{"id":1491,"date":"2020-07-20T15:54:42","date_gmt":"2020-07-20T19:54:42","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1491"},"modified":"2021-12-25T12:07:32","modified_gmt":"2021-12-25T17:07:32","slug":"30-le-quantitatif-en-psychanalyse-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1491","title":{"rendered":"30-LE QUANTITATIF EN PSYCHANALYSE"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>S\u00c9MINAIRE <em>PENSER AVEC FREUD<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><strong>ANN\u00c9E 2020-2021<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LE QUANTITATIF EN PSYCHANALYSE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><em>Too much and never enough<\/em> est le titre du livre publi\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 par Mary L. Trump, la ni\u00e8ce du \u00ab&nbsp;Donald&nbsp;\u00bb. Quelle meilleure expression permettrait d\u2019ouvrir notre s\u00e9minaire de cette ann\u00e9e sur le quantitatif en psychanalyse&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9tapsychologie freudienne, avec ses trois points de vue (topique, dynamique et \u00e9conomique) appara\u00eet \u00e0 certains comme une discipline bien sobre, voire bien s\u00e8che, avec ses discussions qui semblent parfois fort \u00e9loign\u00e9es des drames rapport\u00e9s ou v\u00e9cus sur le divan. Pourtant, ces trois points de vue servent \u00e0 Freud (et \u00e0 nous tous par extension) \u00e0 penser, c\u2019est-\u00e0-dire rendre repr\u00e9sentables, les \u00e9v\u00e9nements qui font les passions et les joies, les douleurs et les pertes v\u00e9cues dans la \u00ab&nbsp;vie d\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb (<em>Seelenlebens<\/em>) et dont il serait autrement difficile sinon impossible de se faire une raison.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Trop&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;jamais assez&nbsp;\u00bb nous montrent d\u00e9j\u00e0 que nous sommes dans le domaine de <em>l\u2019exc\u00e8s<\/em>. Le quantitatif, en effet, ne se pr\u00e9sente pas en psychanalyse comme une question de comptabilit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas de mesurer quoi que ce soit. Le quantitatif auquel s\u2019int\u00e9resse la psychanalyse s\u2019\u00e9prouve mais ne se quantifie pas vraiment. Il s\u2019\u00e9prouve pourtant, et, se pr\u00e9sentant comme <em>exc\u00e8s<\/em>, il suppose, implicitement, une contrepartie : une id\u00e9e de <em>mesure. <\/em>Mais \u00ab&nbsp;mesure&nbsp;\u00bb est un terme qui peut lui aussi sembler tirer exclusivement du c\u00f4t\u00e9 comptable. Aussi nous faut-il l\u2019entendre ici dans le sens que lui donnent les anciens Grecs: la bonne mesure, l\u2019id\u00e9al d\u2019une mod\u00e9ration, de quelque chose de \u00ab&nbsp;bien temp\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 donc de la <em>d\u00e9mesure <\/em>(<em>hubris<\/em>), du trop qui m\u00e8ne toujours, en fin de compte, au d\u00e9sastre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a de toute \u00e9vidence une parent\u00e9 entre exc\u00e8s et d\u00e9mesure, mais peut-\u00eatre trouverons-nous utile de souligner aussi une diff\u00e9rence. Au premier abord, en effet, l\u2019exc\u00e8s peut \u00eatre tout autant agi que subi, alors que l\u2019<em>hubris<\/em>, la d\u00e9mesure, est toujours <em>agie<\/em>, elle est le fait de qui ne sait pas s\u2019arr\u00eater en chemin, de qui \u00ab&nbsp;court \u00e0 sa perte&nbsp;\u00bb (voir le mythe d\u2019Icare).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec ces termes \u2013&nbsp;exc\u00e8s, mesure, d\u00e9mesure&nbsp;\u2013, nous nous apercevons tout de suite que le quantitatif en psychanalyse prend d\u2019embl\u00e9e un accent <em>\u00e9thique<\/em>. Notons en effet que si, psychanalystes, nous ne sommes pas dans le domaine des \u00ab&nbsp;poids et mesures&nbsp;\u00bb, il y a beaucoup de monde qui se consacre \u00e0 ce type d\u2019approches : sondages, statistiques, courbes \u00ab&nbsp;normales&nbsp;\u00bb avec \u00ab&nbsp;d\u00e9viations standards&nbsp;\u00bb. Des pratiques dont les d\u00e9rives id\u00e9ologiques devraient nous rappeler que derri\u00e8re les tableaux et courbes d\u2019allure bien neutre, objective et savante, se cache justement une des formes de l\u2019<em>hubris<\/em> humaine: l\u2019<em>hubris<\/em> du contr\u00f4le, du pouvoir, de la norme, le tout au nom de la science. Heureusement, des scientifiques, et non des moindres, savent voir ce qui se trame ainsi au nom de la dite science. Ainsi, en r\u00e9ponse \u00e0 un best seller au titre apparemment neutre de <em>The Bell Curve<\/em>, qui visait en fait \u00e0 enfermer l\u2019humain dans des cadres normatifs suppos\u00e9ment objectifs, le grand pal\u00e9ontologue et th\u00e9oricien de l\u2019\u00e9volution Stephen Jay Gould a-t-il r\u00e9dig\u00e9 <em>The Mismeasure of Man<\/em>, dans lequel d\u00e9nonce la folie du mesurable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre choisi par Gould nous int\u00e9resse en lui-m\u00eame, la <em>mismeasure<\/em> introduisant une id\u00e9e qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait la d\u00e9mesure, bien qu\u2019elle la sugg\u00e8re. On l\u2019a traduit en fran\u00e7ais par <em>La mal-mesure de l\u2019homme,<\/em> et ce terme de \u00ab&nbsp;mal-mesure&nbsp;\u00bb me semble bien choisi. Je dirais que toute tentative de mesurer l\u2019humain, au sens des statisticiens, au sens de l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une Norme, d\u2019une normalit\u00e9 humaine est une mal-mesure, non seulement parce qu\u2019elle est vou\u00e9e \u00e0 mal mesurer, mais parce que dans ce projet de mesure se profile, derri\u00e8re le mot \u00ab&nbsp;mal&nbsp;\u00bb, l\u2019exact oppos\u00e9 de ce que la mensuration croirait \u00e9viter: la <em>passion<\/em>. Il y a en effet une <em>passion de la<\/em> <em>mensuration<\/em>, et si le mot fait aussit\u00f4t penser aux <em>mensurations<\/em> du corps f\u00e9minin (poitrine, taille, hanches) dont des \u00ab&nbsp;revues sp\u00e9cialis\u00e9es&nbsp;\u00bb font des crit\u00e8res de d\u00e9sirabilit\u00e9 sexuelle, ce n\u2019est probablement pas un hasard. Cette passion de la mensuration, lorsqu\u2019elle concerne les affaires humaines, lorsqu\u2019elle d\u00e9borde le cadre du calcul n\u00e9cessaire aux sciences naturelles, est pr\u00e9cis\u00e9ment un d\u00e9bordement, une <em>mal-mesure,<\/em> elle-m\u00eame effet de la <em>d\u00e9mesure<\/em> humaine qui a parmi ses premiers effets, celui de chosifier l\u2019autre humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, puisqu\u2019on peut, en bonne logique freudienne, poser que la <em>d\u00e9mesure<\/em> n\u2019et pas le fruit d\u2019une obscure mal\u00e9diction, mais r\u00e9sulte de la difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019arranger avec l\u2019<em>exc\u00e8s pulsionnel<\/em>. Le quantitatif se pr\u00e9sente donc d\u2019embl\u00e9e \u00e0 nous marqu\u00e9 par une autre notion centrale, celle de pulsion. Or, la pulsion n\u2019est connue du moi en tant que pulsion que par la menace de d\u00e9bordement qu\u2019elle comporte. La pulsion est une notion sur laquelle il nous faudra revenir, mais pour le moment elle ne servira qu\u2019\u00e0 nous faire prendre conscience de la \u00ab&nbsp;grappe conceptuelle&nbsp;\u00bb, du <em>cluster<\/em> de notions qui gravitent autour d\u2019elle : \u00e9nergie, libido, quantit\u00e9, etc :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Grappequantite-2020-07-20-15-54.png\" alt=\"Grappequantite-2020-07-20-15-54.png\" width=\"572\" height=\"434\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Figure 1<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donc regroup\u00e9 dans la figure 1 un certain nombre de notions qui gravitent autour de la notion de quantit\u00e9, elle m\u00eame ins\u00e9parable de l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9nergie et de celle de libido, le tout sur la base de la th\u00e9orie pulsionnelle. \u00c9videmment, ces termes ne sont pas parfaitement synonymes et m\u00e9ritent chacun une discussion \u00e0 part; rien ne dit qu\u2019on arrivera jamais \u00e0 leur sujet \u00e0 une d\u00e9finition d\u00e9pourvue d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s. Mais nous chercherons n\u00e9anmoins \u00e0 comprendre de quoi Freud essaie de parler avec toutes ces notions inter-reli\u00e9es, et auxquelles nous aurions pu ajouter celles de <em>moi<\/em>, de <em>narcissisme<\/em>, de <em>r\u00e9gression<\/em>, d\u2019<em>objet<\/em> etc. mais que nous avons laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9 pour ne pas surcharger le tableau. Je disais que ces termes ne sont pas des synonymes parfaits, mais il n\u2019est pas non plus \u00e9vident, au premier abord, de distinguer entre libido et \u00e9nergie, ou libido et pulsion. (Voir plus loin). Par exemple, dans son texte \u00ab&nbsp;Le refoulement&nbsp;\u00bb (1915), en parlant d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9nergie psychique&nbsp;\u00bb Freud ajoute entre parenth\u00e8ses \u00ab&nbsp;(libido, int\u00e9r\u00eat)&nbsp;\u00bb<sup class='footnote'><a href='#fn-1491-1' id='fnref-1491-1' onclick='return fdfootnote_show(1491)'>1<\/a><\/sup>. Le mot latin <em>libido<\/em> signifie envie, d\u00e9sir, mais on voit que Freud la met en continuit\u00e9 avec l\u2019<em>int\u00e9r\u00eat,<\/em> m\u00eame si ce n\u2019est jamais tout \u00e0 fait clair s\u2019il fait ou non une distinction entre ces deux termes. Sans nous engager dans la digression que cette question exigerait, il n\u2019est pas\u2026 inint\u00e9ressant de noter que le mot \u00ab&nbsp;int\u00e9r\u00eat&nbsp;\u00bb nous conduit d\u00e9j\u00e0 du c\u00f4t\u00e9 quantitatif, cette fois par r\u00e9f\u00e9rence au calcul financier. Toutefois, le mot \u00ab&nbsp;calcul&nbsp;\u00bb lui-m\u00eame, si bien associ\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;int\u00e9r\u00eat&nbsp;\u00bb, comporte son propre double, non chiffr\u00e9. Ainsi : \u00ab&nbsp;Pierre a calcul\u00e9 que la banque lui versait des int\u00e9r\u00eats trop r\u00e9duits&nbsp;\u00bb, mais aussi: \u00ab&nbsp;Pierre a calcul\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas dans son int\u00e9r\u00eat de prendre position dans ce d\u00e9bat&nbsp;\u00bb. Dans les deux cas il y a calcul, mais on voit bien que les deux expressions, bien qu\u2019apparent\u00e9es, ne se situent pas exactement sur le m\u00eame plan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat\u2026 de cette sorte d\u2019observations est de nous montrer que le quantitatif dans les affaires humaines n\u2019est pas n\u00e9cessairement chiffr\u00e9. Avec le calcul chiffr\u00e9, on tombe du c\u00f4t\u00e9 de ce que Sartre appelle le \u00ab&nbsp;pratico-inerte&nbsp;\u00bb<sup class='footnote'><a href='#fn-1491-2' id='fnref-1491-2' onclick='return fdfootnote_show(1491)'>2<\/a><\/sup>, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un rapport froidement comptable, apparemment sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me (mais o\u00f9, comme d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, on peut n\u00e9anmoins voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre la passion de l\u2019avidit\u00e9, de la cupidit\u00e9, d\u2019un calcul qui ne dit pas son nom). Dans le calcul de l\u2019autre type, dans l\u2019\u00e9valuation strat\u00e9gique sans chiffres, Pierre est quand m\u00eame en train de \u00ab&nbsp;soupeser&nbsp;\u00bb les arguments pour et contre, donc de donner un poids relatif \u00e0 l\u2019une et l\u2019autre des conduites envisageables. Il s\u2019agit donc d\u2019une analogie du quantitatif. De quel \u00ab&nbsp;poids&nbsp;\u00bb est-il alors question? On pourrait dire que c\u2019est de la <em>quantit\u00e9 de plaisir ou de d\u00e9plaisir<\/em> attendue que d\u00e9pendra le jugement s\u2019il est ou non dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de Pierre de prendre position. Nous voil\u00e0 donc en pr\u00e9sence de la situation dans laquelle une quantit\u00e9 est <em>\u00e9prouv\u00e9e<\/em>, m\u00eame si nous ne saurions y mettre une \u00e9chelle de mesure autre que subjective.<sup class='footnote'><a href='#fn-1491-3' id='fnref-1491-3' onclick='return fdfootnote_show(1491)'>3<\/a><\/sup> Parlant de quantit\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00e9prouv\u00e9e&nbsp;\u00bb, nous sommes conduits du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un des deux repr\u00e9sentants de la pulsion: l\u2019<em>affect<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour la pulsion, retenons d\u2019abord que si elle est en soi inconnaissable, elle est n\u00e9anmoins repr\u00e9sent\u00e9e psychiquement par deux \u00e9l\u00e9ments: la <em>repr\u00e9sentation<\/em> et le <em>l\u2019affect<\/em>. De ces deux repr\u00e9sentants, l\u2019affect est \u00ab&nbsp;l\u2019expression qualitative de la quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie pulsionnelle et de ses variations&nbsp;\u00bb (L&amp;P, p. 12). Freud emploie aussi l\u2019expression \u00ab&nbsp;quantum (ou montant) d\u2019affect&nbsp;\u00bb (<em>Affektbetrag<\/em>) dont il dit qu\u2019il \u00ab&nbsp;correspond \u00e0 la pulsion, en tant qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9tach\u00e9e de la repr\u00e9sentation, et trouve une expression, conforme \u00e0 sa quantit\u00e9, dans des processus qui se signalent \u00e0 la sensation sous forme d\u2019affects.&nbsp;\u00bb<sup class='footnote'><a href='#fn-1491-4' id='fnref-1491-4' onclick='return fdfootnote_show(1491)'>4<\/a><\/sup>.<br>On voit donc que la quantit\u00e9 n\u2019est pas, selon Freud, perceptible en elle-m\u00eame; elle \u00ab&nbsp;[se signale] \u00e0 la sensation sous forme d\u2019affects&nbsp;\u00bb. Mais les choses sont, comme toujours, un peu plus compliqu\u00e9es. Freud dit d\u2019une part que la pulsion est <em>repr\u00e9sent\u00e9e<\/em> par la repr\u00e9sentation et l\u2019affect. C\u2019est la notion de <em>repr\u00e9sentance<\/em>. Dans la citation ci-haut il mentionne le cas o\u00f9 la pulsion \u00ab&nbsp;est d\u00e9tach\u00e9e de la repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb. Ce qui nous laisse comprendre que pour <em>repr\u00e9senter la pulsion<\/em>, une repr\u00e9sentation doit lui \u00eatre \u00ab&nbsp;attach\u00e9e&nbsp;\u00bb, mais que cet attachement la lie n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019affect. Sans cette liaison, la pulsion se manifeste seulement comme \u00ab&nbsp;montant (ou quantum) d\u2019affect&nbsp;\u00bb, affichant ainsi plus nettement sa nature quantitative. Mais ici, la prudence est de mise. On dit souvent, comme je l\u2019ai fait \u00e0 l\u2019instant, que la pulsion est repr\u00e9sent\u00e9e psychiquement par la repr\u00e9sentation et l\u2019affect et cette repr\u00e9sentance, ainsi exprim\u00e9e, sugg\u00e8re une figuration comme ceci:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/RepSImple-2020-07-20-15-54.png\" alt=\"RepSImple-2020-07-20-15-54.png\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Figure 2<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Or si l\u2019on suit fid\u00e8lement le texte de Freud cit\u00e9 plus haut, on s\u2019aper\u00e7oit que ce n\u2019est pas exactement ainsi qu\u2019il faut se repr\u00e9senter les choses. Freud \u00e9crit que lorsque la pulsion se d\u00e9tache de la repr\u00e9sentation, elle se pr\u00e9sente alors comme \u00ab&nbsp;montant d\u2019affect&nbsp;\u00bb. Nous notons tout de suite qu\u2019il n\u2019envisage pas la situation o\u00f9 la pulsion se d\u00e9tacherait de ce montant d\u2019affect pour se pr\u00e9senter comme seule repr\u00e9sentation. Le lien de repr\u00e9sentance pulsion-affect est donc plus fondamental que la repr\u00e9sentance pulsion-repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>La repr\u00e9sentance ressemblerait plut\u00f4t \u00e0 ceci:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/RepAsym-2020-07-20-15-54.png\" alt=\"RepAsym-2020-07-20-15-54.png\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Figure 3<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on me pardonne d\u2019affirmer ainsi des choses qui peuvent para\u00eetre aller de soi. Je crois important de souligner que c\u2019est, selon moi, la fa\u00e7on logique de repr\u00e9senter ce que dit Freud : si le \u00ab&nbsp;montant d\u2019affect&nbsp;\u00bb appara\u00eet lorsque la pulsion est d\u00e9tach\u00e9e de la repr\u00e9sentation, cela signifie du m\u00eame coup que ce d\u00e9tachement entra\u00eene aussi celui entre l\u2019affect et la repr\u00e9sentation. Les liens entre ces trois \u00e9l\u00e9ments ne sont donc pas de m\u00eame nature. Cela parce que si les choses allaient selon la Figure 2, alors on pourrait aussi avoir un d\u00e9tachement de la pulsion par rapport \u00e0 l\u2019affect et ne laisser que le couple pulsion-repr\u00e9sentation. Or cela ne se produit jamais. Un argument de plus dans le m\u00eame sens nous est donn\u00e9 par Freud dans le texte voisin, intitul\u00e9 \u201cL\u2019inconscient\u201d, o\u00f9 il \u00e9crit:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Nous savons aussi que la r\u00e9pression du d\u00e9veloppement d\u2019affect est le but v\u00e9ritable du refoulement\u2026\u201d <sup class='footnote'><a href='#fn-1491-5' id='fnref-1491-5' onclick='return fdfootnote_show(1491)'>5<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce qui signifie que c\u2019est bien le repr\u00e9sentant affect de la pulsion qui est l\u2019enjeu v\u00e9ritable du refoulement et non la disparition de la repr\u00e9sentation en tant que telle. La repr\u00e9sentation n\u2019est \u201crefoul\u00e9e\u201d que parce qu\u2019elle s\u2019accompagne d\u2019un surgissement d\u2019affect intol\u00e9rable. La preuve <em>a contrario<\/em> de cela nous est donn\u00e9e dans la n\u00e9vrose obsessionnelle o\u00f9 des repr\u00e9sentations qui seraient d\u2019ordinaire source de d\u00e9plaisir intense dans l\u2019hyst\u00e9rie peuvent \u00eatre d\u00e9crites et sont apparemment conscientes, dans la mesure o\u00f9 elles sont <em>isol\u00e9es<\/em> de l\u2019affect. Bien que ces repr\u00e9sentations soient en apparence conscientes, leur isolation indique qu\u2019elles sont n\u00e9anmoins refoul\u00e9es! Mais voici une occasion d\u2019indiquer \u00e0 quoi sert le point de vue \u00e9conomique; on peut en effet demander: o\u00f9 est pass\u00e9e la quantit\u00e9 d\u2019affect dans ce cas? Elle est \u00ab&nbsp;isol\u00e9e&nbsp;\u00bb de la repr\u00e9sentation, mais elle n\u2019est certes pas disparue. Nous la retrouvons sous une autre forme: dans la nature <em>obs\u00e9dante<\/em> des id\u00e9es, dans la <em>compulsion<\/em> qui r\u00e9git certains rituels destin\u00e9s \u00e0 emp\u00eacher la manifestation de l\u2019affect. Si la mise en \u0153uvre de ces obsessions et des rituels attenants est emp\u00each\u00e9e, on voit bient\u00f4t surgir une angoisse intense (quantit\u00e9 presque pure).<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la pulsion se d\u00e9tache de la repr\u00e9sentation, c\u2019est donc en fait l\u2019affect qui s\u2019en d\u00e9tache et se pr\u00e9sente (th\u00e9oriquement) comme quantit\u00e9. Je dis \u00ab&nbsp;th\u00e9oriquement&nbsp;\u00bb, parce que m\u00eame dans le cas o\u00f9 elle se pr\u00e9sente seule, la quantit\u00e9 peut \u00eatre <em>\u00e9prouv\u00e9e<\/em> <em>qualitativement <\/em>(Freud: \u00ab&nbsp;des processus qui se signalent <em>\u00e0 la sensation<\/em>\u201d) comme affect. Son aspect quantitatif est ressenti, mais comme <em>intensit\u00e9<\/em> plut\u00f4t que comme \u00ab&nbsp;montant&nbsp;\u00bb chiffr\u00e9; intensit\u00e9 qui peut \u00eatre perturbante, voire intol\u00e9rable, c\u2019est-\u00e0-dire, en <em>exc\u00e8s, <\/em> et la pr\u00e9sentation psychique la plus proche de la quantit\u00e9 pure, sur la fronti\u00e8re entre le psychique et le somatique, c\u2019est, comme dans le cas de l\u2019obsessionnel emp\u00each\u00e9, <em>l\u2019angoisse pure<\/em>. On s\u2019approche alors du c\u00f4t\u00e9 de la n\u00e9vrose actuelle qui ouvre sur le vaste domaine o\u00f9 la quantit\u00e9 travaille de fa\u00e7on psychiquement muette, dans la somatisation v\u00e9ritable <sup class='footnote'><a href='#fn-1491-6' id='fnref-1491-6' onclick='return fdfootnote_show(1491)'>6<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le moment, retenons que le pulsionnel de la pulsion, l\u2019aspect \u00e9nerg\u00e9tique, quantitatif, se prolonge dans le domaine psychique en tant que \u00ab&nbsp;montant d\u2019affect&nbsp;\u00bb. Une cons\u00e9quence imm\u00e9diate de cette fa\u00e7on de voir \u2013&nbsp;qui est \u00e9vidente quand on lit Freud attentivement, mais qui peut passer inaper\u00e7ue \u00e0 une lecture rapide&nbsp;\u2013&nbsp;c\u2019est que la repr\u00e9sentance psychique de la pulsion ne veut <em>pas<\/em> dire que la pulsion <em>se transforme<\/em> en affect et repr\u00e9sentation. Il n\u2019y a pas de transformation du tout. La pulsion se prolonge dans l\u2019affect, se manifeste en tant qu\u2019affect; la repr\u00e9sentation, pour sa part, est affect\u00e9e par la pulsion mais ne d\u00e9coule pas de celle-ci; la repr\u00e9sentation vient toujours de la perception. Freud est cat\u00e9gorique \u00e0 ce sujet: \u00ab&nbsp;toutes les repr\u00e9sentations ont \u00e9t\u00e9 des perceptions&nbsp;\u00bb (La n\u00e9gation, 1925) et nous n\u2019avons aucune possibilit\u00e9 de le contredire, \u00e0 moins de croire \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Que le couple pulsion-affect soit beaucoup plus intimement li\u00e9 que le couple pulsion-repr\u00e9sentation nous montre, une fois de plus, que la sym\u00e9trie n\u2019est jamais la r\u00e8gle parmi les concepts freudiens. Il faudra retenir cela quand nous discuterons de la notion d\u2019<em>investissement<\/em>. (\u00c0 suivre).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>6<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Notre attention est ainsi tourn\u00e9e vers le point de vue <em>\u00e9conomique<\/em> qui, avec les points de vue <em>topique<\/em> et <em>dynamique <\/em>forme, selon Freud, une description m\u00e9tapsychologique compl\u00e8te d\u2019un fait psychique. Nous avons indiqu\u00e9 bri\u00e8vement, en parlant de la n\u00e9vrose obsessionnelle, l\u2019utilit\u00e9 de prendre en consid\u00e9ration l\u2019aspect \u00ab&nbsp;\u00e9conomique&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le point de vue de la distribution d\u2019une quantit\u00e9 de libido. Mais est-ce que l\u2019\u00e9conomique est un point de vue absolument n\u00e9cessaire? Pourquoi Freud y tenait-il tant?&nbsp;En quoi les deux autres points de vue \u00e9taient-ils insuffisants?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><br>On peut, d\u2019une part, invoquer le fait que pour Freud la psychanalyse se rangeait parmi les sciences naturelles, et devait donc rendre compte des faits psychiques comme \u00e9tant en fin de compte incarn\u00e9s dans un substrat mat\u00e9riel. On se souviendra que le <em>Projet<\/em> s\u2019ouvre sur deux pr\u00e9misses principales: formuler une \u00ab&nbsp;psychologie&nbsp;\u00bb fond\u00e9e sur des particules mat\u00e9rielles, les <em>neurones,<\/em> entre lesquels circule une certaine <em>quantit\u00e9<\/em>. Les neurones ont la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre excitables et la quantit\u00e9 est ce qui a cet effet d\u2019excitation; quantit\u00e9 dont les neurones se h\u00e2tent de se d\u00e9charger en la passant soit  aux neurones voisins, soit \u00e0 des effecteurs musculaires (action tourn\u00e9e vers le monde environnant) ou glandulaires (neurones s\u00e9cr\u00e9toires, encore appel\u00e9s \u00ab&nbsp;neurones-cl\u00e9&nbsp;\u00bb) dont l\u2019action se d\u00e9roule dans le corps propre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><br>On pourrait croire que n\u2019ayant jamais publi\u00e9 ce travail de son vivant Freud aurait laiss\u00e9 tomber cette approche mat\u00e9rialiste du psychique, mais il n\u2019en est rien, comme en fait foi cette note un peu sibylline \u00e9crite dans un carnet peu de temps avant sa mort: \u00ab&nbsp;Psych\u00e9 est \u00e9tendue; n\u2019en sait rien.&nbsp;\u00bb<sup class='footnote'><a href='#fn-1491-7' id='fnref-1491-7' onclick='return fdfootnote_show(1491)'>7<\/a><\/sup><\/span> Le mot \u00ab&nbsp;\u00e9tendue&nbsp;\u00bb renvoie \u00e0 Descartes; il fait ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019<em>extension<\/em> en tant que propri\u00e9t\u00e9 des corps mat\u00e9riels. Descartes distinguait d\u2019une part la <em>res extensa<\/em>, la chose \u00e9tendue, c\u2019est-\u00e0-dire mat\u00e9rielle; et de l\u2019autre, la <em>res cogitans<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la chose immat\u00e9rielle, pensante ou imaginante. \u00catre \u00ab&nbsp;\u00e9tendu&nbsp;\u00bb signifie occuper un espace et ne pouvoir exister que <em>partes extra partes<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire en ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport \u00e0 d\u2019autre entit\u00e9s de m\u00eame nature, ne pas pouvoir se confondre avec elles. Ce qu\u2019il faut remarquer tout de suite est donc que la petite phrase de fin de vie chez Freud se positionne <em>aux antipodes de Descartes<\/em>: psych\u00e9 \u2013&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire ce qui chez Descartes est la <em>res cogitans<\/em> elle-m\u00eame&nbsp;\u2013 est d\u00e9clar\u00e9e <em>res<\/em> <em>extensa.<\/em> Autrement dit, il n\u2019y a pas chez Freud de dualisme corps\/esprit \u00e0 la mani\u00e8re de Descartes: le psychique lui-m\u00eame est \u00ab&nbsp;\u00e9tendu&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><br>Vu sous cet angle, Freud passe donc pour \u00eatre demeur\u00e9 tout au long de sa vie le \u00ab&nbsp;physicaliste&nbsp;\u00bb qu\u2019il avait affirm\u00e9 \u00eatre en r\u00e9digeant le <em>Projet<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un mat\u00e9rialiste (au sens philosophique) assez radical. On ne sera donc pas \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019il tienne \u00e0 inscrire le quantitatif parmi les crit\u00e8res centraux d\u2019une \u00e9tude m\u00e9tapsychologique des faits psychiques. Comme le note Jean-Claude Rolland, il y a dans le point de vue \u00e9conomique de Freud, une sorte de \u00ab&nbsp;loi de Lavoisier&nbsp;\u00bb: comme on sait, cette loi \u00e9nonce que dans la nature, rien ne se perd, rien ne se cr\u00e9e, tout se transforme. Avec l\u2019\u00e9conomique, Freud semble donc tenir \u00e0 s\u2019assurer que les processus invisibles de l\u2019inconscient n\u2019ouvrent pas sur une imagination th\u00e9orique sans bride, sans garde-fou. Dans les transformations psychiques, dans les mouvements observ\u00e9s, on doit \u00eatre capable de tenir compte du fait que rien ne se perd et rien ne se cr\u00e9e non plus \u00e0 partir de rien: le point de vue \u00e9conomique, par lequel on se demande, par exemple, ce qu\u2019est devenue l\u2019\u00e9nergie psychique dans l\u2019isolation obsessionnelle, sert de garde-fou th\u00e9orique. La \u00ab&nbsp;sorci\u00e8re m\u00e9tapsychologie&nbsp;\u00bb, celle-l\u00e0 m\u00eame qui nous permet de sp\u00e9culer sur l\u2019invisible de l\u2019inconscient, est n\u00e9anmoins oblig\u00e9e de rendre\u2026 <em>des comptes<\/em>! Freud prend n\u00e9anmoins la pr\u00e9caution de mentionner d\u2019entr\u00e9e de jeu que la quantit\u00e9 dont il parle n\u2019est pas mesurable. Ce qui situe le terme de quantit\u00e9 dans une perspective nouvelle, car que signifie une quantit\u00e9 non mesurable?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>7<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les notions freudiennes, comme d\u00e9j\u00e0 dit, ne se laissent pas d\u00e9couper selon des lignes nettes. Il y a toujours chez Freud \u00e0 boire et \u00e0 manger\u2026 Je veux dire par l\u00e0 que s\u2019il est et reste mat\u00e9rialiste, il n\u2019est pas un mat\u00e9rialiste vulgaire et avoue volontiers son ignorance \u00e0 propos du rapport physique\/psychique. \u00c0 ce sujet, on cite parfois l\u2019id\u00e9e d\u2019un certain \u00ab&nbsp;saut&nbsp;\u00bb entre le psychique et le somatique. Mais il faut tout de suite signaler que Freud s\u2019est interrog\u00e9 sur la nature de ce saut <em>dans une seule des deux directions<\/em>. Il s\u2019est demand\u00e9, \u00e0 propos de la conversion hyst\u00e9rique, comment des repr\u00e9sentations psychiques pouvaient influer sur l\u2019innervation corporelle (paralysies, anesth\u00e9sies, c\u00e9cit\u00e9s, convulsions hyst\u00e9riques)&nbsp;; <em>mais on ne verra jamais Freud s\u2019interroger sur un soi-disant passage du somatique au psychique. <\/em>La phrase \u00ab&nbsp;psych\u00e9 est \u00e9tendue&nbsp;\u00bb (1938), r\u00e9sume donc parfaitement sa position de toute une vie: il n\u2019y a pas chez Freud de \u00ab&nbsp;probl\u00e8me corps\/esprit&nbsp;\u00bb; la psych\u00e9 est toujours corporelle: \u00ab&nbsp;psych\u00e9 est \u00e9tendue&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;le moi est avant tout un moi corporel&nbsp;\u00bb (Le moi et le \u00e7a, 1924). Inversement, on peut dire que le corps en psychanalyse est toujours le corps v\u00e9cu et auto-repr\u00e9sent\u00e9\u2026 donc psychique. Un autre terme devient alors n\u00e9cessaire pour parler du corps en tant qu\u2019il ne s\u2019ins\u00e8re pas dans l\u2019ordre psychique: on parle dans ce cas du <em>soma<\/em>. L\u2019\u00c9cole psychosomatique de Paris (Marty, Fain, de M\u2019Uzan, David), par exemple, a bien pris soin de ne pas confondre la psychosomatique (sans trait d\u2019union) avec l\u2019\u00e9tude des manifestations corporelles de conflits psychiques, comme l\u2019hyst\u00e9rie de conversion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>8<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je disais que tout cela ne se d\u00e9coupe pas suivant une ligne de s\u00e9paration nette. Pour Freud, la quantit\u00e9 se sp\u00e9cifie comme une \u00e9nergie psychique (qui se rapporte donc \u00e0 une psych\u00e9-corps), et plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore une \u00e9nergie <em>sexuelle<\/em>, la <em>libido<\/em>. Mais la d\u00e9finition que donne Freud de la libido ne se laisse pas non plus r\u00e9duire \u00e0 la simple quantit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022Le mot \u00ab&nbsp;libido&nbsp;\u00bb, comme on a d\u00e9j\u00e0 vu, est d\u2019origine latine et veut dire \u00ab&nbsp;d\u00e9sir, envie&nbsp;\u00bb et on a vu que Freud la met c\u00f4te \u00e0 cote avec \u00ab&nbsp;int\u00e9r\u00eat&nbsp;\u00bb;<br>\u2022La philosophie classique (au moins depuis Augustin) distingue trois formes de libido&nbsp;: <em>libido sentiendi<\/em>, <em>libido dominandi<\/em>, <em>libido sciendi:<br><\/em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;<em>libido sentiendi <\/em>: le d\u00e9sir\/plaisir <em>d\u2019\u00e9prouver, de jouir<\/em>;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;<em>libido dominandi <\/em>: le d\u00e9sir <em>de<\/em> <em>dominer, de ma\u00eetriser<\/em>;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;<em>libido sciendi<\/em> : le d\u00e9sir <em>de conna\u00eetre, de savoir<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit tout de suite l\u2019int\u00e9r\u00eat\u2026 que cette distinction a pour nous. Par exemple, les deux premi\u00e8res formes semblent bien d\u00e9crire le pulsionnel sexuel, en y incluant la pulsion d\u2019emprise ou de ma\u00eetrise (<em>Bem\u00e4chtigungstrieb<\/em>), que l\u2019on aurait tort de tenir \u00e0 distance du sexuel.<\/p>\n\n\n\n<p><br>\u2022 \u00ab&nbsp;Libido&nbsp;\u00bb est un mot pr\u00e9sent chez Freud bien longtemps avant Les <em>Trois essais<\/em>, mais c\u2019est dans cette publication de 1905 que Freud lui assigne un r\u00f4le pr\u00e9cis: celui de nommer pour le sexuel, l\u2019\u00e9quivalent de la faim pour l\u2019instinct de nutrition.<br>\u2022<em>\u00ab&nbsp;Psychanalyse&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Th\u00e9orie de la libido&nbsp;\u00bb <\/em>sont deux articles d\u2019encyclop\u00e9die dans lesquels Freud s\u2019attarde, surtout dans le deuxi\u00e8me article, a pr\u00e9ciser ce qu\u2019il entend par \u00bb&nbsp;libido&nbsp;\u00bb :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><br>\u00ab&nbsp;Libido est un terme venant de la doctrine des pulsions, d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 par A. Moll [\u2026] pour d\u00e9signer l\u2019expression dynamique de la sexualit\u00e9, introduit dans la psychanalyse par l\u2019auteur de ces lignes.&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Attardons-nous \u00e0 la formule \u00ab&nbsp;expression dynamique de la sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb : \u00ab&nbsp;dynamique&nbsp;\u00bb est \u00e0 entendre ici du sens de relatif \u00e0 des forces [<em>dynamos<\/em>]. C\u2019est donc bien de l\u2019\u00e9nergie des pulsions sexuelles qu\u2019il s\u2019agit, cela dans la mesure o\u00f9 nous acceptons aussi que Freud donne au mot \u00ab&nbsp;sexuel&nbsp;\u00bb un sens beaucoup plus \u00e9tendu que l\u2019acception populaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jung, le dauphin d\u00e9sign\u00e9 de Freud pendant quelques ann\u00e9es, a, semble-t-il, toujours eu de la difficult\u00e9 \u00e0 accepter la conception de la libido comme \u00e9nergie sexuelle. Il a repris le terme, mais en lui attribuant le sens d\u2019une \u00e9nergie psychique en g\u00e9n\u00e9ral, ce que Freud ne pouvait accepter.<br>D\u2019une part, Freud appelle libido l\u2019\u00e9nergie psychique relative aux pulsions sexuelles, mais dit peu de choses, voire rien du tout, sur ce que serait une \u00e9nergie psychique non-sexuelle, qui correspondrait au domaine de l\u2019int\u00e9r\u00eat. Pourtant, comme on le verra bient\u00f4t, il se d\u00e9fend fermement contre l\u2019accusation de mettre du sexuel partout. Le premier dualisme pulsionnel engag\u00e9 dans le conflit psychique \u00e9tait pour Freud celui des pulsions sexuelles et des pulsions d\u2019autoconservation. <em>Implicitement<\/em>, Freud pose donc deux sortes d\u2019\u00e9nergie correspondant aux deux sortes de pulsions respectivement. Jung, lui, appelle <em>libido<\/em> toute l&rsquo;\u00e9nergie psychique, sexuelle et non-sexuelle, ce qui rend la discussion tr\u00e8s compliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Peut-\u00eatre est-ce une des raisons pour laquelle la discussion entre Freud et Jung n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 comprise avec la clart\u00e9 voulue. Une autre raison \u00e9tant que Freud lui-m\u00eame a propos\u00e9 au cours du temps des th\u00e9ories diff\u00e9rentes de la libido, semblant m\u00eame \u00e0 un certain moment se rapprocher des id\u00e9es de Jung qu\u2019il avait auparavant rejet\u00e9es. Et il n\u2019est pas s\u00fbr que, m\u00eame aujourd\u2019hui, nous soyons au clair sur ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Voici un exemple:<br>Pour clarifier la question de la diff\u00e9rence entre lui et Jung sur la notion de libido, Freud \u00e9crit \u00e0 Clapar\u00e8de une lettre concernant l\u2019introduction que celui-ci avait \u00e9crit \u00e0 la traduction fran\u00e7aise de <em>Cinq le\u00e7ons sur la psychanalyse<\/em>. La question est d\u2019autant plus complexe que cette traduction fran\u00e7aise concerne un texte de 1910, moment o\u00f9 r\u00e9gnait le premier dualisme pulsionnel freudien, et que nous sommes en 1920-21, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s la grande r\u00e9vision th\u00e9orique de <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, o\u00f9 Freud introduit un tout autre dualisme: pulsions de vie\/pulsion de mort. Mais tout cela est int\u00e9ressant, puisque nous verrons que pour Freud lui-m\u00eame les choses ne sont pas aussi tranch\u00e9es, entre les divers dualismes pulsionnels, que nous serions port\u00e9s \u00e0 le croire.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Avant de lire la lettre elle-m\u00eame, lisons d\u2019abord une note de Strachey concernant cette lettre:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><br>[\u2026] une lettre de Freud datant d\u2019une date ult\u00e9rieure (1921e) dans laquelle il insistait sur la distinction entre les deux types de pulsion. La traduction fran\u00e7aise de ses <em>Cinq le\u00e7ons<\/em> (1910a), par Yves Le Lay, est parue pour la premi\u00e8re fois dans la <em>Revue de Gen\u00e8ve<\/em> en d\u00e9cembre 1920 et en janvier et f\u00e9vrier 1921. Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une longue introduction du professeur Edouard Clapar\u00e8de, de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, qui a donn\u00e9 un aper\u00e7u g\u00e9n\u00e9ral de la th\u00e9orie psychanalytique. Il y avait un passage que Freud consid\u00e9rait comme trompeur et il \u00e9crivit \u00e0 Clapar\u00e8de pour protester contre ce passage. Lorsque, en 1921, la traduction fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sous forme de livre, Clapar\u00e8de a ajout\u00e9 un appendice dans lequel il citait, dans une traduction fran\u00e7aise, \u00ab&nbsp;un fragment de cette lettre&nbsp;\u00bb. Elle n\u2019est pas dat\u00e9e mais a vraisemblablement \u00e9t\u00e9 \u00e9crite au d\u00e9but de 1921. [\u2026] :<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Extrait de la lettre de Freud:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><br>\u00ab&nbsp;\u2026Sur un seul point \u2013 si vous voulez bien me permettre cette critique \u2013 vous \u00eates injuste envers moi et donnez aux lecteurs une information inexacte. C\u2019est dans la phrase de la p. 861 : \u00ab&nbsp;<em>8. La libido. L\u2019instinct sexuel est le mobile fondamental de toutes les manifestations de l\u2019activit\u00e9 psychique.<\/em>&nbsp;\u00bb Ensuite de quoi vous mentionnez que moi-m\u00eame et mes \u00e9l\u00e8ves ne nous sommes jamais exprim\u00e9s bien clairement l\u00e0-dessus. \u201c<em>Mais il faut savoir lire entre les lignes et saisir l\u2019esprit et non la lettre de la th\u00e9orie.<\/em>\u201d&nbsp;Je m\u2019\u00e9tonne que cette m\u00e9compr\u00e9hension coutumi\u00e8re puisse trouver place chez vous aussi. J\u2019ai, au contraire, d\u00e9clar\u00e9 et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 avec la plus grande clart\u00e9 \u00e0 propos des n\u00e9vroses de transfert que je faisais une distinction entre les pulsions sexuelles et les pulsions du moi et que, pour moi, \u201clibido\u201d&nbsp;signifie seulement l\u2019\u00e9nergie des premiers, des pulsions sexuelles. C\u2019est Jung, et non moi, qui fait de la libido l\u2019\u00e9quivalent de la force pulsionnelle de toutes les facult\u00e9s psychiques, et qui combat la nature sexuelle de la libido. Votre r\u00e9cit ne correspond ni \u00e0 ma conception ni \u00e0 celle de Jung, mais est un m\u00e9lange des deux. Vous empruntez \u00e0 moi la nature sexuelle de la libido et \u00e0 Jung sa signification g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Et c\u2019est ainsi qu\u2019il se cr\u00e9e dans l\u2019imagination des critiques un pan-sexualisme qui n\u2019existe ni dans ma conception ni dans celle de Jung. En ce qui me concerne, je r\u00e9alise pleinement l\u2019existence du groupe des pulsions du moi ainsi que de tout ce que la vie mentale leur doit. Le grand public, cependant, l\u2019ignore ; on le lui cache. Les gens se comportent souvent de la m\u00eame mani\u00e8re lorsqu\u2019ils d\u00e9crivent ma th\u00e9orie des r\u00eaves. Je n\u2019ai jamais pr\u00e9tendu que chaque r\u00eave exprimait l\u2019accomplissement d\u2019un d\u00e9sir sexuel, et j\u2019ai souvent affirm\u00e9 le contraire. Mais cela ne produit aucun effet, et les gens continuent \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la m\u00eame chose<em>\u2026&nbsp;\u00bb <\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La position de Freud semble donc tout \u00e0 fait claire. Le fait est, cependant, qu\u2019un an auparavant (1919-20), dans <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>, Freud avait plac\u00e9 les pulsions d\u2019auto-conservation, aussi appel\u00e9es pulsions du moi, sous le chapeau des pulsions de vie (\u00c9ros), donc <em>en grand voisinage avec les pulsions sexuelles<\/em> et en opposition avec la pulsion de mort. Cette derni\u00e8re, notons-le, est dite par Freud n\u2019avoir pas d\u2019\u00e9nergie propre et ne se manifester que par son intrication avec l\u2019\u00e9nergie des pulsions de vie. Ce qui complique encore plus la question d\u00e9j\u00e0 assez confuse de l\u2019\u00e9nergie psychique.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Ce qui signifie qu\u2019il faut relire cette nouvelle classification \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qu\u2019il affirme avec v\u00e9h\u00e9mence \u00e0 Clapar\u00e8de, \u00e0 savoir, que les pulsions du moi ne sont pas sexuelles et que la libido n\u2019est pas l\u2019unique \u00e9nergie \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la vie psychique.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Essayons d\u2019y voir plus clair:<\/p>\n\n\n\n<p><br>La premi\u00e8re th\u00e9orie freudienne des pulsions proposait un dualisme pulsionnel qui distinguait entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les pulsions sexuelles, dont l\u2019\u00e9nergie \u00e9tait la libido, et de l\u2019autre des pulsions d\u2019auto-conservation, dont l\u2019\u00e9nergie n\u2019\u00e9tait pas sp\u00e9cifi\u00e9e, mais dont Freud, dans la lettre cit\u00e9e ci-dessus, semble dire que ce n\u2019est pas une \u00e9nergie sexuelle comme la libido.<br>Repr\u00e9sentons alors les choses simplement, comme ceci:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/1erdualisme-2020-08-18-11-41.png\" alt=\"1erdualisme-2020-08-18-11-41.png\" width=\"581\" height=\"139\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Comme on sait, Freud modifie grandement sa th\u00e9orie pulsionnelle en 1920, avec la r\u00e9daction d\u2019<em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>. Apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 un moment et plac\u00e9 les pulsions du moi en tant que pulsions de mort, il se ravise et range plut\u00f4t les pulsions du moi (ou d\u2019auto-conservation), \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pulsions sexuelles, sous l\u2019ent\u00eate g\u00e9n\u00e9ral des pulsions de vie, aussi nomm\u00e9es <em>\u00c9ros<\/em>, comme le dieu grec de l\u2019amour. La libido demeure l\u2019\u00e9nergie des pulsions sexuelles; Freud ne dit rien de l\u2019\u00e9nergie des pulsions d\u2019A-C, et il pr\u00e9cise que la pulsion de mort, elle, n\u2019a aucune \u00e9nergie; elle ne peut se manifester que par mixtion avec les pulsions de vie. Cela donne ceci:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Seconddualisme-2020-08-18-11-41.png\" alt=\"Seconddualisme-2020-08-18-11-41.png\" width=\"575\" height=\"267\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>On pourrait croire que la distinction pulsions sexuelles\/pulsions du moi reste tout de m\u00eame intacte, mais ce n\u2019est pas du tout s\u00fbr. En effet, entre le premier dualisme (1910-1915) et le second (1919-20) s\u2019est gliss\u00e9e la th\u00e9orie du narcissisme. L\u00e0, Freud, bien malgr\u00e9 lui, a tent\u00e9 de r\u00e9soudre le probl\u00e8me pos\u00e9 par Jung en reconnaissant au moi lui-m\u00eame une assise libidinale&nbsp;: la libido li\u00e9e au moi, c\u2019est ce qui s\u2019appellera libido narcissique. Mais elle a la particularit\u00e9, de par sa liaison au moi, de ne pas fonctionner au m\u00eame r\u00e9gime que la libido de la pulsion: elle est comme \u00ab&nbsp;domestiqu\u00e9e&nbsp;\u00bb, pourrait-on dire.<\/p>\n\n\n\n<p>On verra le probl\u00e8me se poser \u00e0 nouveau dans la th\u00e9orie de Freud, notamment \u00e0 propos de l\u2019\u00e9nergie neutre introduite dans la quatri\u00e8me partie de <em>Le moi et le \u00e7a<\/em>. Y est propos\u00e9e une hypoth\u00e8se et, pr\u00e9cise Freud, \u00ab pas une preuve&nbsp;\u00bb, qu\u2019il existerait une \u00ab&nbsp;\u00e9nergie active dans le moi et dans le \u00e7a, d\u00e9pla\u00e7able et indiff\u00e9rente&nbsp;\u00bb qui serait \u00ab&nbsp;issue de la provision de libido narcissique&nbsp;\u00bb et qui serait donc \u00ab&nbsp;de l\u2019\u00c9ros d\u00e9sexualis\u00e9&nbsp;\u00bb. Cette id\u00e9e nouvelle (mais l\u2019est-elle vraiment&nbsp;?) ouvre sur des difficult\u00e9s th\u00e9oriques sur lesquelles on pourra revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>NOTES<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-1491'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-1491-1'> Freud, \u201cLe refoulement\u201d, OCP, XIII, p. 197. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1491-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1491-2'> Jean-Paul Sartre, \u00ab&nbsp;Questions de m\u00e9thode&nbsp;\u00bb in <em>Critique de la raison dialectique<\/em>, Paris, Gallimard. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1491-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1491-3'> On peut penser ici aux \u00e9chelles de 1 \u00e0 10 avec lesquelles le personnel soignant demande au malade de chiffrer l\u2019intensit\u00e9 de la douleur, et o\u00f9 les chiffres sont n\u00e9cessairement une question subjective : le \u00ab&nbsp;5&nbsp;\u00bb de l\u2019un serait un \u00ab&nbsp;3&nbsp;\u00bb ou un \u00ab&nbsp;7&nbsp;\u00bb pour d\u2019autres. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1491-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1491-4'> Le refoulement, <em>op. cit.<\/em>, p. 197. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1491-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1491-5'> S. Freud, 1915, \u00ab&nbsp;L\u2019inconscient&nbsp;\u00bb, OCP, XIII, p. 219. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1491-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1491-6'> Nous en reparlerons plus tard en abordant le travail de Michel de M\u2019Uzan \u00ab&nbsp;Les esclaves de la quantit\u00e9&nbsp;\u00bb. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1491-6'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1491-7'> \u00ab&nbsp;R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes&nbsp;\u00bb in <em>OCP,<\/em> <span style=\"color: #000000;\">Vol XX, p. 319-320. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1491-7'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00c9MINAIRE PENSER AVEC FREUD ANN\u00c9E 2020-2021 LE QUANTITATIF EN PSYCHANALYSE 1 Too much and never enough est le titre du livre publi\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 par Mary L. Trump, la ni\u00e8ce du \u00ab&nbsp;Donald&nbsp;\u00bb. Quelle meilleure expression permettrait d\u2019ouvrir notre s\u00e9minaire de cette ann\u00e9e sur le quantitatif en psychanalyse&nbsp;? La m\u00e9tapsychologie freudienne, avec ses trois points de<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1491\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a030-LE QUANTITATIF EN PSYCHANALYSE\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1491","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-proposes-a-la-discussion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1491","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1491"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1491\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2022,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1491\/revisions\/2022"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1491"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1491"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1491"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}