui, en causant une h\u00e9morragie libidinale brise aussi le moi. Je renvoie aussi \u00e0 ce que nous avons vu il y a quelques temps chez Aulagnier, pour qui le je est un discours (et donc une repr\u00e9sentation) du je sur le je\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc le pont dont nous avions besoin pour parler de la double liaison dans le syst\u00e8me <em>Pcs-cs<\/em> (le moi). Pour constituer un r\u00e9seau, un assemblage de \u00ab&nbsp;neurones&nbsp;\u00bb (repr\u00e9sentations) bien fray\u00e9s entre eux et investis durablement il faut au moins deux choses :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022pour l\u2019aspect <em>investissement<\/em> il faut que chaque \u00ab&nbsp;neurone&nbsp;\u00bb (repr\u00e9sentation) soit investi (rempli) d\u2019une quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie, ce qui constitue la premi\u00e8re forme de liaison: appelons-la \u00ab&nbsp;liaison repr\u00e9sentation-quantit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;R-q&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">R<\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">|<\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">q<\/h1>\n\n\n\n<p>\u2022pour l\u2019aspect <em>frayage<\/em>, il faut que les neurones (repr\u00e9sentations) soient li\u00e9s <em>entre eux<\/em>, ce qui constitue la seconde liaison, ou \u00ab&nbsp;liaison repr\u00e9sentation-repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;R-R&nbsp;\u00bb). Celle-ci n\u2019est jamais unique puisqu\u2019une repr\u00e9sentation ne vent jamais sous forme isol\u00e9e. Si nous suivons l\u2019id\u00e9e de Freud que toute repr\u00e9sentation a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 perception, alors il faut aussi consid\u00e9rer que nous ne percevons pas les choses une \u00e0 une, s\u00e9par\u00e9ment, mais comme un tout que nos diverses modalit\u00e9s sensorielles subdivisent ensuite en divers attributs ou qualit\u00e9s. Or ces attributs ne peuvent \u00eatre per\u00e7us que dans la diff\u00e9rence entre eux, diff\u00e9rence qui, pour \u00eatre diff\u00e9rence, signifie aussi un lien de contraste, pourrait-on dire, entre elles (p.ex. je ne peux pas juger que le rouge <em>diff\u00e8re<\/em> du vert si je ne con\u00e7ois pas un lien quelconque qui justifie que je les compare; ex. j\u2019ai dans les deux cas trac\u00e9 une ligne avec un crayon de couleur; les deux me donnent une exp\u00e9rience visuelle, etc.) Une repr\u00e9sentation ne vient donc jamais seule, et cela devrait nous \u00eatre d\u00e9j\u00e0 familier puisque nous notons, \u00e0 travers ce s\u00e9minaire, combien les concepts psychanalytiques (qui \u00e0 la base sont des fa\u00e7ons de nous repr\u00e9senter les choses) ne viennent pas non plus isol\u00e9ment. Nous avons ainsi parl\u00e9 de groupes ou \u00ab&nbsp;grappes&nbsp;\u00bb conceptuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>La double liaison se fait au sein d\u2019un r\u00e9seau que, avec une na\u00efvet\u00e9 assum\u00e9e, nous illustrerions avec l\u2019image ci-dessous, \u00e9tant entendu que nous acceptons provisoirement de suivre Freud dans sa conception de 1895, o\u00f9 la quantit\u00e9 <em>circule<\/em> entre les repr\u00e9sentations. Nous aurons plus tard \u00e0 modifier ce point de vue, mais pour l\u2019instant repr\u00e9sentons-nous les choses comme suit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 12pt; color: #000000;\"><object data=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Doubleliaison-1-2020-01-11-09-14.pdf\" type=\"application\/pdf\" width=\"353\" height=\"289\"><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Doubleliaison-1-2020-01-11-09-14.pdf\">https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Doubleliaison-1-2020-01-11-09-14.pdf<\/a><\/object><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce diagramme, la seconde liaison \u2013&nbsp;qui n\u2019est autres que le <em>frayage<\/em> entre les repr\u00e9sentations (trait en pointill\u00e9s) \u2013&nbsp;r\u00e9sulte \u00e0 n\u2019en pas douter en une structure bien plus forte, bien plus stable&nbsp;: une repr\u00e9sentation renvoie \u00e0 une autre repr\u00e9sentation, et ainsi de suite, ce qui augmente la stabilit\u00e9 par le fait que la circulation entre les repr\u00e9sentations fait comme si plusieurs repr\u00e9sentations pouvaient prendre en charge la quantit\u00e9 et donc distribuer parmi elles, <em>dissiper<\/em> son \u00e9nergie. Une repr\u00e9sentation isol\u00e9e (un \u00ab&nbsp;neurone&nbsp;\u00bb du <em>Projet<\/em>) peut ou non rester li\u00e9e \u00e0 une quantit\u00e9, ou la quantit\u00e9 peut s\u2019en d\u00e9tacher. Mais dans une cha\u00eene de repr\u00e9sentations, le d\u00e9tachement de la quantit\u00e9 d\u2019une d\u2019entre elles ne la d\u00e9sinvestit pas compl\u00e8tement, vu son son lien aux autres repr\u00e9sentations; elle garde ainsi le contact avec la quantit\u00e9 de libido. On peut dire que comme syst\u00e8me de frayages, le moi poss\u00e8de ainsi une grande r\u00e9sonance interne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a plus : ce moi fait de neurones en r\u00e9seau, bien fray\u00e9s, devient un jour auto-r\u00e9flexif&nbsp;: c\u2019est le narcissisme. Un curieux r\u00e9sultat se profile alors. La double liaison que nous venons de d\u00e9crire fait en sorte que la quantit\u00e9 \u2013&nbsp;que l\u2019on peut imaginer li\u00e9e aux repr\u00e9sentations prises une \u00e0 une&nbsp;\u2013 se trouve du m\u00eame coup \u00ab&nbsp;mise en commun&nbsp;\u00bb par les diverses repr\u00e9sentations&nbsp;; elle est pour ainsi dire \u00ab&nbsp;embroch\u00e9e&nbsp;\u00bb de plusieurs c\u00f4t\u00e9s\u2026 Elle forme alors comme un tout, puisque ajouter de la quantit\u00e9 \u00e0 de la quantit\u00e9 ne comporte aucune diff\u00e9renciation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 12pt; color: #000000;\"><object data=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Doubleliaison-2-2020-12-11-09-14.pdf\" type=\"application\/pdf\" width=\"316\" height=\"191\"><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Doubleliaison-2-2020-12-11-09-14.pdf\">https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Doubleliaison-2-2020-12-11-09-14.pdf<\/a><\/object><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00ab&nbsp;mise en commun&nbsp;\u00bb et cet \u00ab&nbsp;embrochement&nbsp;\u00bb ont des cons\u00e9quences. D\u2019une part, s\u2019explique ainsi ce qui a conduit Freud \u00e0 d\u00e9clarer un jour le moi \u00ab&nbsp;grand r\u00e9servoir de libido&nbsp;\u00bb d\u2019o\u00f9 partent les investissements vers les objets. La quantit\u00e9 ainsi li\u00e9e, mise en commun et stabilis\u00e9e dans le moi, c\u2019est la <em>libido narcissique<\/em>. Mais en m\u00eame temps, cette quantit\u00e9 mise en commun est aussi la partie du moi qui reste <em>pr\u00e9-individuelle,<\/em> noyau sombre du moi lui-m\u00eame, masse d\u2019\u00e9nergie qui doit \u00eatre tenue \u00ab&nbsp;embroch\u00e9e&nbsp;\u00bb afin qu\u2019elle ne brise pas l\u2019organisation du moi; embrochement qui peut cependant rigidifier la structure. Cela se produit notamment en cas de menace au narcissisme. Le paradoxe est donc que plus le moi accumule de libido (i.e.plus grandit la quantit\u00e9 qui lui est li\u00e9e), plus il tend \u00e0 se rigidifier. Pour \u00e9viter la rigidit\u00e9 excessive, cette \u00e9nergie, cette quantit\u00e9, doit pouvoir circuler entre les repr\u00e9sentations; autrement dit la liaison au sein du moi doit \u00eatre assez fluide, <em>i.e.<\/em> il doit y avoir un jeu souple entre liaison et d\u00e9liaison. D\u2019une part la libido ne peut pas \u00eatre toute dissip\u00e9e, parce que cela signifierait la mort du moi. D\u2019autre part elle doit pouvoir \u00eatre <em>mobilis\u00e9e<\/em>, investie et d\u00e9sinvestie. Cette quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie doit donc \u00eatre capable de variations. de diminution et d\u2019accroissement, sans jamais toute dispara\u00eetre. La <em>m\u00e9ta-stabilit\u00e9<\/em> est la condition d\u2019existence du moi en tant que syst\u00e8me vivant. <sup class='footnote'><a href='#fn-1635-5' id='fnref-1635-5' onclick='return fdfootnote_show(1635)'>5<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Cela peut, \u00e0 nouveau, sembler tr\u00e8s abstrait, mais on peut trouver des r\u00e9sonances cliniques imm\u00e9diates. On peut, par ce moyen, se repr\u00e9senter ce que serait une double liaison insuffisante, et donc un circuit trop court de la quantit\u00e9, ce qui aboutit rapidement \u00e0 un besoin de d\u00e9charge (agirs et passages \u00e0 l\u2019acte). Pensons aussi \u00e0 ce que Freud appelait \u00ab&nbsp;stase libidinale&nbsp;\u00bb, corr\u00e9lative de la pathologie, par opposition \u00e0 une \u00e9laboration psychique, qui ne serait autre que la multiplication des liens R-R en des circuits de plus en plus complexes. Une figure, encore une fois bien na\u00efve, de cette complexification ressemblerait \u00e0 ceci:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 12pt; color: #000000;\"><object data=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Complexitedumoi-2020-01-11-09-14.pdf\" type=\"application\/pdf\" width=\"459\" height=\"267\"><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Complexitedumoi-2020-01-11-09-14.pdf\">https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Complexitedumoi-2020-01-11-09-14.pdf<\/a><\/object><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Le simplisme, in\u00e9vitable lorsqu\u2019on veut visualiser des processus psychiques complexes, nous oblige \u00e0 renoncer \u00e0 mettre en image tout ce que la cr\u00e9ation de ces liens multiples comporte de traduction, refus de traduction (refoulement), substitution, formation d\u2019id\u00e9al etc. Le but \u00e9tait ici de repr\u00e9senter un noyau du moi (cercle pointill\u00e9) constitu\u00e9 d\u2019un r\u00e9seau bien fray\u00e9 de repr\u00e9sentations R dont les liens, entre elles et avec la source Q, sont stables dans le temps. Autour de ce noyau peuvent ensuite venir s\u2019accrocher d\u2019autres repr\u00e9sentations(expansion du moi), d\u2019autres peuvent au contraire s\u2019en d\u00e9tacher (refoulement secondaire). Mais tous sont raccord\u00e9s \u00e0 une m\u00eame source pulsionnelle (Q). On peut m\u00eame se repr\u00e9senter sch\u00e9matiquement un clivage du moi, c&rsquo;est-\u00e0-dire la constitution de deux noyaux principaux pouvant coexister dans une \u00ab&nbsp;je sais bien, mais quand m\u00eame&nbsp;\u00bb\u2026 Cependant, l\u00e0 encore la source quantitative est n\u00e9cessairement commune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 12pt; color: #000000;\"><object data=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Expansiondumoi-2020-01-11-09-14.pdf\" type=\"application\/pdf\" width=\"529\" height=\"345\"><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Expansiondumoi-2020-01-11-09-14.pdf\">https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Expansiondumoi-2020-01-11-09-14.pdf<\/a><\/object><\/span><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais\u2026<br><\/strong>Nous constatons qu\u2019il est possible de travailler, m\u00eame graphiquement, avec les notions de quantit\u00e9 et de repr\u00e9sentation jusqu\u2019\u00e0 nous donner une\u2026 repr\u00e9sentation du moi et de sa \u00ab&nbsp;respiration&nbsp;\u00bb: expansion (introjection), r\u00e9tr\u00e9cissement (refoulement), clivage etc. Toutefois, nous faisons comme si nous savions ce que signifie le mot quantit\u00e9, ce \u00e0 quoi il renvoie. Bien s\u00fbr, on croit avancer un peu en disant \u00ab&nbsp;quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;quantit\u00e9 de libido&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;quantum d\u2019affect&nbsp;\u00bb\u2026 Et nous nous tirons d\u2019embarras en disant, par exemple, que nous employons le mot \u00ab&nbsp;\u00e9nergie&nbsp;\u00bb m\u00e9taphoriquement, que nous savons que la seule \u00e9nergie qui existe dans le corps humain est celle produite dans nos cellules, plus exactement dans le mitocondries, par la cha\u00eene complexe de r\u00e9actions chimiques qui se nomme \u00ab&nbsp;cycle de Krebs&nbsp;\u00bb. Un cycle dont chaque \u00ab&nbsp;tour&nbsp;\u00bb laisse \u00e9chapper des mol\u00e9cules d\u2019ATP (ad\u00e9nosine triphosphate), carburant essentiel du corps\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il reste que savoir cela, ne parler d\u2019\u00e9nergie que m\u00e9taphoriquement, dire comme Freud que \u00ab&nbsp;libido&nbsp;\u00bb sert \u00e0 d\u00e9signer, pour la vie sexuelle, ce que le mot \u00ab&nbsp;faim&nbsp;\u00bb d\u00e9signe pour la vie de nutrition (<em>Trois Essais\u2026<\/em>), cela ne nous met pas encore au clair, me semble-t-il. On en est encore \u00e0 invoquer la biologie, une biologie sans cons\u00e9quences, un savoir qui ne change rien \u00e0 nos affaires et qu\u2019on d\u00e9pose dans notre grenier \u00e0 id\u00e9es, sans plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Y a-t-il moyen de parler de la quantit\u00e9 <em>autrement<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire de mani\u00e8re op\u00e9rationnelle, utilisable?<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, quand nous sommes t\u00e9moins (ou vivons nous-m\u00eames) une attaque de panique, par exemple, nous sentons bien que quelque chose s\u2019agite; <em>idem<\/em> pour une crise de rage, ou, au contraire pour un ralentissement psychomoteur. Tout cela nous rappelle que \u00ab&nbsp;psych\u00e9 est corporelle&nbsp;\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Fran\u00e7oise Coblence en paraphrasant et explicitant la note de Freud, \u00ab&nbsp;Psych\u00e9 est \u00e9tendue&nbsp;\u00bb. De leur c\u00f4t\u00e9, les membres de l\u2019\u00c9cole psychosomatique de Paris ont bien propos\u00e9 une sorte d\u2019\u00e9tagement qui va du somatique \u00e0 la sublimation, en proposant que lorsque la psych\u00e9 n\u2019est pas en mesure d\u2019absorber le choc de l\u2019excitation \u00e0 travers le jeu complexe des \u00e9changes entre <em>Ics<\/em> et <em>Pcs-Cs<\/em>, alors, c\u2019est le soma qui \u00ab&nbsp;encaisse&nbsp;\u00bb. Tout cela nous dit que oui, il y a bien une seule \u00e9nergie, et elle est corporelle, et que finalement il s\u2019agit, au plan psychique, de travailler \u00e0 repr\u00e9senter afin de distribuer, dissiper cette \u00e9nergie en formes cr\u00e9atives. Ce travail de repr\u00e9sentation, ou de \u00ab&nbsp;mentalisation&nbsp;\u00bb, comme l\u2019on propos\u00e9 jadis les psychosomaticiens, aurait donc une fonction d\u2019<em>\u00e9laboration<\/em> et par l\u00e0-m\u00eame de <em>r\u00e9gulation<\/em> de l\u2019\u00e9nergie. R\u00e9gulation qui ne signifie pas l\u2019absence de pouss\u00e9es libidinales \u2013 provoquant excitation sexuelle ou au contraire angoisse, et pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 des \u00e9tats de d\u00e9personnalisation (voir de M\u2019Uzan)&nbsp;\u2013 mais signifiant une capacit\u00e9 de travail, de diff\u00e9renciation et d\u00e9diff\u00e9renciation, une <em>pulsation<\/em> continuelle des formes psychiques, se stabilisant puis se d\u00e9stabilisant, se r\u00e9organisant\u2026 Cela ne nous cependant pas vraiment donn\u00e9 plus d\u2019\u00e9clairage sur la quantit\u00e9 en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le moment, plut\u00f4t que poursuivre directement plus avant la tentative de \u00ab&nbsp;fixer&nbsp;\u00bb le sens du quantitatif en psychanalyse, je propose qu\u2019on aille faire un tour du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un des analystes qui a formul\u00e9 un certain nombre d\u2019id\u00e9es sur la question. Un excellent exemple se trouve dans un texte de Michel de M\u2019Uzan intitul\u00e9: <em><a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/de-MUzan-Les-esclaves...pdf\">Les esclaves de la quantit\u00e9.<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>NOTES<\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-1635'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-1635-1'> S. Freud (1914), Rem\u00e9moration, r\u00e9p\u00e9tition et perlaboration, <em>OCFP,<\/em> vol. XII, p. 188. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1635-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1635-2'> Il y aurait lieu, mais ce serait un d\u00e9tour trop long en ce moment, de se tourner vers un \u00e9crit important autant que difficile de Walter Benjamin, \u00ab&nbsp;La t\u00e2che du traducteur&nbsp;\u00bb, afin d\u2019expliciter en quoi la traduction litt\u00e9raire elle aussi, est, \u00e0 a fa\u00e7on, un passage \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur: \u00ab&nbsp;En elle (i.e. la traduction) l\u2019original cro\u00eet et s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans une atmosph\u00e8re pour ainsi dire plus haute et plus pure du langage, o\u00f9 certes il ne peut vivre durablement, de m\u00eame aussi qu\u2019il ne l\u2019atteint, et de loin, pas dans toutes les parties de sa figure, mais vers lequel il continue au moins de faire signe d\u2019une mani\u00e8re merveilleusement insistante, comme vers le royaume promis, interdit, de la r\u00e9conciliation et de l\u2019accomplissement des langues.&nbsp;\u00bb Cf. <a href=\"https:\/\/po-et-sie.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/55_1991_p150_158.pdf\">https:\/\/po-et-sie.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/55_1991_p150_158.pdf<\/a> p. 154. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1635-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1635-3'> On pourrait ici s\u2019attarder \u00e0 marquer la diff\u00e9rence entre <em>traces mn\u00e9siques<\/em> et <em>images mn\u00e9siques<\/em>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1635-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1635-4'> Pierre Marty, <a href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Marty-Depression-essentielle.pdf\">\u00ab La d\u00e9pression essentielle&nbsp;&nbsp;\u00bb,<\/a> Revue fran\u00e7aise de psychanalyse, vol. XXXII, n\u00b01, Janvier 1968, p. 595-598. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1635-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1635-5'> \u00ab&nbsp;Part pr\u00e9-individuelle&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;m\u00e9ta-stabilit\u00e9&nbsp;\u00bb sont des notions emprunt\u00e9es \u00e0 Gilbert Simondon, que nous avons d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. Voir <em>L\u2019individuation \u00e0 la lumi\u00e8re des notions de forme et d\u2019information, <\/em>Grenoble, \u00c9ditions J\u00e9r\u00f4me MIllon, 2017. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1635-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9minaire Penser avec Freud, Ann\u00e9e 2020-2021 APPROCHES DU QUANTITATIF: L\u2019INVESTISSEMENT ET LE PR\u00c9CONSCIENT La double liaison I Il s\u2019agit ici v\u00e9rifier si la bi-directionnalit\u00e9 que nous avons attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019investissement (voir 22A) peut nous aider \u00e0 penser ce que serait un \u00ab&nbsp;investissement dans\/par l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb. Pour cela il faut d\u2019une part tenir pr\u00e9sent le mod\u00e8le traductif<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1635\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a034- LA DOUBLE LIAISON\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1635","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1635","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1635"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1635\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2415,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1635\/revisions\/2415"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1635"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1635"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1635"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}