{"id":1200,"date":"2020-05-22T11:03:39","date_gmt":"2020-05-22T15:03:39","guid":{"rendered":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1200"},"modified":"2021-12-25T12:07:55","modified_gmt":"2021-12-25T17:07:55","slug":"29-construction-de-sens-et-psychologie-de-masse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avecfreud.dscarfone.com\/?p=1200","title":{"rendered":"29- CONSTRUCTION DE SENS ET PSYCHOLOGIE DE MASSE"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">La psychologie de masse, je rappelle pour ceux qui y \u00e9taient que nous en avons discut\u00e9 il y a environ deux ans. Mais il vaut la peine de s\u2019y attarder encore, puisque notre \u00e9poque est, \u00e0 ce sujet, riche de ph\u00e9nom\u00e8nes qui s\u2019y rapportent. Du fait des moyens actuels de communication, il est possible \u00e0 tout individu, du moins en principe, de rejoindre une vaste quantit\u00e9 de gens \u00e0 travers le monde et de diffuser sinon des id\u00e9es, du moins des slogans, des bribes d\u2019id\u00e9ologie ou de doctrines politiques qui entra\u00eenent parfois, comme l\u2019exp\u00e9rience h\u00e9las le montre, des trag\u00e9dies \u00e0 petite ou \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son texte de 1921, <em>Psychologie des masses et analyse du moi<\/em>, Freud a conclu que ce qui caract\u00e9rise la psychologie de masse, c\u2019est de reposer sur ce qu\u2019il appelle le \u00ab&nbsp;lien \u00e9rotique&nbsp;\u00bb, par opposition \u00e0 l\u2019usage de la raison et \u00e0 l\u2019application du principe de r\u00e9alit\u00e9. Cette notion de \u00ab&nbsp;lien \u00e9rotique&nbsp;\u00bb est \u00e0 pr\u00e9ciser. Dans cette expression, notons qu\u2019avec les mots \u00ab&nbsp;lien&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00e9rotique&nbsp;\u00bb, nous sommes du c\u00f4t\u00e9 du <em>liant<\/em>: cela va de soi avec \u00ab&nbsp;lien&nbsp;\u00bb, mais c\u2019est tout aussi vrai avec \u00ab&nbsp;\u00e9rotique&nbsp;\u00bb, puisque la nouvelle formulation du sexuel qu\u2019invoque Freud apr\u00e8s 1920, c\u2019est \u00c9ros, le cr\u00e9ateur de liens. L\u2019\u00c9ros, dans le contexte th\u00e9orique de 1920, rel\u00e8ve d\u2019une libido pour ainsi dire apprivois\u00e9e, ayant perdu le caract\u00e8re pulsionnel du fait d\u2019\u00eatre investie de fa\u00e7on assez stable dans le moi (th\u00e9orie du narcissisme).<sup class='footnote'><a href='#fn-1200-1' id='fnref-1200-1' onclick='return fdfootnote_show(1200)'>1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame ouvrage, Freud montre qu\u2019\u00e0 la faveur de l\u2019immersion des sujets dans une foule ou une masse, leur moi se r\u00e9v\u00e8le porteur de fonctions qui pourraient autrement passer inaper\u00e7ues. Une de ces fonctions, c\u2019est l\u2019id\u00e9al du moi, que Freud avait d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9 dans son \u00e9tude de 1914 sur le narcissisme. Narcissisme et id\u00e9al du moi ont partie.. li\u00e9e, et c\u2019est \u00e0 travers eux que se constitue le lien \u00e9rotique qui r\u00e9git la constitution d\u2019une masse avec sa psychologie particuli\u00e8re. Le lien \u00e9rotique se construit \u00e0 travers les identifications qui op\u00e8rent tant en sens vertical (les membres d\u2019un groupe ont adopt\u00e9 le m\u00eame objet comme id\u00e9al) que transversal (les membres du groupe s\u2019identifient les uns aux autres du fait de leur id\u00e9al commun).<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, on a vu qu\u2019en fonction de la conception autopo\u00ef\u00e9tique du vivant, il y a de bonnes raisons d\u2019affirmer qu\u2019un \u00ab&nbsp;foss\u00e9 solipsiste&nbsp;\u00bb<sup class='footnote'><a href='#fn-1200-2' id='fnref-1200-2' onclick='return fdfootnote_show(1200)'>2<\/a><\/sup> isole chacun des membres d\u2019une masse avec une construction de sens qui lui est propre et qui n\u2019est pas int\u00e9gralement communicable. Le propre de la psych\u00e9 est de construire du sens. C\u2019est ce qu\u2019on appelle la subjectivit\u00e9, avec son caract\u00e8re tr\u00e8s variable d\u2019un sujet \u00e0 l\u2019autre. Or on a l\u2019impression que la constitution d\u2019une masse ayant en partage un m\u00eame objet id\u00e9al \u2013&nbsp;un m\u00eame leader ou une m\u00eame cause&nbsp;\u2013 cela infirmerait, voire d\u00e9molirait l\u2019id\u00e9e de foss\u00e9 solipsiste. Est-ce bien le cas&nbsp;? Je crois que non, mais cette apparente exception nous oblige tout de m\u00eame \u00e0 pr\u00e9ciser notre mod\u00e8le des syst\u00e8mes autopo\u00ef\u00e9tiques et de la transduction qui op\u00e8re \u00e0 leurs fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons, par exemple, le moi comme syst\u00e8me. Alors nous discernons <em>deux<\/em> environnements:<br>1- L\u2019environnement le plus proche, c\u2019est l\u2019inconscient, le refoul\u00e9 avec ses pouss\u00e9es pulsionnelles, ses effets d\u00e9stabilisants contre lesquels le moi se d\u00e9fend comme il peut quand l\u2019\u00e9nergie pulsionnelle ne peut pas \u00eatre li\u00e9e, canalis\u00e9e, domestiqu\u00e9e pour ainsi dire. Ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;m\u00e9canismes de d\u00e9fense&nbsp;\u00bb s\u2019apparente \u00e0 la notion de \u00ab&nbsp;couplage structurel&nbsp;\u00bb dont nous avons d\u00e9j\u00e0 fait mention (bien que ce rapprochement serait \u00e0 examiner de plus pr\u00e9s). Cela parce que ces d\u00e9fenses permettent au moi de transiger avec le pulsionnel tout en y r\u00e9sistant. Le moi c\u00e8de en quelque sorte du terrain \u00e0 l\u2019inconscient (les d\u00e9fenses fonctionnent en effet selon les modalit\u00e9s de l\u2019<em>Ics<\/em>), mais c\u2019est le prix \u00e0 payer pour maintenir sa structure dans un \u00e9tat suffisamment stable.<\/p>\n\n\n\n<p>2-L\u2019autre environnement est fait des autres \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, et la formation d\u2019une masse indique bien que chacun des \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb trouve une fa\u00e7on de se lier aux autres \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. De quelle nature est, dans ce cas, le \u00ab&nbsp;couplage structurel&nbsp;\u00bb qui permet cette liaison&nbsp;? Freud parle d<em>\u2019identification<\/em>, et il parle en m\u00eame temps de \u00ab&nbsp;lien \u00e9rotique&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y a pas de contradiction entre ces deux termes, puisque l\u2019identification est en effet de l\u2019ordre de l\u2019\u00c9ros, cr\u00e9ateur de liens, donc de l\u2019ordre de la libido plus ou moins domestiqu\u00e9e. Je dis \u00ab&nbsp;plus ou moins domestiqu\u00e9e&nbsp;\u00bb parce que nous avons quand m\u00eame affaire \u00e0 un syst\u00e8me vivant dont, par cons\u00e9quent, l\u2019\u00e9nergie ne saurait \u00eatre compl\u00e8tement li\u00e9e. Une liaison totale, en effet, signifierait la mort psychique. Le lien identificatoire signifie que chaque moi dit aux autres \u00ab&nbsp;nous sommes semblables&nbsp;\u00bb. La r\u00e9union en groupe des \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb ayant un important trait commun, c\u2019est un autre bon exemple de \u00ab&nbsp;couplage structurel&nbsp;\u00bb&nbsp;: le trait commun \u00e0 tous les membres du groupe est semblable \u00e0 un fil qui les relie entre eux (couplage) et qui donne ainsi lieu \u00e0 une nouvelle structure (le groupe). Le couplage structurel est donc, dans ce cas, constitu\u00e9 par le lien \u00e9rotique\/identificatoire \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire fait d\u2019un Sexuel att\u00e9nu\u00e9, voire, selon Freud, \u00ab&nbsp;d\u00e9sexualis\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Note<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp; <\/span>en passant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est int\u00e9ressant de rappeler que cela concorde avec la conception du neurophysiologiste W.J. Freeman qui observe, au plan c\u00e9r\u00e9bral, un \u00ab&nbsp;foss\u00e9 solipsiste&nbsp;\u00bb propre \u00e0 chaque sujet dans sa perception du monde environnant. Devant ce constat, Freeman se pose aussi la question suivante&nbsp;: comment alors la communication est-elle possible, comment une compr\u00e9hension du monde humain environnant est-elle r\u00e9alisable&nbsp;? Sa r\u00e9ponse ne suit pas un chemin direct. Pour Freeman, tout nouvel apprentissage, toute nouvelle compr\u00e9hension n\u00e9cessite d\u2019abord un \u00ab&nbsp;d\u00e9sapprentissage&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;unlearning&nbsp;\u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019il faut d\u2019abord d\u00e9faire les constructions existantes avant de pouvoir en faire de nouvelles. Cette notion est essentielle selon lui, et cela ne nous contrariera pas, nous qui, par l\u2019analyse, proc\u00e9dons quotidiennement \u00e0 la d\u00e9construction de ce que nos analysants portent en eux afin qu\u2019ils puissent reconstruire autrement. Chose encore plus frappante encore, pour cet \u00ab&nbsp;unlearning&nbsp;\u00bb (dont je rappelle que Freeman l\u2019\u00e9tudie au plan strictement c\u00e9r\u00e9bral, physiologique), eh bien, dit-il, les cerveaux ont besoin de\u2026 <em>sexe<\/em>&nbsp;! De sexe, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u2013&nbsp;puisque Freeman nous  parle en biologiste&nbsp;\u2013 d\u2019<em>activit\u00e9 sexuelle<\/em>, avec sa cohorte d\u2019\u00e9v\u00e9nements hormonaux. La d\u00e9charge hormonale orgasmique est un exemple. Un autre exemple concerne ce qui se produit quand un animal comme la brebis met bas, et qui efface chez elle la m\u00e9moire des port\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, permettant la cr\u00e9ation de liens avec la nouvelle port\u00e9e&#8230; Nous sommes ici, rappelons-le, dans le domaine de la neurophysiologie. <sup class='footnote'><a href='#fn-1200-3' id='fnref-1200-3' onclick='return fdfootnote_show(1200)'>3<\/a><\/sup> Dans le domaine social, il est clair qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un sexuel n\u00e9cessairement \u00ab&nbsp;inhib\u00e9 quant au but&nbsp;\u00bb, selon l\u2019expression de Freud, sans quoi il n\u2019y aurait pas de durabilit\u00e9 du lien social. En effet, sans pr\u00e9tendre \u00e0 une quelconque correspondance harmonieuse entre la neurophysiologie c\u00e9r\u00e9brale et la psychologie de masse, il est tout de m\u00eame int\u00e9ressant de noter que pour Freud, ce qui tient la masse ensemble, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019un lien sous-tendu par la raison ou la pens\u00e9e critique, c\u2019est le lien sexuel, mais att\u00e9nu\u00e9. Poursuivant le parall\u00e8le avec Freeman, on peut avancer que l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 un groupe, surtout si ce groupe pr\u00e9tend \u00e0 une forte homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, passe en effet par une sorte de \u00ab&nbsp;d\u00e9sapprentissage&nbsp;\u00bb au point d\u2019exiger de l\u2019adh\u00e9rent qu\u2019il renonce \u00e0 plusieurs aspects de sa vie ant\u00e9rieure&nbsp;: les rites initiatiques dans certains groupes ou soci\u00e9t\u00e9s s\u2019accompagnent parfois m\u00eame d\u2019un changement de nom (pensons aux conversions religieuses, aux \u00ab&nbsp;born again&nbsp;\u00bb, au bapt\u00eame chr\u00e9tien: p. ex. Saul de Tarse s\u2019appellera Paul apr\u00e8s sa conversion\u2026). <sup class='footnote'><a href='#fn-1200-4' id='fnref-1200-4' onclick='return fdfootnote_show(1200)'>4<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Avec ce d\u00e9tour par le lien \u00e9rotique qui assure la formation d\u2019un groupe, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 nous demander&nbsp;si dans la formation d\u2019un groupe le solipsisme a \u00e9t\u00e9 aboli. Je ne crois pas, pour au moins une raison&nbsp;: c\u2019est que rien ne nous permet d\u2019affirmer que, dans un m\u00eame groupe, les identifications \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez le sujet A sont exactement les m\u00eames que celles du sujet B. M\u00eame une enqu\u00eate sociologique minutieuse manquerait \u00e0 assurer que sous les m\u00eames mots logent des conceptions identiques d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre. L\u2019inv\u00e9rifiabilit\u00e9 (ou la non-falsifiabilit\u00e9) fondamentale de ce qui est subjectif frustre toute tentative de conna\u00eetre objectivement les identifications en question. La formation de factions, avec leurs luttes parfois fratricides, au sein d\u2019un groupe arborant pourtant la m\u00eame \u00ab&nbsp;philosophie&nbsp;\u00bb officielle, est une des cons\u00e9quences de cette inv\u00e9rifiabilit\u00e9. Les d\u00e9nonciations et condamnations pour h\u00e9r\u00e9sie, pour r\u00e9visionnisme ou d\u00e9viationnisme au sein d\u2019\u00e9glises, de partis politiques (ou m\u00eame, h\u00e9las!, d\u2019associations de psychanalystes) \u2013&nbsp;ayant souvent des cons\u00e9quences graves&nbsp;\u2013, les dogmatismes qui en sont la source, montrent bien que la coh\u00e9sion d\u2019un groupe ne repose pas sur des arguments v\u00e9rifiables par une quelconque m\u00e9thode \u00ab&nbsp;objective&nbsp;\u00bb. Les luttes intestines sont en d\u00e9finitive des luttes entre des subjectivit\u00e9s assembl\u00e9es en sous-groupes o\u00f9 le \u00ab&nbsp;lien \u00e9rotique&nbsp;\u00bb est plus fort que celui qui r\u00e9git le rapport au groupe plus large.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on peut pousser un peu plus loin la r\u00e9flexion sur le lien \u00e9rotique au sein du groupe si, dans la ligne de pens\u00e9e de Luhmann, nous consid\u00e9rons qu\u2019un groupe <em>n\u2019est pas<\/em> compos\u00e9 par des individus assembl\u00e9s. Cela, parce que le groupe est lui-m\u00eame un organisme vivant, de nature autopo\u00ef\u00e9tique, ayant ses propres lois de fonctionnement, et que, vus sous cet angle, les individus qui s\u2019en r\u00e9clament font partie de\u2026 l\u2019environnement du groupe&nbsp;! Ainsi, pour Luhmann la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas compos\u00e9e d\u2019une somme d\u2019individus\u2026 Elle est un syst\u00e8me autonome auquel des individus (ou mieux: des syst\u00e8mes individuels) se connectent dans un rapport syst\u00e8me\/environnement. Ce qui les connecte, c\u2019est leur rapport \u00e0 la communication, \u00e0 la construction du sens. On obtient alors ceci: le syst\u00e8me appel\u00e9 soci\u00e9t\u00e9 est organis\u00e9 autour d\u2019un certain nombre de postulats; les individus qui s\u2019en r\u00e9clament doivent pourtant interpr\u00e9ter chacun pour soi ces postulats, les adopter chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, sans jamais pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 un rapport vraiment identique entre chacun d\u2019eux et le syst\u00e8me social. Que devient alors lien \u00e9rotique qui, selon Freud, cimente l\u2019organisation des groupes?<\/p>\n\n\n\n<p>En tentant de nous approcher d\u2019une r\u00e9ponse \u00e0 cette question, rappelons qu\u2019il s\u2019agit toujours d\u2019un lien o\u00f9 le mot \u00ab&nbsp;\u00e9rotique&nbsp;\u00bb d\u00e9signe un sexuel inhib\u00e9, att\u00e9nu\u00e9. Le groupe, ou la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, en tant que soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, productrice de culture, repose n\u00e9cessairement, selon Freud, sur un \u00ab&nbsp;renoncement pulsionnel&nbsp;\u00bb. Le Sexuel doit donc \u00eatre d\u00e9sexualis\u00e9 pour pouvoir contribuer \u00e0 ce lien qu\u2019il appelle \u00ab&nbsp;identification&nbsp;\u00bb. Remarquons au passage la proximit\u00e9 de l\u2019approche freudienne de la psychologie de masse avec la pens\u00e9e syst\u00e9mique de Luhmann: dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi<\/em>, Freud ne pr\u00e9tend pas faire une \u00ab&nbsp;psychanalyse des masses&nbsp;\u00bb&nbsp;; il s\u2019en tient, en ce qui les concerne, au mot \u00ab&nbsp;psychologie&nbsp;\u00bb, r\u00e9servant le mot \u00ab&nbsp;analyse&nbsp;\u00bb au moi seulement. Cette analyse (d\u00e9composition) du moi, c\u2019est ce qui est rendu possible par les modifications qu\u2019entraine l\u2019examen du moi individuel dans son <em>rapport<\/em> avec la masse ou le groupe. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019\u00e9tudier l\u2019individu comme \u00ab&nbsp;composante&nbsp;\u00bb d\u2019un groupe, mais de consid\u00e9rer ce qui se passe dans le syst\u00e8me appel\u00e9 \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb quand celui-ci est <em>en rapport<\/em> avec le syst\u00e8me appel\u00e9 \u00ab&nbsp;groupe&nbsp;\u00bb. Dans le langage des syst\u00e8mes autopo\u00ef\u00e9tiques, il s\u2019agit de d\u00e9crire les effets du <em>couplage structurel<\/em> entre individu et groupe sur un de ces deux syst\u00e8mes, le moi. C\u2019est cela qui int\u00e9resse avant tout Freud. Ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de d\u00e9crire le comportement des masses elles-m\u00eames. Mais on voit bien que m\u00eame dans ce cas, et m\u00eame sur la seule base des descriptions de Gustave Le Bon, la masse est consid\u00e9r\u00e9e non comme une somme d\u2019individus, mais <em>comme une unit\u00e9 ayant ses propres lois internes<\/em>. Encore faut-il distinguer entre diverses sortes de masses, foules ou groupes. Ainsi, une masse spontan\u00e9e et temporaire, sans leader, ne fonctionne pas comme comme une masse avec leader, et encore moins comme un groupe organis\u00e9 avec des statuts, un organigramme et des r\u00e8gles de d\u00e9lib\u00e9ration. \u00c0 mesure qu\u2019on avance de la masse informe \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, l\u2019aspect \u00ab&nbsp;syst\u00e8me&nbsp;\u00bb devient plus \u00e9vident. N\u00e9anmoins, m\u00eame une foule spontan\u00e9e a son \u00ab&nbsp;individualit\u00e9&nbsp;\u00bb, si l\u2019on peut dire, et se comporte en organisme unique, autonome. La description par \u00c9mile Zola des masses de mineurs en gr\u00e8ve dans <em>Germinal<\/em> m\u2019est venue en m\u00e9moire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;&#8230; les hommes d\u00e9boul\u00e8rent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs, une masse compacte qui roulait d&rsquo;un seul bloc, serr\u00e9e, confondue, au point qu&rsquo;on ne distinguait ni les culottes d\u00e9teintes, ni les tricots de laine en loques, effac\u00e9s dans la m\u00eame uniformit\u00e9 terreuse. Les yeux br\u00fblaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant La Marseillaise, dont les strophes se perdaient en un mugissement confus, accompagn\u00e9 par le claquement des sabots sur la terre dure. Au-dessus des t\u00eates, parmi le h\u00e9rissement des barres de fer, une hache passa, port\u00e9e toute droite; et cette hache unique, qui \u00e9tait comme l&rsquo;\u00e9tendard de la bande, avait, dans le ciel clair, le profil aigu d&rsquo;un couperet de guillotine.&nbsp;\u00bb <sup class='footnote'><a href='#fn-1200-5' id='fnref-1200-5' onclick='return fdfootnote_show(1200)'>5<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Demandons-nous \u00e0 pr\u00e9sent, au vu du solipsisme, par quel moyen peut se maintenir le \u00ab&nbsp;trait commun&nbsp;\u00bb identificatoire, le lien \u00e9rotique. Comment des sujets solipsistes, mais se r\u00e9clamant d\u2019un m\u00eame groupe, peuvent-ils avoir ne serait-ce que l\u2019impression d\u2019\u00eatre partie prenante d\u2019une m\u00eame entit\u00e9&nbsp;? La r\u00e9ponse, je crois, se trouve du c\u00f4t\u00e9 <em>s\u00e9miotique<\/em>, ou si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re, du c\u00f4t\u00e9 de la communication, du langage au sens large. Les sujets individuels utiliseront en effet les m\u00eames <em>signes<\/em>, les m\u00eames <em>codes<\/em>; ils se <em>reconna\u00eetront<\/em> entre eux par ces signes, ils en feront leur <em>\u00e9tendard<\/em>. La hache, dans le passage cit\u00e9 de <em>Germinal<\/em>, est un exemple. Et nous voyons que Zola ne parle pas de celui qui la porte. C\u2019est la hache qui passe, comme par elle-m\u00eame. La notion d\u2019<em>\u00e9tendard<\/em> nous int\u00e9resse \u00e0 plus d\u2019un titre. On peut la rapprocher de celle d\u2019<em>embl\u00e8me<\/em>. Une foule porte (ou est port\u00e9e par) un \u00e9tendard comme \u00ab&nbsp;signe de ralliement&nbsp;\u00bb (<em>Le petit Robert<\/em>); un individu, lui, a pour \u00e9quivalent un <em>embl\u00e8me<\/em> ou une <em>insigne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Piera Aulagnier utilise le terme d\u2019embl\u00e8me pour nommer les rep\u00e8res identificatoires. Elle \u00e9crit:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;La valeur et la fonction identificatoire de ces embl\u00e8mes requi\u00e8rent le consensus de l\u2019ensemble ou du sous-ensemble auquel appartient le sujet. La valorisation de l\u2019embl\u00e8me par le seul sujet d\u00e9poss\u00e8de, dans ce cas, l\u2019embl\u00e8me de sa valeur de rep\u00e8re identificatoire. [&#8230;] Nous dirons que le registre imaginaire d\u00e9finit l\u2019ensemble des \u00e9nonc\u00e9s ayant la fonction d\u2019embl\u00e8mes identificatoires et l\u2019image sp\u00e9culaire qui doit leur servir de point d\u2019ancrage.&nbsp;\u00bb (V.I. p. 211.)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>D\u2019une part, donc, les embl\u00e8mes en question sont de l\u2019ordre de l\u2019imaginaire et d\u2019autre part leur point d\u2019ancrage est l\u2019image sp\u00e9culaire. Nous sommes donc on ne peut plus clairement dans le domaine du narcissisme et ses rapports avec les fonctions d\u2019identification qui servent \u00e0 signifier l\u2019appartenance \u00e0 un ensemble ou sous-ensemble (soci\u00e9t\u00e9, groupe, famille). Aulagnier parle ici de la constitution de l\u2019identit\u00e9 plus ou moins stabilis\u00e9e du sujet individuel au sein de son groupe d\u2019appartenance:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Ces embl\u00e8mes se pr\u00e9sentent au Je comme identiques \u00e0 ses \u201cavoirs\u201d: \u201cavoirs\u201d, \u00e0 leur tour, d\u00e9finis par le message qui, \u00e0 partir d\u2019eux, revient au sujet pour lui dire \u201cqui\u201d il <em>est<\/em>. \u00catre pareil \u00e0 l\u2019image qu\u2019admire le regard des autres, ou \u00eatre pareil \u00e0 l\u2019image qu\u2019admire le regard de ceux que le Je admire sont les deux formulations qu\u2019emprunte le v\u0153u narcissique dans le champ de l\u2019identification.&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>On con\u00e7oit bien, par ces remarques, toute l\u2019importance de ces rep\u00e8res imaginaires pour la constitution du Je au sein du groupe ou famille d\u2019origine. Mais on imagine ensuite combien l\u2019engagement dans des ensembles plus transitoires (parti politique, groupe religieux, par exemple) peut s\u2019av\u00e9rer fragile et donner lieu \u00e0 des vacillements aussit\u00f4t que se profile une crise de confiance dans la capacit\u00e9 de ces groupes de confirmer la valeur de leurs embl\u00e8mes identificatoires. La subjectivit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le alors dans sa dimension d\u2019inv\u00e9rifiabilit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 la v\u00e9rification ne tient apr\u00e8s tout qu\u2019\u00e0 un consensus qui n\u2019a de validation que conventionnelle. Pourtant, ce genre d\u2019adh\u00e9sion est de nature \u00e0 cr\u00e9er des groupes et des mouvements qui font ou changent l\u2019Histoire, alors m\u00eame que leurs fondements mat\u00e9riels (\u00e9conomiques, de survie) auraient pu prendre bien des formes vari\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si <em>l\u2019interpr\u00e9tation<\/em> <em>intime, subjective<\/em> des signes de ralliement varie d\u2019un sujet \u00e0 l\u2019autre, il reste que la perception d\u2019un m\u00eame \u00e9l\u00e9ment de l\u2019environnement se refl\u00e8te \u2013&nbsp;comme Freeman l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 sa fa\u00e7on&nbsp;\u2013 dans un \u00ab&nbsp;noyau&nbsp;\u00bb perceptif commun entour\u00e9 d\u2019un halo variable. Observation \u00e0 nouveau tr\u00e8s parlante pour tout lecteur du <em>Projet <\/em> de Freud, o\u00f9 celui-ci d\u00e9crit un \u00ab&nbsp;complexe de perception&nbsp;\u00bb constitu\u00e9 d\u2019une partie constante (la Chose, <em>das Ding<\/em>) et d\u2019une partie variable (les attributs ou le pr\u00e9dicat).<\/p>\n\n\n\n<p>Si on revient aux membres d\u2019un groupe, on ne peut donc jamais savoir <em>exactement<\/em> de quoi est faite leur version subjective des embl\u00e8mes qui servent \u00e0 l\u2019identification, ce qu\u2019ils ont investi selon l\u2019\u00c9ros, mais la r\u00e9f\u00e9rence commune \u00e0 des signes ext\u00e9rieurs \u2013&nbsp;des signes qui circulent entre les membres, des mots d\u2019ordre qui peuvent \u00eatre repris par chacun et propag\u00e9s aux autres&nbsp;\u2013 nous permet de comprendre que, malgr\u00e9 les malentendus in\u00e9vitables, ils <em>croient<\/em> <em>l\u00e9gitimement<\/em> parler de la m\u00eame chose. Les probl\u00e8mes commencent quand les individus ignorent ou nient l\u2019existence de ces possibles malentendus. Ce n\u2019est pas un hasard si la coh\u00e9sion d\u2019un groupe se soutient de la circulation d\u2019\u00e9nonc\u00e9s, d\u2019opinions, de slogans, de mots \u00e0 la mode, de tendances propag\u00e9es par les institutions diverses, dont il importe peu qu\u2019ils peuvent changer avec le temps, pourvu qu\u2019ils soient repris par une majorit\u00e9 ou une part du groupe suffisante pour faire pression et entra\u00eener les autres \u00e0 y croire \u00e9galement. Le verbe <em>croire<\/em> est ici utilis\u00e9 expr\u00e8s, puisque <em>l\u2019adh\u00e9sion<\/em> \u00e0 un groupe est synonyme de la <em>croyance<\/em> \u00e0 un m\u00eame id\u00e9al, \u00e0 une m\u00eame cause. Cette croyance est \u00e0 la base de <em>l\u2019illusion<\/em> <em>groupale<\/em>, mais il convient de souligner que les effets de cette illusion ne sont pas, eux, illusoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le recours aux signes est essentiel, puisque, comme indiqu\u00e9, ces signes (<em>indices<\/em>, <em>ic\u00f4nes<\/em> et <em>symboles<\/em>, selon la trilogie de Peirce) procurent \u00e0 la communaut\u00e9 des subjectivit\u00e9s une base apparemment v\u00e9rifiable. Mais l\u2019usage de ces signes n\u2019\u00e9chappe pas au probl\u00e8me de l\u2019inv\u00e9rifiabilit\u00e9 quant au fait de savoir si deux usagers entendent la m\u00eame chose dans un signe identique. Pour prendre un exemple simple: en opposition \u00e0 un r\u00e9gime autoritaire, le mot \u00ab&nbsp;libert\u00e9&nbsp;\u00bb peut mobiliser de larges masses dans un combat commun, mais on r\u00e9alisera apr\u00e8s coup que pour les uns il s\u2019agissait de la libert\u00e9 d\u2019entreprendre, pour d\u2019autres de la libert\u00e9 politique (qui peut viser \u00e0 limiter la libert\u00e9 d\u2019entreprendre), pour d\u2019autres encore de la libert\u00e9 sexuelle, ou de l\u2019absence de toute contrainte sociale etc. Cette polys\u00e9mie est un fait banal, mais ce fait concerne tout particuli\u00e8rement les psychanalystes au travail, dans la mesure o\u00f9 il rappelle l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 (ainsi que l\u2019utilit\u00e9, mais ce sera \u00e0 discuter une autre fois) du <em>malentendu<\/em> en analyse. Ce fait in\u00e9vitable en analyse devrait orienter notre attitude quant aux interpr\u00e9tations et aux constructions faites en cours de s\u00e9ance. En effet, le \u00ab&nbsp;foss\u00e9 solipsiste&nbsp;\u00bb n\u2019existe-t-il pas aussi entre analyste et patient&nbsp;? Comment pr\u00e9tendre alors que ce que l\u2019analyste entend de son patient, ou ce qu\u2019il dit \u00e0 celui-ci, pourraient avoir une correspondance exacte et v\u00e9rifiable&nbsp;? Freud, dans son texte de 1937, avait bien indiqu\u00e9 que l\u2019accord ou le d\u00e9saccord explicite entre analyste et analysant n\u2019avait aucune valeur de preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>La finalit\u00e9 d\u2019une analyse serait-elle donc d\u2019atteindre simplement une sorte d\u2019adh\u00e9sion consensuelle, d\u2019\u00e9tablir une narration plausible de l\u2019histoire de l\u2019analysant et de ses achoppements? Dans le texte de 1937, Freud semble aller dans ce sens, si l\u2019on se fie \u00e0 l\u2019exemple qu\u2019il donne lui-m\u00eame d\u2019une construction:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Jusqu\u2019\u00e0 votre eni\u00e8me ann\u00e9e vous vous \u00eates consid\u00e9r\u00e9 comme le possesseur absolu et unique de votre m\u00e8re; \u00e0 ce moment-l\u00e0, un deuxi\u00e8me enfant est arriv\u00e9 et avec lui une forte d\u00e9ception. Votre m\u00e8re vous a quitt\u00e9 quelque temps et, m\u00eame apr\u00e8s, elle ne s\u2019est plus consacr\u00e9e \u00e0 vous exclusivement. Vos sentiments envers votre m\u00e8re devinrent ambivalents, votre p\u00e8re acquit une nouvelle signification pour vous, et caetera.&nbsp;\u00bb (OCP, vol. XX, p. 65.)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais il faut noter que, d\u00e8s la phrase suivante, il qualifie les constructions de \u00ab&nbsp;travail pr\u00e9liminaire&nbsp;\u00bb et qu\u2019il dira plus loin que la construction isol\u00e9e n\u2019est \u00ab&nbsp;rien d\u2019autre qu\u2019une supposition qui attend examen, confirmation ou rejet.&nbsp;\u00bb (p. 69); plus loin encore: \u00ab La voie qui part de la construction de l\u2019analyste devrait se terminer dans le souvenir chez l\u2019analys\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>) \u00e0 quoi il pr\u00e9cise aussit\u00f4t : \u00ab&nbsp;elle ne va pas toujours aussi loin.&nbsp;\u00bb Freud dit alors que souvent on doit se contenter des constructions avanc\u00e9es par l\u2019analyste mais que si l\u2019analyse est bien conduite il r\u00e9sultera chez le patient \u00ab&nbsp;une conviction assur\u00e9e de la v\u00e9rit\u00e9 de la construction, ce qui du point de vue th\u00e9rapeutique a le m\u00eame effet qu\u2019un souvenir recouvr\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 69-70).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019explication que donne alors Freud n\u2019est simple qu\u2019en apparence et suppose que l\u2019on ait examin\u00e9 un certain nombre d\u2019autres pr\u00e9misses, par exemple celle concernant l\u2019effet th\u00e9rapeutique du soi-disant \u00ab&nbsp;souvenir recouvr\u00e9&nbsp;\u00bb. Cela parce que Freud a d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9 ce probl\u00e8me plus de vingt ans auparavant et qu\u2019une lecture d\u2019autres \u00e9crits \u2013&nbsp;notamment: \u00ab&nbsp; Sur les souvenirs de couverture&nbsp;\u00bb (1899) ou \u00ab&nbsp;Rem\u00e9moration, r\u00e9p\u00e9tition, perlaboration&nbsp;\u00bb (1914)&nbsp;\u2013 nous laisse interrogatifs devant la notion de \u00ab&nbsp;souvenir recouvr\u00e9&nbsp;\u00bb. Cette question demanderait une longue digression par rapport \u00e0 notre propos. Je la soul\u00e8ve pour attirer notre attention sur le probl\u00e8me suivant, dont Freud n\u2019ignorait pas l\u2019importance: le couple analytique peut tout \u00e0 fait se comporter comme une \u00ab&nbsp;foule \u00e0 deux&nbsp;\u00bb, et toute la question est alors de comment \u00e9viter cet aspect de \u00ab&nbsp;psychologie de masse&nbsp;\u00bb pouvant surgir au sein m\u00eame d\u2019une entreprise cens\u00e9e nous d\u00e9gager d\u2019un tel effet.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin de l\u2019article de 1937 que je viens de citer nous donne cependant le sentiment que Freud n\u2019est pas dupe du danger des constructions qui se substituent au souvenir; ni peut-\u00eatre de la signification de l\u2019expression \u00ab&nbsp;souvenir recouvr\u00e9&nbsp;\u00bb. Son propos se tourne en effet vers une sorte de souvenir qui a toutes les allures d\u2019une hallucination, chez des sujets qui ne sont, dit-il, certainement pas psychotiques. Ce qui relance, selon moi, toute la question des fondements et des possibilit\u00e9s de l\u2019exp\u00e9rience analytique, autrement dit de ce qu\u2019est un v\u00e9ritable facteur mutatif dans l\u2019analyse, et dont il n\u2019est pas s\u00fbr que ce soit l\u2019interpr\u00e9tation ou la construction en elles-m\u00eames, mais bien leurs soubassements <em>\u00e9conomiques<\/em>.<\/p>\n\n\n<div class='footnotes' id='footnotes-1200'><div class='footnotedivider'><\/div><ol><li id='fn-1200-1'> Comme on sait, la fonction d\u00e9liante, d\u00e9monique, qui \u00e9tait auparavant attribu\u00e9e \u00e0 la pulsion sexuelle, Freud l\u2019attribue d\u00e9sormais \u00e0 la pulsion de mort. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1200-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1200-2'> Voir la section 4C. On pourrait aussi parler de foss\u00e9 subjectif. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1200-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1200-3'> W.J. Freeman, Societies of Brains. A study in the neuroscience of love and hate. Hillsdale N.J. Lawrence Erlbaum, 1995. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1200-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1200-4'> Il n\u2019emp\u00eache que la nature \u00e9rotique du lien au groupe \u2013&nbsp;ordinairement inhib\u00e9e, att\u00e9nu\u00e9e&nbsp;\u2013 se r\u00e9v\u00e8le parfois bruyamment\u2026 sexuelle tout court, faisant \u00e9ruption en des pratiques carr\u00e9ment orgiaques au sein de certaines sectes. Tou comme les rites carnavalesques qui se produisent dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une surchauffe temporaire des liens au sein du groupe, un \u00ab&nbsp;d\u00e9sapprentissage&nbsp;\u00bb bient\u00f4t suivi d\u2019une re-consolidation des liens. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1200-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><li id='fn-1200-5'> \u00c9mile Zola, <em>Germinal<\/em>, \u00c9dition \u00ab&nbsp;Le livre de poche&nbsp;\u00bb, p. 333-334. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1200-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La psychologie de masse, je rappelle pour ceux qui y \u00e9taient que nous en avons discut\u00e9 il y a environ deux ans. Mais il vaut la peine de s\u2019y attarder encore, puisque notre \u00e9poque est, \u00e0 ce sujet, riche de ph\u00e9nom\u00e8nes qui s\u2019y rapportent. 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